Jeu de rôle équin
 
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Les chaleurs ont lieu du 1er au 15 de chaque mois.

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 Amid The Ruins

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Naëlle

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MessageSujet: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyDim 27 Jan 2019 - 15:29

Naëlle continuait sa première ronde parmi les Terres Secrètes, après la plaine aux 3 primaires et la montagne sacrée, la voilà qui foulait le sol de la plage dévastée. Ce territoire était surement son préféré parmi ceux qui composaient son territoire, elle ne savait pas encore vraiment, la montagne et le territoire secret avaient aussi un certain charme qui ne laissaient pas la jument insensible. Un favoris se détacherait surement du lot au fil de ses patrouilles, de ses rencontres et de ses nouvelles découvertes. Le froid de l'hiver n'épargnait pas cette région malgré l'image estivale qu'elle renvoyait. La jument observait l'océan, les vagues qui venaient s'écraser contre l'étendue de sable avec une régularité impressionnante, ce n'était malheureusement plus la saison pour se baigner, elle devra attendre encore quelques mois avant de pouvoir se permettre une petite baignade. Elle avait hâte de retrouver des températures plus clémentes et aussi, elle avait conservé cette vision de sa longue crinière ondulée flottant à la surface de l'onde, telle les cheveux d'une sirène. Elle avait hâte de voir cette imagination se réaliser, voir la Déesse des Secrets des Fonds Marins qu'elle était réellement devenue.

Elle baissa les yeux et remarqua les milliers de petits grains de sables qui étaient emportés par le vent et filaient entre ses sabots comme autant de petits êtres qui couraient à toute allure, tous dans la même direction, fuyant quelque chose de terrible. Ses sabots perturbaient la trajectoire de certains, d'autres arrêtaient leur course en trouvant un abri entre les poils de ses membres. Son regard se détourna pour se poser sur les nombreuses épaves de bateaux qui trônaient sur l'immense étendue de sable. Elle ne pourrait jamais les visiter une par une pour patrouiller, elles étaient trop nombreuses, constituaient bien trop de cachettes potentielles, cela lui prendrait un temps fou à en faire le tour. Et puis les éventuels intrus qui foulaient son territoire ne s'embêteraient surement pas à s'y terrer dans le seul but d'échapper à sa vigilance. Et puis s'ils se cachent ainsi d'elle, ce serait parce qu'ils craignent qu'elle ne les voit et ne les chassent, ce serait plutôt une bonne nouvelle concernant l'image qu'elle renvoi ainsi que sa réputation. Arriverait-elle un jour à être connue comme étant une bonne dominante? A être appréciée par l'ensemble des membres de son troupeau et à être crainte par les solitaires et membres des autres troupeaux? Elle l'espérait en tout cas. Cyrius, Fifa et Kuro étaient-ils craints?

Une forte bourrasque de vent froid l'arracha à ses pensées, ses crins furent soulevés avec force et elle du enfoncer ses sabots dans le sable pour avoir une bonne stabilité en attendant que le vent se calme un peu. Des gouttelettes d'eau furent projetées aussi et elle en reçu quelques une ça et là sur elle. Naëlle leva la tête pour regarder le ciel et ce qu'elle vit ne lui disait rien qui vaille, d'épais nuages noirs recouvraient la totalité du ciel et menaçaient de déverser une grande quantité d'eau dans peu de temps. La jeune pie ne pouvait rester ainsi à découvert, avec ces températures, ce vent et la menace d'une averse, elle allait ressortir d'ici avec une pneumonie. Elle se dirigea vers l'endroit le plus densément peuplé en carcasses de bateau, cherchant une cale où elle pourrait s'abriter le temps que passe la tempête.
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Aurore Opéra

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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyMar 29 Jan 2019 - 18:16


La tempête faisait rage à l’intérieur de son esprit. Aurore Opéra se laissait porter par des flots dévastateurs. Tantôt prêt à détruire le monde, tantôt prêt à se détruire tout seul, il se perdait dans une multitude de sentiments qui le malmenait sans cesse. Sa propre violence lui faisait mal. Il se croyait quelqu’un de bien, de calme. Il se découvrait un côté obscur plus obscur que les yeux de son père. Une puissance qui couvait en lui et menaçait de sortir, de se frayer un chemin jusqu’au monde et de tout détruire. Il ne voulait pas faire de mal aux autres, mais il s’en sentait capable. Comme ce jour où sa sœur s’était soustraite à son regard. Il avait été à deux doigts de commettre l’irréparable. Aujourd’hui, sa haine prenait racine plus profond, ses ronces lui crevaient le cœur et perçaient ses poumons. Il toussa, mais le mal resta bien accroché à lui.

Aurore releva les yeux. Inconsciemment, il se rendait sur les Terres Secrètes, qu’il chérissait, qu’il avait choisies. Il se sentait attiré par elles, incapable de faire demi-tour, de retourner auprès de sa fille et de continuer à pleurer sa mort. Que pouvait-il faire d’autre ? Les terres, pourtant, cachaient en elle une interrogation qui broyait l’esprit du rouquin. Il avait retourné maintes fois le problème, cherché tant de solutions qui ne viendront jamais, d’alternatives plus joyeuses. Une dernière question restait toujours en suspens. Où était Poséidon quand une de ses filles se faisait assassiner injustement ? Où était-il pour défendre l’innocence d’une âme qui lui appartenait de droit ? Les deux parents appartenaient aux Secrets et, même si cela n’avait pas été le cas pour Commedia, Opéra aurait ramené sa fille sur ce territoire-ci. Que faisait son dieu pour défendre ses fidèles ?

Peut-être était-ce pour cela, qu’il se trouvait ici. Aurore Opéra posa ses yeux noirs sur la plage. Son imagination s’était évanouie. Il ne voyait plus que le sable, la mer et les nuages lourds de menaces. Poséidon démontrait-il, par cette météo capricieuse, la douleur ressentie face à la mort de la petite chose, si fragile sous le coup d’un trait ? Le roux voulut y croire. Il restait tout de même, au fond de lui, cette envie de crier qu’il était trop tard, que cela ne servait plus à rien. Elle était morte. L’on ne pouvait pas remonter le temps. Il fallait agir avant.

Une bourrasque le fit ployer l’échine. Réclamait-on de lui qu’il prête à nouveau allégeance ? Qu’il cesse de remettre en question les agissements de son dieu ? Aurore résista. Il voulait se rebeller contre cette injustice, mais la force lui manquait. Il ne faisait que marcher depuis des heures, la tête basse, les pas lourds. Il n’avait jamais plus ressemblé à son père qu’en cet instant. Sa mère… que dirait-elle si elle apprenait ce que son fils avait fait ? causé ? Il frissonna. Il ne voulait pas affronter son jugement. Pas encore.

L’étalon roux s’approcha de l’eau. La mer l’appelait à elle de ses va-et-vient incessants. Bientôt, la tempête serait sur lui. Aurore tourna la tête. Plus loin, transperçant les ténèbres, quelqu’un avançait, arborant des flancs blancs et noirs. Sa longue crinière bicolore se souleva dans un nouveau coup de vent. Opéra détourna le regard et revint à l’océan. Ce n’était qu’un autre fou, comme lui, perdu au mauvais endroit au mauvais moment. Il ne voulait pas de compagnie. Il valait mieux qu’il l’ignore. Ses yeux noirs revinrent au roulis des vagues. Il se demanda ce que cela ferait, de faire un pas en avant. Puis un autre et encore un autre. Serait-il emporté par la houle ? Arraché à la terre par les doigts griffus d’une sirène qui l’entraînerait jusqu’aux abysses. Le froid. Pourrait-il supporter le froid ? Si Poséidon ne le sauvait pas, la Déesse des Secrets des Fonds Marins le ferait-elle pour lui… ?

Naëlle… souffla-t-il pour lui-même en se détournant de l’eau.

Son regard se porta à nouveau sur le cheval qu’il avait aperçu plus loin. Il détailla ses taches, la longueur infinie de ses beaux crins et jaugea sa taille. Si grande ! Pourtant, le doute ne le gagna pas. Il sut que c’était elle, à l’endroit même où ils s’étaient vus pour la dernière fois. C’était quand, déjà ? Cela lui semblait une éternité ! Aurore fit un premier pas, trébucha. Les premiers flocons de la tempête dégringolèrent devant son nez. C’était l’hiver. Certainement pas une saison pour se baigner, ni pour jouer avec l’eau. La Déesse ne surgit pas des flots, mais des ténèbres de la tempête de neige.

Naëlle ! appela-t-il d’une voix faible, cassée par le temps qu’il avait passé sans parler.

Opéra se reprit et bondit à sa rencontre. Sa démarche n’était pas très assurée, un peu fatiguée par la route et la dépression qui, désormais, se battait au fond de lui avec la joie de retrouver son amie. Elle avait tant grandi… Aurore avait fait fort. Son idiotie l’avait privé de la croissance des trois êtres les plus chers à son cœur. Une fois encore, il se retrouvait devant le fait accompli, trop con pour savoir ce qu’il devrait dire, ni comment s’excuser de son absence.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyJeu 31 Jan 2019 - 12:28

Le vent soufflait avec force et désormais, presque sans discontinuer. Naëlle devait user de sa force pour braver les éléments et parvenir à avancer sans être trop ralentie par les bourrasques qui lui faisaient face. D’aussi loin qu’elle se souvienne, jamais elle n’avait connu pareille tempête. Elle avait bien choisi son jour pour venir patrouiller sur la plage, territoire où le vent est le plus fort et où les abris possibles sont les moins sûrs, à l’usine au moins, elle n’aurait pas été embêtée de la sorte! L’eau qui tombait du ciel et qu’elle avait pris pour de la pluie s’avérait être de la neige. Elle s’en rendait compte maintenant que les flocons qui lui passaient devant le nez étaient épais et bien blanc. L’hiver battait son plein, aucun doute là-dessus, bientôt la plage sera recouverte d’un manteau de neige et n’aura plus rien d’estival. D’ailleurs, la neige tenait-elle à la surface du sable ou la salinité de ce dernier la faisait-elle fondre? La jeune pie n’avait pas la réponse à cette question. Peut-être que les deux s’affrontaient et que les deux pouvaient prendre le dessus sur l’autre, selon la température et la quantité de neige lâchée. Le mélange de l’image de la plage, de ses palmiers et de la tempête de neige était pour le moins perturbant et fascinait la jeune jument, le contraste, presque aussi prononcé que celui des deux couleurs de sa robe. Peut-être était-elle finalement à sa place ici, bravant la tempête qui frappait ses terres, elle devrait d’ailleurs surement redoubler d’efforts durant sa ronde, s’assurer qu’aucun intrus n’est présent, mais également veiller à ce que tous les Secrets soient à l’abri.
 
D’ailleurs, elle hésita à continuer sa route vers la carcasse de bateau la plus proche, partagée entre la vérification de la sureté des membres de son troupeau et l’assurance de sa propre protection. Elle ne devait pas risquer de se blesser ou de tomber gravement malade alors qu’elle venait à peine de prendre ses fonctions, que deviendraient ses terres et son troupeau sans dominante? Ils seraient à l’abandon, comme avant sa nomination. Et puis tous les membres de son troupeau sont adultes et plus âgés qu’elle, ils ont surement déjà tous fait face à de telles conditions météorologiques, ils ne sont pas nés de la dernière pluie, eux. Elle s’ébroua, chassant ses interrogations et inquiétudes en même temps que l’eau issu des flocons fondus qui commençaient à s’accumuler sur ses crins. Il fallait qu’elle ait confiance, autant en elle qu’envers les membres de son troupeau.
 
Avant de s’engouffrer dans la cale de l’immense bateau qu’elle était finalement parvenue à rejoindre, elle lança un dernier coup d’œil à l’immense étendue de sable, essayant de prédire si en ressortant elle se trouverait toujours au milieu d’une plage ou d’une plaine d’un blanc immaculé.
C’est à ce moment là qu’elle le vit. Aurore Opéra. Marchant vers elle.
La jument pie resta immobile, cessant de penser pendant quelques secondes, trop surprise et perdue pour savoir quoi faire. Il n’était pas mort, ne semblait pas blesser, seulement fatigué. Avait-il quitté Horse-Wild et revenait à peine de son périple? Où était-il tout ce temps? Où était-il, son meilleur ami, quand elle avait besoin de lui et de son soutien, quand elle avait eu besoin de son avis et d’être rassurée?
 
Elle resta parfaitement immobile, seuls ses crins se soulevaient au gré du vent en s’alourdissant de neige. Tout comme les grains de sables qui luttaient contre les flocons de neige, deux sentiments contradictoires s’affrontaient en elle sans qu’aucun ne parvienne à prendre le dessus sur l’autre. Il y avait d’un côté la joie, de le savoir en vie, de le revoir, de pouvoir lui parler de nouveau, de pouvoir lui faire part de son nouveau rang hiérarchique, de lui montrer quelle jument elle était devenue, cette envie d’aller vers lui, de l’aider à se mettre à l’abri, de lui faire promettre que plus jamais il ne partirait ainsi sans la prévenir et de la laisser s’inquiéter inutilement. Et de l’autre, la colère, à cause de la déception et de ce sentiment d’abandon que son absence avait causé, de cette confiance qu’elle lui avait exceptionnellement accordée et qu’il avait bafoué, de ce lien qu’elle pensait qui les unissait et qu’il avait rompu en tirant trop dessus. Ou qui n’avait jamais existé. Ce côté-là, lui donnait envie de tourner les talons et d’entrer dans cette cale, de faire comme si elle ne l’avait pas vu, comme s’il n’existait pas. De lui faire ce qu’il venait de lui faire subir.
 
