Jeu de rôle équin
 
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Les chaleurs ont lieu du 1er au 15 du mois.

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 Reviens-moi. || HARMO

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Collapsing
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MessageSujet: Reviens-moi. || HARMO   Dim 11 Fév 2018 - 22:01

Les grandes choses sont faites pour enfanter les petites et les petites pour engendrer les grandes. La montagne produit une souris ; le polype bâtit un promontoire.
 
Deux jours, quarante huit heures et deux milles huit cent quatre vingt minutes. Cela faisait maintenant deux jours que tu ne cessais de tourner en rond, que tu ne cessais de ruminer dans ton coin. Tu ne cessais de jurer, de maudire les minutes qui défilaient. Tu ne savais ni trop pourquoi ni comment tout cela arrivait, mais tout ce que tu pouvais savoir c'était que ça ne te représentait pas. Ca ne te ressemblait pas. Pourquoi ? Comment ? Mais surtout pour qui ? Tout ce qui te revenait en mémoire, c'étaient ces deux jours que tu avais passé à marcher. Tu n'avais cessé de marcher, sans même penser à dormir un petit peu. Tes yeux se faisaient lourds, tandis que tes jambes te lançaient, mais tu t'en moquais. Tu voulais seulement que tout cela cesse, tu voulais simplement que ces mémoires quittent ton esprit et que tu puisses vivre pleinement ton ambition. En fait, tu avais réellement le sentiment que tu avais changé, que tu étais devenu quelqu'un d'autre. Oh je n'irais pas jusqu'à dire que tu es devenu quelqu'un de bien, mais tu as mûris, tu es devenu quelqu'un de plus réfléchi. Tu fais beaucoup plus attention à tes mots, tes paroles, mais surtout tes actes. Tu avais marché longuement, mais assez pour pouvoir redéfinir tes priorités. Tu voulais gouverner, ça, ça n'avait pas changé, mais ta façon de le voir et de le faire avait changé. Tu irais plus subtilement, plus vicieusement, mais surtout en manipulant plus facilement du monde. Tu essaierais de manipuler les plus faibles pour qu'ils puissent rejoindre tes rangs avec facilité. Tu manipulerais tes ennemis pour qu'ils ne te voient pas venir, mais surtout tu tenterais d'amadouer les dieux pour qu'ils accèdent à tes ambitions premières. Ils devaient y accéder.

Un visage apparut. Tu secouas la tête en poussant un grognement de mécontentement. Ce visage te hantait, il ne cessait d'apparaître et disparaître comme un papillon de nuit. Tu ne comprenais pas, tu avais tout fait pour que ce visage disparaisse à jamais de ta mémoire, qu'il s'estompe avec le temps comme un coup de pinceau sur un tableau. Mais cette marche n'avait rien pu faire, ou alors peut-être freiner son apparition. Deux yeux en amande apparurent soudainement, te faisant hennir de rage. C'était pas possible ! Comment un visage pouvait-il envahir un esprit aussi facilement ? Comment une âme pouvait-elle vous manipuler sans que vous ne puissiez y faire grand chose ? Tu ne comprenais pas. Toi le grand méchant, le plus vicieux de tous, tu étais finalement meurtri, manipulé par un visage connu ? Un visage que tu pensais imaginaire ? C'était improbable. Comme une pouliche te clouant le bec, n'est-ce pas ? Tu te souvenais de Shirayuki, n'est-ce pas ? Cette pauvre pouliche, si inconsciente soit-elle qui avait fini par te clouer le bec de gentillesse ? Enfin, tu me diras, je ne suis pas certaine que ce soit sa gentillesse qui t'ait fait taire, mais plutôt le fait qu'elle ne réagisse à aucune de tes provocations. Tu avais trouvé plus fort que toi dans le corps d'un poulain. Même moi, j'en suis choquée je l'avoue.

Une voix. Soudain, une voix vint pénétrer ton cerveau sans que tu ne puisses réagir. Tu soulevas ton antérieur et le frappa alors avec rage contre le sol herbeux du verger, écrasant par inadvertance une figue. Tu lui en voulais. Comment pouvait-elle envahir à ce point tes pensées ? Mais surtout comment pouvait-elle le faire aussi longtemps sans être avec toi ? Tu lui en voulais et en même temps elle t'intriguait. Car ce visage ne t'était pas inconnu, loin de là. Il appartenait à une jument. Une jument qui t'était totalement opposée, mais qui pourtant t'intriguait autant qu'elle t'attirait. Au départ, en la voyant partir, tu avais imaginé que son souvenir s'estomperait en même temps que ses traces dans le sol, mais ce fut le contraire. Ce fut bien pire. Son souvenir s'incrusta mais surtout se grava dans ta mémoire comme des traces dans la roche. Elle t'avait marqué, autant physiquement que mentalement. Il fallait que tu la retrouves, il fallait que tu lui parles, mais surtout que tu lui fasses comprendre à quel point elle t'était importante. Car deux jours c'est suffisant pour réfléchir, n'est-ce pas ? Tout du moins pour toi. Tu savais ce que tu pensais d'elle, tu savais ce que tu ressentais mais ça, elle ne le saura jamais. Elle ne devait le savoir. Ce serait lui dévoiler ta faiblesse et elle t'était bien trop étrangère pour lui accorder ta confiance à ce point-là.

Tout du moins, tu devais réellement lui parler. Tu devais lui faire comprendre qu'elle n'avait pas le droit de poser sa marquer, à ce point-là, dans ton esprit. Alors, tu te mis en marche, son visage en tête. Puis, tu pris le galop, convaincu que tu la trouverais dans les alentours de la jungle. Alors, arrivé au cratère tu te stoppas. Et là, sans même te poser une seule question, tu poussas un profond hennissement, en espérant qu'elle t'entendrait et te rejoindrait. Il fallait qu'elle te rejoigne. Harmonie, voici le nom sur ce visage qui te hantait.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 13 Fév 2018 - 22:23


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L’hiver calmait les maux de la jument, tout au contraire des autres qui se plaignaient sans cesse de la fraîcheur. Si ses articulations hurlaient leur douleur, Harmonie s’en fichait. Frissonner dans le vent ne la dérangeait pas non plus. Les cicatrices sur sa cuisse… elle avait fini par s’y faire. Elle les regardait parfois du coin de l’œil, les observait sans les voir vraiment. Bien entendu, elle regrettait son pelage immaculé, l’harmonie presque parfaite de sa robe dorée et de ses crins crémeux. À son age, son corps n’avait pas à se plaindre de rondeur excessive ni de maigreur inquiétante. Elle n’était pas une beauté fatale, la petite jument, mais elle se contentait largement de ce qu’elle était. Ces cicatrices pouvaient bien la défigurer, elle n’en avait rien à faire.

Cette paix intérieure, elle la connaissait chaque hiver, quand les feuilles tombaient tout à fait et que la neige et le gel meurtrissaient les forêts. Elle souriait, vicieuse, devant la douleur des arbres, s’en repaissait sans limite. Leur chant était plus faible, presque doux et elle profitait de ces quelques mois de répits pour ne plus les écouter du tout. Le silence n’existait pas, bien entendu. Il y avait toujours ce bourdonnement imprécis, cette lamentation infinie qui résonnait au fond de son crâne. Néanmoins, ça ne la dérangeait pas. Tant qu’ils ne criaient plus, Harmonie se reposait volontiers et se détendait enfin.

Une seule chose ne changeait pas en hiver : son rapport avec les autres. Elle les fuyait comme la peste. Parfois, elle s’arrêtait dans un coin, se tapissait dans l’ombre et priait pour que les intrus passent sans la voir. D’autre fois, elle disparaissait dans un souffle, comme un fantôme doré qui se serait perdu entre ici et l’autre côté. Depuis ses déboires dans la jungle, ses fuites n’étaient que plus nombreuses. Derrière elle, Harmonie laissait bon nombre d’autres s’empiffrer de ragots idiots et s’étonner du nuage de poussière qui s’accrochait à ses courses lâches. Son dernier contact avec un équidé devait remonter à Ocëan Pearl sur la Dune du Pied. Et voilà qui n’avait pas été des plus réussis.

Harmonie secoua la tête pour oublier les souvenirs de cette rencontre. Elle devait penser au présent et ne pas s’attarder sur le passé. Elle fit un pas en avant, puis un autre. Le Cratère lui tendait les bras sans qu’elle ne sache exactement quand ni comment elle était arrivée là. Elle ne s’attarda pas outre mesure sur la question et continua sa route.

La terre ocre sous ses pieds lui rappela son fils. La petite jument avait été choquée par l’allure de l’étalon, mais en parfaite menteuse, elle n’en avait rien laissé paraître. Ils ne s’étaient pas vus depuis deux ans et les premières minutes s’étaient égrenées dans un silence pesant. Harmonie avait toujours pensé que, si elle devait à nouveau croiser Ungo, se serait par un hasard quelque peu contrôlé par les dieux. Son fils lui avait donné tort : c’était lui qui était venu à elle de son plein gré. Il n’avait pas proféré d’excuses, ni demandé qu’elle en fasse. Il lui avait simplement raconté ce qui lui tombait dessus : l’amour et un bébé.

Harmonie ne se souvenait plus à quand remontait le jour où elle avait eu envie de pleurer. Pourtant, à écouter son fils, elle avait senti les larmes perler à ses yeux. Comment le lui cacher ? Elle n’avait pas pleuré, mais le regard d’Ungo n’avait pas dû passer à côté. La jument n’avait pas honte. Elle avait senti un besoin oppressant de les laisser échapper, mais elle n’avait pas flanché. Peut-être aurait-elle dû. Tout de même, elle n’arrivait toujours pas à y croire. Elle ? Devenir grand-mère ? Son fils n’avait pas exprimé son envie de renouer avec sa famille. Il avait simplement parlé, sans jamais vraiment la regarder, dissimulant bien mal derrière ses yeux noirs, la colère qu’il éprouvait envers sa mère.

La jument soupira. Son fils avait rencontré sa dulcinée par ici. Elle leva la tête et essaya d’imaginer. Les étoiles dans le ciel, le vent frais qui soufflait et la douce comptine chantée par Pearlescence. Il avait succombé à un vrai conte de fées…

Un hennissement puissant la tira de ses rêveries.

