Jeu de rôle équin
 
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 It’s cold out there. - Libre

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MessageSujet: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 15:58

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Elle vient d’arriver sur ces terres nouvelles, ces terres qui lui semblaient pourtant accueillantes aux premiers abords. Elle a traversé de belles contrées ensoleillées où il faisait presque aussi chaud que dans son désert natal. Mais la voilà maintenant à la limite de la terre, là où le sol dur laisse place à la glace. Elle n’est pas rassurée. Elle n’a pas encore prit l’habitude qu’il fasse froid même lorsque le soleil est levé et elle regarde ses pas dans la neige. Comment les effacer ? Elle n’en sait trop rien. Mais la jument observe les alentours. Son regard glisse sur le ciel et effleure des petits nuages moutonneux qui passent devant l’astre diurne. Un fin sourire étire ses lèvres.

« Une toute nouvelle aventure… »

Elle prend une grande inspiration d’air froid qui vient vivifier ses poumons. Elle prend alors le pas et avance sur la glace, explorant, ses oreilles en croissant remuant au gré de ses pas, au gré du vent. Elle s’arrête en voyant un animal étrange, comme un oiseau en forme de bûche. Elle approche du manchot empereur et tend les naseaux, curieuse. L’animal n’est pas rassuré, il garde précieusement un oeuf sur ses pattes palmées, caché dans les replis de sa peau.

« Étrange petite chose… »

Mune reste à bonne distance pour ne pas lui faire trop peur. Elle observe l’eau qui lèche les bords glacés de la banquise sur laquelle se reposent une troupe de phoques.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 17:23


" Tout ! Tout a disparu, sans échos et sans traces,
Avec le souvenir du monde jeune et beau...
"

Sa propre voix lui paraîssait bizarrement plus claire, comme si l'uniformité immaculée du paysage se prêtait au dessin des sons, des voix, de tout ce qui ne peut être vu mais apparaît plus clairement lorsque l'observation n'est confrontée qu'au même spectacle.

Cet endroit lui rappelait le désert de l'oubli, tout en étant son antithèse.

Le désert de l'oubli avait été une menace constante, un poids sur la nuque, sur le dos, un soleil implacable fixant dédaigneusement la prochaine carcasse à lentement dissoudre de son regard. Sur la banquise, la mort était silencieuse ; le soleil pâle, lointain, une tâche aux contours flous se fondant dans le ciel parsemé de quelques nuages. Le froid, bien sûr, mordait la peau mais plongeait aussi le corps dans une sorte de torpeur qui rendait toute pensée sinistre comme nulle, condamnée d'avance. Si la mort venait, elle le ferait discrètement, presque avec gentillesse : elle ne tenterait pas de l'abattre mais elle le convaincrait que tout cela n'avait, finalement, que très peu d'importance.

Et il préférait cette étendue glacée à celle, rouge tant elle était tannée par le soleil, d'un désert qui ne parvenait pas à lui faire oublier la mort.

Il était cependant étrange de songer que certains endroits ne connaissent pas la verdure ; pas le monde pubère du printemps qui se délasse dans son nid de mousse, pas le piaillement incessant d'oisillons affamés de vie, pas le gloussement amusé de l'eau qui irrigue la terre fraîche. Non. L'hiver avait planté ses crocs dans cet endroit, et s'y prélassait lorsque les premiers bourgeons menaçaient le reste du monde. Les oiseaux étaient lourds, massifs : Shiro avait fixé un manchot confusément pendant de longues minutes, tentant de déterminer si l'animal était obèse, ou véritablement condamné à être si pataud.

Quant à l'eau, elle sourdait sous la glace sans émettre ne serait-ce qu'un murmure, profondément endormie.

Une autre voix retentit, et il lui fallut un moment pour réaliser qu'il ne s'agissait pas de la sienne. Il tourna la tête, interdit, décela enfin une présence qui lui avait échappé sans qu'il ne sache vraiment comment : à quelques mètres de là se tenait un cheval penché sur un de ces oiseaux, manifestement en pleine conversation avec ce dernier.

Il tergiversa. Demeura immobile, pour l'observer. C'était une jument. Elle lui paraissait fine, plus jeune que lui. Et elle était coiffée de deux oreilles curieusement incurvées, qui le firent sourire. Le sourire désabusé et vaguement moqueur d'un enfant confronté à la nouveauté.

Le spectacle avait quelque chose d'inexplicablement charmant, et il lança, presque malgré lui :

" Vous, ou l'oiseau auquel vous parlez ? "
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 17:46

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
La jument, d'ordinaire si observatrice, est maintenant trop concentrée sur le monde qui l'entoure. Un monde d'hiver perpétuel alors qu'elle avait connu l'été éternel. Un monde qui lui avait fait découvrir le froid glacial même en plein jour, alors que le soleil d'ordinaire si pesant se retrouve démuni. C'en est ironique pour l'enfant du désert. Elle se retrouve aux antipodes de ce qu'elle connaît, avec un corps fin, taillé pour la course, au poil lustré et brillant bien trop fin pour ne pas qu'elle frissonne dans la neige et l'air glacé. Elle frissonne alors qu'elle relève la tête après avoir observé l'oiseau étrange et son oeuf. Alors que son regard divague sur les phoques au moins tout aussi lourdauds que le manchot, elle ne remarque pas l'autre équidé. Ni par la vue, ni par aucun de ses autres sens, bien trop occupée à explorer ces nouveautés. Trop concentrée, si bien qu'elle sursaute légèrement en entendant une voix qui semble s'adresser à elle. Son regard cherche et s'accroche sur un étalon imposant, à la crinière ondulante. Ses oreilles en croissant se dressent vers lui, créant ainsi la courbe en se reliant au dessus de son toupet.

Elle est surprise, non seulement parce qu'elle ne l'avait pas vu, mais surtout parce qu'il était le premier équidé qu'elle croisait depuis qu'elle avait quitté son troupeau. Pas d'oreilles courbées, pas de corps fin. Non, des oreilles droites et des muscles roulant sous la peau, elle l'observe un long moment, comme s'il sortait de ses songes.