Tandis que ces deux forces brutes s’affrontaient en elle et que l’étalon approchait, Naëlle restait immobile, sans ciller, sans prononcer aucun mot, gardant une expression faciale parfaitement neutre et laissant le noir de sa robe progressivement disparaitre sous les assauts des flocons de neige.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyVen 1 Fév 2019 - 12:48


CUPIDON
Saint-Valentin

Votre coeur rate un battement et soudain, la personne face à vous devient étrangement attirante. Vous ne pouvez résistez, quelque chose dans votre poitrail vous empêche de vous éloigner... Quelle est cette sensation surpuissante ?

Aurore Opéra est irrémédiablement attiré par Naëlle dans ce rp.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyDim 3 Fév 2019 - 10:41


Il s’était trompé. Ce n’était pas sur la plage que la Déesse l’avait laissé. Ce n’était pas entre les cadavres des bateaux qu’ils s’étaient séparés. Le sable n’avait pas été témoin de leurs adieux, la mer de cette distance qui s’installait désormais entre eux. L’Usine les avait cueillis pour une nuit, l’un près de l’autre, à essayer de vaincre le sommeil et les relents de peinture sur leurs jeunes corps. La Plage avait été le théâtre de retrouvailles, de jeux d’enfants et d’amitié nouvelle, puissante. Ce passé ne pouvait pas changer.

Aujourd’hui, la Plage se faisait témoin de son absence, de sa bêtise, de l’abandon. Il n’avait pas su être un bon ami, loin des aimés, de ses terres et sa patrie. Que s’était-il passé depuis son absence ? Il avait passé tant de temps loin des Secrets ! Aurore hésita. Ce n’était peut-être pas Naëlle, au loin, qui le fixait sans bouger. Ce n’était peut-être que le rêve qu’il en avait, comme une envie inavouée de sa présence à ses côtés pour soigner son malheur, le réconforter. Une illusion de son esprit détraqué, fatigué. Un mirage qui crèverait quand il se serait trop approché.

Aurore Opéra ralentit, trébucha une nouvelle fois. La tempête faisait rage, grondant, rugissant. La mer s’agitait, s’avançait, reculait. De grosses vagues s’écrasaient sur la côte, dangereuses. L’étalon ralentit encore. L’écume s’accumula à ses pieds, dans les traces laissées par ses sabots sur le sable mouillé. L’eau était froide contre ses jambes, glacée. Il frissonna, jeta un coup d’œil à la furie du monde et s’arrêta tout à fait. Il la vit. Puissante, gigantesque. Colère, haine, folie, tout ce qui ramenait à lui ses propres sentiments, son cœur vicié. La vague grossit, le frappa de plein fouet, l’engloutit.

L’étalon disparut.

La rage du monde l’envahit, comme un écho à son désespoir. Il s’emplit de sa force, lui donna sa faible chaleur et se laissa emporter vers l’océan. Il serait peut-être au calme, au fond de l’eau, loin de la vie… D’instinct, Aurore Opéra se débattit. Naëlle ! Naëlle l’attendait sur la plage ! Il prit appui sur le fond marin, poussa, retomba, poussa à nouveau. Sa tête creva la surface. La mer recula de quelques mètres et l’étalon en profita pour rejoindre le bord, dégoulinant d’eau glacée. Sur son torse, sa blessure le piqua atrocement. Elle n’avait pas encore guéri et le sel de l’océan réveilla la douleur. Douleur qui ramena à lui le souvenir de sa fille, du coup fatal porté à son front, du visage du responsable, ce meurtrier en fuite.

Aurore s’arrêta sur la plage, le souffle court. Son corps chaud dégageait une légère fumée dans la fraîcheur de la tempête de neige. Il s’ébroua, regarda les volutes, souvenir ténu d’un démon au corps brûlant, au cœur insensible. Plus loin, Naëlle était toujours là. Il sentait son odeur à défaut de poser les yeux sur la belle jument. Car c’était ce qu’elle était devenue sans lui, une belle jument. Une adulte.

Au fond de lui, l’étalon roux sentit une douleur commune, plus douce que la perte de sa fille. Il la goûta, l’analysa, la laissa rouler sur sa langue sans arriver à l’avaler. La force de cette douleur était trop puissante pour lui. Il se laissa submerger. Il n’eut pas besoin de s’interroger pour savoir de quoi il s’agissait. Quelque part, l’attirance s’était formée depuis longtemps, déjà, bien cachée dans un coin de son cœur. Il retrouva, dans cette douleur, un écho de ce qu’il avait ressenti pour Commedia. Un écho, seulement, car cette douleur-là dépassait largement tout ce qu’il avait cru connaître et apprendre avec la belle palomino. Une douleur telle qu’il ne put y résister…

Aurore Opéra se mit à pleurer.

Avait-il le droit ? Il ne pensait pas. Cet amour le crevait. Sa fille venait de donner sa vie. Il ne pouvait pas se laisser aller à des sentiments comme ceux-là. Il n’avait pas le droit ! C’était injuste. Aurore se détesta pour cela. Que devait-il faire, pourtant ? Il ne pouvait pas reculer maintenant, retourner d’où il venait pleurer une âme sans nom. Il ne pouvait pas non plus avancer, embrasser une vie loin de celle qu’il venait de quitter.

Naëlle… implora-t-il d’une voix faible.

Les larmes sapaient sa vision. Perdu, l’étalon fit quelques pas, s’arrêta. La furie de la mer était peut-être une meilleure issue. La mort, la seule échappatoire. L’unique solution. Mais il ne pouvait s’y résoudre. L’odeur de la belle jument le retenait sur la plage, incapable de savoir où aller, que faire, que dire. Le pardonnerait-elle jamais ? Sa fille, Naëlle, Commedia, Rosie, sa mère. Tout ce monde auprès de qui il devait s’excuser. Aurore Opéra n’y arriverait jamais…
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyLun 4 Fév 2019 - 13:10

Naëlle continuait d’observer le jeune mâle qui s’approchait lentement d’elle. Quelque chose avait changé en lui. Il avait l’air complètement épuisé, sa démarche lente et ses trébuchements ne laissaient aucun doute possible sur ce point, mais ce n’était pas cela qu’elle cherchait. Il avait vraiment changé, d’une manière plus importante et profonde qu’un état de fatigue. Il était le même que dans ses souvenirs mais il avait l’air différent en même temps. Elle avait beau chercher, elle était incapable de voir en quoi. Peut-être que c’était elle qui était différente, il s’agissait peut-être de sa manière de le voir qui avait changer, mais elle ne savait là encore, pas dire en quoi il lui apparaissait différemment.
 
A force de l’observer alors qu’il progressait, elle se rendit compte que bientôt, il serait là, juste devant elle. Que se passerait il à ce moment là? Comment se comportera t-il? Que lui dira t-il? Et elle, comment réagira-t-elle? Est-ce qu’elle posera son attention sur lui, lui demandera où il était, ce qu’il faisait, ce qui lui était arrivé, pourquoi avait-il été absent si longtemps… ou sera-t-elle concentrée sur ses propres sentiments, sur les reproches qu’elle a à lui faire, sur le récit de ce qu’elle a vécu, sur ces moments d’attentes qui se sont tous soldés par des déceptions? Se montrera-t-elle indulgente, voire compatissante ou plutôt rancunière et impitoyable? Là encore elle n’en avait aucune idée.
 
 Si d’extérieur, elle s’efforçait de garder un air impassible, de conserver sa fierté, à l’intérieur elle était totalement démunie, faisant face à un torrent d’interrogations et de doutes qui allaient de pairs avec la tempête environnante.
 
C’est alors qu’elle vit Aurore rentrer dans l’eau. Que faisait-il ?! Etait-il devenu fou? C’était peut-être ça, le changement qu’elle avait cru voir en lui, il devenait fou. L’étalon se fit emporter par une immense vague et disparut sous la surface de l’eau, ainsi que du champ de vision de la jeune pie, qui ne pouvait plus se contenter de rester immobile et d’attendre. Au diable la fierté, elle ne pouvait le laisser risquer de se noyer ou de mourir de froid sans agir. Elle avait déjà perdu Collapsing de la sorte, elle ne laisserait personne d’autre mourir ainsi, encore moins Aurore. Elle ne pouvait se permettre de le perdre pour de vrai cette fois, et ne pouvait certainement pas avoir sa mort sur la conscience. La jeune pie s’élança au galop sans tarder, droit vers l’endroit où l’immense vague avait emportée son amie. Elle était bien décidée à plonger tête baissé dans la mer déchainée et glaciale pour le sortir de là.
 
Ce ne fut pourtant pas nécessaire, l’étalon ressorti par lui-même et retourna sur l’étendue de sable. Naëlle s’arrêta, à quelques mètres de lui, bien plus proche qu’elle ne l’était précédemment. A cette distance, elle pouvait bien mieux le voir. Elle remarqua d’abord sa blessure au poitrail, une immense plaie pas encore cicatrisée, avec des parties où la chaire semblait être à vif. Que lui était-il arrivé? Qui avait osé lui faire cela ?! Elle leva légèrement le regard et se rendit compte qu’il s’était mis à pleurer, silencieusement, ses larmes à peine distinguables des gouttes d’eau salés provenant de l’océan dont il venait de s’extirper. Le voir dans un tel état de peine, de souffrance était particulièrement difficile pour Naëlle, dont le cœur se serra.
 
Elle avait été égoïste. Elle s’en rendait compte maintenant qu’elle le voyait. Elle avait pensé et agi comme si elle était la seule à avoir dû traverser des situations difficiles, comme si elle était la seule à avoir besoin du soutien de son ami, mais il était évident que lui aussi avait eu des problèmes, surement bien plus important que les siens, lui aussi avait eu besoin de l’aide de son amie. Jamais elle n’avait envisagé qu’il avait des choses plus importantes à régler que d’être à ses côtés en soutien. Elle lui reprochait de ne pas avoir été là pour elle lorsqu’elle avait eu besoin de lui, mais il pouvait lui reprocher exactement la même chose: où était-elle lorsqu’il avait eu cette blessure? Trop occupée dans sa course au pouvoir, trop obnubilée par sa propre personne, à croire qu’elle est le centre du monde et le centre d’attention de ses amis… Elle avait été stupide. Elle s’en voulait terriblement.
La jeune pie poussa un profond soupir et s’approcha d’Aurore. Elle s’arrêta seulement lorsqu’elle fut à quelques centimètres de lui, pour poser délicatement son nez sur le chanfrein du mâle, soufflant un peu d’air chaud sur son visage.
 
« - Viens Aurore. Allons nous abriter, tu vas attraper froid. »
 
Elle se recula de quelques pas, ne put s’empêcher de regarder pendant quelques secondes la blessure qu’il arborait au poitrail et vint se placée à côté de lui au cas où il aurait besoin de se reposer un peu sur elle pour avancer, et prit le pas en direction de la cale de bateau la plus proche.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptySam 9 Fév 2019 - 10:57


Le monde avait tant de choses à lui reprocher. Toutes ces choses qu’il avait faites consciemment ou non, toutes ces conséquences qui en résultaient… Aurore Opéra se sentit soudain seul, comme abandonné au milieu des ténèbres, sans personne à qui parler, personne à appeler pour l’aider, le sortir de ce mauvais pas, le réconforter. Pouvait-il être réconforté ? Il n’avait pas perdu une amie de vue, sa fille était morte. Cette douleur-là ne partirait jamais de son cœur. Il ne pourrait pas s’en débarrasser. Il ne voulait pas s’en débarrasser. Au fond de lui, il crevait d’envie de garder le souvenir limpide de ces grands yeux noirs qui l’accusaient lui et le monde dans lequel l’ange avait été jeté, trop jeune pour apprendre à voler. Il ne voulait pas oublier.

Le rouquin tourna la tête des deux côtés, chercha un signe, quelqu’un, une silhouette, même une ombre sur laquelle il pourrait se jeter, chercher une maigre consolation. Il se demanda où était sa jolie sœur, ce qu’elle était devenue depuis qu’il l’avait jetée. N’était-ce pas ce qu’il avait fait, après tout ? Elle était partie et il ne l’avait pas retenue. Comment pourrait-il s’excuser ? Il aurait tant aimé qu’elle soit là pour lui dire que tout irait mieux. Il n’y croirait pas, évidemment, mais il voulait l’entendre dire son nom, le soutenir dans cette épreuve. Le soutiendrait-elle ? Il n’en était même pas sûr.

La douce odeur de Naëlle revint se poser sur son nez. Il inhala son parfum et rouvrit les yeux sur le monde, le vrai monde. Celui où sa sœur n’était plus à ses côtés, celui où il avait abandonné sa meilleure amie. Qu’était-elle devenue depuis tout ce temps ? Pendant que lui enchaînait les bêtises, qu’avait-elle fait de sa vie ? Lui pardonnerait-elle son absence ? Il n’était pas sûr de le vouloir. Au fond, il couvait l’envie folle d’être désigné responsable, d’être grondé, ramené à sa place avec autorité. Tout était de sa faute. Naëlle, oui, sa belle Déesse était la seule à pouvoir se permettre de le recadrer. Il en avait besoin.

