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 Enjoy The Silence

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Figaro

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MessageSujet: Enjoy The Silence   Mer 10 Jan 2018 - 22:35

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Une goutte froide s’écrase impromptu contre la surface de ma peau sombre, bientôt elle est rejointe par ses nombreuses sœurs qui finissent par m’arracher un frémissement. Je bats des cils pour dévoiler mes prunelles ternes aux yeux des dieux dissimuler derrière un voile épais grisâtre qui libère ses larmes sur la face du monde et sur la mienne dit en passant. Un râle s’arrache de ma gorge quand je me redresse tel un pantin désarticulé à qui ont a coupé les files, coupé le droit de vivre. Chaque jours, je m’éveille inlassablement alors que je prie que chaque jour soit le dernier, le dernier où je pourrais le revoir mais rien n’y faisait personne ne voulait de ma carcasse. La pilule la plus difficile fut de constaté que même l’ouvrier de terre n’en voulait pas de ma carcasse, et ce dernier s’est volatilisé. Chaque jour un peu plus, je deviens le gardien de ses tombes, je récite la messe plus que je ne prose et souvent plus aux morts qu'aux vivants.

Les gestes hagards, je patine dans la boue jusqu’à me dresser sur mes jambes en même temps que je pose un regard terne sur les pierres grises. Je ne suis qu’un poète après tout, un homme qui attendait l’aube de sa vie, un nouveau commencement mais à force de croire on en perd la raison. J’esquisse un sourire désabusé, plus une grimace d’un vilain clown que le sourire du cœur, quel cœur ?

« Il viendra un beau jour, la solution du bonheur c’est simplement d’y croire … » marmonnais-je dans ma barbe.

Cet espoir de vie ne m’est pas réservé, je l’ai vu, la grâce des dieux qui me délaisse et me fais devenir un pariât. Les jours filent et m’oublis lentement. Je perds la saveur des mots, ils deviennent inutiles car au final ils ne peuvent que faire du mal, mais c’est mon unique raison de vivre. Si le bonheur me fuit alors je continuerai à offrir le bonheur à ceux qui m’écoutent, partager des sentiments que je connais bien peu mais qui savent rimer à mes lèvres grâce à des connaissances anciennes. Ils m’avaient prévenus, le poète s’il est ne connaîtra jamais sa grâce et ils disaient vrais.

Dans des pas glissant je divague entre les tombes, les yeux ternes comme au premier jour et la tête basse prêt à servir la première âme qui le souhaite. Une lourde statue d’ange darde son ombre pesante sur ma silhouette sombre, mes pas cessent à ses pieds et je relève mes yeux vers lui. Un être de pierre mais pleine de grâce à la courbe ailé pour s’envoler vers les dieux. Je finis par lui souffler entre mes lèvres asséché d’embrasser les pierres et la terre mes nouveaux refuges à défaut de le retrouver, lui.

« Je décris l’Amour, et des jours heureux,
Pour offrir du bonheur, à ceux qui me lisent,
Des sentiments, que je connais bien peu,
Dans la solitude, mon cœur s’enlise.


Cet espoir de vie, ne m’est pas réservé,
Les jours filants, m’oubliants lentement,
Ne me laissants, que mes nombreuses rêveries,
Et ma plume, pour amies de tous temps.

Se présentent devant moi, les rives du désespoir,
Seules et unique issue, comme un ultime recourt,
Je vais y aller, sans aucuns de mes espoirs,
Peut être se présenteras, une sortie de secours. »

Je prends une profonde inspiration hésitant à m’allonger à nouveau aux pieds de se gardien ailé, mais ma visite à assez duré en ces lieux et il serait temps de regagner le monde des vivants. J’échange un regard avec l’ange comme dans une mutuel entente muette, il finit par poser une question à ce dernier d’un ton résigné et désabusé.

« Partageons-nous les mêmes tourments mon cher ami ? »
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Mune.