Harmonie tourna la tête de côté, chercha du regard celui qui l’importunait. Ou plutôt cherchait-elle une porte de sortie. Prête à fuir, la jument comprit bien vite qu’elle était prise au piège. Ses divagations l’avaient menée dans le Cratère. Elle ne pourrait s’échapper sans être vue. La palomino baissa les bras devant cette fatalité et remonta jusqu’au sommet. De là, elle aperçut un étalon noir, seul, un peu plus loin en contrebas. Elle n’eut pas besoin d’approcher pour reconnaître celui qui était là.

Tiens donc ! mais qui voilà ?

La palomino renfila ses mensonges, oublia son fils et ses révélations, et se concentra sur le souvenir douloureux des griffes du tigre qui lacéraient sa cuisse. Malgré elle, elle frissonna. Les cicatrices ne disparaîtraient pas et elle ne pouvait s’empêcher de penser que l’étalon n’était pas tout à fait innocent.

Tu le savais ? On dit partout que je t’ai frappé. Si ce n’est pas hilarant… ironisa-t-elle dans un grincement, ça ne l’amusait pas du tout en vérité. Au moins ces rumeurs ont du bon : j’y ai appris ton nom.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 13 Fév 2018 - 23:01

Nous étions dépendants l'un de l'autre sans vraiment nous connaître, comme peuvent l'être les jeunes gens quand ils n'ont jamais été brûlés, meurtris ou rejetés, quand ils partagent tout et commettent l'erreur de croire que l'autre est la réponse à leurs questions confuses. 

En fait, je ne comprends réellement pas pourquoi tu penses autant à cette jument. Elle est banale pourtant. Enfin, je dois dire qu'elle a une robe peu commune : palomino, certes, mais elle n'en demeure pas moins une jument des plus banales. Tu dis être un cheval sans coeur, sans sentiment et surtout se refusant de craquer, mais pourtant tu as craqué pour elle n'est-ce pas ? Ton esprit s'est laissé mené par le bout du nez en un claquement de doigt, alors que tu t'étais promis d'être le seul maître de ton destin. Comment cela a-t-il pu arriver ? Que t'est-il arrivé, surtout ? Je ne comprend pas. Ou alors, plus j'essaie de comprendre, moins j'y arrive. Tu m'es inconnu à ce moment précis, je n'arrive plus à savoir réellement qui tu es. Je n'arrive plus à comprendre ce que tu ressens, ce que tu vis, mais surtout ce que tu vois. Et je pense que toi non plus. En fait, cette jument a réussi à te rendre des plus vulnérables possibles. Elle a réussi à te faire devenir une marionnette dans ses pattes. Un pantin qu'elle peut contrôler à sa façon, quand elle le veut et où elle le désire.
Je me souviens de tes débuts. De tes premiers pas sur cette île : tu étais un conquistador, un être envahi par une ambition qui lui était propre, mais aujourd'hui tu es complètement différent. Aujourd'hui, tu n'es qu'un cheval remué par un sentiment qu'il ne connaissait pas, ou plutôt qu'il n'a jamais connu. Un cheval qui découvre peu à peu son "humanité" : qui découvre qu'il possède une âme. Tu te pensais solitaire ? Main du Diable ? Tu n'es qu'un fou croyant en des choses qui te sont propres. Oh bien évidemment, ton ambition n'a pas changé ; tu veux toujours gouverner, c'est certain, mais tu ne veux plus le faire seul. Tu n'as plus l'âge d'être seul, soyons franc. A quinze ans, à la moitié de sa vie, qui voudrait réellement être seul ? A mourir seul ? Mais surtout à subir les atrocités du monde seul ? Personne. A part peut-être un fou. Es-tu fou Collapsing ? Parfois je me dis que oui et d'autres je me dis que tu n'es qu'un être malheureux. Un être qui rêve d'être entouré, mais qui en même temps a peur de l'entourage, du monde extérieur tout simplement.
En fait, je me demande si tu n'as tout simplement pas confiance en toi. Tu te crois invincible, combattant, mais n'est-ce pas une carapace que tu t'es façonné au fil des ans ? Je me le demande, très sincèrement. J'ai même peur d'avoir raison. Car quand tu découvriras qu'effectivement tu n'as pas confiance en toi, je doute que tu restes rationnel. Tu deviendras même encore plus fou que tu ne l'es déjà. Oh ... La belle blonde est arrivée. Elle est présente près de toi, regarde. Admire sa silhouette, admire ses yeux en amande, mais surtout son regard accusateur. Il est pour toi. Elle t'accuse d'un mal que tu ne connais pas encore. Elle t'accuse silencieusement des cicatrices qu'elle a sur le corps. Elle n'a peut-être pas tord, dans le fond. N'es-tu pas le coupable de la plupart des cicatrices présentes sur cette île ? Surtout sur les plus faibles que toi ? Mais que sentais-je là ? Une chaleur dans ton petit coeur ... Comment est-ce possible ? Comment un être lambda peut-il provoquer un tel revirement chez toi ? Je ne comprend réellement pas.
Un pas, puis deux, puis tu te stoppas. Tu ne peux approcher trop près mon cher, ce serait affronté un mal que tu ne connais pas encore. Ce serait brisé ce mur présent entre vous deux. En es-tu capable ? Es-tu sûr d'être prêt à affronter toutes ces accusations ? Un sifflement dans sa voix était présent. Elle te haït Collaps, ça se ressent. Alors pourquoi ressens-tu ce pincement au coeur lorsque tu vois sa méchanceté ? Pourquoi ressens-tu cette absence de haine dans ton propre coeur lorsque tu la vois approcher ? Serais-tu amoureux ? Je ne pense pas. Du moins, je ne l'espère pas pour toi, car ce sera un amour à sens unique. Car si seule elle est, je doute qu'elle accepte de venir vers toi. Une colombe ne devrait approcher un corbeau. Ce serait un blasphème. Finalement, tu secouas la tête pour essayer de me faire taire, mais je serai toujours là, car : je suis ta conscience et ton auteur. Je te suivrais toute ta vie, sache-le. Non, n'ouvre pas la bouche. Tu ne sais parler aux gens, et tu le sais toi-même.
" Quel est mon nom dans ce cas ? " dis-tu tout en restant à ta place, les oreilles en avant. " Vous connaissez le mien, mais moi je ne connais pas le vôtre. Ou tout du moins, je ne m'en souviens plus. "
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 20 Fév 2018 - 10:21


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Harmonie replongea au galop dans les souvenirs de la jungle. Elle sentit l’odeur de la forêt, de l’écorce giflée par le vent froid de l’hiver, des feuilles mortes qui jonchaient le sol et la chaleur réconfortante des arbres en dormance. Elle revit l’obscurité rassurante des ramures qui empêchaient le soleil de passer. Le parfum perfide de la tanière du tigre lui frappa le visage. Ses longs crocs acérés la firent frissonner malgré elle. La douleur pulsa à nouveau dans sa cuisse et lacéra son poil doré. La jument ne laissa rien paraître. Le regard fixé sur l’étalon noir, elle fit mine de rien, resta impassible et contempla le souvenir du roi d’un œil égal.

Quand le félin disparut au profit de l’ombre de l’inconnu, Harmonie reporta son attention sur celui-ci. Elle l’avait rendu responsable de son malheur dès le premier instant. C’était plus facile pour elle de croire que les autres étaient le mal absolu. Elle profitait de cette mésaventure pour se détacher tout à fait du monde auquel elle appartenait à contre cœur. L’occasion était trop bonne à prendre pour la laisser filer. Une excuse toute prête pour la jument qui voulait cesser de côtoyer les autres équidés.

Était-il réellement responsable ? Harmonie s’en fichait, au final. C’était un bon prétexte et elle ne l’abandonnerait pas aussi facilement. Peu lui importait que cela cause du tort à l’étalon, elle n’était pas là pour s’apitoyer sur son sort. Elle l’avait sauvé d’une mort certaine et il l’avait poussée violemment dans un accès de rage incompréhensible. Est-ce qu’elle lui en voulait ? Pas plus qu’aux autres. La jument ne ressentait aucune haine particulière contre Collapsing. Elle n’aimait pas ce que les autres lui faisaient subir, mais elle était indifférente à l’étalon noir. Elle n’était pas assez bête pour lui mettre sur le dos tout le mal qu’on lui avait fait. Il n’était qu’un parmi les autres, rien de plus. Son regard n’avait donc rien de haineux. Indifférent et impassible, tout simplement.

Collapsing, répondit-elle d’un ton égal. Un brin inquiétant, un poil agressif, mais pas vraiment mélodieux. (Elle esquissa un sourire faussement amusé.) Il ne te va pas si mal, en somme.

La seule chose qui amusait réellement la palomino était ce vouvoiement étrange dans la bouche de l’étalon. Elle-même ne se gênait pas pour tutoyer les autres. Personne ne la respectait, elle n’irait pas les respecter la première. Néanmoins, ses souvenirs ne la trahissaient pas : l’étalon l’avait d’abord tutoyée, énervé par les insultes qu’elle avait proférées pour le faire avancer et l’empêcher de crever. Ensuite, sans qu’elle ne comprenne vraiment pourquoi, un changement s’était opéré. D’un seul coup, l’étalon s’était mis à la vouvoyer. Le chien enragé avait cessé de montrer les dents et donnait la patte gentiment. Harmonie frissonna. Il était préférable que Collapsing la haïsse plutôt que de l’apprécier. C’était une situation qu’elle savait mieux gérer.

Tu ne t’en souviens plus ? (Harmonie rit, amusée par les mots de l’étalon.) Tu sais parler aux juments, toi. Un petit conseil pour la prochaine fois : même si tu ne te souviens pas, garde-le pour toi. Ça pourrait être blessant.

Harmonie n’était pas touchée outre-mesure par les mots du noir. Elle ne lui avait, de toute façon, jamais donné son nom. Il n’y avait donc rien à se rappeler. Dans tous les cas, il existait très peu de choses qui permettrait à Collapsing de blesser la palomino. Les mots des autres lui passaient au-dessus du corps.

Pas besoin de te souvenir, puisque je ne te l’ai jamais donné. Devrais-je le garder pour moi ? Qu’en dis-tu ? Ta mystérieuse sauveuse qui n’a pas de nom. Ça a son petit effet, non ? (Harmonie sourit, faussement fière d’elle.) Tu veux me faire croire que tu n’as pas entendu parler de notre petite aventure dans la jungle ? C’est dans toutes les bouches de l’île : la palomino qui a tabassé l’étalon noir… Il fallait s’y attendre, les rumeurs vont bon train par ici.