La jument pie apparut dans son champ de vision, plus près qu’il ne l’aurait cru. Comment avait-il fait pour ne pas la voir ? Naëlle souffla sur son chanfrein et l’étalon ferma les yeux. Sa chaleur l’apaisa quelque peu. Ses sanglots se calmèrent légèrement. Il rouvrit les yeux, détailla cette inconnue qui lui faisait face. Car c’était presque cela qu’il avait en face de lui. Une inconnue. Elle avait tant grandi ! Loin de lui et de sa bêtise. Peut-être devrait-il fuir pendant qu’il en était encore temps, pour la préserver du mal qu’il finirait par attirer sur elle. Un sourire triste étira ses lèvres.

Aurore Opéra eut soudain l’envie d’être égoïste. Tant pis pour le mal, la douleur ! Il ne voulait pas quitter la belle Naëlle. Il voulait la garder pour lui, près de lui. Cet amour qui naissait au fond de son cœur n’avait rien de sain. Déjà, il brûlait tout sur son passage. Cet amour ne le sauverait pas du désespoir. Au contraire, il ne ferait que l’y jeter avec plus de force. Tant pis pour cela aussi ! Aurore tendit les naseaux, glissa son nez sous la crinière bicolore, inspira ce parfum, cette chaleur qu’elle dégageait.

Tu es plus grande que moi, souffla-t-il tout bas. C’est toi qui as gagné.

Le rouquin ne voulait pas s’abriter. Faire face au froid lui rappelait que lui, il était toujours vivant, que sa fille n’avait pas eu cette chance. Sous l’invective de Naëlle, pourtant, il se mit en marche. Il suivit la jument sans regarder vraiment où il allait. De temps en temps, il se rapprochait d’elle, cherchait de la force dans sa présence, dans la chaleur de son corps d’adulte. Puis il s’éloignait d’un pas, le cœur serré sur plusieurs sentiments. Il ne la quittait pas du regard, comme si le simple fait de cligner des yeux pouvait la faire disparaître.

Le vent sifflait dans la carcasse de bateau, mais les bourrasques ne les atteignaient plus. Aurore reporta son attention sur son environnement. Il fit un écart au dernier moment alors qu’il passait trop près d’un bord tranchant ce qui le ramena tout près de la jument pie. Irrémédiablement, il se concentra sur elle, sur les différences entre son corps d’adulte et son corps d’enfant. Il essaya d’imaginer tout ce qu’il avait pu louper, ce que son absence signifiait. C’était bien Naëlle qui l’accompagnait en cette tempête de neige dont ils n’avaient, ni l’un ni l’autre, pas envie de profiter. C’était aussi Naëlle qui l’avait dévisagé si longuement tout à l’heure, sans avancer à son encontre. Aurore se recula précipitamment de la belle jument et détourna le regard, trop lâche pour affronter la moindre accusation.

Je suis parti longtemps. (Les larmes revinrent pointer au bord de ses yeux sans oser couler sur ses joues.) Je suis désolé… Tu m’as manqué.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyLun 11 Fév 2019 - 12:43

L’étalon enfoui son nez parmi les longs crins de la jument, qui ne bougea pas, elle ne savait pas trop si elle avait envie de ce contact ou pas, si elle devait le laisser faire ou le repousser mais au fond cela importait peu, parce que pour le moment, il avait besoin d’aide et de soutien. Peut-être ne le méritait-il pas vraiment, mais Naëlle ne pouvait se résoudre à le rejeter alors qu’il était en pleurs, qu’il avait besoin d’une bouée de sauvetage à laquelle se raccrocher durant cette tempête. Elle l’avait vu plonger tête baissée dans la mer agitée, et elle ne voulait pas prendre le risque qu’il y retourne et que plus jamais il n’en ressorte. Et au vue de son état suite à cette baignade, il avait surement grand besoin de la moindre source de chaleur qu’il pouvait trouver. Elle ne put s’empêcher de sourire à ses paroles.
 
« - Je t’avais prévenu que ça allait être le cas. Attends un peu que je te batte à plates coutures avant de me donner la victoire. »
 
Elle se recula, perdant le contact physique qu’elle avait avec lui et maintint son sourire durant quelques secondes, essayant de le réconforter du mieux qu’elle le pouvait. Leur court trajet qui les menaient jusqu’à la cale du bateau le plus proche fut plus long qu’elle ne l’avait imaginé. Aurore marchait lentement et à un rythme irrégulier, la pie s’efforçait d’avancer lentement bien qu’elle n’avait qu’une hâte, se mettre à l’abri. Le froid commençait à engourdir ses membres et à lui arracher quelques frémissements. Elle regardait derrière elle régulièrement, s’assurant que l’étalon roux continuait de la suivre et n’était pas parti faire un autre baptême de plongée. Leur arrivée dans la cale fut un soulagement, autant parce qu’elle était enfin débarrassée de ces flocons et des bourrasques de vent que parce qu’Aurore était désormais hors de danger.
 
Ce soulagement cependant fut de bien courte durée, l’étalon roux se mit à s’excuser en manquant de se remettre à pleurer. Encore une fois, Naëlle ne savait trop comment réagir. Avait-elle perdu tous ses moyens? Pourquoi avait-elle cette impression d’avancer en terrain miner et n’osait pas mettre un pied devant l’autre? Cela ne lui ressemble pas! Elle avait envie de réconforter l’étalon, de le rassurer, lui dire que tout cela était derrière eux désormais, mais elle voulait aussi lui faire part de toute la déception et même de la colère qu’elle avait ressenti à cause de son absence. Elle ne pouvait pas garder cela pour elle indéfiniment et faire comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, il fallait qu’il sache. Il lui fallait simplement savoir comment le lui dire pour qu’il comprenne, pour qu’elle se débarrasse de ce fardeau sans pour autant lui infliger le coup de grâce. Mais parmi toutes les possibilités qui lui traversaient l’esprit, il lui semblait que toutes allaient blessés l’étalon déjà bien amoché. D’ailleurs, elle voulait toujours savoir d’où venait cette blessure sur son poitrail, mais elle verrait cela plus tard.
 
« - Je t’ai longtemps attendue Aurore… »
 
La jeune pie releva les yeux vers l’étalon, essayant de sonder son visage et son regard pour déterminer si elle devait continuer ou pas. Mais le visage de celui-ci était déjà emprunt d’une telle tristesse qu’elle ne pouvait savoir s’il allait atteindre son point de rupture ou pas. Elle poussa un long soupir avant de reprendre.
 
« - …Mais tu n’es jamais venu. Tu en as loupé des choses tu sais. »
 
C’était indéniable. La dernière fois qu’ils s’étaient vu, elle n’était qu’une pouliche d’un an pleine de rêves et d’espoir, qui ne pensait qu’à jouer. Là voilà maintenant jument, grande et bien développée, devenue dominante des Terres Secrètes. Elle est désormais sa dominante, celle à qui il est censé prêter allégeance, mais il ne le sait sans doute même pas.
 
« - Où étais-tu tout ce temps? Je t’ai cru mort à partir d’un moment, je pensais ne plus jamais te revoir. »
 
Ça y est. La jeune pie commençait à vider son sac, à dire ce qu’elle a sur le cœur et par la même occasion, à perdre son sang froid. Sa voix comme son regard s’étaient imprégnés de colère et le mâle allait devoir faire avec.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyMar 12 Fév 2019 - 11:33


Combien de temps était-il parti ? Aurore Opéra eut beau sonder les ténèbres de la tempête, rien ne lui indiqua le nombre de jours, de mois, d’années ? Il ne savait plus. La recherche de Commedia lui avait pris un temps considérable. Il n’avait plus pensé qu’à cela pendant plusieurs semaines. Il était resté longtemps à errer sur les Terres de la Vie, à se faire chasser par les couples heureux et amoureux. Il ne faisait pas partie de ce monde-là. Son couple n’en était pas un, l’amour ne les étreignait pas, le bonheur… il l’avait perdu dans le dernier souffle de sa fille.

Naëlle parla. Ses mots se plantèrent dans la plaie du rouquin. Ils s’insinuèrent dans son poitrail, se fichèrent dans son cœur détruit. Elle l’avait attendu. Elle, seulement elle. La nouvelle le gonfla d’une joie qu’il ne voulut pas goûter. La vague de chaleur remonta sa gorge et inonda sa bouche sans lui demander son avis. Cet amour-là, il le voulait tant ! Et le rejetait tout autant. Ce n’était pas le moment. Face à ces contradictions, Aurore ne put les retenir plus longtemps. Ses larmes se poussèrent les unes les autres, brouillèrent sa vision et roulèrent sur ses joues.

Je…

Il n’avait aucun mot pour s’excuser. L’étalon se détourna. Il était trop tard pour cacher sa détresse à la jument, mais il ne voulait pas affronter sa colère. Elle le blessait plus qu’il ne l’aurait pensé. Il voulait qu’elle fasse parler sa haine, qu’elle le rende responsable, qu’elle l’accuse. Coupable ! Mais les faits, la vérité dépassaient tout ce qu’il avait imaginé. Les mots de la jument n’avaient rien de réconfortants, d’encourageants. Ils le poussaient au fond du gouffre. De ce gouffre qu’il ne pourrait jamais remonter. Ce gouffre au fond duquel les grands yeux noirs de sa fille continuaient de le fixer, de lui crier qu’il ne devait pas tuer. Il en crevait d’envie, pourtant.

Aurore Opéra laissa glisser son regard sur la cale du bateau. Il n’apercevait qu’une grosse masse sombre entre ses larmes. Comme un démon prêt à le dévorer, ce dragon qu’il avait autrefois cherché, celui qui grogne et crache de la brume. L’étalon fit un pas en avant, chercha dans cette silhouette informe un signe, quelque chose qui lui crierait qu’il pouvait se laisser aller, continuer à avancer. Un murmure, un simple chuchotement pour l’attirer, lui promettre le repos éternel. Le rouquin se tourna vers Naëlle. Il ne méritait aucun repos.

Je cherchais quelqu’un.

Le roux s’arrêta là dans ses explications. Les prochains mots de la jument pie lui arrachèrent la moindre réponse. Elle l’avait cru mort. Il accusa le coup, détourna le regard de la silhouette pie. Déjà, ses larmes commençaient à se tarir. Il n’avait plus d’eau à donner. Sa Déesse pensait ne plus jamais le revoir. L’information l’attrista plus qu’il ne l’aurait cru. Il la revoyait, au loin, immobile, ses beaux yeux fixés sur lui. A quel point lui en voulait-elle pour ne pas être venu à son encontre ? Lui se serait volontiers jeté à ses pieds. Ça n’aurait pas été la première fois que ça arrivait.

Aurore Opéra détourna le regard sous la force de celui de Naëlle. Sa belle Déesse lui en voulait tant… Il voyait la colère qui prenait possession de ses traits de jument. Pourrait-elle jamais lui pardonner ? L’étalon ne savait plus que dire pour qu’elle comprenne, qu’elle crache sa haine sur lui une bonne fois pour toute. Que ferait-elle, ensuite ? L’obligerait-elle à quitter sa vie ? Aurore n’en avait pas envie. Au fond de lui, l’amour continuait à brûler, même s’il essayait d’y résister. Il voulait rester à ses côtés. Mais à quel prix ? Un bruit dans la carcasse de bateau lui arracha un frisson. Il tourna la tête, fouilla les ténèbres. Il couva l’envie folle, impossible, de voir une petite tête pie alezan pointer son nez. Sortir de l’ombre et courir vers lui, un sourire béat sur les lèvres. Cela n’arriverait jamais. Opéra revint à Naëlle. Tant de colère dans ses yeux noirs. Il préférait quand ses yeux riaient. Lui n’avait plus la force de rire.

Je cherchais Commedia Dell’Arte, avoua-t-il du bout des lèvres. J’ai cru que… Non, j’aimais en elle ce qu’elle n’était pas. Elle s’est servi de moi… (Sa voix se brisa sur le souvenir du diable enragé qui s’écrasait sur l’ange fragile.) Mais j’étais prêt à l’accepter, à assumer. Je l’ai cherchée partout, sans la trouver. Quand, enfin, je l’ai vue, il était trop tard. Ma fille…

Aurore croyait en avoir fini avec les larmes, mais les souvenirs refluèrent en lui et une vague puissante le submergea. Il se perdit à nouveau dans son chagrin. Il n’y trouva aucun réconfort, seulement le désespoir, immense. Il était coupable autant qu’Ezekiel, mais pouvait-il le dire à Naëlle ? Lui crier à quel point il avait du sang sur les mains ? La supplier de l’abandonner, de ne jamais le recroiser ? Il en eut envie, se gonfla d’un reste de courage qui dormait quelque part en lui, puis recracha le tout dans un soupir vain. Il n’y arriverait pas. L’égoïsme remontait aussitôt. Il ne voulait pas que la Déesse s’éloigne. Il avait besoin d’elle à ses côtés.