« Vous me trouvez étrange ? »

Elle n'ose pas lui rendre l'adjectif, se demandant si c'était elle qui détonnait dans ce monde nouveau pour elle. Peut-être qu'elle l'était, étrange. Peut-être que les gens d'ici n'avaient jamais vu de scorpion comme elle n'avait jamais vu de manchot. Elle était avide d'apprendre et le fixait, intéressée.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 18:20


Son regard tomba sur les phoques qui ahanaient en se dandinant, comme handicapés par leur propre poids. Il les contempla longuement, interloqué par ces créatures qu'il ne découvrait qu'aujourd'hui. Il n'était pas étonnant qu'il ne connaisse que peu de choses. Il avait vécu reclus pendant une large partie de sa vie, et refusait de le regretter. Cela ne l'avait pas rendu naïf : il ne voyait pas chez les manchots et chez les phoques des créatures extraordinaires, qui se seraient extirpées d'un de ses rêves pour s'immiscer dans ce paysage blanc, calme, tellement plat qu'on pouvait facilement y coucher les produits les plus surprenants de son imagination.

Elle, n'était pas imaginaire. Se détachant des phoques qui lui rendaient son regard avec une sorte d'appréhension, leurs grands yeux ronds humides et presque implorants, il contempla l'inconnue qu'il avait hélé sans trop savoir pourquoi. Il n'arrivait pas à déterminer si elle s'inscrivait correctement dans le paysage ; si la finesse du corps et l'étrange recourbement des oreilles appartenait à cette large toile blanche ou si, au contraire, tout cela était complètement incongru. Il tenta de l'imaginer ailleurs, n'importe où. Mais elle était fermement vissée, dans son esprit, à cette nappe nivéenne.

Shiro avança d'un pas, encore hésitant. Il était plus grand qu'elle, plus massif bien que pas des plus musculeux pour un frison. Le noir (et pourquoi tentait-il d'imaginer ce à quoi il ressemblait aux yeux de cette étrangère ?) devait se détacher curieusement du blanc. Kuro, son frère immaculé, se serait fondu dans la neige comme dans l'étreinte d'une mère accueillante.

Le manchot qu'elle avait importuné s'éloignait, alourdi par l'oeuf qu'il couvait. Shiro pensa déceler un frisson sur cette peau fine, et détermina finalement qu'elle ne pouvait être d'ici ; pas avec un poil si peu épais, pas lorsqu'elle semblait boire des yeux ce qui l'entourait avec une grande curiosité.

" Je n'ai jamais vu de telles oreilles, " reconnut-il, avec son manque de tact coutumier.

Il se lécha les lèvres, puis fut pris d'une alarme inattendue :

" Non pas que j'ai un problème avec vos oreilles ! Elles vous vont très bien."

Un silence horrifié retomba sur ses mots et il manqua de laisser s'échapper un petit ricanement honteux.

" Vous semblez émerveillée par la faune locale. "

Et c'était plus simple que de dire de l'étrange qu'il n'existe pas ; qu'il est dépendant d'un regard, de l'ignorance d'une pupille, d'un point de vue campé sur sa position. Que ce qui relève du domaine de l'étrange se fond dans la banalité de certains.

Shiro exhala une longue traînée d'oxygène alors qu'un phoque, gracieux dans son élément, sortait la tête d'un trou sur la banquise pour inhaler profondément quelques bouffées d'air, disparaissant dans les profondeurs une fois les poumons remplis.

La nature ne se préoccupait pas de l'étrangeté. Elle la façonnait elle-même tous les jours, entre ses mains patientes.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 19:03

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Elle s'était concentrée sur l'étalon qui détonnait, noir sur blanc, ténèbres dans la lumière. Son regard glissait sur lui, curieusement, cherchant à apprendre ces nouvelles courbes qu'elle n'avait jamais vu nul part. Elle grave son image dans son esprit, dans ses souvenirs, associant cet être à sa nouvelle vie qui commence. Elle a du mal à ne pas montrer sa curiosité, elle d'ordinaire si renfermée. Ses oreilles vacillent au gré du léger vent, trahissant son intérêt pour le mâle de jais. Elle se doute cependant qu'il n'est pas originaire de ces terres, l'évolution ne l'aurait pas doté d'une robe si visible sur la glace, dans un paysage immaculé. Mais elle doit avouer que le contraste est saisissant, qu'il ne fait pas tâche dans le paysage blanc. Au contraire, sa robe corbeau prend toute sa splendeur, perdue dans le blanc bleuté de la neige.

Il avance d'un pas et elle sursaute légèrement, encore une fois trop concentrée. Tout était si calme, si clair, qu'un simple mouvement l'avait effrayée. Mais elle se sentait reconnaissante qu'il avance, car elle était restée immobile comme à son habitude, comme si elle était encore cachée par les ombres, malheureusement inexistantes de ce coté du globe. Maintenant qu'il est un peu plus près, elle peut presque distinguer chaque crin ondulé. Elle n'avait jamais vu telle crinière, ni telle robe aux poils épais pour se protéger du froid. Elle se rend compte que tout un monde les sépare, mais les voilà maintenant réunis sur cette toile blanche qui leur permet de s'observer l'un l'autre, sans interférence.

Il lui parle alors de ses oreilles, un peu maladroitement, mais se rattrape très vite. Mune ne peut s'empêcher de sourire légèrement en l'entendant, la neige semblant étouffer tous les bruits extérieurs, laissant la place à la voix de l'étalon, claire.

