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 Toutes ces plaies

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Commedia Dell'Arte
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MessageSujet: Toutes ces plaies    Sam 2 Juin 2018 - 12:02

Toutes ces plaies
y a-t-il encore des larmes à verser ?

Le Choeur : Le soleil s'égare parmi les nuages filandreux, peine à réchauffer le ciel pâle qui pèse au-dessus d'elle. Commedia est couronnée d'ambre et de flammes, brûle la Plage Dévastée de sa robe dorée. Les braises rutilent dans ses crins, ornent sa crinière blonde et la succèdent comme une traîne. La brise ne fait qu'affoler le feu qu'elle amène sur les Terres Secrètes et elle se tient immobile sur le sable, fixe l'horizon tandis qu'au loin, elle entend Baba Yaga explorer une carcasse vide. Le roulis des vagues étouffe son souffle qui se perd dans le fracas de la houle.

Commedia : C'est ici que je suis arrivée. Et là-bas, d'où je viens. (son intonation est salée.) Je me demande bien où je vais.

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Dernière édition par Commedia Dell'Arte le Sam 23 Juin 2018 - 17:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Mar 5 Juin 2018 - 16:25



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« J’en aime un autre. Laisse-moi tranquille. » Sa voix vint se fracasser dans les méandres de ton esprit tandis que tu ronflais des naseaux en secouant la tête. Comment avait-elle pu ? Comment avait-elle pu te faire autant de mal sans même avoir une once de remord ? La douleur était-elle que tu n’arrivais à l’oublier. Même en dormant, même en galopant, même en explorant les environs, tu ne cessais de penser à elle. De penser à sa magnifique robe dorée qui se miroitait dans l’océan, à ses prunelles brunes qui te faisait penser au fossé entre vous. Tu avais mal, tellement mal. Mais tu ne pouvais rien dire, tu ne pouvais le prononcer, tout simplement car tu l’avais cherché. Tu avais cherché tout ce que tu t’arrivais. Tu étais si mauvais, si mal, si moche, si puant … Le hasard ne faisait pas les choses, c’était le Destin qui les écrivait. Mais Harmonie était différente. C’était la Bonne, c’était l’Elue, c’était l’Unique, malheureusement tu ne pouvais l’obtenir. Tu ne pouvais l’atteindre. Tu avais l’impression qu’elle était cette main tendue vers toi que tu ne pouvais que frôler en sombrant dans le Noir.
Un soupir, tu t’étiras un bon coup en mettant ton menton contre ton poitrail pour ensuite faire un pas. Tu sortis rapidement de l’Usine, en prenant soin de ne pas abîmé une seule marque des hommes. Tu voulais garder cet endroit intacte. Soudain, tu mis tes oreilles en arrière en sentant une douleur fulgurante dans ton arrière train. Cette douleur était présente de ton postérieur jusque la pointe de la cuisse, depuis ton combat avec Ecalipse. Elle avait sans doute coincé un truc, enfin tu ne savais pas, tout ce que tu savais, c’est que tu avais besoin d’eau. L’eau salée te faisait toujours du bien. Alors, sans hésiter, tu pris le pas et te dirigea vers la Plage dévastée. En fait, depuis quelques temps, tu ne faisais que rester sur les Terres Secrètes, sans doute car tu t’y sentais à l’aise pour une fois, depuis des mois.
Une heure plus tard, tu arrivas derrière un bateau, ronflant à cause de la douleur. Délicatement, tu pénétras dans l’eau froide, salée, fermant les yeux tant les vagues apaisaient tes muscles, tendons et crispations. Tu marchas quelques instants sur le bord de la plage quand soudain une odeur se fit sentir et un bruit dans un bateau se fit entendre. Tu pinças les naseaux et tournas une oreille. Une jument était présente … Dorée. Elle était dorée comme Harmonie. Tu faillis prendre le trot, de joie, lorsqu’une longue crinière blanche apparut. Ce n’était pas elle. Alors, tu ne fis que t’approcher d’elle, doucement, toujours dans l’eau. Tu entendis ses paroles, mais les braises dans sa crinière attira davantage tes yeux.
« Alors comme ça on vient éteindre les braises dans le berceau de la Nature même ? » demandas-tu avec un rictus, tout en continuant de marcher vers elle.
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Mar 5 Juin 2018 - 19:27


Le Choeur : Commedia inspire profondément et bat des cils tandis qu'une ombre s'arrache des flots. La brise s'affole bruyamment et soulève avec elle les crins de la jument, ils oscillent et vacillent, sifflent avec le vent et serpentent jusqu'à envelopper la silhouette de l'inconnu de filaments pales. Cela importe peu, elle n'a pas besoin de le voir pour l'entendre.

Commedia : Il en faut plus pour étouffer le bûché que je suis venue embraser.