Après tous ces sentiments vint la haine, puissante, dévastatrice. Il la goûta, se souvint de la violence qui gonflait en lui à chaque fois qu’il repensait au démon flamboyant. Il s’en nourrit et serra les dents, prêt à affronter les reproches de la jument pie. Pourtant, quand le constat tomba, il ne resta que la tristesse et l’impuissance qu’il échappa d’un souffle :

Il l’a tuée.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyVen 15 Fév 2019 - 10:38

Ce n’était surement pas la meilleure chose à faire. L’étalon souffrait déjà, il était déjà rongé par dieu sait quel mal et était déjà tourmenté, il n’avait pas besoin d’un nouveau poids, de nouveaux reproches, il n’était surement pas prêt à recevoir la colère de quelqu’un, à entendre des accusations, à savoir qu’il a déçu, qu’il a loupé tant de choses, que son amie à continuer sa vie sans lui, qu’elle est devenue une jument qu’il ne connait pas… mais Naëlle en avait besoin, elle se devait de le faire. Après tout le temps qu’elle avait passé à l’attendre, toutes ces déceptions, ce sentiment d’abandon, puis l’inquiétude qu’elle avait ressentie en pensant qu’il lui été surement arrivé quelque chose, voir qu’il était mort, elle ne pouvait désormais faire comme si rien de tout cela n’avait exister, s’efforcer à réconforter Aurore, lui dire que tout ira bien et lui sourire comme elle le faisait quand elle était pouliche. Pas tout de suite. C’était peut-être égoïste, mais cela importait peu, elle serait alors une égoïste soulagée de toutes ces pensées négatives qui la suivaient depuis trop longtemps maintenant et qu’elle avait à présent l’occasion de déverser.
 
L’étalon se remit à pleurer mais cette fois, la jument pie n’en fut pas troublée. Elle évacuait sa colère et sa frustration, lui sa souffrance et remords. Chacun son problème, chacun sa façon de s’en libérer.
 
Le rouquin prit la parole. Il cherchait quelqu’un. Qui? Pourquoi? Pourquoi y avait-il passé autant de temps? C’est cette personne qui lui a infligé cette blessure? Avait-il quitté Horse-Wild? Trop de questions se bousculaient dans la tête de la pie et elle était certaine que l’étalon n’était pas prêt à tout lui dire. Pourtant elle voulait les réponses, elle les méritait après tout, non? Il reprit la parole par lui-même et lui apporta quelques éléments. Il avait cherché Commedia Dell’Arte, dont il était tombé amoureux alors qu’elle s’était jouée de lui. Cette jument avait définitivement un gros problème, pourquoi passait-elle son temps à jouer avec ses interlocuteurs et à les manipuler pour ainsi les mettre dans des situations délicates? Naëlle allait surement devoir avoir une conversation sérieuse avec la demoiselle, elle ne voulait pas que cette dernière mette les Terres Secrètes sans dessus-dessous en montant les membres les uns contre les autres, en les mettant en danger ou en les mettant dans des situations pas possibles. Aurore mentionna une fille et Naëlle en resta bouche bée. Il avait eu une fille avec Commedia? Pendant que la pie avait perdu son mentor, mort devant elle sans qu’elle ne puisse rien y faire, pendant qu’elle avait eu besoin de soutien alors qu’elle venait d’être nommée à la tête des Secrets sans y être préparée, pendant qu’elle pensait que son meilleur ami était mort, ce dernier était en train de s’adonner à des sauteries et à courir après son amante ?!
 
Une vague de chaleur s’abattit sur la jeune jument. La colère qu’elle avait à l’encontre de l’étalon roux ne fut que décuplée par cet apport d’informations et le feu été attisé par un peu de jalousie dont elle ignorait la provenance. Sans vraiment s’en rendre compte, ses oreilles se baissèrent à allèrent se poser contre ses crins et ses membres commencèrent à trembler légèrement, sous le coup de la nervosité. Elle n’en voulait pas à Commedia, elle avait voulu quelque chose, avait fait en sorte de l’obtenir et même si elle avait profité de la naïveté et de la faiblesse d’Aurore, il était le seul responsable de ces actes. Mais elle en voulait terriblement à l’étalon. Elle s’était inquiétée, était persuadée qu’il avait traverser des moments difficiles, mais il s’était lui-même jeté à corps perdu dans cette situation. Elle pensait qu’il était un étalon bien, qu’il était différent, mais pas du tout, il saillissait la première jument en chaleur venue, la première qui lui faisait du charme. Il n’est qu’un étalon faible comme tous les autres. Elle pensait qu’elle comptait pour lui autant qu’il comptait pour elle, qu’en tant que meilleur ami il serait toujours présent à ses côtés, d’autant plus depuis qu’il avait intégré les Secrets, mais elle s’était trompée sur toute la ligne. Il préférait courir les jupons. Elle s’était promis, bien avant d’arriver sur Horse-Wild, de ne faire confiance à personne et surtout, de ne s’attacher à personne pour ne pas risquer d’être déçue ou trahie. Elle aurait mieux fait de s’y tenir. Il semblerait que Rose Madder soit la seule à qui elle puisse se permettre une telle dérogation à ses principes.
 
Aurore reprit la parole une nouvelle fois. Naëlle ignorait totalement qui était le « il » qu’il venait de mentionner, mais désormais elle ne voulait plus aucune réponse, elle ne voulait rien savoir de plus, ce qu’elle savait était déjà bien suffisant. Sa fille était donc morte, tuée par quelqu’un ou quelque chose. Pauvre petite, à peine née et déjà passée de vie à trépas.
 
« - Je suis désolée pour ta fille. »
 
La voix de la jeune pie était froide et ferme comme jamais elle ne l’avait été auparavant, sa colère transparaissait à travers son regard, son corps tendu et tremblant mais également par cette voix. Cependant elle était vraiment désolée pour la petite, qui n’avait rien demandé, n’avait même pas demandé à naitre et n’y était pour rien si elle avait un père trop jeune et inconscient ainsi qu’une mère irresponsable.
 
« - La prochaine fois tu sauras que c’est avec sa tête qu’il faut réfléchir avant d’agir. C’est triste qu’il faille qu’une vie soit enlevée pour que tu te rendes compte de tes erreurs. »
 
Sur ces mots elle se détourna du mâle, s’enfonça dans la cale du bateau, s’éloignant ainsi de l’endroit par lequel ils étaient entrés et où le vent s’engouffrait avec force et de l’étalon par la même occasion.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyDim 17 Fév 2019 - 11:27


Elle avait été tuée. Sa petite fille, cette minuscule chose qui avait eu tant de mal à se lever ! Un ange bancal qui s’était approché du diable, avait tendu ses naseaux de soie fragile, appelé à elle une âme plus sombre que les enfers. Attiré par la lumière d’une robe lumineuse, la belle enfant n’avait pas vu les ombres remuer, se tordre, gonfler. L’innocence avait été croquée, avalée tout rond et aussi vite recrachée sur l’herbe givrée. Un tel traitement… Personne ne pouvait le mériter. Personne.

Les yeux noirs d’Aurore rencontrèrent ceux de Naëlle. Il s’imprégna de sa haine, de cette colère qui brillait au fond de ses pupilles. Ah… Il s’y attendait, l’avait cherché du plus profond de son cœur. Pourquoi, sinon, aurait-il présenté les choses dans ce sens-là ? Pourquoi commencer par l’abandon, une quête idiote et un nom ? Pourquoi ne donner le fait le plus important, le plus marquant, que caché derrière des étapes secondaires ? Avait-elle besoin de savoir tout ceci, tous les détails ? Aurore Opéra aurait aimé tout lui dire. Il voulait croire qu’elle pourrait comprendre. Même sans comprendre, Naëlle restait son amie et il voulait qu’elle soit au courant. Il ne voulait pas lui mentir.

Sauf qu’elle-même mentait.

Opéra laissa passer la phrase, avala les mots sans répliquer. Au fond de lui, le feu continuait de gronder. Quelques flammes remontaient le long de sa gorge et lui brûlaient la langue. Il retint tout en lui, détourna les yeux pour ne pas affronter ce mensonge. Finirait-il comme son père ? Il s’imagina l’image décharnée d’Ungo, son corps cabossé, ses reflets clairs-obscurs. Ses yeux noirs qui accusaient. Son père détestait les mensonges plus que tout au monde. Il crachait sur eux, les roulait dans la boue, les écrasait. Que dirait-il, face à Naëlle et le plus gros mensonge de sa vie ? Aurore Opéra baissa la tête. Il ne tint plus.

Non. (Sa voix vibra de sentiments.) Non, tu ne l’es pas.

Le dire ouvra une nouvelle vanne dans le cœur du rouquin. La douleur explosa, lui coupa le souffle. Il eut du mal à résister, à ne pas se laisser emporter. Naëlle n’était pas désolée. Au fond d’elle, aucune compassion pour quelqu’un qui n’avait rien demandé. Ses yeux ne brillaient d’aucune tristesse. Elle n’était pas désolée. Peut-être le croyait-elle, mais ce n’était pas le cas. Dans ses prunelles, il n’y avait que la haine, profonde, puissante. Une haine qu’Aurore connaissait bien. Il l’affrontait sans cesse dans les beaux yeux de sa sœur cadette. La jalousie était un vilain défaut, disait-on. Lui-même ne manquait pas de l’être, jaloux. Il savait ce que cela faisait. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de condamner cette jalousie-là.

Naëlle lui reprochait tant de choses… Mais il fit face sans réagir, comme un roc solide en pleine tempête. La tempête de neige continuait de vrombir en dehors de l’épave. L’étalon acceptait les critiques de la jument. Il se les était déjà faites. Il savait où commençait sa responsabilité dans l’histoire, qu’il était plus coupable que le meurtrier lui-même. Néanmoins, il jugea que ces reproches-là n’avaient pas leur place dans la bouche de la jument pie. Il darda sur elle ses yeux noirs, la fixa sans détour, laissant parler la déception qui grondait en lui. L’amour en lui ne hurlait pas assez fort pour combattre ce qu’il s’apprêtait à faire. Tant pis. Il aurait tout le temps de regretter quand Naëlle ne voudrait plus de lui à ses côtés.

C’est vrai, déclara-t-il sur un ton las, détruit par la fatigue qui le rongeait. Mais où étais-tu pour me dire que je faisais une erreur ? Que faisais-tu pour me protéger de ce mal ? Tu n’étais pas là. Tu n’as pas essayé de me ramener à la raison. N’est-ce pas le rôle d’une amie ? Mes torts sont aussi les tiens.

Aurore Opéra détourna les yeux de la jument pie. Il voyait en elle une chose qu’il ne voulait pas voir, il devinait une autorité qu’il ne voulait pas contrer. Dans un coin de son esprit restait le souvenir d’un regard échangé avec le dieu des Terres Secrètes. Il s’en était inquiété, à l’époque. Une inquiétude qui n’avait rien à voir avec celle qu’il ressentait à présent et menaçait de l’étouffer. Son amie avait-elle essayé de lui cacher des choses qu’il n’aurait pas voulus entendre ? Ce mensonge qu’elle venait de lui donner… n’était-il que le dernier d’une longue série ? Aurore se sentit trompé, déchiré par ce constat. Combien de ses proches s’amusaient à le piétiner ?

Où étais-tu ? (Suspicion et accusation au fond de ses yeux qu’il gardait obstinément fixés sur la tempête de neige. La vérité lui faisait plus peur qu’il ne l’aurait cru.) Tu m’as cru mort, mais tu ne m’as pas cherché. (Douleur au fond de son cœur.) Que… Non. Qu’importe ce que tu essaies de me cacher. Il est trop tard. Tu ne me pardonneras jamais et je l’accepte. Je l’ai bien cherché.

Un sourire amer étira ses lèvres. La proximité de la jument le rendait nerveux. Il avait mal partout, autant physiquement que mentalement. Il se sentait tiré entre plusieurs envies, plusieurs sentiments. Pourtant, aussi étonnant que cela lui parut, une seule chose semblait harmoniser ses sentiments, calmer ses contradictions et s’unir d’une seule voix. C’est la meilleure… Non, la seule chose à faire, lui disait-on. Alors Aurore Opéra mit ces ordres à exécution. D’un pas las, détruit par une vie qui allait trop vite pour lui, il s’avança vers l’entrée de la carcasse, se laissa attirer par les cris de la tempête.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptySam 2 Mar 2019 - 19:30

L'étalon roux assura a Naëlle qu'elle n'était pas désolée. Elle le savait au fond, mais elle avait voulu se convaincre qu'elle l'était. C'était normal d'être désolé lorsque l'on apprend la mort de quelqu'un, qui plus est d'un enfant, le premier et seul enfant de son meilleur ami. Pourquoi alors ne l'était-elle pas? Pourquoi la colère qu'elle ressentait prenait ainsi le dessus sur tout le reste? La jeune jument craignait de perdre toute empathie. Est-ce que quelque chose cloche chez elle? Surement que non en fait. Après tout, cette petite elle ne l'a pas connue, elle a à peine pris connaissance de sa naissance que déjà elle apprenait qu'elle était morte, elle n'avait même pas eu le temps de réaliser qu'Aurore était devenu père que déjà sa descendance n'existait plus. Comment aurait-elle pu éprouver de la tristesse simplement en imaginant la mort de quelqu'un qui a à peine existé quelques microsecondes dans son esprit, qui n'a pas de nom, pas d'image, rien qu'une imagination d'un mini Aurore-Commedia mort. Il avait raison. Il arrivait surement à voir toutes ces émotions à travers son regard, elle n'imaginait pas être aussi expressive que cela.