« Je n'ai jamais vu non plus des oreilles telles que les vôtres. »

Elle est amusée et sourit. Ses oreilles remuent toujours, alors qu'elle l'observe d'autant plus, maintenant qu'il s'est approchée. Elle ne se sent pas gênée de son regard, elle s'est habituée à scruter les autres, à les observer, sans aucune arrière-pensée. Elle doit avouer qu'elle apprécie faire ça, juste regarder, voir ce qu'il se passe et engranger des images très nettes dans sa mémoire. Il lui parle encore, et elle pourrait presque faire un tableau de cette image : L'étalon de jais, son souffle vaporeux, le phoque qui apparaît le temps d'un clignement de cils pour repartir.

Son sourire s'intensifie. Elle devait s'avouer qu'elle se sentait comme la petite pouliche qu'elle était, à découvrir les trésors de son désert natal. Elle redresse légèrement la tête et inspire profondément l'air glacial, ses paupières se fermant l'espace d'une seconde, juste un peu plus long qu'un clignement, alors qu'elle apprécie l'air dans ses poumons. Sa tête s'abaisse de nouveau pour qu'elle puisse reposer son regard observateur sur l'étalon, et elle lui répond, avec une pointe de malice dans la voix.

« Là d'où je viens, il n'existe pas d'oiseaux qui ne savent pas voler, ni d'étalons aussi imposants que vous. Je dois avouer que je découvre tout un monde qui semble parallèle au mien. »

Elle lui est presque reconnaissante de se laisser observer de la sorte. Elle se crée des souvenirs, des images à ramener au pays pour les conter.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 20:00


Il sourit, un spasme pensif de la lèvre. S'imagina dans un monde où lui seul aurait été coiffé de deux oreilles parfaitement droites, une de ces bêtes anomalies que l'on retrouve parfois chez les héros des contes de fées. En aurait-il souffert ? C'était le mettre face à une éventualité impossible, incompréhensible : il avait été l'enfant normal dès sa naissance, celui des deux jumeaux qui était né noir, de la bonne couleur, tandis que son aîné apparaissait en ce monde recouvert d'un poil blanc illogique, insoutenable. Il n'avait pas connu la différence, pas connu les regards soupçonneux d'un père empli de doute, et sûrement une part de lui s'était elle complu dans sa normalité, comme on a tendance à le faire instinctivement. Au moins, moi, je ne suis pas anormal.

Et qu'est-ce que cela lui avait apporté ?

Étrangeté et anormalité. Le regard que jetait la jument sur lui, presque analytique, ne le rendait pas nerveux au point de lui donner envie de s'y dérober, mais lui rappelait soudain qu'il n'était pas une évidence aux yeux de tous. Lui qui avait tellement de mal à accepter d'en être une, à dire d'où il venait, quelle était son identité, pourquoi il était là. Elle, ne savait sûrement rien de lui. Elle l'observait avec une curiosité qui serait presque devenue enfantine si elle avait laissé parler le toucher avant les yeux. Les enfants ont besoin de tenir quelque chose pour s'assurer qu'ils agrippent correctement la réalité.

Pas tout à fait une apparition, mais pas tout à fait inscrite dans le paysage. Il tourna la tête et remarqua que ses pas s'étaient enfoncés dans la neige et laissaient des empreintes profondes qui se mêlaient à celles de la jument. Comment avait-il fait pour ne pas les remarquer ? Peut-être les avait-il vues, mais avait-il choisi de les ignorer, comme il le faisait souvent. Le hasard avait décidé qu'il suivrait inconsciemment une piste, alors qu'il ignorait pourtant comment revenir sur ses propres traces. Oh oui, les empreintes étaient profondes parce qu'il venait de les laisser : mais plus loin le vent et le ciel inconsolable, qui faisait toujours tomber de la neige, s'assuraient de le rendre anonyme, une tâche d'encre sur un manuscrit  dont l'histoire est encore impensée et dont les premières péripéties tiennent en une goutte trop noire.

Elle souriait. Il lui rendit son sourire, fut surpris par la sincérité qu'il parvenait à trouver au fond de lui. Si elle demeurait une inconnue, elle ne représentait aucune menace, et sa curiosité était presque bienvenue, comme rassurante. Elle n'avait pas moyen de savoir qui il était. Cela était plaisant.

" Je dois avouer, " articula-t-il lentement, " Que je n'avais jamais croisé de tels oiseaux avant ce jour. "

Imposant. L'était-il ? Aurait-il utilisé ce mot pour se décrire ? Il sourit un peu plus, sans vraiment savoir pourquoi.

" Il existe plus grand encore que moi, " dit-il, " Et pourtant je n'appartiens pas à une race de géants. "

Là d'où je viens. Une phrase qu'il n'avait jamais vraiment prononcé ; là d'où il venait, c'était cette île qu'il n'avait jamais quitté, et dont il n'avait jamais voulu partir. Il s'était même cantonné à son microcosme, le fief de son père, les frontières étriquées de ce qu'il aimait connaître. C'était rassurant, de se terrer dans ce qu'on avait toujours connu, et il se demanda pourquoi elle avait choisi de quitter son là d'où je viens.

" Et d'où venez vous ? " demanda-t-il, alors que des flocons plus épais se mettaient à tomber par terre, entraînant quelques maugréements de la part des phoques.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 20:25

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Le regard de la jument suivit chaque mouvement de l'étalon. Alors qu'il tournait la tête, elle faisait de même. Petit miroir, comme un enfant qui apprend de son ainé en répétant ses gestes, ses mots. Elle apprécie ce retour en arrière, elle apprécie redécouvrir tout ce qui l'entoure. Elle qui pensait avoir tout connu de son désert, la voilà repartie à zéro, page blanche d'un manuscrit à écrire. Et la voilà, sa première lettre, son premier mot, la première image de la suite du livre de son existence, un chapitre qui débute par un étalon noir dans un paysage blanc. Son regard suit celui de l'étalon et observe les traces qui disparaissent peu à peu alors que la neige se met à tomber. Elle n'a pas l'habitude que le ciel pleure, elle ne connait que la chaleur du soleil et la froideur de la lune, jamais elle ne se serait douté qu'en plein jour le ciel pourrait envoyer quoi que ce soit, même d'infimes particules blanches. Pourtant, les pas qui disparaissaient dans la neige lui rappelaient ses traces dans le sable. Traces qui s'effaçaient au gré du vent, alors que le sable s'affaissait. Et elle sourit encore, aimant comparer ce qu'elle connaissait à ce qu'elle découvrait.