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MessageSujet: Re: Enjoy The Silence   Ven 12 Jan 2018 - 4:00


Le silence éternel porte le poids des larmes.
ft. Figaro


Un nouveau jour se lève, le soleil s’élève, dispensant rageusement ses faibles rayons pour crever la nuit, la toucher en plein coeur. La lumière attaque les ténèbres, la lueur broie du noir. Chaque rayon s’élance, vigoureux, à travers les champs célestes, empreints d’une mission de la plus grande importance : chasser les ténèbres pour qu’un jour nouveau se lève. Victorieux, les faisceaux lumineux rayonnent et brillent de mille teintes, colorant le ciel de nuances de rose et d’orangé. L’aube se lève, encore fatiguée d’une nuit agitée à éclairer l’autre coté du globe. L’astre diurne poursuit inlassablement sa mie, la Lune. Il continue sa course autour du monde, ne faiblissant jamais, se couchant pour mieux s’éveiller le lendemain. Sa chevauchée des nuages fait briller le firmament, éteint la lueur diffuse des étoiles, mange la sombre nuit. Cette parade amoureuse dure depuis l’éternité, et durera encore jusqu’à ce que, trop gourmand, trop bouillant, l’Etoile dévore le monde, et sa belle Lune avec. L’astre du jour n’a pas conscience que son envie dévorante de retrouver sa compagne lunaire lui coûtera un jour la vie. Lorsqu’enfin, après des millénaires à la chercher dans le ciel étoilé, il la touchera, il lui otera l’existence.

Douloureux amour, course folle vers la destruction.

Mune se redresse légèrement, s’activant aux premiers rayons de l’aube naissante. L’aurore est belle, la baie ne se doute pas que bientôt, les nuages s’ammoncèleront jalousement au dessus de ses oreilles courbées pour cacher ce semblant de Lune aux yeux du Soleil. Bientôt les dieux cracheront toutes les larmes rageuses que l’astre du jour cachait dans ses amis cotonneux. Bientôt, Mune découvrirait la pluie.

Elle s’étire et, avec elle, se mettent en marche ses petites statues, conservées précieusement dans son musée de la mémoire. Elles sont belles. Elles sont vives. Elles sont chéries, du plus profond de son âme. Ces reliques du passé habitent son présent et son avenir, comme tant de petits soldats qui font barrage contre l’amnésie qui viendra certainement un jour, lorsque, trop fatiguée, la jument ne pourra plus dépoussiérer ses belles statues. Mais ces jours sombres sont bien loin, loin dans l’avenir. Elle est encore vivre, encore fraîche, encore emplie d’une énergie débordante. Surtout lorsqu’il s’agit d’entretenir ses réminiscences, doux rappels de ses belles rencontres.

Et elle entraîne sa mémoire à faire bouger, à faire parler la statue de Shiro. Le souvenir s’anime, la voix lui revient aux oreilles, elle peut presque sentir la chaleur de son corps, les battements de son coeur qu’elle imagine. Ses oreilles s’agitent en harmonie, suivant son rythme cardiaque.

Une première goutte s’échappe des glandes lacrymales célestes, qui, trop pleines, s'apprêtent à déverser toute la tristesse d’une quête amoureuse vaine. La larme dévale le ciel, continue sa chute libre au travers des arbres, et s’écrase, larmoyante, sur le chanfrein de Mune. Surprise, elle ouvre les yeux et dresse les oreilles, sa tête s’élevant vers ce ciel grisé, prairie autrefois azurée envahie par des moutons sombres. La décadence se lance, la goutte solitaire appelle d’autres perles en renfort. Et bientôt, elles dévalent les champs de bataille du firmament par centaine de milliers.

Subjuguée par ce phénomène inconnu des plaines arides de son désert natal, Mune se laisse tremper. Elle tourne sur elle-même, fascinée, charmée par la danse presque funèbre de ces petits guerriers perlés. Seulement, la pluie battante finit par détremper le sol terreux sur lequel elle se trouve, et elle s’enfonce bientôt dans une boue marronée qui ne l’enchante que peu. Alors qu’elle s’ébroue, elle se met en marche vers un sol moins boueux, cherchant l’abris des pierres pour préserver ses sabots.