Et puis l'étalon changea de comportement, fini les pleurs, place aux reproches. Il venait de prendre les armes et asséna à la jeune pie des coups auxquels elle ne s'était pas préparée. La colère qu'elle ressentait lui donnait l'envie de répliquer, encore et toujours. Elle voulait dire au mâle qu'il était assez grand pour se débrouiller seul, que c'était certes son rôle de l'aider dans les épreuves de la vie et de le conseiller, mais pas de le materner et lui dire quoi faire en toute circonstance, ce n'est pas à elle de choisir ses fréquentations, de lui dire que la jument dont il croit être amoureux se joue de lui, de lui dire avec qui il doit et ne doit pas faire de poulains. Elle voulait lui dire qu'elle avait bien d'autres choses à faire que de le protéger de sa propre bêtise à longueur de temps et que même si elle voulait être là pour lui, elle ne pourrait pas l'être à chaque instant, qu'il fallait qu'il grandisse. Mais elle ne le pouvait pas. Parce que dans un sens, il avait raison. Elle y avait pensé une fois, qu'il pourrait lui faire exactement les mêmes reproches, qu'elle faisait passer sa quête à la dominance, sa nomination, l'annonce de la nouvelle aux membres du troupeau, l'instauration de son autorité et tout ce qui allait avec son nouveau rôle avant le besoin d'aide potentielle d'Aurore. Elle s'était demandée si elle était égoïste, sans en trouver la réponse. Elle l'avait maintenant, sa réponse.

Ce qu'elle essayait de lui cacher? Son nouveau statut hiérarchique. Elle se souvenait de la conversation qu'ils avaient eu sur cette même plage, quand Aurore se jouait d'elle en disant qu'il ferait mieux de s'éloigner d'elle tout de suite avant que son ambition ne prenne trop de place, avant que le pouvoir ne la corrompe. A cet instant elle s'était promise de lui donner tord, qu'elle ne deviendrait pas ce genre de personne, qu'elle lui montrera qu'elle est différente et lui fera changer d'avis à propos des dominants. Il semblerait qu'elle n'y était pas parvenue et que cette fois là encore, il avait eu raison. C'était cela qu'elle voulait lui cacher et désormais elle avait honte. Honte d'elle et d'être devenue ce qu'elle s'était promise de ne jamais devenir.

Aurore était parvenu à inverser la situation. Naëlle venait de rendre les armes et c'était elle, qui avait l'impression de devoirs des excuses, dont elle était persuadée qu'il n'accepterait jamais.

"- Aurore attends!"

Elle se jeta littéralement sur lui pour l'empêcher de sortir et vint se placer devant lui, bloquant toute issue. Elle sentait le vent, le froid et la neige au niveau de son arrière main mais n'y prêta pas plus attention, de toute façon elle retournerai bientôt se remettre à l'abri au fond de la cale, avec ou sans l'étalon. Mais elle ne pouvait le laisser partir sans lui avoir dit tout ce qu'elle avait sur le cœur. Elle planta son regard dans celui du rouquin pendant quelques secondes puis détourna les yeux avant de prendre la parole, elle ne voulait pas affronter son jugement de pleine face. Elle prit une grande inspiration et se lança dans la fosse aux lions.

"- Tu as raison Aurore... Tu as raison sur tout. Je ne suis pas désolée pour ta fille. Tu n'es pas le seul fautif dans cette histoire et je partage les mêmes tords que toi, j'en ai bien conscience. Et il y a effectivement quelque chose que je te cache, tout simplement parce que je ne voulais pas te décevoir mais... il semblerait que je ne puisse tomber plus bas dans ton estime alors..."

Elle releva les yeux et observa le visage du mâle avec attention, finalement, elle voulait le voir et l'affronter, ce jugement.

"- Je suis devenue dominante des Terres Secrètes. Et si j'avais tant besoin de toi, c'est parce que l'étalon qui fut mon mentor est mort devant moi sans que je puisse rien y faire et qu'ensuite, cette nomination inattendue par Poséidon m'a donner de grosses responsabilités que je ne voulais affrontées seules."

Elle tressaillit, à cause du froid mais également à cause de l'appréhension qu'elle ressentait.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyDim 3 Mar 2019 - 9:44


Aurore Opéra regrettait tant de choses dans sa vie qu’il ne savait plus comment accepter ses regrets et vivre avec. Le pouvait-il ? Il avait l’impression d’enchaîner les erreurs. De ces erreurs que l’on ne peut pas réparer, peu importe à quel point l’on essaie. Ses principes ne faisaient que lui pourrir la vie. Il en oubliait de suivre celle des autres, d’ouvrir grand ses yeux noirs pour regarder ceux qu’il aimait s’épanouir. Son entêtement lui avait volé la croissance de sa sœur, ainsi que celle de Naëlle. Maintenant, il se leurrait face à une jument plus forte que lui et, à nouveau, on l’empêchait de constater les effets du temps sur la pouliche qui aurait dû être la plus importante jument de sa vie. Tout cela… Qu’est-ce que cela faisait de lui ? Un idiot ? Un malheureux ? L’être le plus malchanceux du monde ? Ou le plus malveillant ? Il ne faisait que semer les cris et les pleurs derrière lui. Qu’y avait-il de bien chez lui ?

La tempête gronda sous ses yeux tristes. Il releva des billes noirs brillantes d’émotion pour admirer la rage du monde. Peut-être était-ce lui, que la tempête essayait de déloger. Peut-être Poséidon ne voulait plus de lui sur ses terres. Il s’était trompé en l’appelant à lui. Un dieu pouvait-il se tromper ? Aurore n’y croyait pas, avant. La réalité des événements changeait tout à cette certitude. Soit son dieu s’était trompé sur son compte, soit il s’était trompé sur la folie d’Ezekiel. Sinon, pourquoi aurait-il laissé mourir une Secrète ? Opéra ne voulait pas croire qu’il existe une réponse à cette question.

L’appel de Naëlle lui déchira le cœur. Le rouquin ralentit le pas, se retint de justesse de jeter un coup d’œil vers elle. Il ne pourrait plus fuir s’il la regardait à nouveau. Il n’en aurait pas la force. Il était lâche, faible. Il n’avait rien du mâle qu’il avait toujours aspiré à devenir. Comment avait-il pu se tromper à ce point, échouer ? À quoi bon perdre tout ce temps ? Tant creuser la distance entre lui et ses aimées ? Tout ceci n’avait servi à rien. Il restait un poulain naïf, perdu et si fébrile que la tempête ne manquerait pas de le tuer.

La jument lui barra la route et le roux s’arrêta. Il voulut reculer, garder une distance salutaire entre eux, mais la pie l’attirait irrémédiablement. Il lui fut impossible de faire le moindre pas. Il aurait tant voulu son soutien ! Il se leurrait. Elle ne voulait pas le soutenir, lui assurer que tout irait bien, qu’il ne pouvait rien y faire. N’était-ce pas le rôle d’une amie ? Que faire, si Naëlle ne voulait plus être son amie ? Il sentit en lui le feu de son amour s’éteindre. Un profond sentiment de solitude s’empara de lui. Où étaient-elles, toutes ces juments qu’il aimait ? Il avait été assez bête pour se séparer de chacune d’entre elles, pour se laisser avoir par leurs mensonges et le contrôle qu’elles avaient eu sur lui. Pourtant, il ne regrettait pas. Il ne leur en voulait pas. Il rêvait tant qu’elles lui reviennent !

Aurore posa ses yeux noirs sur Naëlle. Elle fuit son regard et la tristesse s’empara de lui. Elle avoua son crime et Opéra n’en fut que plus bouleversé encore. L’entendre de sa bouche perça un trou dans son corps jusqu’au plus profond de son âme. Elle n’était pas désolée et lui l’était trop. Toujours désolé de tout le mal du monde, même celui qu’il n’avait pas fait. Avaient-ils toujours été si différents ? L’aveu suivant l’acheva tout à fait. Le mâle perdit de son maintien, il se ratatina sur lui-même et retint mal un couinement derrière ses lèvres serrées. Sa belle amie, sa Déesse des Secrets des fonds marins, la petite Naëlle innocente dans ses jeux d’enfant lui avait menti.

Plus que la déception vint les questions et avec elles le désespoir de ne pouvoir leur trouver une réponse. Naëlle ne lui faisait-elle pas assez confiance pour lui confier ses secrets ? Il aurait tout voulu lui dire de sa propre vie. Il avait cru qu’il pouvait lui dévoiler le mal qui le rongeait, ses doutes, ses erreurs. Il voyait bien que ses envies de transparence n’étaient pas partagées. Et cela le bouffait. On lui avait dit de ne pas trop se reposer sur le monde, de faire attention à ce qu’il disait. Pourtant, il avait cru pouvoir trouver une amie avec qui il pourrait parler de tout. S’était-il trompé ? Visiblement, la jument pie ne voulait pas de lui dans ce rôle-là.

Me décevoir ? Tomber dans mon estime ?

Aurore réfléchit au mal qu’elle aurait pu faire. Il n’arrivait pas à trouver un acte si terrible qu’il ne pourrait pas lui pardonner, la soutenir. Il voulut se persuader que rien au monde ne pourrait effacer l’amour et l’amitié qu’il ressentait pour la jument pie. Au fond de lui, il se sentait même capable de la défendre si on l’accusait de meurtre. Il existait toujours des circonstances atténuantes. Non ? De la légitime défense, ou quoi que ce fut pour atténuer un tel drame. Il avait été prêt à la protéger d’un dieu. D’un dieu !

Il s’apprêtait à lui dire qu’elle se trompait, qu’il ne pourrait jamais penser tant de mal d’elle, qu’il regrettait déjà les mauvais mots qu’il venait de lui dire. Il avait parlé sur le coup de la colère, il n’en pensait rien ! Il était seul fautif. C’était injuste, égoïste de sa part de remettre ses propres fautes sur le dos de son amie. Il n’en eut pas le temps. Déjà la jument pie reprenait la parole.

Le rouquin crut entendre les pire mots de sa vie, comme une mauvaise blague qui ne tombait pas au bon moment. Il fixa sur Naëlle un regard interloqué, sans comprendre. Disait-elle vrai ? Il voulut se persuader que non, mais il savait bien que oui. Au fond de lui, peut-être l’avait-il toujours su sans arriver à se l’avouer.

Mais je ne peux pas les affronter avec toi, avoua-t-il dans un souffle. Je ne sais pas, Naëlle, je… (Il n’arrivait plus à prononcer le moindre mot. N’attendait-on pas de lui qu’il la félicite ? C’était trop pour lui.) Je suis désolé pour ton mentor. Vraiment. (Il n’avait pas idée d’une telle relation dans la vie de la pouliche et la jalousa un peu, mais il se laissa surtout submerger par la tristesse d’imaginer une telle situation. Sa belle amie, face à une mort qu’elle ne pouvait pas empêcher…) Pourquoi ?

Sa voix se brisa sur ce seul mot. Il n’arrivait pas à imaginer que l’on veuille le rôle qu’elle avait accepté d’embrasser. Depuis combien de temps couvait-elle l’envie de devenir dominante ? D’obtenir ce pouvoir que lui-même redoutait tant ? Une nouvelle réalité s’imposa à lui. Qu’allaient-ils devenir ? Il n’en avait pas la moindre idée.


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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyDim 3 Mar 2019 - 23:36

La jeune pie avait beau avoir fixer l'étalon avec attention, essayé de déterminé ce qu'il ressentait, de voir clair en lui et de pouvoir choisir les mots justes en conséquences, exactement comme il l'avait fait précédemment avec elle, elle n'y arrivait pas. Oh elle voyait très bien que la manière dont il le regardait était différente du regard qu'elle avait connu autrefois. Elle voyait bien que ce regard si joyeux dans son souvenir était aujourd'hui terne et emprunt de sentiments négatifs, mais lesquels? Il lui sembla déceler de la colère, de la peur, de la tristesse, de l'incompréhension, des regrets, de la jalousie, de la déception, de la torpeur... pouvait-on ressentir tout cela à la fois? N'y a t-il pas une limite aux sentiments que l'on peut ressentir, que ce soit en intensité ou en nombre? Si forcément, il y a une limite à tout. Tout à une fin. Alors, lesquels de ces sentiments, qu'elle avait cru déceler, n'étaient pas ressentis par l'étalon? Impossible pour elle de le déterminer, elle ne parvenait à lire en lui aussi aisément que lui semblait lire en elle.

Ce dont elle était certaine néanmoins, c'est qu'il ressentait vraiment plusieurs de ces émotions à cause d'elle. C'était elle qui lui inspirait ces sentiments et jamais elle n'aurait cru que ce soit le cas. Enfin... elle connaissait son avis concernant le statut de dominant et le pouvoir qui va avec, elle le connaissait avant même que Poséidon ne lui demande si elle acceptait le rôle et pourtant elle avait continuer de poursuivre cette quête, elle avait accepté ce rôle et avait fait l’acquisition de ce nouveau statut non sans fierté. Aurore Opéra et ses idées méritaient-ils qu'elle refuse le rôle dont elle a toujours rêve, qu'elle renonce à ce pour quoi elle est faite? Même si l'idée de perdre son meilleur amie la terrorisait, elle savait qu'elle avait fait le bon choix en acceptant la proposition du Dieu des Terres Secrètes. Elle ne regrettait pas et ne le fera pas non plus à l'avenir, quoiqu'il arrive. Après tout, en tant que meilleur ami, Aurore devrait ne vouloir que son bonheur, alors il devrait accepter cette situation. Il devrait même se tenir à côté de la jument pie pendant qu'elle occuperait son rôle, afin de s'assurer que jamais elle ne devienne imbue de sa personne et ne se considère comme supérieur à tout autre être, à cause de son pouvoir et statut hiérarchique. Il devrait être son garde fou au lieu de la laisser s'enfoncer dans les mauvais sentiers, faire les mauvais choix.