Surtout la concernant, mais Harmonie se garda bien de divulguer sa part de responsabilité dans ces ragots idiots. Enfin… ce n’était pas tout à fait de sa faute si le monde surveillait le moindre de ses faits et gestes. Peut-être avaient-ils peur que sa folie ne soit contagieuse…
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Collapsing
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 20 Fév 2018 - 17:02

Que retiendrons-nous de notre vie quand notre temps sera venu? Je ne parle pas de ce que nous laisserons mais bien de ce que nous emporterons lorsque nous irons retrouver Yjad. Se connaître peut demander toute une vie ainsi que bien des souffrances et des renoncements... Mais il n'y a pas d'autre voie...

En fait, cette jument représente quelque chose que tu ne t'imaginais pas. Elle représente une image des juments que tu n'avais pas auparavant. Mais surtout une image d'un sentiment que tu n'imaginais pas avoir. Une jument qui te fais ressentir quelque chose ? Impossible. Une jument qui te montre un reflet dans un miroir imaginaire ? Impossible. Une jument qui te fait vriller le coeur ? Impossible. Et pourtant. Pourtant, elle était là, devant toi, campée sur ses jambes. Elle te regardait avec le regard de l'indifférence : un regard que tu n'avais jamais vu chez quelqu'un. Les autres avaient peur de toi, ils te craignaient, ils fuyaient à ton nom. Mais elle ... Elle, elle était différente. Elle se moquait de qui tu pouvais bien être, elle se moquait du passé que tu avais pu avoir, mais surtout elle se moquait de la personnalité que tu pouvais avoir. En fait, tu n'étais qu'un brin de sable dans le désert de la destinée dans le regard de la jument, et ça, ça te faisait mal sans que tu ne comprennes réellement pourquoi. Ca te brisait de l'intérieur sans que tu ne piges la raison. Elle te brisait sans même le savoir et d'après moi, elle s'en moquait.
Tu écoutas la description de ce qu'elle pouvait faire de ton prénom et tu secouas la tête, complètement dépité. En fait, sans qu'elle ne le sache, elle venait de faire une exacte représentation de toi-même. Elle venait de peindre un portrait. Effectivement, ce prénom t'allait parfaitement : tu n'étais pas mélodieux, tu étais agressif ... Ouais, c'était tout à fait toi. Cette jument était vraiment la personne qui te fallait, je ne parle pas d'un couple, mais simplement la connaissance qu'il te fallait. Quelqu'un qui se moque de qui tu es, quelqu'un qui te met tes actes en pleine figure, mais surtout quelqu'un qui te fais comprendre que tu n'es rien qu'un cheval. Tu n'es pas si différent des autres, seulement un peu plus agressif.
C'est vrai ça, Collapsing, pourquoi la vouvoies-tu si soudainement ? Pourquoi portes-tu autant de respect d'un seul coup ? Tout simplement car tu t'étais rendu compte qu'elle méritait ce respect. Tu t'en étais rendu compte en prenant un peu de recul. Cette jument méritait le respect que tu n'accordais à personne, elle méritait que tu lui tendes un tapis rouge. Mais pourquoi ? Pourquoi changer autant pour une simple jument lambda ? Pourquoi devenir ainsi pour quelqu'un que tu ne connais pas si bien au final ? Que tu ne connais pas du tout, même ? Je ne comprend pas. En fait, je suis choquée et ne comprends pas du tout ton changement actuel. Tu es devenu quelqu'un de différent, tu es devenu un étalon complètement différent. Je n'irais pas jusqu'à dire que tu es devenu quelqu'un de gentil, mais tu es devenu beaucoup plus sage, beaucoup plus grandi. Peut-être que cela te permettra d'avoir un léger lien avec cette jument, peut-être que cela te permettra de pouvoir mettre réellement un nom sur le visage qui ne cessait de te hanter. Peut-être, enfin j'espère. Car j'en ai marre de te voir lutter, j'en ai marre de te voir frapper les arbres quand tu vois ce visage, mais surtout j'en ai marre de te voir mordre l'air pour oublier ce visage. Ce n'est pas toi, ce ne sera jamais toi, tout simplement.
Tu ne te souvenais pas de ce prénom, tout simplement car elle ne te l'a jamais dit. Mais as-tu réellement besoin de le savoir ? As-tu réellement d'entendre son prénom ? As-tu réellement besoin de connaître l'identité de ta sauveuse ? Evidemment. Tu avais besoin de mettre un prénom sur le visage qui ne cessait de te hanter. Tu avais besoin de mettre un nom sur cette âme qui ne cessait de te suivre à chaque pas que tu pouvais faire, tu en avais besoin ... Mais pourquoi ? Tu ne savais même pas. Tu savais simplement que ce nom était un besoin vital. Réellement. Finalement, tu secouas la tête, fit un pas vers la jument et ouvrit la bouche.
" J'ai besoin de connaître votre prénom. Pour au moins avoir un souvenir de cette sauveuse dont vous me parler si bien. " répondis-tu avec sincérité. Finalement tu secouas de nouveau la tête. " Je n'écoute pas les ragots. Et puis, sincèrement, tu vois vraiment les gens venir me voir pour me parler de ce qu'ils ont entendu ? "
Et tu l'avais de nouveau tutoyer. Mais pourquoi ? C'était revenu d'un seul coup sans que tu ne t'en rendes réellement compte. C'était naturel chez toi. Quand on te tutoyais à chaque fois, beh tu finissais par tutoyer. C'était d'une logique imparable. Finalement, tu reculas de nouveau, espérant ne pas gêner la jument.
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Harmonie

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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Dim 25 Fév 2018 - 23:15


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Harmonie se lovait dans son armure, se réchauffait derrière son masque pré-fabriqué. Elle se complaisait tant dans ses mensonges qu’elle les laissait glisser sans plus y penser. D’eux-mêmes, ils se formaient sur sa langue et agitaient ses lèvres. Elle avait passé tant d’années à mentir au monde qu’elle ne savait plus dire la vérité. Ses sourires ? Ses rires ? Ses mots ? Rien ne reflétait ce qu’elle pensait. Savait-elle seulement ce qu’elle pensait vraiment ? Derrière l’armure, le masque et les armes, qu’y avait-il ? Qui était-elle ?

La palomino prit quelques secondes pour contempler le paysage. Le Cratère rappelait un désert qui ne se serait jamais remis d’un vieux traumatisme. La boursouflure jaillissait de nulle part, ocre, crevait la surface d’une peau sèche et caleuse, déformait une platitude qui n’existait plus. Dans la blessure se cachait le vrai danger, celui qui s’était acclimaté à son nouvel environnement, qui profitait de chaque creux, chaque grotte et chaque affleurement pour sa tapir dans l’ombre et piéger les innocents. Combien d’autres ont espéré trouver un miracle, quelques gouttes d’eau, au fond de ce trou ? Combien se sont laissés avoir par les apparences si souvent trompeuses ? Les chacals ne mourraient pas de faim par ici, c’était certain.

Harmonie frissonna malgré elle et tourna la tête vers sa cuisse. Elle tendit les naseaux vers ses cicatrices sans oser les toucher. Le paysage s’alliait parfaitement avec cette déformation sur sa croupe. Sauf qu’il n’y avait pas qu’un seul Cratère, mais bien dix saillies rocheuses qui perçaient son poil doré et bafouaient à jamais l’harmonie de son corps. Depuis quatorze ans qu’elle se préservait, il avait suffi d’une poignée de secondes pour lui rappeler que le monde prenait sans donner.

Harmonie, avoua-t-elle finalement. Mais ne te laisse pas avoir par les souvenirs. Ils se déforment si vite et trompent plus facilement que l’apparence des gens.

De ses yeux clairs, la petite jument détailla l’étalon noir. Elle ne comprenait pas ce besoin qu’il ressentait et s’en fichait éperdument. Elle considérait sa vie trop à part de celle des autres pour s’inquiéter de ce qu’il pensait vraiment. Néanmoins, elle n’aimait pas cette attrait qu’elle suscitait chez lui et se serait volontiers débarrassé de lui comme elle s’était débarrassée de la seule amie qu’elle eut jamais eu. Pourtant, elle n’en fit rien. Harmonie savait qu’Ocëan Pearl ne la frapperait pas – ou peut-être avait-elle rêvé que la vieille pie la pousse dans le vide – mais elle ne pouvait en dire autant de Collapsing. Les nouvelles cicatrices de l’étalon parlaient pour lui-même : il aimait se battre et la palomino ne voulait pas lui servir de punching-ball.

D’un regard appuyé, mais toujours aussi peu expressif, Harmonie chercha la vérité dans les yeux de son interlocuteur. Elle n’arrivait pas à savoir s’il pensait que les gens venaient la voir pour lui causer, ou s’il essayait simplement de se moquer. Habituellement, elle n’écoutait pas non plus les ragots et, d’ailleurs, personne ne venait lui en parler. Cependant, celui-ci était sorti de nulle part et s’était frayé un chemin jusqu’à ses oreilles sans qu’elle ne se rappelle comment. Il l’avait interpellé, pour sûr, et elle avait retenu l’histoire avec un sourire aux lèvres. Le monde ne pouvait se contenter de sa folie, on lui inventait désormais méchanceté et vilenie. Elle, frapper quelqu’un ? Elle avait bien sacrifié un petit singe, après tout… qui savait où ses mauvaises idées s’arrêtaient ?

Et toi ? Tu les vois venir me parler de leurs petites rumeurs ? Ce que l’on croit voir des gens est souvent bien loin de ce qu’ils sont vraiment. Voilà bien un conseil vieux comme le monde, se critiqua-t-elle elle-même. Je vais t’en donner un tout neuf à te mettre sous la dent. Pour sûr, celui-là, tu ne l’auras jamais entendu avant : la prochaine fois, écoute les commères à mon sujet. Ce qu’elles ont à dire n’est pas si loin de la vérité, tu devrais te renseigner.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mer 28 Fév 2018 - 1:01

Lorsqu'on a commis la folie de confier à quelqu'un un secret, le seul moyen d'être sûr qu'il le gardera pour lui, est de le tuer sur-le-champ.