Alors qu’elle avance vers de nouvelles contrées, quittant le couvert des arbres, la voilà découvrant des pierres dressées, plutôt bien alignées. Elle en avait vu quelques unes, dans le désert, parsemées ça et là près des oasis. Elle se souvient d’un conteur nomade à la robe de neige qui leur avait parlé des coutumes de certaines autres espèces. A son cou, pend le collier représentant ses dunes originelles. Elle l’effleure du bout du nez, le chérissant tout autant que ses souvenirs. Ce conteur lui avait donné l’envie d’explorer le vaste monde. Il avait été une véritable fenêtre sur les beautés de l’extérieur, leur contant des endroits où l’eau coulait à flots, où les arbres n’étaient pas des palmiers, où les saisons s’enchaînaient inlassablement.

Et la voilà maintenant dans ce vaste monde, au coeur de sépultures rocheuses, à errer entre les tombes en gravant chaque tombeau dans sa mémoire. Son regard vaporeux s’élève et, au loin, se pose sur une statue ailée qui repose bien en hauteur, comme gardienne de ces lieux. A ses pieds, semble se trouver un ange déchu, qui aurait perdu ses ailes et ne pourrait plus jamais s’envoler. La silhouette se détache faiblement du reste, la pluie battante créant un voile brumeux dans le cimetière.

Mune s’approche, un pas après l’autre, l’encolure courbée et les oreilles bien dressées vers l’avant. Elle est silencieuse dans le vacarme des gouttes. Clip, clop, le bruit de ses sabots sur les pierres qui composent le petit chemin qu’elle suit est presque couvert par les attaques des larmes nuageuses. La voilà bientôt tout près de l’ange tombé du ciel, à quelques pas à peine de lui. Elle n’arrive pas à le distinguer aussi bien qu’elle le voudrait, le rideau d’eau troublant sa vision. Mais elle peut l’entendre. Et ses oreilles frémissent au rythme de ses vers, suivant un tempo que seul le poète pouvait créer. Et elle l’écoute, se perdant dans les rêveries que les mots créent.

Les mots sont tristes, et la pluie tombe comme tant de larmes qui dévaleraient les joues du monde. Les mots témoignent d’une souffrance profonde, rongeant l’être qui les prononce comme du bout des lèvres. Et Mune l’observe en silence, son regard rempli de douceur.
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Figaro

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MessageSujet: Re: Enjoy The Silence   Mar 16 Jan 2018 - 0:16

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L’ange reste impassible jugé sur son piédestal, le tête humblement courbé vers le monde terrestre comme si cet être si parfait pouvait ressentir la douleur des vivants qui enterrent leurs morts.  La pluie finit par tracer des sillons fragiles le long de ses joues glacés. Ses larmes finissent par s’écraser sur mon chanfrein, les anges eux-mêmes pleurent pour la triste existence du petit poète Figaro sans aucun espoir. Je n’ai besoin d’aucune bénédiction, je suis né pour servir et je remplirais ma tâche jusqu’à que je ne sois plus. C’est mon destin depuis que j’ai pris ma première inspiration et il le demeurera jusqu’à ma dernière expiration. Je continus de contempler encore un instant la statue jusqu’à que mes oreilles pivotent quand un parfum dé plus féminin chatouille mes naseaux. Je tourne lentement ma tête pour jeter un regard par-dessus mon épaule. Mes prunelles pétroles croisent des autres jumelles alors que j’observe la douce inconnue qui s’était faufilé sans un bruit non loin de moi. Un mirage à l’image décalé dans un tel endroit, est-ce mon esprit qui me joue des tours après tant de jours en solitaire ?

D’un geste lent, je me détourne sans un mot pour prendre le pas et contourner la statue. Une ombre de plus entre les sépultures, alors que je me faufile aisément comme si j’étais maître de ses lieux et peut-être qu’inconsciemment en mémoire de se petit ouvrier je veille sur ses dormeurs éternels. Une croix s’éleva bientôt entre les ronces et la végétation qui avait lentement grappillé la place qu’il lui était tout simplement destiné. La chapelle n’avait plus grand chose pour elle mais au moins y avait-il encore un toit pour s’y abriter et voir bivouaquer comme je le fais de temps en temps. J’ai découverts cette petite chapelle à force de m’égarer, elle m’avait totalement charmé avec ses pierres ancienne et surtout la végétation agrémentant le lieu d’une aura mystérieuse et envoûtante. J’en étais épris comme un marin l’est de sa mer.