L'étalon roux prit la parole, enfin. Enfin elle allait véritablement savoir ce qu'il pense au lieu d'essayer de le deviner. Il se disait désolé pour son mentor. Il l'était, possiblement. Mais cela n'avait que peu d'importance. Tous les deux avaient traversés des moments difficiles, tous les deux avaient connus ce sentiment d'impuissance face à la mort d'un être important, tous deux connaissent quelques-unes des sept étapes du deuil. Ce n'était pas cela que Naëlle voulait savoir. Une question suivie. Pourquoi. Pourquoi avait-elle voulu devenir dominante? Comment lui dire? Lui avouer que c'est ce à quoi elle aspire depuis son plus jeune âge, qu'elle s'est toujours sentie supérieure aux autres, qu'elle est convaincue qu'elle est faite pour régner, que durant leurs jeux sur cette plage, elle n'était pas si innocente qu'il avait pu le croire et qu'elle avait gagné au moment où il avait prêter allégeance à Poséidon. Elle ne le pouvait pas. Du moins pas tout de suite. Pas comme cela. Elle le perdrait pour de bon sinon, c'était sûr. Elle devait pourtant lui donner des réponses, lui dire la vérité, il le mérite.

"- Depuis ma naissance, chez les Hommes, on m'a toujours dit que j'étais différente, exceptionnelle et on m'a toujours traité comme tel. Cette idée à finie par s'ancrer en moi et je suis partie, convaincue que je méritait mieux que la vie de bête de concours et de poulinière à laquelle j'étais destinée. A mon arrivée sur Horse-Wild, j'étais vraiment misérable. A ce moment là, le seul moment de ma vie où je me suis sentie faible et insignifiante, j'ai rencontré mon mentor. Malgré mon état pitoyable, il a vu en moi un potentiel énorme. Il était en quête de la dominance des Terres Secrètes et a décidé de faire de moi son héritière."

Naëlle marqua un petit temps d'arrêt, à la fois pour laisser à Aurore le temps d'intégrer l'ensemble des informations qu'elle venait de lui donner, qu'il essaye de voir où elle voulait en venir, mais aussi pour se débarrasser de ces images qui fusaient dans son esprit au fur et à mesure de son récit et des sentiments qui allaient avec.

"- J'ai donc grandit avec l'idée qu'un jour peut-être, je deviendrais l'héritière des Terres Secrètes et que si cela arrivait, des années plus tard je deviendrais à mon tour dominante. J'étais alors persuadée que c'était là ma destinée, que j'avais été faite pour ce rôle. Sauf qu'à peine mon corps de pouliche abandonné, mon mentor est mort dans un terrible accident et Poséidon s'est présenté à moi, disant que j'étais celle qu'il avait choisi pour veiller sur ses Terres et son troupeau."

Elle s'approcha d'un pas , réduisant encore un peu la distance qui existait entre elle et Aurore Opéra et elle planta son regard dans le sien. Elle voulait qu'il comprenne, s'il arrivait vraiment à lire en elle comme dans un livre ouvert, elle espérait qu'il verrait ce qu'elle ressent et qu'il comprendra. C'était sa seule chance de pouvoir le garder à ses côtés comme meilleur ami.

"- J'ai grandit avec l'idée que ce rôle était le mien et en plus, je ne pouvais laisser tous les efforts de mon mentor vains. S'il n'avait pu atteindre ses objectifs, il fallait que moi, son héritière, le fasse."

La jeune pie cessa de parler. Elle espérait que ce long discours allait convaincre le mâle, ou du moins que cela allait l'aider à ce qu'il ne la rejette pas trop. Pas totalement.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyVen 8 Mar 2019 - 18:15


L’étalon n’arrivait pas à comprendre. Il chercha au fond de lui, au plus profond de ses souvenirs. Il remua le passé, les images des ces années passées à courir après un rêve fou qu’il n’atteindrait jamais. Il revit ses parents, comme deux démons décharnés qui se penchaient sur sa conscience pour lui rire au nez. Il se plongea dans les yeux noirs de son père, dans la tristesse qui le bouffait, l’abandon qui le tuait à petits feux. Il s’approcha du corps bicolore de sa mère, de sa robe de bronze et de ses crins d’argent. Il imagina la douleur de deux êtres écartés, rejetés par le monde dans lequel ils étaient nés. Ils n’avaient rien demandé. Leur douleur, pourtant, existait bel et bien et rien ne pourrait jamais l’effacer. Même ensemble, Aurore Opéra savait que ses parents ne pouvaient pas oublier d’où ils venaient, ce qu’ils avaient enduré.

Tout ceci à cause de quoi ? Du pouvoir que le monde croyait avoir sur eux. Parce qu’ils étaient différents, fragiles. Parce qu’ils n’inspiraient que de la moquerie et aucune crainte chez les autres. Ce pouvoir-là avait étreint les cœurs de tous, sapé le peu de gentillesse qui brûlait en eux. Ils avaient déversé sur ses parents toute la vilenie d’un monde baigné dans le pouvoir, le contrôle, la domination. Qu’y avait-il de bien là-dedans ? Aurore n’avait pas la réponse à cette question. Il ne pouvait que constater les conséquences du pouvoir sur la vie de ses parents et détester ce que le monde avait fait d’eux. Ses parents méritaient tellement mieux !

La boule au ventre, Opéra regarda Naëlle. Il sentait en elle un combat dont il ne voulait pas connaître les combattants. Il savait que tout serait perdu sinon. Il détourna les yeux, incapable de supporter plus longtemps cette hésitation. Il avait posé une question, un seul mot, rien qu’un petit mot. Pourquoi hésitait-elle tant ? Il ne voulait pas le savoir, vraiment pas.

La jument pie se mit finalement à raconter son histoire. Le rouquin la fixa à nouveau, cherchant, bien malgré lui, le mensonge dans ses mots. Il ne voulait pas penser ainsi, mais il n’arrivait pas à s’en empêcher. Au fond de son crâne tournaient en boucle les mêmes questions. Où commence le mensonge ? Où se termine la vérité ? Depuis combien de temps vivent-ils ainsi ? Aurore détourna le regard, concentra son attention sur la tempête au dehors. Il sentit l’orage gronder entre ses oreilles, tout emporter dans son esprit.

Pouvait-il imaginer une vie parmi les humains ? Non. Il sentait un fossé se creuser entre eux, impossible à traverser. Il ne savait pas ce que cela faisait de vivre avec eux, de grandir devant eux. Il voulut dire à Naëlle que c’était idiot, qu’elle n’avait besoin de rien, qu’il n’était pas question de prouver quoi que ce soit. Oui, elle était différente, exceptionnelle. Mais il se retint du moindre mot. Il savait que, grâce à ces pensées, la pouliche avait fui un monde qu’il n’enviait pas. Si elle n’avait pas cru devoir prouver qu’elle méritait mieux… Elle ne serait pas là, devant lui, aujourd’hui.

Aurore essaya de s’imaginer quel genre de personne avait pu prendre soin de son amie. Pourquoi parlait-elle « d’état pitoyable » ? Que s’était-il passé ? Les bouts manquants retenaient son attention, s’entrechoquaient les uns aux autres et le laissaient perplexe. Il n’arrivait pas à suivre le cheminement, la logique. Lui n’avait toujours eu qu’un seul but à suivre dans sa vie. S’il devait regarder en arrière, voir d’où il venait, ce qu’il avait traversé… Tout suivait toujours le même chemin. Il courait désespérément derrière son mirage, incapable de comprendre qu’il ne deviendrait jamais quelqu’un de bien.

Le roux préféra ne pas interrompre Naëlle. Il garda ses questions dans un coin de son crâne, continua d’écouter, dans un silence presque religieux, la vie mouvementée de son amie. La réponse venait petit à petit, enfonçant un pieu dans son cœur à coups de burin. Depuis le tout début, la jolie pie savait ce qu’elle voulait devenir, ce qu’elle allait devenir. Depuis le tout premier jour, elle n’avait eu que ce but en tête. Et depuis cette toute première ambition, elle n’avait eu de cesse de garder le silence, de faire semblant. Il avait tant aimé ses yeux rieurs, ses mots innocents… Non, rien n’avait été innocent. Elle l’avait manipulé et Aurore s’était laissé faire, comme à son habitude.

L’étalon garda un instant le silence. La vie de Naëlle se développait sous ses yeux sans qu’il n’en capte les images. Il ne restait de son existence que le mensonge, le pouvoir qu’elle avait eu sur lui, une ambition plus grande encore que toutes celles que le mâle avait pu rencontrer jusque là. Il n’arrivait pas à accepter un tel fossé entre eux, une telle envie de galoper dans deux directions radicalement différentes. Il n’aspirait qu’à l’anonymat, au calme et à l’amour des siens. À quoi aspirait-elle, elle ? Elle courait droit vers l’agitation, les combats, les trahisons. Certes, elle aurait des moments de joie, des sourires, des éclats de rire. Mais ses yeux noirs riraient-ils autant que ceux de l’enfant qu’il aimait secrètement ?

C’est ce qu’il a décidé ou ce que tu as décidé ? (Il cherchait à comprendre, mais savait d’avance qu’il n’y arriverait jamais.) Devenir dominante… C’est ce que tu veux ou ce que d’autres ont décidé pour toi ?

Aurore releva des yeux brillants sur la jument. Il voyait bien, dans ses mots, le contrôle que le monde avait sur Naëlle. Ou peut-être essayait-il de s’en persuader… Dans tous les cas, il était trop tard maintenant. Le choix avait été fait et rien ne pourrait jamais changer cela.

Pourquoi tu n’as rien dit avant ? Pourquoi ce mensonge ? Pourquoi le dire maintenant ?

Le rouquin détourna le regard. Il n’en pouvait plus. Ces questions le bouffaient. Il ne voulait pas les dire, mais il n’arrivait plus à les retenir. Il fallait que ça sorte, qu’il s’en débarrasse à tout jamais. Peu importait les réponses, désormais. Il ne pourrait certainement pas se sentir plus misérable qu’en cet instant, père indigne, ami indigne, frère indigne, fils indigne. Que restait-il de lui ? À peine quelques miettes que la tempête aura tôt fait d’éparpiller aux quatre coins du monde.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyVen 5 Avr 2019 - 23:28

L’étalon ne disait rien, pas à un mot, pas de question, pas de commentaire, pas de réaction. Rien. Naëlle ne savait comment interpréter ce silence. Cette fois, elle n’essaya pas de chercher une réponse, cela ne servait à rien de toute manière. Elle n’avait pas à se torturer l’esprit afin d’essayer de deviner ce qui se tramait dans la tête du rouquin, elle le saurait bien assez tôt. Lorsqu’elle aura fini son récit, lorsqu’elle lui aura fournit toutes les explications nécessaires, elle le saura, en fonction de sa décision. Rester ou partir. Elle avait parfaitement conscience de l’importance de la situation, leur relation toute entière était en train de se jouer, tel un funambule marchant sur un fil qui tomberait dans le vide et mourrait au moindre faux mouvement. La jeune pie avait beau choisir ses mots avec précaution et essayait de tout son être de convaincre le jeune mâle, elle avait pourtant l’impression de ne pouvoir rien faire, que la partie était déjà jouer. Le funambule pouvait bien être le plus doué de tous, il ne pouvait prendre son envol si on lui coupait l’extrémité de son câble. Elle avait beau essayer de sauver ce qu’il restait à sauver de la relation qu’elle entretenait avec Aurore, elle avait l’impression d’être aussi celle qui limait le fil depuis le début, attendant simplement de voir à quel moment il cèdera. 
 
Finalement, il posa une question. Il cherchait à comprendre, mais le pouvait-il? Essayait-il vraiment ou est-ce qu’il tentait simplement de tout essayer pour ne pas perdre son amie? Voulait-il seulement ne pas la perdre… elle était là, la question la plus importante aux yeux de la jeune jument pie. Peut-être que le comportement qu’elle avait eu envers lui alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, que son ambition et son égoïsme avait totalement dissuader le mâle de vouloir d’elle comme amie. Peut-être cherchait-il seulement à avoir des explications avant de lui faire ses Adieux. Naëlle sentit sa gorge se nouer à cette pensée, les images qui se formaient dans son esprit sans qu’elle n’y puisse rien n’arrangeait rien à son état. Aurore était là, comme à l’instant présent, si proche d’elle qu’il lui suffirait de tendre l’encolure pour pouvoir sentir la chaleur émanant de son corps contre ses naseaux noirs. Et pourtant l’instant d’après, il disparaissait au loin. Laissant derrière lui des paroles flottant dans l’air, résonnant en écho dans la boite crânienne de la pie. Des paroles qui lui disait qu’elle n’était pas celle qu’il croyait connaitre, qu’elle n’était plus cette pouliche dont il appréciait tant la compagnie et les plaisanteries, qu’elle n’avait rien de commun avec lui, qu’il ne voulait plus la revoir… Qu’elle qui avait tant voulu devenir dominante et l’intégrer à son troupeau, ne pourra plus interagir avec lui qu’en tant que dominante, plus en tant qu’amie. Que ce temps là était révolu.
 
Elle planta ses yeux noirs dans ceux du mâle, dont les contours étaient flous. Les yeux de la Déesse des Secrets des fonds marins s’étaient lentement recouverts d’une pellicule d’eau qu’elle contenait du mieux qu’elle le pouvait. C’est son élément l’eau après tout.
 