Comment une telle âme pouvait-elle envahir aussi rapidement ton cerveau ? Mais surtout comment un esprit aussi simple que le sien pouvait-il immoler le tien ? Tu ne comprenais pas. En réalité, tu n'avais jamais réellement comprit la relation que deux chevaux peuvent entretenir entre eux. Tu n'avais jamais comprit comment des sentiments peuvent apparaître aussi facilement qu'ils disparaissent. Mais surtout comment de la tendresse, de la bonté et de la gentillesse peuvent survenir si facilement dans le coeur, l'esprit d'un être aussi vil que toi ? Comment pouvait-elle envahir ainsi ton cerveau, ton coeur ainsi que tes émotions ? Comment faisait-elle ? Tu avais presque envie de la tuer, la noyer pour qu'elle ne revienne jamais, mais tu n'oserais pas. Tout simplement car tu n'avais pas le droit, tu n'avais pas le droit de tuer ta seule raison de réfléchir. Ta muse, comme dirait certaines personnes. Cette jument palomino représentait soudainement beaucoup trop de choses pour toi. Elle représentait un but que tu n'atteindras jamais. Elle représentait une vie que tu n'aurais pas la chance de connaître. Elle représentait une pureté que tu n'auras jamais la chance de toucher. En fait, elle était ton opposé autant qu'elle pouvait te ressemblait. Tu avais réellement envie de la toucher, l'atteindre mais surtout l'enlever à ce monde qui ne lui appartenait pas. Tu avais envie qu'elle soit tienne, mais tu ne savais comment faire. A ses paroles, tu hochas la tête.
" Joli nom, qui te va à ravir. " dis-tu, presque choqué de ton propre compliment. " Les souvenirs forgent une personne, selon moi. Mais des fois, ils ne devraient pas exister. "
Tu venais de faire, pour la première fois de ta vie, un compliment à l'un, ou plutôt l'une, de tes congénères. Tu en fus complètement choqué. Tu ne comprenais vraiment pas ce que faisait cette jument pour que tu puisses changer autant. Car avouons-le, depuis ton départ mais surtout ton come-back sur ces terres, tu étais complètement différent. Tu n'es plus l'étalon noir que j'ai pu connaître auparavant. Tu n'es plus cet être sans coeur, cet être conquérant qui tue quiconque serait sur son chemin, tu n'es plus l'étalon ne faisant pas attention aux conséquences de ses actes. Non,tu es devenu un véritable adulte. En fait, quand j'y pense, mais surtout plus j'y pense, je me rend compte que tu n'es peut-être pas un cheval foncièrement méchant. Tu es seulement un étalon qui est resté trop longtemps seul pour resté sain d'esprit. Après, c'est toi qui l'a voulu cette solitude, non? Evidemment.
" Tu as raison. Les apparences sont souvent trompeuses, ainsi que les ragots que l'on entend. " dis-tu tout en hochant la tête. " Je prend en note. Mais toi aussi écoute les rumeurs me concernant. Elles sont souvent le reflet de mes actes ainsi que ma propre folie. "
Car oui, tu étais fou, tu en étais parfaitement conscient. En même temps, quel cheval parfaitement sain d'esprit irait affronter une jument beaucoup plus forte que lui ? Quel cheval parfaitement clean irait demander vengeance sans véritable raison ? Personne. Mais la solitude t'avait rendu ainsi, tu en étais parfaitement conscient dorénavant. Après, j'avoue que tu avais sans doute été fou dés ta naissance. Car vouloir tuer son frère, par pure jalousie, n'est sans doute pas quelque chose qu'un cheval normal ferait. Mais tu as su dompter ta folie, tu as su la rendre tienne, tu as su lui appartenir autant qu'elle t'appartient dorénavant. Après, tu étais franc avec toi-même, tu savais parfaitement qu'avec le physique que tu avais actuellement, tu ne pouvais te permettre d'aller conquérir sans prendre quelques précautions.
Tu te rendais parfaitement compte que la jument face à toi étais mal à l'aise avec l'attention que tu lui portais. Mais croyait-elle réellement que le vivais bien ? Pensait-elle vraiment que tu l'acceptais si facilement ? Non, tu avais la trouille, véritablement. Tu avais peur de ce que ton corps, ton coeur pouvait prétendre. Tu avais peur de faire des choses dont tu n'aurais pas réellement conscience. Tu avais peur que ton coeur te fasse dire des choses que tu n'accepterais pas.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Dim 4 Mar 2018 - 16:49


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Harmonie aimait bien l’ambiance du Cratère. Elle comprenait que son fils soit tombé amoureux par ici. Il ressortait de l’endroit un charme qu’elle devait être la seule à ressentir, dans sa folie infinie. Peu importait où son regard se portait, aucun tronc ne barrait sa vue, aucune feuille ne tombait sur son chemin. Aucun arbre ne la dérangeait. Couplée à l’hiver, cette absence réduisait le chant incessant à un simple murmure qui glissait dans ses oreilles sans qu’elle ne l’écoute. Elle rêvait tant du véritable silence… mais peu importait où elle allait, la mélodie ne cessait jamais. Elle s’atténuait, s’accentuait, mais ne se taisait pas. Le silence n’existait pas.

La palomino reporta son attention sur Collapsing. Elle écouta d’une oreille distraite son compliment et se retint de grimacer. Elle n’était pas fière de son nom, ne l’aimait ni ne le détestait. Il était simplement le sien et elle faisait avec. D’aucun dirait qu’elle l’avait choisi elle-même, mais Harmonie n’en était pas certaine. Ses souvenirs d’enfance étaient flous, se bousculaient les uns les autres et elle n’était plus sûre de rien. Elle croyait que sa mère n’avait pas pris la peine de la nommer, qu’elle s’était simplement envolée, mais était-ce la vérité ? Peut-être pas. C’était néanmoins ce qu’elle voulait croire. Il était plus simple de se dire que sa génitrice l’avait détestée dès les premiers instants. Sinon pourquoi serait-elle partie ?

Ah oui ? s’amusa-t-elle. Je me demande si mes cicatrices s’harmonisent vraiment avec celle que je suis…

Harmonie taquinait Collapsing. Elle jouait avec le feu, elle le savait, mais elle ne s’en inquiétait guère. La mort ne lui faisait pas peur. Imaginer l’étalon la toucher, par contre, lui procurait quelques frissons dégoûtés. Cela n’avait rien à voir avec son apparence. Il aurait pu être beau, grand, costaud, que tout serait pareil. Ça ne venait pas de lui, ça venait d’elle. La douleur et la promesse d’une mort lente ne l’effrayaient pas tant que le contact physique avec un autre. Elle s’était tant détachée de leur monde qu’elle n’acceptait plus de le percuter, ne serait-ce que pour quelques instants.

La jument haussa un sourcil qu’elle n’avait pas. C’était un drôle d’énergumène cet étalon. Comme un nouveau jouet dont elle n’aurait pas lu la notice, Harmonie ne comprenait ni le sens ni les insinuations de l’étalon. Elle pataugeait dans la boue sans arriver à se sortir de ce merdier. Elle avait beau tenter de le faire fuir, il n’en saisissait pas un mot et s’approchait avec des phrases peu ragoutantes. Pensait-il la garder près de lui en lui avouant sa folie ? Ce n’était pas très glamour et si la palomino n’était pas persuadée d’être folle elle-même, elle aurait certainement fui en courant. La folie n’était peut-être pas contagieuse, mais elle était dangereuse. Et la jument savait parfaitement de quoi elle parlait.

Eh bien ! se moqua-t-elle avec un faux sourire amusé. J’espère qu’il n’y a toujours personne qui trotte dans ta cervelle de moineau, brave chevalier qui n’a peur de rien, car tu t’y prends très mal pour attirer les gens à toi.

Harmonie n’avait rien oublié de ce qu’il s’était passé dans la jungle. Au détail près, elle revivait cette aventure dès qu’elle se laissait aller à la fatigue, incapable de veiller davantage. Elle passait des jours entiers à marcher jusqu’à s’effondrer sous un arbre et dormir, brinquebalée par des cauchemars effrayants desquels elle n’avait plus la force de se réveiller. Ce n’était pas par choix qu’elle s’en souvenait parfaitement. Si elle pouvait choisir, elle éradiquerait ce jour de sa vie. Mais les cicatrices sur sa cuisse ne lui permettaient pas d’oublier. Quand la palomino soupirait, elles déchiraient sa croupe et lui rappelaient que rien n’était gagné, qu’elle ne pourrait pas se reposer. Et elle espérait que le mâle aussi n'oublierait jamais.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Lun 5 Mar 2018 - 1:48

Maman, elle dit que si on ne connaît pas les gens, on ne peut pas savoir ce qu’ils vivent. Alors on n’a pas à les juger.