Alors qu'il retournait la tête vers elle, il lui sourit. Certainement en réponse au sourire qu'elle arborait sans s'en rendre compte. Elle aurait pu rester muette des heures durant, juste à observer le paysage, les animaux, l'étalon. Elle se trouvait dans une phase étrange, paisible et curieuse, comme si ici, loin de tout, rien ne pourrait jamais l'atteindre. Elle ne s'est pas dit que l'étalon aurait pu lui vouloir du mal, peut-être un peu trop naïve à cause de la découverte, mais elle n'est pas du genre à se faire peur pour rien. Si malheur il devait lui arriver, elle trouverait certainement un moyen de s'en sortir, comme elle l'avait toujours fait. Heureusement, il semblait plutôt gentil et au moins aussi intrigué qu'elle l'était.

Il la tire de ses pensées en parlant, lui confirmant d'un sens ce qu'elle pensait : Il n'était pas d'ici lui non plus. La voilà donc étrangère avec un étranger, mais elle se sentait en même temps chez elle. elle était emplie d'une telle quiétude qu'elle ne pensait pas à l'avenir ni au passé. Elle se sentait simplement bien, ici, en cet instant et avec cette compagnie. Ses yeux avaient cesser de le scruter de fond en comble, comme si elle avait terminé de graver l'image détaillée de l'étalon dans sa mémoire et qu'elle l'avait accrochée aux murs de son esprit.

Il continue à lui parler et elle apprécie, elle aime mieux écouter. Elle apprécie sa présence sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il s'était laissé observer sans prendre la mouche, peut-être parce qu'il s'intéressait à elle, elle qui se sentait si banale au milieu de son troupeau. Elle n'était pas née à tâches comme sa mère l'aurait voulu, digne descendante de son père, mais elle était née fille et forte dans un troupeau peuplé de mâles. Ici, elle était l'exception. Ici, elle allait peut-être comprendre ce que c'était d'être elle, plutôt qu'une parmi les autres. Et elle sourit encore, le coeur rempli d'une telle ataraxie qu'elle voudrait arrêter le temps et que ces secondes durent pour toujours.

Il lui parle encore, il lui parle de chevaux plus grands encore que lui, et elle a presque l'impression d'imaginer des dieux, des géants aussi grands que les dunes de son désert. Des chevaux si grands qu'ils pourraient l'écraser sans s'en rendre compte. Mais elle n'a pas peur. Elle n'est pas inquiète, et elle sourit simplement en le regardant. Elle essaie de l'imaginer encore plus grand qu'il ne l'est déjà pour elle, encore plus musclé. Mais elle a si bien gravé ses traits dans sa tête qu'elle n'arrive pas à les déformer. Elle ne dit rien, comme à son habitude. Elle n'a rien à répondre, elle se plait à le laisser parler et à l'écouter. Pourtant, il lui pose une question et elle est contente de lui offrir une réponse. Elle essaie de se remémorer avec justesse les images de sa contrée lointaine, remontant le temps. Et c'est d'une voix emprunte de nostalgie qu'elle lui conte son désert, son coin sablonneux où on lui a donné la vie.

« D'un désert immense, où le sable s'étend à perte de vue, où les seuls animaux plus grands que moi ont une ou deux bosses et mangent des cactus. D'un endroit où le soleil nous écrase et où la lune nous libère. D'un endroit où les seuls chevaux que je connais arborent la lune libératrice dans leurs oreilles. »

Et elle lui sourit encore, contente de conter sa patrie qu'elle a quitté pour découvrir le large. Elle n'y était pas triste, loin de là, mais elle connaissait déjà toutes les dunes, toutes les oasis, et il lui fallait de la diversité, des péripéties pour que son livre de vie soit intéressant.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 21:01


Elle semblait se plaire dans l'écoute et lui, curieusement, se plaisait dans le flot des mots qui menaçait de sortir. Peut-être avait-il perdu l'habitude d'avoir une audience attentive, ou peut-être avait-il cultivé le silence tellement longtemps qu'il arrachait à présent ses fleurs pour glisser à présent des mots dans les emplacements où s'étaient profondément enfoncées leurs racines. L'endroit, comme il l'avait deviné en arrivant, se prêtait bien aux sons. Si le paysage semblait assoupi, il accueillait au creux de ses rêves les sons avec une grande clarté. Ils résonnaient contre le tympan de la nature comme les promesses d'un visiteur à l'oreille inattentive de quelqu'un dans le coma : nets, exaltants, se lovant finalement contre du vide.

Peut-être n'était elle que de passage. La pensée lui parut incongrue. Elle se transforma soudain en une chimère, quelque chose qu'il allait emprisonner dans sa mémoire et qui n'appartiendrait plus jamais au monde réel, dès lors qu'il la laisserait seule. N'était-ce pas ce qui advenait de toutes ses rencontres ? Il avait du mal à imaginer qu'on arrivât sur Horse-Wild seulement pour le quitter après l'avoir brièvement connu.

Il allait mourir ici. C'était aussi certain que l'enchaînement des saisons, que l'âge qui se gravait sur sa figure. Il n'avait pas encore touché la vieillesse ni même l'âge mûr, mais il était déjà déterminé à s'éteindre en ces lieux après avoir mené une vie remplie de vide. Casanier, soupçonneux. Le monde extérieur ne lui offrait rien qu'il n'ait pu saisir ici ; et ce n'était pas une quelconque loyauté familiale qui le retenait. Juste la facilité de se couler dans le moule de ce qu'il connaissait...

Un désert. Il n'a qu'une expérience avec un désert, et elle est profondément différente de ce que ses mots dépeignent, si ce n'est ce soleil dont il sent presque encore la morsure...