Déjà de nouvelles questions s’abattaient sur elle. Plusieurs, en cascade. Avec un fond d’accusation et de reproches. Il ne lui laissait aucun répit. Elle ferma les yeux, ravala ses larmes, respira lentement pour recouvrer son calme. Elle lui devait ses explications. Elle rouvrit les yeux quelques minutes plus tard, gardant cette fois son regard à hauteur du poitrail blessé de l’étalon. Persuadée d’être à l’origine d’une blessure similaire, bien que non visible, mais non moins à vif et douloureuse.
 
« - J’ai essayé de te le dire Aurore. Sur cette même plage… Mais c’est à cet instant que tu m’as fait part de ton aversion pour l’autorité, le pouvoir et la dominance. Qu’est-ce que j’étais censée faire? T’avouer que je souhaitais devenir tout ce que tu déteste en ce monde? Alors j’ai pris la décision de te cacher cette ambition, de réaliser ce souhait et d’avoir l’occasion de te démontrer que je pouvais être dominante tout en restant une bonne personne. »
Elle marqua un temps d’arrêt de quelques secondes avant de reprendre.  
« - Je ne voulais pas avoir à choisir entre mon rêve d’avenir prometteur et l’une des personnes qui compte le plus pour moi. »
 
Elle ne voulait pas non plus avoir à faire ce choix maintenant, ni même que lui le fasse pour elle. Les deux étaient compatibles. Au moins, elle essayait de s’en convaincre, car désormais, c’était son vœu le plus cher.  
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptySam 13 Avr 2019 - 10:32


Que restait-il des dernières défenses du rouquin ? Il se laissait entraîner par un flot de pensées, d’émotions, ininterrompu. Ballotté dans tous les sens, il n’arrivait pas à lutter. De nombreuses voix résonnaient tout en même temps dans son crâne. Des arguments fusaient, des hurlements, des murmures plus doux, cléments, qui appelaient au calme et à la réflexion. Avait-il le temps de réfléchir ? Aurore Opéra avait l’impression de devoir se décider tout de suite, de choisir son destin, leur avenir, dans les prochaines minutes. Ne pouvait-il reporter ce choix qui le bouffait de l’intérieur, lui coupait le souffle et faisait gronder un mal infernal au fond de son crâne ? Il ne voulait pas choisir entre ses principes et sa meilleure amie. Il ne voulait pas devoir affronter le pouvoir et ses conséquences chaque jour qu’on lui permettrait de vivre sur ces terres. Il ne voulait pas non plus se séparer de Naëlle. Il existait comme un aimant invisible qui, sans cesse, le ramenait vers elle, ses beaux yeux noirs. Pourrait-il survivre dans cette contradiction ? Aurore n’en avait pas la force.

L’étalon roux restait parfaitement immobile. Il ne savait pas où il puisait l’énergie nécessaire à se maintenir debout, à empêcher son corps de trembler, tomber, à inspirer, expirer. Au fond de son corps, son cœur souffrait de trop de maux. Il n’arrivait pas à apercevoir d’issue, d’échappatoire. Devrait-il affronter cet état le reste de sa vie ? Combien de temps pourrait-il survivre ainsi ? Il n’était même pas sûr de le vouloir encore. Autour de lui, les uns et les autres s’éloignaient lentement. Ceux qu’il aimait mourraient injustement ou se lançaient dans une quête qu’il ne pouvait ni approuver ni suivre ; même de loin, cela lui était difficile. Pourrait-il regarder la belle Naëlle se faire brûler sans réagir ? Bien sûr que non. Rien que la pensée d’une telle possibilité faisait monter une pointe de rage le long de sa gorge. Même avec cette ambition qui était la sienne, ce fossé qui se creusait inexorablement entre eux, il resterait toujours, dans un coin de son cœur, le souvenir d’une pouliche rieuse, d’une jeune adulte qu’il aimait sans vouloir se l’avouer. Il ne pouvait pas lutter contre cela. Si Naëlle avait besoin de son aide, même pour défaire un dieu de son trône divin, l’étalon roux accourrait comme le pantin qu’il était, éternellement mené par le bout du nez, plus docile qu’un chien dressé.

À l’instant où les beaux yeux de la jument pie se brouillèrent de larmes, Aurore Opéra sentit en lui monter la culpabilité. Il eut envie de se jeter à ses pieds, de demander pardon, de jurer qu’il ne la ferait plus jamais pleurer. Pouvait-il le promettre ? Ne serait-ce pas un mensonge ? Il ne pouvait pas être certain qu’un jour comme celui-ci n’arriverait pas à nouveau. Il faisait tant de mal autour de lui, qu’un jour ou l’autre, ce mal retomberait à nouveau dans les yeux noirs de sa Déesse. Si elle s’était mise à pleurer, Aurore l’aurait suivie. Il aurait trouvé, au fond de son cœur aride d’avoir trop pleuré, de nouvelles larmes à offrir au sable témoin de leur amitié, témoin de leur destruction. L’étalon aurait tant voulu tendre les naseaux, lui dire de ne pas lui donner son eau. La Déesse des Secrets des fonds marins avait besoin d’eau pour survivre. Lui se noierait, incapable de se faire une place dans le monde de la belle sirène. Mais la sirène retint ses larmes et laissa, derrière elle, le souvenir d’un miroir plaqué sur ses iris si sombres. Un miroir qui renvoyait à Opéra son image décharnée, sa posture affaissée, le sang sur son poitrail blessé. Le souvenir de deux grands yeux noirs, eux aussi, qui l’avaient fixé, vides de vie, pleins de reproches non-formulés.

L’espoir dans les mots de la belle jument planta un nouveau clou dans le cœur du rouquin. Il comprit qu’il était le seul à freiner leur relation, à redouter que tout parte en vrille, à ne pas vouloir essayer. Il avait peur et cette peur, il ne pouvait rien faire pour l’affronter. Pourrait-elle le comprendre ? Naëlle n’avait pas connu ses parents. Si elle avait su, si, comme lui, elle avait grandi avec cette image, les conséquences d’un pouvoir néfaste, aurait-elle continué de nourrir une telle ambition ? Il aimerait se persuader que non, que, comme lui, elle aurait nourri des ambitions plus simples, plus calmes. Mais qui était-il pour juger quelle ambition était meilleure qu’une autre ? Au fond, il ne doutait même pas de la possibilité que Naëlle soit tout à la fois une dominante et une bonne personne. Néanmoins, il existait une probabilité, un risque que le pouvoir ne l’aveugle, qu’elle ne prenne de mauvaises décisions, et, pire, que d’autres, jaloux, ne veuillent lui faire du mal pour lui prendre ce qu’elle a tant voulu avoir. Elle était si jeune…

Mes parents… Mes parents sont différents. Toute leur vie, ils ont été malmenés, maltraités parfois, parce qu’en les voyant, les autres ont pensé avoir sur eux un quelconque droit, un pouvoir qu’ils pouvaient utiliser à leur gré, exploiter sans s’inquiéter des conséquences. C’est face à cela que, moi, j’ai grandi. Impuissant devant les conséquences d’une vie que l’on n’imagine même pas. (Il fit une pause, regarda la tempête de neige qui hurlait au dehors ; quelques flocons flottaient calmement dans leur direction.) Ma propre mère use de ce pouvoir que mon père inspire au monde qui l’entoure. Moi-même, je l’ai fait. J’en ai tant abusé quand j’étais jeune !

Aurore Opéra s’en voulait. Toutes ces fois où il s’était débarrassé de son paternel, où il l’avait manipulé. Combien de fois avait-il vu son père, démuni, le fixer de ses yeux noirs si expressifs qu’aujourd’hui, le roux n’était plus sûr de pouvoir soutenir ce regard ? Il s’en voulait tellement ! Les regrets étaient durs à supporter. L’étalon ne voulait pas que Naëlle affronte ce genre de choses un jour. Si elle chassait quelqu’un des terres et que, finalement, cette décision menait cette personne à sa perte ou, pire, à la perte de quelqu’un du troupeau, ou de la dominante elle-même. Pourrait-elle vivre avec ce genre de regrets ? Lui n’arrivait même pas à l’imaginer.

J’ai peur, avoua-t-il tout bas, coupable de tant de choses qu’il ne savait plus les nommer. J’ai peur de ce que tu pourrais être amenée à faire, de ce que les autres pourraient te faire. J’ai peur que tu perdes à jamais cette joie qui faisait de toi la plus jolie pouliche que j’ai connue. Je ne veux pas te perdre, Naëlle. Mais cette peur… Je ne peux pas l’affronter. Je n’en ai plus la force.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyMer 8 Mai 2019 - 12:02

Aurore Opéra luttait intérieurement, Naëlle le voyait bien. Il semblait toujours être ailleurs, plongé dans le fond de ses pensées tout en ayant sur son visage, une expression tiraillée. Il était maltraité, par ses pensées, par lui même, par elle? Oui. Elle devait se rendre à l'évidence, elle le faisait souffrir en ce moment même, à cause des mensonges qu'elle a pu dire lorsqu'elle était jeune, à cause de la façon dont elle l'avait manipuler, jouant avec lui pour l'attirer au sein des Terres Secrètes, son futur potentiel troupeau alors que lui ne faisait que jouer, innocemment, sans arrière pensée, comme un enfant. La jeune pie se rendait compte à quel point ils étaient différents finalement, alors qu'elle n'était qu'une jeune pouliche, elle aspirait déjà à de hauts desseins, à un grand avenir, été lancée dans une quête de pouvoir et de rang hiérarchique qu'elle n'avait surement pas à avoir à un si jeune âge, lui au contraire, malgré son âge un peu plus avancé et la maturité associée, n'avait fait que jouer, être innocent, naïf et s'était laissé bercé par les paroles et le rire d'une pouliche qui était en âge d'être sa petite sœur. Si désormais l'étalon voulait protéger la jument des conséquences que peuvent avoir ses responsabilités, cette dernière voulait elle, protéger le rouquin de sa propre naïveté, de la trop grande confiance qu'il accorde à tout le monde.

Il prit la parole, conclusion de cette longue phase de réflexion, pour parler de ses parents. Ses parents maltraités par l'abus de pouvoir que le monde avait sur eux. Naëlle ne comprenait pas vraiment comment l'on pouvait se laisser ainsi marcher dessus par les autres, même le premier venu. N'avaient-ils pas eu l'envie de rebeller au bout d'un moment? A moins qu'ils n'en avaient pas les moyens. Mais cela n'était pas la question, la mentalité des parents d'Aurore n'était abordée que pour expliquer le mentalité du concerné. La jeune pie pouvait comprendre la façon de voir les choses qu'avait le rouquin, il avait eu droit à la vision des conséquences néfastes que peut avoir le pouvoir, en particulier son abus, alors que de son côté, la jument avait été bercée par la vision du manque de pouvoir, de l'asservissement de sa mère par les hommes, de l'état pitoyable dans lequel elle avait été lorsqu'elle s'était retrouvée sans rien. Tous deux n'avaient pas eu le même environnement pour grandir, les mêmes parents, la même enfance... est-ce que cela suffisait à justifier la si grande différence qui existait entre eux aujourd'hui? La personnalité toute entière d'une personne pouvait être dictée par son cadre familial et l'éducation qu'il avait reçu? La pie ne voulait y croire, trouvant le raccourcis un peu trop réducteur. Après tout, Aurore et sa sœur ne partagent pas cette vision des choses. Peut-être que Naëlle a des frères et sœurs qui eux sont restés à l'élevage... cette pensée la perturba, elle qui s'était toujours considérée comme unique et enfant unique. 

"- Aurore, ce n'est pas le pouvoir qui est néfaste, c'est son abus qui l'est. Ne préfères-tu pas m'avoir moi comme dominante, plutôt que je ne sais quel étalon qui aurait pu essayer de t'écraser pour faire taire la concurrence ou qui aurait décréter que l'ensemble des juments des Terres Secrètes sont siennes? Penses-tu vraiment que je pourrais abuser de mon pouvoir et nuire?"

Pour elle, la réponse était évidente, pleine de bonne intention qu'elle est. Mais il est vrai que l'on est jamais certain de ce que l'avenir nous réserve et peut-être qu'un jour, sans même s'en rendre compte, elle fera quelque chose qu'elle regrettera amèrement ensuite. Mais il n'est pas nécessaire d'être dominant pour faire de telles choses, n'importe qui peut faire du mal autour de soi sans s'en rendre compte et le regretter bien plus tard. C'est ce qui se passait en ce moment même d'ailleurs. Naëlle qui regrette ses actes et paroles de pouliches manipulatrice. Aurore qui regrette le comportement qu'il a eu envers son père, ainsi que la mort de sa fille. La vie est faite ainsi, que l'on soit dominant ou non.

Finalement, ce ne fut qu'à sa seconde prise de parole que tout fit sens, lorsqu'il exprima enfin ce qu'il ressentait. Sa peur. Peur qui en soi était justifiée et qui la touchait. Malgré la gravité de la situation et les enjeux - il était quand même question du devenir de leur relation - la jument pie se mit à sourire, émue d'apprendre que si l'étalon détestait à ce point l'idée qu'elle ne soit dominante, ce n'était pas uniquement parce qu'il haïssait toute forme de pouvoir et d'autorité, mais aussi, et peut-être même surtout, parce qu'il avait peur de perdre son amie, parce qu'elle ne change ou parce qu'il lui arrive quelque chose. Son regard se fit moins dur, moins emplie de tristesse également et retrouva un peu de son éclat habituel. Il lui semblait que l'issue de cette conversation était moins promise à la catastrophe qu'elle ne l'avait cru.