Plus le temps passait avec cette jument, plus tu voyais le temps défiler. Et il défilait bien trop lentement à ton goût. Mais surtout, il te ramenait souvent à tes premières années. Ces années où tu n'étais qu'un gamin insouciant, ne se méfiant de rien ni personne, mais surtout aspirant à des conquêtes bien trop futiles. Ces conquêtes qui rythment la vie des gamins, quoiqu'il advienne. Mais si vous savez : ces conquêtes futiles. Ces conquêtes où on ne cesse de courir derrière un insecte car il nous intéresse, pour finir par pleurer car il a disparu. Ces conquêtes où l'on regarde les astres avec un seul rêve en tête : les visiter. Ces conquêtes qui dictent nos actes à un âge où elles ne le devraient pas. Puis finalement, on finit par grandir, on finit par devenir quelqu'un. Un être bon ou mauvais, peut importait du moment que l'on devenait quelqu'un. Et toi, tu te rendais compte que tu étais devenu quelqu'un de mauvais, de véritablement mauvais. Tu avais laissé la folie gangrener en toi, comme une plaie ouverte. Tu l'avais laissé naître pour ensuite mourir avec ta dernière marque d'humanité. Tu étais devenu un monstre, alors qu'au final tu n'étais pas si bête. Tu aurais pu devenir quelqu'un de plus gentil, de meilleur si tu n'avais pas laissé ta conquête de l'espace venir guider tes pas. Car, certes, tu voulais conquérir ces terres, mais pas seulement : tu voulais le monde entier à tes pieds. Tu voulais qu'ils scandent ton nom avec autant de terreur que d'honneur.
Depuis que tu avais prit du recul, tu te rendais compte que le mauvais côté de ta personnalité s'estompait petit à petit. Tu devenais un vrai cheval. Le monstre qui était en toi venait délicatement s'endormir au creux de ton coeur tandis que tu fermais les yeux sur les erreurs que tu avais pu commettre. Tu regrettais certains de tes actes, tandis que d'autres tu en étais presque fier. Tu ne regrettais pas ton combat avec Pearlqueen ni même ta confrontation avec Ouragant. Mais tu regrettais presque la fuite que tu avais du offrir à Ocëan Pearl. C'était une jument âgée, une mamie : elle ne méritait pas de fuir un endroit où elle se sentait bien, c'était évident. Après, elle t'avait provoqué et malgré que tu aies grandit au jour d'aujourd'hui, à l'époque tu restais tout de même un étalon ayant du mal à combattre ce monstre qui était en toi. Alors, oui, tu le regrettais mais tu savais aussi qu'elle n'était pas innocente pour autant. Tu redressas ta tête vers la petite jument et eus un rire. Un rire non contrôlé mais léger.
" Les cicatrices ne font pas l'âme de quelqu'un selon moi. " dis-tu tout en secouant la tête. " Quoique dans mon cas, j'ai un léger doute. "
Car soyons honnête, depuis ta fuite de cette île, tu t'étais rendu compte que les chevaux ont des âmes. Ils ne sont pas si inutiles que tu aurais pu le croire. Mais le plus choquant dans cette histoire, c'est que tu t'étais rendu compte de ta propre âme. Tu n'étais pas qu'une machine de guerre, pas qu'un simple pion dans les mains de la Grande Faucheuse : non, tu étais un être doté d'une âme et d'une conscience. Malheureusement, cette même âme avait été malmenée par ta propre folie, par ton envie de conquête alors oui, elle était tout aussi boursouflée que ton propre corps. Je pense que ton coeur, ton âme ont les mêmes cicatrices que ton enveloppe charnelle. Ton âme est aussi moche que ton corps, je suppose mais tu as encore du mal à en juger. En même temps, on ne pouvait pas t'en vouloir : tu as trop eu l'habitude de ta propre folie que tu ne sais juger ce qui est bon ou non.
Elle tentait de te chercher, te provoquer pour ... Pourquoi au juste ? Tu ne le savais même pas. Tu n'arrivais pas vraiment à comprendre pourquoi elle faisait cela. Tu tentais de rester calme, mais non, elle continuait de vouloir te mettre la misère. Un regard sur sa croupe et en un clin d'oeil tu compris : elle t'en voulait. Elle t'en voulait de cette journée où elle s'était sacrifié pour toi, qu'elle avait tué un singe pour toi. Je pense qu'elle t'en veux de l'avoir balancé contre un arbre sans raison, de l'avoir insulté mais surtout ensuite d'avoir voulu la consoler. Finalement, tu secouas la tête. Tu te souvenais absolument de toute cette journée. Tu te souvenais de ces singes qui avaient tout fait pour te défigurer, à défaut de te tuer. Tu te souvenais de ces loups qui ensuite venus vous embêter et dont tu en avais tuer certains. Puis finalement, tu te souvenais de ce tigre qui voulait votre peau mais dont finalement le meurtre du singe avait sauvé votre peau. Tu lui en devais une, mais ça, tu refusais de l'avouer.
" Tu sais, je ne suis pas si bête que j'en ai l'air. Ma folie me fait faire des choses affreuses je le conçois, mais si j'étais si idiot, je ne serais pas là devant toi à te parler. " dis-tu en sifflant.
Elle commençait sérieusement à t'énerver cette jument. Tu faisais tout pour rester calme, mais non, un seul mot de sa part suffisait à ce que tu sortes de tes gonds et ça tu ne comprenais pas. Tu ne comprenais pas comment elle pouvait avoir autant d'emprise sur toi, tes émotions, ainsi que tes sentiments naissants. Finalement, tu baissas la tête, gratta le sol de l'antérieur et mangeas le brin d'herbe que le cratère t'offrait avec générosité.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Ven 16 Mar 2018 - 9:23


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Harmonie fixait Collapsing sans vraiment penser. Elle laissait couler le temps de cette rencontre sur son petit corps, se retenant de plier l’échine sous la douleur que cela lui provoquait. Au même titre qu’avec les autres, la jument n’aimait pas cette conversation, ce moment volé à sa vie pour croiser celle d’un autre. Elle passait ses journées là où les autres ne venaient pas pour s’éviter ce supplice. La douleur, cuisante, lui crevait le cœur et la transperçait de part en part. Plus que la peur du jour où un autre se retournera contre elle pour la blesser, elle s’effrayait du moment où même les enfers sembleraient un petit bout de paradis. Ce moment où elle flancherait et se poserait la seule véritable question : Et si elle s’était trompée ?

La jument chassa ses pensées, laissant ses yeux clairs vagabonder sur l’horizon, puis revenir sur l’étalon. Ce n’était certainement pas Collapsing qui la ferait douter. Il était tout ce qu’elle fuyait. Fier, idiot et dangereux. Il lui crachait dessus à la moindre provocation et n’hésiterait pas à la bousculer encore si elle allait trop loin. Harmonie pouvait l’avouer sans honte : avec lui, elle ne savait pas où elle allait. Quand elle pensait l’insulter, il souriait. Quand elle voulait blaguer, il s’énervait. Il était instable et elle n’arrivait pas à orienter la conversation où elle le voulait. Plus que toute autre chose : il ne comprenait rien à rien et elle n’avait pas la patience de s’expliquer.

Ce n’est pas ce que je voulais dire, répliqua-t-elle un peu trop sèchement. Mais soit ! Explique donc comment tes cicatrices ont pu forger quoi que ce soit. Je suis curieuse de comprendre ce qui tourne pas très rond dans ta petite tête.

Harmonie s’en fichait pas mal. Qu’elle soit tombée sur un étalon plus fou qu’un autre, plus intelligent ou plus méchant, ne changeait rien à son problème : il était un autre. Il était le physique que la nature avait donné à la jument, un équidé comme il y en a tant. Sauf qu’elle ne s’était jamais sentie comme eux. Combien de fois lui avait-on rappelé qu’elle avait raison ? Qu’elle était une erreur et qu’il ne s’agissait pas de son monde ? Les encouragements des uns, les insultes des autres. Elle avait vite fait le tri. Qui ne préférait pas la caresse au coup ? Harmonie avait laissé le chant la bercer. Et si elle restait persuadée qu’elle ne leur appartenait pas non plus, une part d’elle-même restait enchantée à l’idée d’avoir quelqu’un, quelque part, qui attende sa venue.

La palomino frissonna sous le regard de l’étalon qui s’attardait sur sa croupe. Elle avait envie de lui cracher à la figure que, oui, c’était en partie de sa faute. Mais elle aurait pu dire la même à tant d’autres… Elle aimait se persuader que son mal n’était pas de sa responsabilité, elle s’en sentait moins coupable. Ce n’était pas tant cette rencontre dans la jungle qu’elle reprochait à Collapsing. En vérité, depuis les tous premiers instants, elle avait tout de suite accusé les dieux. Elle ne changerait pas sa façon de penser. Elle était incapable de se sacrifier pour ces autres qui la rejetaient. Si elle l’avait fait, c’était parce qu’on l’y avait poussée, elle en était persuadée.

Non, ce qu’elle reprochait à l’arabe, c’était d’être là, maintenant. De paraître si troublé quand elle lui parlait. De chercher dans ses yeux des réponses qu’elle ne pouvait pas lui donner. Tout aurait été plus simple s’il la détestait ! Harmonie n’aimait personne d’autre qu’elle et ses proches. Elle avait tiré un croix sur le reste du monde. Même sur une amie, à l’image de cette pauvre Ocëan Pearl qu’elle avait envoyé paître ailleurs. Tout était plus simple à gérer, entourée d’ennemis. La petite jument se complaisait dans sa solitude, dans sa petite bulle. Si elle laissait quiconque entrer dans son espace personnel, que deviendrait-elle ? Le monde se rendrait vite compte de ce qu’elle était vraiment. Elle ne pourrait plus se voiler la face et ça… ça la tuerait sûrement.

Pas si bête, dis-tu. Alors pourquoi laisser ta soi-disant folie te faire faire n’importe quoi ? demanda-t-elle du même ton égal. Et pourquoi l’idiotie te tiendrait loin de moi ? Je crois plutôt que les génies de ce monde m’évitent avec beaucoup de savoir-faire. Prends donc exemple sur eux, ce sera mieux pour nous deux.

Harmonie fixa l’étalon avec ce même regard inexpressif, celui qu’elle affectionnait tant et ne la quittait guère plus. Il lui arrivait même d’admirer son bel Aelis de cette façon, sans s’en rendre compte. Collapsing semblait tendu, prêt à lui sauter à la gorge. La jument revit la bousculade qui l’avait plaquée contre un arbre. Comme il avait hurlé à son oreille ! Son petit tronc ployant sous son poids. Peut-être que si elle continuait de l’embêter, il finirait par la fuir, comme tous les autres ? Elle avait du mal à y croire.

La palomino releva la tête et examina la crête sur laquelle elle se tenait. Un peu plus loin sur la gauche, le cratère s’enfonçait dangereusement dans le sol, créant une fine corniche sur laquelle il était difficile de marcher sans risquer de basculer de l’un ou l’autre côté. La petite jument ne réfléchit pas plus longtemps et s’y engagea, tanguant dangereusement de droite à gauche à chaque pas. Elle aimait sentir ce petit pincement à son cœur chaque fois que le vide se rapprochait d’elle. Cette maigre douleur qui lui rappelait qu’elle était vivante et renvoyait à son esprit les images de ceux qui comptaient pour elle. Mais elle, comptait-elle toujours autant pour eux ?

Tu dis me parler, mais j’ai plutôt l’impression de me faire agresser, avoua-t-elle sans le penser vraiment. Question de point de vue, paraît-il. Ou peut-être est-ce dû à la folie et à l’idiotie ? Qu’en penses-tu ?
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Dim 18 Mar 2018 - 17:07

Ce n'est qu'avec les yeux des autres que l'on peut bien voir ses défauts.