" La soif. J'ai traversé un désert. J'avais tout le temps soif. "

Et de se remémorer cette sensation que plus rien jamais ne pourra traverser la gorge, tant elle semble vouloir se serrer elle-même sur la promesse de la mort. Il cligna des yeux. Il venait de quitter les étendues sablonneuses de ses souvenirs du désert de l'oubli, d'en revenir à l'immensité blanche. Il s'ébroua, pour se débarrasser des flocons qui s'accrochaient obstinément à sa crinière, à ses cils.

" Pourquoi êtes vous partie ? "

Il aurait pu insuffler là dedans un peu de dérision, mais il n'en trouva pas : il comprenait, bizarrement, pourquoi on aurait voulu découvrir cette immensité polaire lorsque l'on avait connu que le désert.

Lui n'avait connu que la maison hantée. Si elle franchissait un jour son seuil, comprendrait-elle la beauté de l'édifice ? Ou, comme beaucoup d'autres avant elle, manquerait-elle de respect aux vieilles ruines, aux dernières exhalations d'anciens souvenirs ?

" Je vous promettrais bien des nuits chaudes, mais les températures de cet endroit ne sont pas affectées par la Lune. Et au risque d'être surprise par un sommeil qui s'éternise, je vous conseille de chercher un autre endroit lorsque vous voudrez vous assoupir. A moins que vous ne vous endormiez au milieu de ces... Créatures. "

Les phoques. Dont la chaleur corporelle ne faisait pas de doute.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 21:35

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Il semble pensif, il lui semble perdu dans des souvenirs tantôt tristes. Elle l'observe toujours, avec bien moins d'insistance mais elle l'observe toujours. Elle essaye de comprendre les sentiments qui passent dans ses yeux, avide d'apprendre, de comprendre, de connaître. Bientôt elle aurait l'impression de l'avoir toujours connu, outre son nom. Bientôt elle pourra s'imaginer l'étalon dans tous les états qu'il serait possible, tant elle l'aura observé, analysé, presque étudié. Il deviendrait une figure dans son petit musée des souvenirs, un personnage à utiliser dans ses contes, dans ses histoires, dans ses rêves. Elle esquissa un sourire un peu plus prononcé quand il lui parla du désert. Il semblait en connaître un, certainement moins loin d'ici que ses terres natales. Et cela la rendait heureuse. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait l'impression qu'un petit bout de chez elle était ici, un trou dans l'espace temps, une zone connue au milieu de l'inconnu. Mais elle n'a pas hâte d'y aller non, elle n'a pas hâte de redécouvrir ce qu'elle connaissait déjà. Elle se sent beaucoup trop bien au milieu de la neige, en compagnie de l'étalon. Elle a froid, certes, mais il occupe assez bien ses pensées pour qu'elle oublie la neige qui s'accumule sur son dos en gros flocons.

Il lui parle de la soif et elle sourit. Elle l'a expérimenté quelques fois mais jamais assez longtemps pour qu'elle laisse une empreinte aussi marquée dans sa tête qu'elle ne l'a fait avec l'étalon. Mune l'observe et se lèche les lèvres, par réflexe, quand on lui parle de boire. Elle sourit un peu plus, légèrement amusée. Peut-être qu'elle était faite pour le désert, que c'était pour ça qu'elle n'avait que très pu connu la soif. Comme lui était plus adapté au froid et qu'il ne devait pas ressentir sa morsure de la même manière que la jument.

Elle n'a pas de réponse à lui donner concernant ses déboires, mais il lui offre une porte d'ouverture avec une autre question. La raison de son départ. Elle sourit un peu plus en se souvenant du jour où elle avait annoncé qu'elle partait pour découvrir le monde. Elle se délecte encore de la surprise dans les yeux de sa mère, de la fierté dans ceux de ses amis. Elle se remémore les incessants appels de sa génitrice, lui demandant qu'elle reste pour perpétuer leur lignée. Elle avait prit beaucoup trop de plaisir à partir, peut-être que ses rêves de découverte n'étaient qu'une illusion, poussés par l'envie de se libérer d'une mère avec beaucoup trop de projets pour elle. Elle s'ébroue légèrement, faisant tomber quelques flocons de son dos et repose son regard noisette sur l'étalon.

« Je connaissais tout. Je n'avais plus rien à découvrir là bas et rien ne m'était offert d'assez alléchant pour me retenir. »

Elle se sent bien ici, elle a traversé des paysages tous différents et découvert tant de choses, de goûts, d'odeurs, qu'elle n'aurait jamais pu imaginer même en restant dans ses oasis de paix et de quiétude.

Il la surprend soudain, en glissant une phrase où elle avait trouvé peut-être un sens caché qui n'avait pas lieu d'être. Elle agite alors les oreilles, cherchant à savoir ce qu'il pensait réellement en lui parlant de nuits chaudes. Les nuits désertiques étaient gelées, au moins autant que le jour de la banquise, aussi pensait-elle qu'il lui offrait un moyen de se réchauffer. Mais elle n'est pas certaine, aussi préfère-t-elle ne pas bouger. Elle préfère être sûre, elle a peur de se méprendre. Elle ne connaît pas les coutumes des gens d'ici, aussi a-t-elle peur de faire un mauvais pas. Mais il lui parle des êtres étranges qui sont entassés non loin de là. Elle les observe, collés entre eux comme pour se tenir chaud et l'idée que l'étalon lui ait proposé la même chose s'envole. Elle sourit légèrement et l'observe de nouveau, quittant les animaux du regard.