"- Que comptes-tu faire alors? Fuir? Ne plus vouloir me voir, ne plus prendre de mes nouvelles et ne jamais savoir ce que je deviens, ne jamais savoir la dominante que je suis et ne jamais savoir s'il m'est arrivé quelques chose? Sauf lorsqu'il est trop tard."

Elle s'approcha d'un pas de l'étalon et observa son visage avec attention avant de reprendre.
"- Tu n'as pas à vivre avec cette peur Aurore, laisse la s'en aller. Libère toi d'elle et reste avec moi. Si tu le fais, jamais je ne perdrais de cette joie. Tu pourrais également t'assurer que jamais je ne dévie du droit chemin et ne fasses des actes que je regretterais ensuite. Tu pourrais t'assurer que jamais il ne m'arrive rien et m'aider si nécessaire."

Elle marqua un temps d'arrêt de quelques secondes, plongeant son regard dans celui de l'étalon.
"- Si tu restes à mes côtés, il ne pourra rien m'arriver."
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptySam 25 Mai 2019 - 8:57


Aurore Opéra se perdit dans les souvenirs de son enfance, de ses caprices, des regards perdus de son paternel, de l’autorité de sa mère. Il se revoyait, si plein de fierté, la tête haute, l’art de bouder. Jaloux jusqu’au bout des sabots, puis le déni, les mensonges, l’air de celui qui n’aime rien et qui, pourtant, est prêt à tuer pour protéger cette petite boule qui grandissait à ses côtés. Était-ce à partir de là qu’il avait commencé à changer ? En prenant de la distance sur son propre comportement, témoin des caprices de sa petite sœur, des mots, des actes, des choses que lui-même avait osées et qui, sous ses yeux, prenaient une signification beaucoup plus sombres. Cette tristesse dans les yeux noirs de son père… Il ne l’avait jamais vue. Elle était pourtant là, bien cachée derrière l’amour qui débordait de chacun de ses pores. Une faible étincelle qui, parfois, brillait un peu plus fort et s’éteignait aussitôt, soufflée par la gentillesse d’un être qui aurait pu, après tout ce qu’il avait vécu, devenir le pire personnage de cette île. Mais son père avait choisi la tendresse et Aurore Opéra avait voulu faire comme lui.

Sauf qu’il avait raté son coup. Autour de lui, il ne restait plus personne à aimer. Sa sœur l’avait fui, son idéal avait disparu, sa fille s’était éteinte avant de pouvoir briller de mille feux. Même ses amis, Aurore ne les avait plus revus depuis. Que devenaient-ils ? Que penseraient-ils de lui quand la rumeur se serait répandue sur l’île ? Opéra le père indigne, l’amant éconduit, le naïf. L’étalon releva les yeux sur Naëlle, la belle Déesse qui avait tant grandi sans lui. Pensait-il vraiment qu’elle pourrait utiliser de son pouvoir pour nuire ? Bonne question. Le rouquin n’avait pas la réponse. Il crevait d’envie de lui dire que non, qu’il savait que cela n’arriverait jamais, qu’il avait confiance en elle. C’était vrai, il avait confiance en elle. Mais qui était-il pour assurer qu’elle ne nuirait pas à quelqu’un ? Qu’en suivant ses principes, en menant son troupeau, en appliquant son autorité, elle ne ferait de mal à personne ? Lui-même s’était persuadé de faire le bien, de n’être que gentillesse, d’être quelqu’un de bien. Et sa fille en était morte, tuée par le mal qu’il semait derrière lui.

L’étalon roux préféra ne pas répondre. Il détourna le regard pour se concentrer sur la tempête qui se calmait à l’extérieur. Déjà les flocons se faisaient plus rares, volaient moins vers eux, rarement jusqu’à ses sabots. Peut-être était-ce dû à la météo qui lui rappelait son propre combat intérieur, la résignation qui commençait à prendre possession de son cœur. Peut-être était-ce dû à autre chose, comme ce sentiment qui chauffait dans son poitrail, essayait de repousser la tristesse, le désespoir, la peur. Quoi qu’il en était, Aurore Opéra décida de se confier, d’avouer ce qui le chagrinait tant, de mettre des mots sur ce qu’il n’arriverait jamais à exprimer tout à fait. Naëlle se fourvoyait et il se sentit le besoin de lui faire comprendre de quoi il en retournait vraiment. Il ne souffrait pas tant de ce que la jument pouvait faire elle-même. Il était prêt à lui pardonner la moindre chose. Il s’effrayait du mal que le monde autour d’elle pouvait chercher à lui faire simplement parce qu’elle se dressait maintenant parmi les cibles les plus évidentes des gens malintentionnés. Et il le lui avoua du bout des lèvres, comme coupable, fautif, étouffé par d’autres sentiments qu’il garda cachés.

Fuir. Le rouquin releva la tête, chercha dans les yeux de Naëlle ce qu’elle essayait de lui dire. Il sentit sa gorge se nouer, l’air manquer à ses poumons, un poids considérable s’écraser sur ses épaules. Il ne pensait pas pouvoir s’affaisser encore, mais l’étalon se ratatina un peu plus, épuisé, victime d’un mal encore trop récent, d’une plaie qui restait béante et le brûlait atrocement. Trop tard. Deux mots qui ramenèrent les larmes à ses yeux. Il les retint comme il put, mais Aurore ne savait pas quoi faire pour affronter cette vérité qu’elle lui imposait, qu’elle lui crachait au visage comme un reproche, comme s’il était question d’arriver trop tard encore. Il savait que la belle Naëlle ne voulait pas insinuer cela, mais lui ne pouvait s’empêcher de l’interpréter de cette manière, de voir dans ses mots le mal dont il était coupable et qu’il ne se pardonnerait jamais. Si la même chose devait arriver avec sa Déesse ? Opéra détourna le regard et chercha à deviner l’océan derrière la tempête. Même la mort ne suffirait pas.

La jeune pie approcha, captant l’attention du roux. Il détailla les lignes de son visage, la longueur de sa crinière, ce toupet qu’il avait autrefois touché, dans un élan d’impudeur qu’il ne se connaissait que rarement. Il chercha dans ses yeux noirs la petite pouliche qu’il avait connue, qu’elle n’était plus vraiment maintenant que les années avaient fait d’elle une jument autoritaire, puissante, certainement plus forte que lui ne le serait jamais.
Ses mots ramenèrent à l’étalon ce questionnement qui le bouffait de l’intérieur, qui le maintenait dans cette dépression incroyable de laquelle il ne pourrait jamais s’extirper. Dont il ne voulait pas vraiment s’extirper. Pourrait-il jamais protéger ceux qu’il aime ? Aurore Opéra ne s’en sentait plus capable. La mort de sa fille remettait en cause le fondement-même de son existence. L’étalon avait grandi avec ce but en tête, cette envie irrépressible de protéger le monde entier. Il avait échoué. Pourrait-il protéger son amie avant qu’il ne soit trop tard ? Il n’arrivait pas à s’en persuader.

Si je reste à tes côtés, je vais brûler.

Aurore plongea dans ces beaux yeux qui le fixaient. Il ne pouvait plus nier cette chaleur au fond de lui, cette brume qui tentait de dissimuler, dans son esprit, le souvenir de l’ange déchu, d’une cape de brume qui flottait encore au-dessus d’un soleil magnifique. La sirène, elle, vivait dans le noir absolu, loin du ciel et de l’aube. Pouvait-il l’amener dans le jour, à aimer les choses comme lui le faisait ? Il voulait y croire, mais…

Je ne veux pas que tu brûles avec moi. Tu dois rire, Naëlle. Sourire à ce rêve que tu as transformé en réalité. Mais regarde-nous. J’ai volé ce beau rire dans tes yeux, je l’ai remplacé par la colère, les larmes. Tu mérites mieux, tellement mieux. Lève-toi et brille, Déesse des Secrets des fonds marins, mais ne me laisse pas absorber ta joie, car je ne pourrai jamais te la rendre.
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MessageSujet: Re: Amid The Ruins   Amid The Ruins EmptyMar 9 Juil 2019 - 14:22

Encore une fois, elle avait l’impression de parler seule, de livrer ses sentiments et ses craintes comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. Elle vidait son sac, disait tout ce qu’elle avait sur le cœur, tout ce qui perturbait ses pensées, sans réfléchir à l’image qu’elle renvoyait. Cette fois il n’y avait plus d’envie de se montrer forte, plus besoin d’impressionner, plus cette recherche de rendre son interlocuteur admiratif. Naëlle se mettait à nu pour Aurore, espérant qu’il comprenne l’importance qu’avait ce moment pour elle, l’importance qu’il a pour elle. Qu’il en prenne conscience et agisse en conséquence, qu’il change d’avis, qu’il se mette à sa place, qu’il accepte de conserver la place qu’il a dans sa vie. Mais chaque fois que la jument bicolore prenait la parole, elle se retrouvait seule face à un silence glaçant. L’étalon avait beau réagir physiquement à ses paroles, il semblait essayer de s’en protéger plutôt que de se laisser submerger, il préférait les affronter, leur faire face et les écarter d’un revers de la main plutôt que de prendre le risque de s’y frotter et d’y réfléchir. Elle voyait l’étalon se morfondre, se recroqueviller sur lui-même, détourner le regard, avoir les larmes aux yeux et au fond elle savait qu’elle ne pouvait rien faire pour changer la situation. Il était campé sur ses positions et avait surement prit sa décision bien avant que cette conversation ne débute. Pendant tout ce temps, qu’elle ne saurait estimer, elle n’avait fait que perdre son temps en tentant vainement de faire changer d’avis le mâle. Elle s’était entêté, ne voulant accepter qu’Aurore sorte ainsi de sa vie, mais désormais elle ne pouvait plus rester dans le déni. L’étalon la rejetait et elle ne pouvait rien y faire, contrainte de faire face à la triste vérité et à son impuissance, elle venait de perdre son meilleur ami.
 
La prise de parole du mâle ne faisait que confirmer ses pensées. Il ne voulait pas brûler à ses côtés. Naëlle ne savait pas ce que cela signifiait exactement, si c’était elle qui était nuisible pour l’étalon et qu’il risquait de se bruler s’il restait trop longtemps ou trop proche d’elle, ou s’il s’agissait de son rôle de dominante qui l’effrayait. Peut-être avait-il peur d’être la première victime lorsque quelqu’un voudrait s’en prendre à la dominante pour l’affaiblir et la toucher en plein cœur, lui faire perdre ses moyens et ainsi la vaincre plus facilement. Que craignait-il vraiment? Peut-être était-ce un savant mélange des deux options.
 
Nouvelle prise de parole de l’étalon, cette fois, c’était elle qui ne devait pas brûler à ses côtés. Naëlle n’y comprenait plus rien, ne sachant si c’était elle qui était dangereuse pour lui à cause de son pouvoir et responsabilités ou si c’était lui qui était dangereux pour elle, pouvant altérer la joie et les rêves de la jeune jument. À moins qu’ils ne soient tous deux nuisibles l’un pour l’autre et que s’ils continuaient à se fréquenter, ils finiraient tous deux par se brûler les ailes. Naëlle n’avait jamais vu les choses de cette manière et ne comprenait pas pourquoi l’étalon considérait leur relation comme étant si potentiellement toxique et destructrice, pourquoi fallait-il forcément que cela se termine de la sorte? La jument pie aurait aimé lui répondre qu’il se trompait, qu’ils pourraient utiliser ce feu qui les animaient pour faire rayonner les Terres Secrètes plutôt que de s’immoler l’un l’autre, qu’ils pourraient veiller l’un sur l’autre au lieu de s’entre-détruire, qu’ils pourraient rire ensemble, comme ils l’avaient fait autrefois, plutôt que de rire séparément ou d’avoir les larmes aux yeux et le cœur serré ensemble, qu’ils pourraient rester ensemble à jamais au lieu de se dire adieu et de faire comme si l’autre n’existait plus. Mais cela ne servirait à rien. C’était ce qu’elle essayait de faire depuis qu’ils s’étaient abrités dans cette cale de bateau et voilà où ils en sont à présent, ce n’est pas une énième tentative qui changera quoique ce soit. Il fallait se résigner. Et partir.
 
« - Si c’est ce que tu souhaite vraiment alors… C’est ce que je vais essayer de faire. »
 
Naëlle leva les yeux vers le visage d’Aurore Opéra, les yeux embués de larmes qu’elle se refusait de laisser couler pour le moment. Elle ne pouvait néanmoins partir de la sorte en ne sachant si elle le reverrait un jour, si elle pourrait lui parler de nouveau à l’avenir. Elle s’approcha doucement de lui, réduisant avec prudence les quelques centimètres qui les séparaient et enfoui sa tête dans le creux de l’encolure de l’étalon, faisant attention à ne pas toucher son poitrail avec le sien, épargnant sa blessure. Elle resta ainsi, immobile pendant de longues secondes, profitant de sa chaleur pour se donner le courage de s’aventurer en dehors de la cale.
 
« - Au revoir Aurore. »
 
Elle se recula et sans attendre ni le regarder, elle prit le pas et sortit de cet abri pour faire face au vent qui soufflait encore avec force, plaquant sa longue crinière contre et sous son encolure. Elle avança toujours tout droit, refusant de s’arrêter ou de regarder derrière elle.
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