En quinze ans, tu n'aurais sans doute jamais imaginé pouvoir ressentir tout ce que tu ressentais actuellement. En réalité, tu avais l'impression de devenir un autre étalon, une autre personne en la présence de cette jument. Pourquoi ? Comment ? Tu n'en savais absolument rien. Tu avais surtout l'impression de n'avoir jamais ressenti cela pour personne. Je ne saurais dire quel sentiment tu avais, mais surtout quel intérêt tu portais tout particulièrement à Harmonie, car toi-même tu ne le savais pas. Mais soyons francs, en quinze ans, tu avais tout de même découvert plusieurs choses en toi, n'est-ce pas ? Tu avais rencontré des chevaux qui t'avaient évoqué plusieurs sentiments. Tu avais Ocëan Pearl qui t'avait fait découvrir l'ambition, la haine mais aussi l'envie. Tu l'avais envié tout le long de votre " ballade ", tu l'avais haïs pour sa façon de te parler et tu avais eu une ambition. Une seule et unique : la faire tomber de son ancien trône. Tu ne te souvenais même pas comment tu avais su pour sa dominance, mais tu l'avais su. Tu avais su qu'elle avait été princesse, puis reine, alors tu voulais ce titre. Il y avait eu Ecalipse qui t'avait fait découvrir la peur ainsi que la colère. La peur, car tu avais eu peur qu'elle t'achève. Mais aussi la colère, car une jument t'avait anéanti sans que tu ne puisses rien y faire. En réalité, en un an, tu avais découvert des sentiments que tu n'avais pas ressenti en quinze ans.
En fait, quand j'y pense : tu avais découvert tout cela car tu avais eu des contact avec les autres chevaux. Un contact que tu avais pourtant refusé toutes ces années antérieures. Tu ne supportais pas le contact équin, tu ne l'avais jamais aimé, c'était un fait. Depuis tout petit, tu préférais être seul que mal accompagné comme on dit. C'est pourquoi, tu avais fait en sorte de vivre une vie de solitaire, tu avais fait aussi en sorte d'éviter toute confrontation avec les autres. Sans doute, car tu connaissais parfaitement ta folie, tu savais parfaitement que tu tuerais si on te provoquait. Mais, elle, elle était différente. Tu n'avais jamais osé t'avouer qu'elle te rendait différent, mais maintenant tu le savais. Alors, tu l'acceptais, mais elle ... L'accepterait-elle ? Tu n'en savais rien. Une chose est sûre : c'est qu'un jour tu lui feras comprendre, mais pas maintenant, elle n'était pas prête. Un regard sur la jument et tu secouas la tête, en ouvrant la bouche. Elle voulait une explication ? Très bien.
" Je n'irai pas jusqu'à dire qu'elles ont une explication particulière, mais plus une histoire on va dire. " dis-tu, énigmatique. " Elles représentent tous les combats que j'ai pu avoir, ainsi que les obstacles que j'ai du surmonter. Mais je ne suis pas sûr que tu puisses comprendre, puisque tu évites toute confrontation. "
Et voilà, encore une fois tu la rabaissais. Mais pourquoi fais-tu cela Collapsing ? Pourquoi veux-tu absolument la mettre plus bas que terre ? Mais surtout, pourquoi oses-tu l'humilier alors que tu es le premier à dire qu'elle te hante chaque nuit ? Je pense que je ne te comprendrais jamais, en réalité. Tu te dis intelligent, vil ... Mais au final, tu n'es qu'un étalon qui a du mal à autant comprendre les autres que te comprendre toi-même. Je pense qu'en quinze ans de solitude, tu ne sais pas réellement comment comprendre les émotions, les visions mais surtout les ressentiments des autres. Alors, oui, tu n'étais pas méchant foncièrement, tu étais juste plus abruti que la moyenne je pense. Tu es juste un étalon qui ne sait comment se comporter avec ses congénères : je ne suis pas sûre qu'à quinze ans tout cela reviendra, mais espérons qu'un jour tu t'en rendes compte et que tu changes quelque chose. Ce sera d'autant mieux pour toi que pour les autres, selon moi.
Tu n'arrives pas comprendre les autres, mais tu as encore plus de mal à comprendre les juments. Pour toi, au départ, elles n'étaient que des chevaux inutiles, bonnes à être fécondées et pouliner, mais maintenant que tu étais sur cette île, tu te rendais compte que c'était complètement différent. Maintenant, tu te rendais compte qu'elles avaient tout de même une utilité sur ce monde. Naëlle t'avait sans doute laissé penser qu'elles étaient faites pour gouverner avec un étalon, qu'elles étaient faites pour apprendre correctement, mais surtout à offrir un descendant. Elles étaient là pour raisonner les mâles, pour les initier à la subtilité du monde, mais surtout leur faire voir des choses inconnus à leur regard masculin. En réalité, Harmonie et Naëlle étaient les seules juments qui t'ont ouvert les yeux sur le monde. Harmonie t'avait montré à quel point le masque n'est pas important, à quel point l'entraide existe chez chacun mais surtout à quel point l'instinct de survie peut réunir deux inconnus. Naëlle, quant à elle, t'a prouvé, que quelque soit l'âge, une jument demeure une princesse et qu'elle a besoin d'un trône pour pouvoir s'épanouir.
" Tout simplement car la folie est mon unique amie depuis ma naissance, alors oui je la laisse faire car je n'ai aucun guide. " dis-tu, honnêtement. " Les génies sont sans doute intelligents, c'est indéniable. Mais je préfère agir de moi-même plutôt que suivre l'exemple d'inconnus. Tu suivrais l'exemple de génies dont tu ne connais rien, toi ? "
En réalité, quand j'y pense, j'ai réellement l'impression qu'en un an tu as grandit d'autant plus que les quinze années auraient pu le permettre. Dans un sens, ça me fait plaisir : car je me dis qu'ainsi, tu pourrais découvrir beaucoup mieux le monde. Mais dans un autre sens, ça me fait peur. Car je me dis qu'en changeant, ton ambition changera. Et peut-être deviendras-tu d'autant plus fou ? Je ne sais pas. Tout du moins, je l'espère car sinon HW deviendrait un carnage. Mais si tu ne deviens pas roi, que deviendras-tu ? Un meurtrier ? Un inconscient ? Ou un fou qui tue de vengeance ? Espérons que non.
Un regard sur la jument et tu secouas la tête. Suicidaire ? Folle ? Et elle osait parler de ta propre folie ? Ne serait-ce pas l'hôpital qui se moquait de la charité ? N'avait-elle pas l'impression de se contredire elle-même ? Un soupir passa tes lèvres tandis que tu observais la crête, l'ambiance mais aussi l'horizon ? Voudras-tu la suivre ? Hors de questions, tu n'avais pas envie de crever. Et tu n'étais pas un suiveur. Ainsi donc tu te couchas, te roulas un bon coup pour évacuer le surplus de nervosité. Ceci fait, tu te relevas, t'ébrouas, donnas un coup de cul et ensuite restas statique. Mais une idée te vint, tu vis un sentier non loin qui menait à l'intérieur du cratère. Alors sans une seule hésitation, tu le pris, te mettant légèrement sur l'arrière pour éviter de glisser et au bout d'une centaine de pas, tu te retrouvas dans le cratère. Là, tu observas autour de toi et soudain à la dernière phrase de la jument, tu plaquas les oreilles en arrière.
" Tu n'as pas l'impression de te comporter comme une peste ? Ou plutôt d'être l'hôpital qui se moque de la charité ? " dis-tu en haussant la voix pour qu'elle t'entende. " Tu me dis t'agresser, mais toi. Pourquoi ne cesses-tu pas de me rabaisser, alors que j'essaie d'être un minimum respectueux avec toi ? "
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Harmonie

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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Dim 25 Mar 2018 - 23:03


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Perchée sur sa corniche, tanguant tantôt d’un côté tantôt de l’autre, Harmonie n’écoutait l’étalon que d’une oreille distraite. À ce point distraite que la jument ne faisait guère plus qu’entendre ce qu’on lui racontait. Le vide l’appelait, susurrant, ronronnant. Si tentant. La libération, enfin. La fuite de ce monde de nuisances. Le silence. Tout ce qu’elle espérait.

La petite jument tourna la tête vers Collapsing. Elle s’en taponnait les oreilles sur les troncs, de ses cicatrices et de leur « histoire ». La mort, la puanteur et l’idiotie. C’était tout ce que lui inspirait le corps décharné de l’étalon. Il pouvait être fier, le bougre, dans trois mois il ramperait sous terre à ne plus savoir différencier les racines de pissenlit et les vers. Quel exploit !

Harmonie grimaça et reporta son regard sur le cratère. Ainsi donc, elle ne pouvait pas comprendre. Voilà qui lui facilitait grandement la tâche. À quoi bon répondre, puisqu’elle n’y comprenait rien ? Elle pourrait s’engager dans un long débat, chercher à savoir qui d’eux deux gueulerait le plus fort. Valait-il mieux sauter dans les combats tête baissée ou les éviter et se préserver ? Dans tous les cas, la jument ne pensait pas « éviter » quoi que ce soit. L’occasion ne s’était pas présentée et Harmonie n’avait jamais rien cherché. Tout simplement.

La palomino cessa son petit manège dangereux pour inspecter l’horizon. Très loin, trop loin pour qu’elle ne puisse le voir clairement, quelques arbres devaient se dresser, fiers et solides. Leur chant roulait jusqu’à elle, faible mais présent. N’étaient-ils pas des génies dont elle ne connaissait rien ? Harmonie s’autorisa un sourire amusé. Collapsing croyait la connaître ou la faire culpabiliser ou… qu’essayai-il de faire, en fait ? Il lui ouvrait une autoroute sur laquelle elle n’hésita pas à s’engager. Relevant la tête, fixant à nouveau son regard sur l’étalon, la jument sourit à pleines dents. Son masque de mensonges tenait bon, sa voix ne trembla pas et ne connut aucune hésitation.

Oui. Pourquoi pas ? (Elle pouffa légèrement.) Ils sont intelligents, après tout. Et tu ferais bien d’en faire autant. Ça t’évitera de poser trop de questions… aux mauvaises personnes.

Harmonie claqua de la langue et reprit son avancée sur la corniche. Mine de rien, elle creusait la distance entre Collapsing et elle. Rien qu’à la pensée qu’il pourrait la toucher ou la bousculer, elle sentait les haut-le-cœur se précipiter dans sa gorge et s’y coincer. Il était hors de question de laisser cela arriver à nouveau !