Le Choeur : La carrure de l'étalon est aussi difforme qu'elle est sombre et Commedia cherche désespérément une étincelle d'intelligence dans son oeil morne. Elle n'en trouve aucune et craint de ne pas savoir attiser ce qu'il faut de sagesse pour faire bénéficier l'inconnu de son art. Il est borgne et ferme déjà les yeux sur ce monde qu'elle veut purger de ses péchés.

Commedia : Je souffle les bougies incandescentes qui animent les indécents et toi tu te noies dans des idioties. Les Terres Secrètes sont le berceau des mystères d'Horse-Wild et je ne prétends pas en être la Pythie.

Le Choeur : Les braises pétillent et frétillent dans sa crinière. (elle reste immobile.) Le sel irrite sa peau et gonfle ses naseaux de sa fragrance apaisante. Le rôle qu'elle va jouer est bien plus punitif que celui de la Pythie. Il ne s'agit pas seulement de poser les bonnes questions mais de nommer les bonnes répercussions.

Commedia : Tes ignominies sont innombrables.
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Jeu 7 Juin 2018 - 0:45



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Elle était belle cette jument, avec sa robe dorée et ses crins blancs comme la neige. De par sa robe, elle te faisait penser à Harmonie, mais elle n’était pas elle. Aucunes juments ne seraient elle, de toute façon, c’était une évidence. En fait, quand on y pense, qu’est-ce qui t’attirait autant chez elle ? Elle n’était qu’une jument lambda pourtant. Mais elle était une jument qui n’avait pas peur de toi, et surtout qui te rejetait. C’était sans doute pour cela que tu t’accrochais autant, que tu la voyais partout, car de par sa normalité, elle sortait du lot. Si elle savait, enfin quoique peut-être le savait-elle, elle aurait peut-être changé d’avis … Ou pas. Tu ne le sauras jamais de toute façon. Tes pas te menèrent jusque la jument ronde, tandis que tu écoutais brièvement ses paroles. Puis une phrase, la dernière, sortit du lot et un sourire narquois naquit sur tes lèvres. Là, sans même demander la permission, tu vins t’arrêter à ses côté, regardant l’horizon.
« Et encore, tu ne sais pas tout, je suppose. » dis-tu toujours en souriant.
Peut-être étais-tu le Python de cette dame ? Peut-être étais-tu le Serpent qu’Apollon viendrait tuer dans son antre ? Ou tout simplement, peut-être es-tu le mal qui venait délicatement se poser au pied de l’Oracle. Tu ne la connaissais pas, mais elle, elle semblait te connaître. Sans doute car elle avait entendu parler de toi, sans doute car les chevaux discutaient beaucoup entre eux, ou sans doute car elle connaissait quelqu’un que tu avais malmené. Connaissait-elle Fifa ? Connaissait-elle Ezaël ? Connaissait-elle Ocëan ? Ou peut-être connaissait-elle les trois en même temps, ce serait assez drôle comme coïncidence quand on y pense.
« Ta langue m’a l’air bien pendue pour une jeunette, mais sais-tu au moins de quoi tu parles ? » prononças-tu avec une pointe de moquerie dans la voix.
Car oui, elle semblait jeune, beaucoup plus jeune que toi, en fait. Bien sûr, elle était adulte c’était une évidence, mais son corps portait encore les dernière trace d’une vie de pouliche. Son garrot semblait plus haut que sa croupe, comme les juments de trois ans et sa voix portait encore les dernière lueur d’une enfance oubliée. Tu te souvenais de tes trois ans, tu étais bien moche à cette époque : ta croupe montait plus haut que ton garrot, ton duvet d’adolescent disparaissait difficilement tandis que ton regard portait encore l’espérance d’une enfance perdue. Tu avais perdu tout cela à sept ans, un âge où tes os avaient terminés de se consolider. En fait, depuis ton plus jeune âge, tu avais déjà été adulte.
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Jeu 7 Juin 2018 - 20:44


Le Choeur : La mer dégage des vapeurs pales qui se prélassent sous le soleil levant. L'horizon disparait derrière ce voile de la même manière que Commedia se dissimule derrière ses crins. Ils giflent l'air marin et tiennent tout juste à l'écart l'étalon qui ose l'approcher. Elle ne dit rien, se contente d'humer l'iode qui tente de les enivrer.

Commedia : C'est bien là la nature des secrets. Et si jamais les mystères j'en dévoilais, la gardienne j'en deviendrais.

Le Choeur : Elle ne connait pas le cheval noir mais devine aux protubérances qui déforment son corps qu'il mène une vie de débauche. S'il y a un individu qui doit être victime de sa fureur, c'est probablement lui. Sa voix monocorde se dégage à nouveau de son enveloppe corporelle dorée.

Commedia : Je m'en moque bien. Cela ne servirait à rien.