Je passe le perron, une fois au sec je m’ébroue vigoureusement avant de me laisser engloutir par un coin d’ombre de la bâtisse sans savoir si la demoiselle me suivait ou bien était-ce véritablement un mirage, mais au moins cette dernière est au sec. J’écume la pénombre mettant mon âme à l’ombre, seule le bruissement des feuilles sous mes pas trahis ma présence avant que je me stoppe non loin de l’autel, le visage à demi-dévoilé par la faible lueur de cette journée grisâtre. Plic, ploc faisait quelques gouttes qui ruissellent avec paresse le long de certaine pierres voutées.

« Une histoire dit que dans une chapelle telle que celle-ci autrefois un prêtre s’est pendu. Depuis ce sacrilège effroyable on a dû la tenir pour toujours aux fidèles fermée. Plus de croix sur l’autel, plus de cierge assidu, plus d’encensoir perdant son âme parfumée. Il n’y avait plus que des arceaux déserts pour cette église de scandale. »

Le silence baigne à nouveau les lieux, mes prunelles s’élèvent et glissent le long des voûtes. Je finis par reposer mon attention sur la silhouette effilé posté non loin. Des croissant de lune ornait un visage fin et expressif, si la lune avait habité un corps, elle n’aurait pu être mieux personnifié, mais je connaissais ses origines. Durant mon vagabondage j’ai pu croiser des gens de son peuple, les raconteurs nomades qui peuplent ses déserts furent une grande inspiration pour moi, tant par la beauté de cette nouvelle culture que la sagesse qui s’en dégageait. Je finis par me tourner vers elle pour lui faire face et lui lancer un regard curieux.

« En voilà une lune bien loin de chez elle … »
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MessageSujet: Re: Enjoy The Silence   Mar 16 Jan 2018 - 3:30


Le silence éternel porte le poids des larmes.
ft. Figaro


Les larmes célestes continuent de couler, comme si le Soleil se rendait compte que sa course folle mènerait à la perte de sa bien-aimée. Il brûlait d’amour, vif, violent, et elle luisait de tendresse, douce, charmante. Si l’un faisait dans une démesure ardente, l’autre se contentait d’une modération fraîche et nocturne. L’un brûlait de désire et de fougue, l’autre de patience et d’envie. Leur amour impossible berçait le monde, dans un cycle infini de jour, nuit. Encore et toujours, ils ne pouvaient que s'apercevoir dans le ciel, trop loin l’un de l’autre. Mais la distance entretenait le mystère, l’intouchable séduit. Mais cette distance fait souffrir. Les nuages cotonneux continuent de déverser les larmes d’un amour impossible, rageurs, comme si la douleur de ceux d’en bas réconforterait ceux d’en haut. Vous n’êtes pas les seuls à souffrir de l’amour. Les pantins coincés dans ces contrées terrestres le sont aussi, à jamais liés par leurs coeurs battant parfois à l’unisson, parfois seul, cherchant désespérément un jumeau, une âme soeur.

La pluie est belle, même si elle terni les couleurs. La pluie est douce, même si elle s’abat avec rage sur la croupe de la jument. La pluie est magique, eau venue du ciel, guerriers de perle en quête d’on ne sait trop quoi. La pluie charme la jument, son clapoti régulier devient doux à ses oreilles de lune. Elle apprécie la fraîcheur, elle apprécie l’air qui s’engouffre dans ses poumons dans la brûler, sans assommer tous ses sens. La douceur de l’eau contraste avec l’ardeur du soleil. Cette eau venue du ciel comme une délivrance pour Mune ne semble pas l’être pour la statue d’ange. Les gouttes l’assaillent sans repos et semblent lui faire courber le dos. Affaissé, l’être ailé semble porter le chagrin du monde sur ses épaules. Il en a vu, des larmes creuser des sillons sur le visage de nombreux êtres, à en croire le nombre de sépultures qui jonchent la terre, déchirant son coeur pour y entreposer précieusement le corps de ceux que l’on a aimé. Mune est étrangère à cette douleur. Elle n’a jamais perdu. Elle n’a jamais été laissée, elle a décidé de partir d’elle même pour de nouvelles contrées. Elle ne sait pas ce que ça fait, de perdre quelqu’un que l’on aime. Elle s’imagine déchirée, hurlant à la Lune de lui rendre des comptes. Elle s’imagine allongée contre le corps de celui qu’elle aimait, accompagner son dernier souffle, le sentir devenir froid contre sa peau. Et pleurer, pleurer toutes les larmes que son corps pourrait contenir. Et ce jour là, elle espère qu’il pleuvra. Elle espère que le ciel partagerait sa douleur, sa tristesse, qu’elle serait entourée pour se sentir moins seule. Ou elle préfèrerait partir en première.