La palomino jugeait que la distance était suffisante quand l’étalon se mit en mouvement. Elle eut d’abord peur qu’il n’approche, mais il n’en fit rien. Elle admira donc le spectacle du cheval borgne qui se trémoussait un peu partout, faisant très attention que la distance entre eux ne se réduise pas. Au contraire ! Elle s’agrandit encore quand l’étalon noir se jeta désespérément au fond du cratère. Harmonie le fixa et plissa les yeux pour l’observer. Elle ne rêvait pas, il l’apostrophait d’en bas et osait lui reprocher quelque comportement douteux. Elle ? Agresser le monde ? Quelle idée !

Et toi, alors ? T’as pas l’impression de faire chier le monde ? (Elle grinça des dents, faussement énervée.) Qui agresse qui ? Avec toutes tes insinuations, tes insultes et tes menaces, tu crois me respecter ? Mais t’es pas net, mon pauvre vieux ! (Harmonie reprit sa marche sur la corniche jusqu’à ce que les parois du cratère redeviennent praticables.) Vilaine dame que je suis, je te rabaisse… Mais qu’est-ce qui peut bien m’y pousser ! Tu t’es jamais dit que j’avais peut-être pas envie de te parler ? Non ? Bah tu devrais peut-être y penser…

Harmonie n’aurait jamais pu rêver plus belle occasion. Collapsing représentait un obstacle entre la jument et sa liberté. En galopant au fond du cratère, il libérait le passage devant elle. La palomino ne se fit pas prier. D’un pas décidé, elle se mit en marche vers l’horizon, redescendant les parois du cratère pour atteindre la plaine rocheuse. Avec un peu de chance, l’étalon comprendrait enfin qu’elle n’aimait personne, n’avait besoin de personne et ne voulait parler à personne. Un peu de solitude, bordel ! C’était trop demandé ?
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 27 Mar 2018 - 22:27

行く者は追わず、来る者は拒まず
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Elle était là, sur la corniche, se tenant telle une équilibriste sur le fil de la vie. Elle tanguait délicatement entre la vie et la mort et toi, tu l'observais délicatement. Tu n'aurais, réellement, jamais imaginé qu'une telle jument te ferait un tel effet. Elle était différente des autres, c'était une évidence. Elle avait ce petit quelque chose en elle qui te faisait vibrer sans même qu'elle s'en rende compte. Savait-elle, une seule seconde, qu'elle était importante pour toi ? Savait-elle qu'elle représentait un Graal que tu ne pourrais jamais atteindre ? Mais surtout, imaginait-elle une seule seconde qu'elle était cet objet précieux qui régnait dans ton coeur ? Elle le refusait, sans aucun doute. Mais je peux la comprendre. Comment peut-on accepter d'être dans le coeur d'un être aussi abjecte que toi ? Comment pouvait-on accepter de vivre dans l'esprit d'un être tel que toi ? C'était tout bonnement impossible, improbable. Ca faisait peur. Ca terrifiait et en même temps ça intriguait, soyons francs. Mais, elle, non, elle refusait, tout simplement car elle voulait se protéger. Tout simplement car elle voulait vivre en dehors de tout cela. Elle voulait vivre autrement dans le coeur d'un individu si dur que toi. Acceptes le ou apprivoises la. Mais je ne suis pas certaine que tu puisses le faire. Que ce soit la première ou seconde proposition.
Tu assumais ton corps. Tu savais parfaitement quelle image tu renvoyais aux autres. Tu n'étais qu'un zombie, qu'un être pourrissant autant de l'extérieur que de l'intérieur. Tes blessures s'infectaient ainsi que ton propre coeur. En réalité, tu n'étais que l'ombre de toi-même et tu t'en rendais compte que maintenant. Tu n'étais qu'un serpent mourant petit à petit au soleil, se laissant cramer sans même demander son reste. Tu n'avais pas peur de la Mort, tu l'accueillerais à sabots ouverts, mais pas aujourd'hui. Non, aujourd'hui, tu voulais connaître davantage une jument. Une jument palomino, au regard éteint mais à l'âme débordante de vitalité. Elle croyait pouvoir s'éloigner de toi ainsi ? Elle croyait pouvoir fuir sans demander son reste ? Elle ne te connaissait réellement pas. Tu ne la laisserais pas partir ainsi, c'était impossible. Elle ne t'appartiendrais sans doute jamais, mais tu ferais en sorte qu'elle n'appartienne à personne tout simplement. Tu ne pourrais te laisser mourir sans tenter une chose, sans tenter ta chance. Oh bien sûr, tu te prendrais sans doute un revers, un énorme rateau mais tu voulais essayer. Qui ne tente rien n'a rien n'est-ce pas ?
Les questions servent à connaître les gens selon moi. Mais si tu penses que je suis idiot de t'en poser, soit. Je continuerais : car je déteste rentrer dans un moule ou suivre l'exemple de personne que je ne connais pas. dis-tu avec un sourire malicieux.
Tu n'avais jamais réellement suivi d'exemple de toute ta vie, considérant cela comme idiot. Pour grandir, pour devenir quelqu'un, il suffisait de faire ses propres expériences, de réfléchir à sa manière et non de devenir un mouton suivant un moule, un carcan. Enfin, c'est ce que tu as toujours pensé. Si tu avais suivi l'exemple de tes parents ? Tu serais sans doute devenu un de ces abrutis poursuivant un amour invisible. Si tu avais suivi l'exemple de ton cadet ? Tu serais sans doute devenu un étalon lambda, sans but réel. Ouais, non, ce n'était réellement pas ce que tu désirais. Alors, tu avais suivi ta propre voie, tu avais suivi ton propre rêve ainsi que tes propres convictions. Et malgré les erreurs que tu avais pu faire, tu étais tout de même heureux et fier de ce que tu avais pu devenir
Elle avait peur que tu la touches ? Elle avait peur que tu oses avoir un contact avec elle ? Ou que tout simplement vos deux corps se frôlent ? Ca n'arrivera pas, tout simplement car tu avais du respect pour elle. Malgré ce que tu avais pu faire, malgré ce que tu avais pu dire vis-à-vis d'elle, tu la respectais. Tu la respectais bien plus que tous les autres chevaux que tu avais pu rencontrer. Tout simplement car elle représentait cette ange de la Mort qu'on t'envoyait lors de ton dernier soupir. Tout simplement car elle représentait un rêve que tu ne pouvais atteindre, mais aussi ton seul rempart face à ta propre folie. Elle te permettait de rester lucide sans qu'elle ne s'en rende véritablement compte. Elle était l'humaine qui permettait à la bête de ne pas tuer tout le village, elle était la laisse retenant un chien à son maître mais aussi cette chaîne maintenant une chèvre à son piquet. Ouais, elle te contrôlait totalement sans que tu ne comprennes pourquoi. Elle était la croix que tu porterais sans doute toute ta vie. Pourquoi ? Comment ? Pourquoi elle, surtout ? Tu n'en savais rien. Mais le Destin décide souvent à la place des individus, c'était bien connu.
On a tous un but dans la vie. Et je crois que le mien est de faire chier le monde, malheureusement pour toi. Tu remontas le cratère pour te mettre derrière la jument. Tu n'es pas obligée de parler, seulement m'écouter. dis-tu avec plus de douceur.
Tu avais besoin de lui dire, tu avais besoin de lui avouer. Mais pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Tu ne savais réellement pas. Tout ce que tu savais, c'est que du haut de tes quinze ans, tu avais l'impression de redevenir un étalon juvénile avec cette jument, de redécouvrir des sensations ainsi que des sentiments que tu n'avais jamais connu auparavant. Alors, oui, tu allais sauter le pas. Sans hésiter une seule seconde, tu pris le trot et te mis devant la jument, là tu te retournas et fis face à cette palomino, il fallait qu'elle écoute. Tout simplement écouter.
Ecoute, je vais être honnête. Tu en fais ce que tu veux, mais il faut que tu le saches. Si tu veux fuir, je te laisserais faire, si tu veux m'égorger ce sera pareil, mais juste écoute s'il te plaît. C'était bien la première fois que tu suppliais quelqu'un. Depuis ta fuite, je ne pense qu'à toi. Je vois ton visage, tes yeux et ton corps partout. Il m'arrive même de sentir ton parfum quand je croise une jument. Amoureux ? J'en sais rien. Je sais simplement que tu es la seule jument qui me fait être quelqu'un. Alors tu peux me juger, me cracher à la gueule que je suis le pire des enfoirés mais tu n'ôteras pas ça de ma cervelle. Tu seras sans doute la dernière personne à laquelle je penserais à ma mort, Harmonie. Tu finis par soupirer et t'écarter pour la laisser partir si elle le voulait.
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mer 18 Avr 2018 - 23:24


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Harmonie pencha la tête de côté, soupesa les mots qu’elle entendait et réfléchit gravement au but de sa vie. On a tous un but, disait-il, très fier de lui. Il faut faire quelque chose de sa vie, donner une raison à notre naissance. Pourquoi serions-nous vivants si ce n’était pour accomplir quelque chose ? Voilà une pensée que la jument ne partageait pas. Elle était née par l’égoïsme de sa génitrice. Quel but y avait-il là-dedans ? Sa mère avait été trop bête pour comprendre qu’elle ne méritait pas d’enfanter, qu’elle ne saurait pas l’assumer. Elle s’était laissée tenter et, finalement, elle avait abandonné, emportant dans son sillage une famille que Harmonie ne connaissait pas. Oh ! elle savait bien, la palomino, à quelle lignée elle appartenait ! Tout un tas d’autres idiots qu’elle n’avait jamais connu et qu’elle ne voulait pas connaître. Tous des fous, des détraqués. Pour sûr, elle avait de qui tenir sa propre folie !

La petite jument reporta son attention sur l’horizon incertain, sur la verdure qu’elle devinait à peine de l’autre côté de la plaine rocailleuse. Quel était son but ? Harmonie avait cessé de croire aux murmures que les arbres lui offraient pour l’appâter. Elle n’était pas une héroïne, ni même l’élue. Elle n’était qu’une jument comme une autre, à ceci près que sa solitude avait bousillé son esprit. Pour s’en prémunir, voilà qu’elle entendait le monde chanter à ses oreilles ! Son but n’était pas celui d’intermédiaire. Personne ne voulait entendre ce que les arbres avaient à dire. Les arbres eux-mêmes ne voulaient pas savoir ce que disait le monde. Ils exigeaient l’attention de la petite jument, son attention à elle, pas celle des autres. Ils la désiraient tout entière, mais ce n’était pas son but. Elle ne leur appartenait pas et cela ne changerait jamais.