Le Choeur : Les braises rutilent dans ses crins. (elle fait un pas.) Elles se reflètent à l'horizon, fumantes contre l'écume qui cache jalousement les secrets du dieu des sept mers. Elle ne prétend pas en être digne mais son rôle lui impose de se jouer du pauvre mortel à ses côtés. (elle se tourne à demi pour lui faire face.)

Commedia : Mais toi, tu as bien besoin de t'en vanter, n'est-ce pas ? (elle pose sur l'inconnu un regard sombre.) Nomme donc tes pêchés, équidé.
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Sam 23 Juin 2018 - 1:36



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Sous sa crinière de jade, la jument palomino semblait te connaître bien plus qu’elle n’espérait. Son corps juvénile cachait une âme bien plus vieille, tu en étais convaincu. Tu ne croyais pas réellement aux entités, ni même aux dieux, mais cette jument était différente. Elle semblait réellement animée par une puissance qui n’était pas la sienne. Une puissance tout droit descendue du ciel, qui lui conférait une certaine aura. Elle ne te faisait pas peur, mais elle t’inspirait énormément. Elle t’impressionnait sans que tu ne saches réellement pourquoi. Sa voix était imprégnée d’une hargne beaucoup trop grande pour elle, tandis que son corps semblait vivre au travers des mains d’un autre. L’air salé vint frapper brusquement ton chanfrein, tandis que ton unique œil valide se ferma délicatement. Tu profitas quelques instants de ce moment. Tu voyais cette plage différemment, différemment du premier jour tout simplement. Un regard sur les carcasses décharnées derrière toi, tu secouas la tête et finalement reposas le regard sur l’horizon. Tout cela t’appartiendrait bientôt, tu en étais certain.
Soudain, la jument dorée se tourna vers toi, posa son regard dans le tien et te posa une drôle de question : si bien que cette dernière te fit rire silencieusement. Tes pêchés ? Si elle savait. Une seule journée ne suffirait pas à épancher tous tes pêchés. Non, il faudrait une vie entière pour cela. Entre le meurtre de ton frère, celui de la mère de Pearlqueen, l’attaque de l’ours, le fracassement d’Ezaël puis enfin le retournement du cerveau de Naëlle. Ouais, non, elle n’avait pas assez de temps pour cela, toi non plus. Puis, tu n’avais pas sincèrement envie de tout lui dire. Elle paraissait divine, mais pas assez pour que tu te confies à ce point à une inconnu. Alors, avec un sourire tu hochas la tête.
« Ma naissance est un pêché en elle-même, je suppose. » dis-tu tout simplement.
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MessageSujet: Re: Toutes ces plaies    Sam 23 Juin 2018 - 17:33


Le Choeur : La mer de jade est nappée d'un voile bleuté que le soleil n'a pas su enflammer. Commedia ne prétend pas pouvoir embraser l'horizon qu'elle épie du coin de l'oeil, elle non plus n'est pas parvenue à immoler les territoires convoités. Les seules cendres qu'elle a laissées derrières elle sont éternelles et elle s'en est parée pour ne pas les oublier. Le vent lui murmure mille et un secrets qui la ramènent sur le sable mouillé. Il est creusé par le poids des années et accueille à bras ouvert les carcasses qu'elle n'a pas encore explorées. Il lui faut d'abord juger l'équidé qui ose la questionner.

Commedia : Ton âme se serait déjà égarée, avant ta naissance ?

Le Choeur : Ses prunelles brunes caressent les débris de bois qui s'enfoncent dans le sable. La plage est lacérée d'épaves éparpillées. Elles y traînent et laissent des cicatrices purulentes qu'elle assimile à celui qui lui donne la réplique. Ses paroles laissent entendre qu'il reconnait qu'il s'est éloigné de la décence dont il convient de jouir pour mener sa vie à bien. (elle s'en va vers les bateaux.) Elle seule connait le chemin et son rôle, il lui incombe de veiller à ce que cet individu intègre le savoir-vivre qu'il n'a jamais connu.

Commedia : Suis-moi.

Le Choeur : Le vent se lève avec elle et se faufile entre ses jambes, emmêle ses crins et illumine sa parure ambrée. Il attire l'attention de Baba Yaga qui s'accroupit au sommet d'un mat brisé, l'éclat de sa silhouette argentée se détachant du ciel étiolé. Commedia contemple ce paysage fade, à peine tranché par les palmiers secoués par les bourrasques. Ils sont flasques, flétris par le manque de luminosité et leurs fruits emportés sans un bruit par la brise.

Commedia : Tu es la victime de tes propres actes, ils te rongent et tu en portes le blâme. Tu es à l'origine de ton châtiment, nous ne sommes là que pour nommer ta peine.

Le Choeur : Le singe se tient au-dessus d'elle, silencieux, tandis qu'elle invite l'étalon à s'aventurer dans une épave d'un mouvement de tête.
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