Cette idée lui tord les entrailles et noue sa gorge. Elle ne veut pas être confrontée à la mort alors qu’elle n’avait rien vécu. Elle ne voulait pas perdre ceux qui lui étaient chers. Pas maintenant et jamais. Même si elle savait pertinemment que rien n’était éternel, que même le Soleil se consummerait un jour, que la Lune dépérirait. Même l’Amour s’en irait un jour. Malgré tous les espoirs d’éternité qu’elle chérissait. Tout avait un début, tout avait une fin. Rien n’existerait pour toujours, rien pas même l’Univers. Les étoiles naissent, les étoiles meurent. Les galaxies se font et se défont, l’Univers mourra un jour.

Tout meurt.

Son esprit est ramené à la réalité, bien loin de ces pensées douloureuses et négatives, alors que l’ange déchu, poète pluvieux se met à se mouvoir. Il semble presque rouillé, petit automate consummé par le temps, mouillé de larmes. Peut être les siennes se mêlaient-elles à celles des nuages. Impossible à dire tant la pluie battante détrempait ses os. Fusse-t-il vivant sous cette peau, sa chaire devait se geler de tristesse. Il avance, et Mune s’imagine un grincement caractéristique d’un rouage rouillé. Comment ses engrenages pourraient-ils être en bon état avec toute cette pluie qui les mordait avec ardeur et détresse ? Elle n’en savait rien, mais les muscles et la chair entraient en mouvement, dans une danse lente, douce, pour mouvoir le poète dans une direction que seul lui connaissait.

Mune le suit des yeux, en proie à un enchantement doux. Elle gravait les mouvements de l’étalon dans son esprit, confectionnant une nouvelle petite statue pour son musée. Le bloc d’argile avait été posé non loin de la statue de Shiro. Il se façonnait au fil du temps, au fil des yeux qui détaillent, observateurs. Chaque muscle, chaque détail qu’elle peut voir se grave dans la matière meuble. Et alors qu’il s’éloigne d’elle pour se diriger vers une bâtisse, elle peut le modeler en trois dimensions dans son esprit, dans sa mémoire. Les yeux glissent sur l’encolure, les flancs, la croupe. Ils s’accrochent le long des crins humides, reviennent sur la tête, cherchent les oreilles, se perdent dans le regard qu’ils ont échangé, quelques instants.

Sans s’en être rendu compte, Mune lui avait emboité le pas, muée d’une énergie mystique, externe à son corps, propulsée par le charme qu’il ne fallait pas rompre, le lien visuel qui les unissait. Les voilà, un pas après l’autre, entrés dans une chapelle couverte de végétaux. Elle avait été abandonnée des années durant, le toît perdait quelques tuiles et l’eau s’infiltrait, silencieuse et sinueuse. Les pierres autrefois claires étaient recouvertes tantôt de végétation ou de mousse, tantôt de poussière et grisaient avec le temps. Même la pierre n’était pas éternelle. Elle s’érodait, se consumait, tout finirait par s’effondrer et disparaître. Rien ne resterait à jamais nul part. Rien.

Elle écoute l’histoire de ces lieux, se revoyant plus jeune en face des grands conteurs à la robe blanche. Elle se revoit face à eux, à rêver d’un monde qu’ils ne pouvaient que leur conter, un monde à la fois si proche et si lointain, si accueillant et si dangereux. Ils ne parlaient jamais de choses tristes ou agressives, ne contant que le bonheur et les beautés de la Nature, comme si la mémoire ne gardait que les expériences positives pour un avenir plus radieux. Elle voulait faire de même : toujours être heureuse, toujours rester positive. Le sourire est la clé du bonheur.