Le trot de l’étalon la tira de ses pensées. Quand il apparut dans son champ de vision, elle le fixa de cet air impénétrable qu’elle arborait constamment. Et si c’était cela, son but ? Embêter Collapsing comme personne d’autre ne le ferait. Lui dire les choses comme aucun autre ne l’oserait. Lui prouver enfin qu’il se trompe. Que le monde ne mérite pas que l’on se batte pour lui.

Aux premiers mots, Harmonie plaqua ses oreilles sur sa nuque. Tout le monde lui demandait sans cesse d’écouter. Qui l’écoutait, elle ? Elle-même ne savait plus ce qu’elle avait à dire tant elle s’était tue pour écouter les autres et leurs vies pourries, les arbres et leurs complaintes infinies. Elle n’aspirait qu’au silence ! Puissant et libérateur. Qu’enfin elle tende l’oreille tant qu’elle le put et que rien ne l’atteigne. Pas le moindre son, le moindre souffle. Simplement le silence et le calme, comme elle ne les eut jamais connus.

La palomino ravala ses remarques cinglantes, les stocka dans un coin de son esprit et fit ce que l’on exigeait. Elle écouta. D’une oreille distrait, d’abord, puisque cela ne lui plaisait pas. Puis, elle tendit l’oreille, se tapit derrière son masque impassible et découpa les phrases pour mieux s’imprégner de leur sens. Voilà une déclaration comme on ne lui en avait jamais faite. Agressive, intrusive et autoritaire. Qu’exigeait-il d’elle ? Non seulement qu’elle se taise, comme la bonne femme inutile qu’elle était, mais aussi qu’elle accepte ce qu’il lui disait. Harmonie grimaça. Elle ouvrit son armure impassible pour laisser passer son sentiment. Mais quel était-il ? Pas de dégoût, ni de colère. Pas de gêne, ni de tristesse ou de pitié. Ne restait qu’une impression floue que les choses n’étaient pas à leur place, ainsi que l’arrière goût bien connu du mensonge. Un mensonge qu’il se répétait à lui-même, mais qui ne prenait pas.

J’en aime un autre, avoua-t-elle le plus simplement du monde, comme une évidence qu’elle souffla d’un ton égal. Et cela ne changera jamais.

Harmonie le dévisagea, sans autre intention qu’attendre le temps nécessaire à ses paroles pour prendre un sens dans la cervelle de Collapsing. Jusqu’à sa mort et même par la suite, si on le lui permettait, la palomino était tout entière dévouée à son seul et unique amant de toujours : Aelis. Sans lui, elle n’existerait plus depuis longtemps. C’était un fait que l’arabe devait comprendre et accepter. Rien ne résoudrait cela, pas même la violence. Il pouvait tenter, s’il l’osait, de s’en prendre à son monde pour qu’elle soit privée des siens et qu’elle se tourne, dans un élan d’idiotie qu’elle se vantait de ne pas posséder, vers l’origine de ses malheurs. Il verrait bien, alors, si la déesse de la guerre qu’elle avait joué dans la Jungle n’était qu’un rôle ou la promesse menaçante d’une haine que le sang du monde entier ne saurait tarir.

Ma dernière pensée ne sera donc pas pour toi, ajouta-t-elle en réaffirmant son masque impassible. Et donc, tu te sens mieux maintenant que tu l’as dit ? J’en doute, car les choses ne changeront pas entre nous. Tu es comme les autres, mon Coco. Tu exiges, mais tu donnes peu. Tu ordonnes, mais tu n’obéis pas. Pourquoi devrais-je t’écouter ? Ne crois-tu pas que je l’ai assez fait ? Alors regarde-moi bien et sois donc celui qui écoute, pour une fois. Mais écoute bien, je ne répéterai pas : ta vie n’a rien à voir avec la mienne. Jamais nos chemins ne se croisent, c’est à peine s’ils se frôlent. Tu peux faire tout ce que tu veux au monde, je m’en fiche, au même titre que tous les autres. Ce que j’aimerais en échange, c’est que tu me laisses tranquille. Est-ce trop demandé ? Cela me semble bien peu ! Je t’ai sauvé la vie, tu me dois bien cela…
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MessageSujet: Re: Reviens-moi. || HARMO   Mar 1 Mai 2018 - 18:19



► Gentle die | Grey crowned
Reviens-moi
Collapsing & Harmonie
C’est vrai qu’en naissant, nous n’avons pas de but ultime. Nous n’avons pas de quête à accomplir, ni même un but décrit. Dans les premiers mois de notre vie, nous ne faisons que jouer, que profiter de la vie et l’amour de nos proches. Mais surtout, nous ne faisons que découvrir le monde qui nous entoure, la Nature qui nous a ouvert ses bras mais aussi le climat dans lequel nous sommes. Nous ne savons pas encore pourquoi nous sommes sur Terre, ni même pourquoi nous sommes nés. Bien sûr, nous savons parfaitement d’où nous venons, qui sont nos parents et pourquoi ils nous ont créés mais nous ne comprenons pas encore très bien la place qui est nôtre. C’est dur au début de s’y faire, puis finalement ça vient doucement. Nos proches nous apprennent petit à petit des règles qui sont les leurs, ils nous apprennent une éducation que nous ne connaissons que très mal.
Mais toi, Collapsing, c’est différent. Toi, dés la première année de ta vie, tu avais déjà un but : gouverner. Tu avais apprit les règles que ta grand-mère t’avait offertes, tu avais eu l’éducation qu’elle t’avait donné, mais finalement tu avais décidé d’en faire autrement. Tu avais décidé de vivre une vie bien toute autre qu’elle aurait imaginé. Bien sûr, dés les premiers mois de ta vie, tu étais différent. Quand certains poulains jouaient avec les papillons, toi tu les écrasais à coup de sabot ou tu les bousillais à coup de dent. Un sociopathe, voilà comment te nommaient les chevaux de ton troupeau, mais tu t’en moquais. Tu aimais pouvoir contrôler les choses, les êtres qui t’entourent. Tu te souvenais d’un moment précis dans ta vie : de ce moment où tu avais joué avec un chat sauvage. Tu l’avais fait fuir, tu l’avais fait courir jusqu’à ce qu’il soit acculé face à un mur. Il pensait que tu allais le laisser tranquille ? S’il savait. Tu l’avais achevé à coup de sabot dans la tête et tu avais ri. Tu avais six mois ce jour-là. Un fou, un véritable fou. Ou le pion de la Mort, à voir.
Alors oui, tu comprenais parfaitement que la jument ne te supporte pas, qu’elle te trouve complètement fou, mais elle devait savoir. Elle devait savoir qu’elle t’apportait bien plus qu’une simple jument. L’aimer ? Tu ne savais pas. La vouloir ? Plus que tout. Tu savais seulement que tu ne pensais qu’à elle, tu ne voyais qu’elle, tu ne vivais qu’elle, tu ne mourrais plus que pour elle, mais surtout que tu ne ressentais son odeur partout. Tu avais l’impression d’être devenu quelqu’un de faible, quelqu’un qui se meurt à chaque séparation entre vous, mais surtout tu avais l’impression de ne vivre que pour elle. Tu ne comprenais absolument pas pourquoi tu étais comme ça, mais ça te foutait véritablement la trouille. Soudain une parole, une unique parole et tu eus l’impression que ton coeur cessait de battre. Elle en aimait un autre. Elle appartenait à un autre. Ta langue se blottit au fond de ta gorge, caressant l’email de tes dents. Tu ne savais pas quoi dire. En même temps, que pouvait-on répondre à cela ?
Puis, les paroles s’enchaînèrent et tu écoutas. Tu étais lové dans un mutisme que tu ne te connaissais pas, tu avais l’impression que plus la jument parler, plus tu devenais petit. Tu avais l’impression de sombrer dans un trou que tu ne connaissais que trop bien, un gouffre que tu avais voulu abandonner mais qui finissait par revenir à la charge. Les paroles cessèrent. Ton œil valide était humide, mais tu évacuas cette unique larme en secouant la tête. Non, tu ne devais pas. En quelques mots, elle venait tout juste de t’achever, elle venait de t’anéantir. Pour la première fois de toute ta vie, tu souffrais. Quelqu’un venait de te faire mal. Mais ce n’était pas une douleur qui passait, non, elle s’imprégnait de ton âme, elle t’envahissait et tu voulais hurler. Tu voulais te jeter sur elle, l’égorger,  la tuer, lui piétiner l’âme mais tes sabots restaient plantés au sol. Tu avais réellement l’impression que ton corps ne t’obéissait plus et que plus le temps passait, plus ta langue se rapprochait de tes dents. Finalement, tu te raclas la gorge, reculas et fixas la jument.
« Très bien. Je te souhaite bon vent dans ce cas. » dis-tu en reculant de nouveau.
Brutalement, tu tournas les talons et t’enfuis au galop, une larme roulant sur ta ganache. Tu avais tellement mal. Tu avais l’impression que ta langue te brûlait, qu’elle voulait s’arracher de ta bouche, comme si elle devenait un véritable fardeau pour toi. Ta langue était comme ton coeur, elle venait de mourir en une fraction de secondes. Soudain, tu vis un rocher. Tu devais le faire, elle te faisait bien trop mal. Elle ne te servait plus à rien, mais surtout elle était tellement lourde que tu avais l’impression qu’elle te briserait la mâchoire. Alors sans hésiter, tu laissas ta langue se profiler entre tes dents et là, un claquement sec, un hurlement se fit entendre. Tu venais de te séparer de ton fardeau. Plus jamais tu ne parlerais, plus jamais tu ne serais faible, mais surtout plus jamais tu ne ressentirais pareille douleur. Tu fixas la flaque de sang à tes sabots et avec un sourire satisfait, tu t’effondras au sol, les larmes roulant toujours inconsciemment. Elle t’avait brisé. Tu te vengerais.
Et comme un abruti tu te loupes. C'est hallucinant, quand même, que même dans la mutilation tu arrives à te louper. Tu crachas un bon coup, secouas la tête pour finalement t'échapper au grand galop. Ce n'est pas pour autant que tu utiliserais ta langue, elle était ton fardeau, elle ne devait plus bouger, c'était interdit dorénavant.
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