« Il fait un peu trop froid pour moi, je l'avoue. Je ne me risquerais pas à rester ici bien longtemps. »

Elle ne s'en était pas rendu compte mais le froid, insidieux, s'était insinué dans son corps et elle tremblait de plus en plus sous sa morsure glaciale. Elle s'ébroua pour faire fuir les flocons glacés de son poil et essaya de se réchauffer, sans grand succès.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 22:15


Plus rien à découvrir. Certains esprits paraissaient bien plus vastes que le sien ; assoiffés non pas par le retour aux racines mais par le départ du nid, le moment béni où l'oiseau s'envole pour la première fois et disparaît sans jeter un regard en arrière à la maisonnée qui l'a vu grandir. Une maisonnée éphémère, faite de bric et de broque ; mais un endroit où dormir, où manger, dans lequel on couve autant ses futurs projets que ses souvenirs.

La neige devenait moins épaisse et tombait avec moins de régularité. Le phoque apparaissait, toujours, inlassablement, pour reprendre un peu d'air. Shiro se demanda ce qui se cachait sous la glace, et à quel point l'eau était profonde. Il lui arrivait rarement d'imaginer jusqu'à où allait la terre qu'il foulait, mais il lui semblait que l'eau prisonnière allait loin, loin, jusqu'à un monde que la lumière n'effleurait jamais, que même l'inconscient n'égalait pas en noirceur. Il fit deux pas, attiré par l'idée, menaça de poser un sabot dessus. Puis il réalisa enfin qu'il avait de la compagnie ; qu'il se perdait dans le dédale de ses pensées et agissait peut-être dans l'espoir que ses gestes seraient suivis par les yeux bruns de sa nouvelle compagne anonyme.

Il accepta son explication sans mot, parce qu'il n'avait pas de miroir à lui offrir. Pas de reflet. Pas de frustration cachée, enfouie, d'avoir connu les moindres méandres et recoins d'une demeure. Il se complaisait dans la poussière accumulée.

Mais, pour la première fois depuis des lustres, il aimait sincèrement un endroit. Un sourire s'épanouit sur sa figure ; déjà dans son inconscient battait le doute comme le sang sous un hématome, la question de l'éphémère. Il avait capturé un moment de joie, mais il retomberait tantôt dans l'apathie qu'il connaissait tant, qu'il aimait, elle aussi, un peu, pour ses longues embrassades durant lesquelles l'esprit n'a pas à regarder en face les magnificences et les laideurs du monde.

Il n'y avait pas vraiment d'odeur. Enfin, si. Quelque chose flottait. Le parfum mouillé et un peu âcre des phoques qui se frottent, empiètent presque les uns sur les autres, lâchent de longues plaintes. Ils doivent avoir des prédateurs, songea-t-il. L'hiver a presque réussi à lui faire oublier ses dangers, la mort qui plane, les prédateurs plus féroces ici qu'ailleurs parce qu'ils luttent et contre la faim, et contre le froid.

Il n'était pas un géant mais peut-être existait-il sur ces terres d'autres géants avides, cachés sous la neige, cachés sous la glace, dans les profondeurs insondables de l'eau. Shiro releva le regard, interpellé par cette pensée. Mais le phoque remontait toujours à la surface, impassible, les moustaches frissonnantes...

Elle prit un air surpris mais toujours poli. Il tenta de déterminer ce qu'il avait bien pu dire, mais il n'avait jamais su véritablement saisir le tact, le sens que les autres apposent aux mots, trop lourd. On ne pouvait jamais véritablement exprimer une pensée dans tout ce qu'elle avait de plus profond, dans tout ce qu'elle cachait, la part de l'inconscient qui se tapit sous la langue.

L'inconnue tremblait.

" Je m'appelle Shiro, " dit-il, soudainement, pour justifier le fait qu'il avançait jusqu'à elle. Il n'avait pas d'ombre pour l'engloutir, cette dernière comme éclipsée par la neige miroitante, mais il pouvait constater leur différence de gabarit mieux encore à présent qu'il la voyait de si près.

Soudain, quelque chose s'illumina dans son esprit. Il s'empourpra un peu.

" Ah... " lâcha-t-il, à cours de mots : " Ce n'était pas ça. "

Pas quoi ? Pas grand chose. Pas des nuits torrides. Mais ça, c'était difficile à expliquer à une inconnue, aussi préféra-t-il détourner le regard, pour contempler un manchot à moitié endormi. Il avait un petit air grincheux mais noble, bien droit, le bec plaqué contre son torse bombé.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 10 Déc 2017 - 22:53

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Il pensait, et elle l'observait. Elle aurait pu faire cela des heures durant, comme elle l'avait toujours fait. Elle appréciait réellement ces moments de quiétude où personne ne parle, où il n'y a pas à craindre la piqure empoisonnée d'un quelconque scorpion. Ils avaient été si rares dans le désert qu'elle avait apprit à les apprécier, ces moments à la limite de l'ennui, quand personne ne fait rien et qu'elle se contente tout de même d'observer ce rien. Mais son regard glisse avec celui de l'étalon qui s'est à nouveau perdu sur le phoque qui apparaît et disparaît comme une ombre, infatigable, à la recherche du précieux oxygène qui lui fait défaut dans l'eau.

Elle se surprend à se demander à quoi il pense. Le phoque, mais l'étalon aussi. Est-ce qu'un phoque peut seulement penser ? Son regard quitte alors le trou dans la glace, glisse sur l'étalon, et se pose sur l'amas de graisse et de chaire. Elle frissonne. Pas à cause du froid cette fois, mais parce qu'elle voit ces phoques, bien trop nombreux à la même place, comme un tas d'êtres sans queue ni tête, tous regroupé pour ne former qu'une seule vie. Et ça l'écoeure. Elle a l'impression de voir un monstre aux mille yeux.

Elle ne sait pas que sur ces terres, loin du désert, elle doit craindre des animaux bien plus imposants qu'elle. On lui a apprit à redouter le petit, le scorpion ou le serpent, aux poisons et venins mortels. Mais elle ne sait pas que là, dehors, des animaux à griffes et à crocs peuvent la réduire en charpie. Aussi n'est-elle pas inquiète, pensant être habituée à reconnaître le bruit du serpent qui approche. Elle ne sait pas que l'eau, bien plus profonde que son oasis, abrite des êtres si immenses qu'elle ne pourrait pas l'imaginé. Elle ne sait pas que le phoque redoute l'orque, baleine tueuse qui n'a comme hâte que de le déchiqueter.