Son esprit immagine ces lieux sans la ruine qui les avait fait faiblir. Ils devaient être majestueux, vêtus de roche blanche, remplis d’un monde aux croyances mystiques. Tout le spiritisme de ces lieux résonnait soudain, magique, doux. L’écho d’une réunion de fidèles lui vint aux oreilles et elle se laissa aller à l’imagination d’un passé glorieux en ces lieux. Un Roi avait peut être débuté sa vie ici, et une Princesse unit la sienne près de cet autel. Elle se laisse se promettre de se lier en ces lieux, pour toujours et à jamais. Elle croit encore au Grand Amour, le vrai.

Alors que le silence retombe, sa vision du passé s’effrite et s’efface au profit du présent, bien réel. La magie s’est envolée, ne restent qu’elle et lui dans cette pièce au lourd passé. Il la regarde, elle se laisse observer sans honte ni gêne aucune. Elle est désinhibée, habituée à observer chacun de fond en comble pour graver chaque détail dans ses souvenirs. Alors elle le laisse en faire de même. Son regard semble accrocher les oreilles de la jument et les souvenirs emplissent les yeux du poète. Elle l’imagine chercher dans son mausolée de souvenirs, déterrer les vieux parchemins qui concernent son peuple. Il n’est pas surpris, il connait ses origines. Il a vu le désert. Il a certainement croisé les conteurs. Et elle est heureuse, elle se sent un peu plus chez elle. L’inconnu la connait, l’inconnu connait son chez-elle. Elle se sent bienvenue, dans son regard. Elle se sent bienvenue. Une douce sensation qui réchauffe son coeur trempé par la pluie.

Alors qu’il parle de nouveau, les oreilles de la jument frémissent. Les paroles sont prises comme un compliment ultime. Une lune, certes, loin de chez elle, pas tout à fait. Ses contrées natales seraient à jamais dans son coeur gravées, chéries et exposées dans son musée des souvenirs. Le pendentif ornant son poitrail était lui aussi un lien avec ses origines, les paysages de son enfance. Mais elle n’y était pas restée, la vie, sa vie, l’attendait ailleurs. Peut être ici.

Elle se met en marche en le regardant, le contournant en passant à quelque pas de lui. Elle fait le tour des lieux, observe chaque voûte, chaque pierre, chaque banc. Elle consigne tout dans sa mémoire, studieuse, ordonnée, méthodique. Arrivée devant un mur orné de fenêtres, elle s’arrête et regarde un instant la tristesse du ciel s’écouler sur le verre brisé par endroits. L’eau s’infiltre partout, comme des millions d’âmes en peine cherchant à montrer à chaque seconde à quel point le ciel souffre.

Un sourire orne ses lèvres alors qu’elle reporte son attention sur le mâle. Elle le détaille, affine sa sculpture, documente chacune de ses expressions. Il semble triste, comme si le bonheur l’avait quitté il y a bien longtemps de ça. Comme s’il ne croyait plus en rien, se contentant de subir chaque jour que le Temps fait.

Mune baissa la tête, chaque geste emprunt de douceur et de délicatesse, comme si un geste trop brusque briserait le poète, ferait s’envoler chaque éclat, et elle ne voulait pas cela. Elle renifla les pierres qui se trouvaient à coté d’elle, posant ses naseaux contre la surface froide, tentée par la sensation nouvelle. Un frisson la parcourut et elle se redressa en souriant, gardant son regard vrillé sur l’extérieur.

Une Lune n’est chez elle que dans le ciel. Paradoxalement, elle est chez elle partout où les étoiles brillent dans le firmament.

Alors qu’elle sourit un peu plus, son regard se reporte sur le mâle alors qu’elle écoute paisiblement la mélodie de la pluie.


(Oh bordel, désolée, j'ai fait 1 600 mots j'les ai même pas sentis passer  :méheu: )
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