Perdue dans ses pensées, elle revient à la réalité en entendant le bruit des pas de l'étalon dans la neige. Il s'approche et elle l'observe, pas inquiète pour un sous. Peut-être devrait-elle le craindre, sa mère lui avait souvent parlé des nombreux cas de viol qui avaient couru les rumeurs. Mais elle n'aimait pas vivre dans la crainte. Elle se plaisait à se dire qu'elle s'enfuirait au bon moment, son agilité ayant toujours été un atout dans les combats. Aussi le regarde-t-elle avancer, observant les muscles rouler sous la peau. Comme un charmeur de serpent, il agrippe son regard et elle ne s'en détache que pour glisser ses yeux sur son visage, alors qu'il lui dévoile son nom. Shiro. Shiro. Elle le répète silencieusement pour le mémoriser, pour graver les lettres sur le cartel apposé près de l'image, la gravure qu'elle venait de terminer. Le voilà maintenant, nommé, dans son petit musée intérieur. Elle sourit doucement, ayant oublié le pseudo double sens qu'elle avait trouvé bien malgré elle. Il est encore plus imposant, maintenant qu'elle doit lever légèrement la tête pour voir ses yeux s'il ne baisse pas l'encolure. Mais elle n'a pas peur, elle est fascinée. Elle l'observe maintenant de si près qu'elle peut compter ses cils, qu'elle ressent la chaleur qui se dégage de son corps. L'air entre eux se réchauffe légèrement alors que la neige a cessé et elle se complait dans ses observations, son regard glissant sur l'étalon comme si elle voulait ajouter la moindre imperfection à sa gravure, afin de garder bien plus qu'un souvenir dans sa mémoire : Elle voulait garder un être, un passé, un présent. Elle voulait garder les traces du temps sur son personnage, pour qu'il soit le plus fidèle possible au véritable.

Il comprend alors le double sens qu'elle avait pensé voir et le rappelle alors à la mémoire de la jument. Elle sourit en le voyant s'empourprer, comme un jeune étalon déclarant sa flamme pour la première fois. Mais elle ne peut s'empêcher de se sentir rassurée, oubliant soudain les histoires morbides qu'on lui avait un jour contées. Elle s'amuse à ajouter un visage rosissant à son temple, l'observant jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'il était peut-être gêné de son regard et qu'il détournait les yeux. Elle suivit ce qu'il fixait mais le manchot lui paraissait soudain dénué d'intérêt par rapport à l'étalon qui la réchauffait un peu malgré lui.

« Enchantée, Shiro. Je m'appelle Mune. »

Elle avait insisté sur son nom à lui, comme si le dire à voix haute scellait les lettres dans son souvenir. Elle sourit un peu et tendit légèrement l'encolure pour effleurer ses crins ondulés du bout du nez. Elle est curieuse et s'autorise pour la première fois à le toucher. Elle recule bien vite sa tête, ne voulant pas paraître intrusive. Ses crins sont doux, et elle a pu voir le motif complexe qu'ils créent. Elle est presque ravie qu'il se soit approché mais elle ne voudrait pas le gêner plus que ça. Aussi reste-t-elle silencieuse, attendant que la gêne passe chez l'étalon, continuant son exploration des marques laissées par le temps.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Lun 11 Déc 2017 - 20:28


Un vieux souvenir remontait à la surface, comme un bois mort qui se détache des tréfonds pour montrer son ventre au soleil ; le genre d'incidents étonnants qui persuadent les yeux crédules que des monstres se cachent dans les profondeurs toujours plus ou moins pourrissantes des étendues d'eau les plus grandes. Le souvenir avait un nom ; Farandole. Pourquoi songeait-il à elle ? Il avait presque oublié ses intonations, qui revenaient en trébuchant sur sa langue. Il l'avait connue il y a longtemps, trop longtemps, assez longtemps pour que sa mémoire se teinte des premières affabulations de l'esprit qui tente, tant bien que mal, de combler les vides avec un peu de poussière et de poudre d'or.

A quoi ressemblait-elle ? Les contours d'un corps flottant vinrent se mouvoir devant ses yeux internes, mais sa voix demeurait inventée. Il pensait à elle parce que la petite jument en face de lui avait à peu près la même taille, réalisa-t-il avec une sorte de surprise, et que son esprit tentait de joindre les choses par les seuls liens logiques qu'il trouvait.

Mais il avait encore grandit. C'était bien la première fois qu'il était écrasé par une sensation de gigantisme. Peut-être marcherait-il pendant les prochains jours avec plus de lourdeur que d'ordinaire, affectant un poids fictif, avant de croiser dans la nature un rappel qu'on ne peut se fier aux premières impressions d'un étranger.

Il était tellement difficile de comprendre qui il était exactement aux yeux des autres, qui il devenait, ce qu'il était aussi pour lui-même. Comment pouvait-il exister dans les affres d'esprits complètement étrangers au sien ? Quelle étrange version de lui-même tapissait les murs de l'inconscient de ceux qu'il connaissait lui-même à peine, dont il avait emprisonné des bouts dans son propre esprit, morceaux rapiécés d'une personne, lambeaux du soi illusoires ?

Cela ne l'empêchait pas de le regarder avec la même curiosité. Si elle avait été moins charmante, il aurait pu croire à de la malveillance ; mais il est plus difficile de croire que les gens beaux vous veulent du mal, sauf pour la créature difforme qui n'a connu que leurs rires.

Il n'avait jamais vraiment voulu écouter le moindre ricanement.

" Mune, " répéta-t-il, comme un diligent automate. Il en fallut plus que l'impression sur ses lèvres pour que le nom ne rentre dans son esprit, ne soit véritablement associé à celle qu'il avait en face de lui. Mune. C'était court, comme lui, dénué de tous ces a qui rendent les prénoms féminins légers. C'était peut-être mystérieux, Mune. Mais on prête souvent le mystère a ce qui nous attire, pas à ce qui l'est par nature.

Elle s'appelait Mune. Il était heureux de le savoir, comme s'il avait été particulièrement pressé d'affirmer la connaître.

" Bienvenue sur Horse-Wild, Mune, " dit-il avec un semblant de sourire, trop réservé pour les accueils solaires.

Contemplant toujours son manchot, qui luttait contre le sommeil avec une sorte d'acharnement, il fut surpris de sentir quelque chose entre ses crins et redressa les yeux assez vite pour deviner des naseaux qui s'éloignaient de son encolure.

C'était de l'effronterie, songea-t-il en regardant ses oreilles incurvées. Il se demanda, pensée incongrue, ce à quoi elles ressemblaient lorsqu'elles remuaient. Frottaient-elles les unes contre les autres, ou gardaient-elles toujours cette même courbe ?

" Vous avez dit que la Lune se cache dans vos oreilles. "

Question, ou affirmation ? Le ton était laconique. Elle l'avait effleuré un peu comme l'on s'assure que la nouveauté appartient à la réalité. Il aurait qualifié cela de fascination si le mot ne l'embarrassait pas plus que le geste.

" Je ne cache rien entre mes crins, " offrit-il finalement, l'ombre d'un sourire sur les lèvres.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mar 12 Déc 2017 - 2:14

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Son petit personnage était presque complet. Le piédestal sur lequel il était posé, bien en valeur dans la pièce vide de son petit musée de souvenirs, le soutenait, le complétait, le mettant dans la lumière, placé un peu plus haut que le reste du presque rien de la salle. Des paysages tapissaient les murs de ses souvenirs, des animaux parfois insolites ressortaient légèrement du plat de la toile peinte, agrafée au mur. Mais lui, Shiro, le premier non lunaire qu'elle croisait, le voilà en 3D, espèce de statue de cire fidèlement représentée dans sa mémoire. Elle peut le faire tourner, le faire rire ou paraître pensif, comme s'il s'agissait d'un de ses propres personnages. Elle se plait dans ses souvenirs, dans la justesse de ceux-ci. Et maintenant, elle sait ce que sentent ses crins. Quelle sensation ça fait de les toucher. Ca lui change, oh oui, c'est différent. Elle sait qu'elle est peut-être allée trop loin, peut-être trop vite, mais elle ne regrette rien, jamais. A quoi bon, elle est heureuse d'ajouter des sensations à son petit personnage, d'immortaliser des moments. Ce simple fait, banal pour certains, était très important pour la jument. Elle qui était très observatrice, souvent loin de tout, dénuée d'autres sens que sa vue, la voilà chérissant un simple toucher, un effleurement intempestif. Et elle le chérira certainement longtemps, se rejouant la scène en souvenirs, avec son petit personnage fidèlement représenté.

Il prononce son nom à elle et elle ne peut s'empêcher de laisser ses oreilles tressauter. Elle éprouve un peu trop de bonheur d'entendre ces syllabes qu'elle connaît pourtant par coeur de la bouche d'un être si proche et en même temps si lointain d'elle. Elle a l'impression qu'ils sont liés, maintenant que chacun a prononcé le nom de l'autre. Liés par la connaissance. Liés par le souvenir. Liés par ces quelques secondes, paroles futiles perdues au vent. Mais si elle ne devait enregistrer la voix de Shiro que sur un mot, ce serait celui-ci : son nom à elle. Il prend un tout autre sens dans sa bouche, s'empli d'un mystère, en devient presque mystique. Elle se sent un peu comme une véritable enfant de la lune, une créature un peu hors du commun, et tout cela simplement parce qu'il venait de prononcer son nom. Peut-être que la nouveauté lui tournait la tête, mais elle était bien trop contente d'ajouter ce petit contentement à sa liste du bonheur de la journée. Elle se contente de peu, et sourit beaucoup.

Son visage s'est illuminé, aussi n'arrive-t-elle pas à sourire beaucoup plus lorsqu'il lui souhaite la bienvenue. Elle se sent presque chez elle malgré le froid qui fait frémir sa peau, ses muscles bougeant dans un spasme incontrôlable, cherchant désespérément à la réchauffer. Pourtant, même si son corps est gelé, son esprit est en ébullition et elle l'observe toujours, comme si elle n'arriverait jamais à tout à fait capter Shiro dans ses souvenirs. Elle veut enregistrer bien plus qu'un image, elle voudrait recréer son aura, ce qu'il dégage. Aussi ne se rend-t-elle pas compte de la gène qu'elle lui a occasionné en le touchant. Elle est trop concentrée à confiner dans sa mémoire chaque mouvement, chaque geste, même les plus anodins. La voici ravie d'un clignement de cils.

Elle revient à la réalité à ce qu'elle prend pour une remarque de l'étalon. Ses oreilles cacheraient la lune. Elle sourit et les agite, les plaquant parfois contre son crâne, jouant avec, les faisant virevolter comme des feuilles au vent. Elles dansent sur sa tête alors que le soleil baisse doucement vers l'horizon. L'hiver connait des jours courts et des nuits longues. La jument s'ébroue et baisse légèrement la tête, souriante et pensive.

« Peut-être n'est-ce pas le cas, mais je me plais à me dire que j'ai quelque chose de l'astre qui illumine la nuit. »

C'est ce qu'elle voudrait être pour les gens qu'elle croise : une lumière dans la pénombre, même si elle se cache parmi les ombres. Elle espère sincèrement pouvoir rendre un sourire, même un tout petit, un coin de bouche légèrement relevé. Elle préfère se souvenir de moments beaux, teintés de la belle couleur du bonheur. Que serait un musée rempli de gens tristes ? Elle ne veut pas y penser. Parfois elle espère ne jamais voir la tristesse dans le regard de ses personnages. Elle n'aime pas ce sentiment car elle ne le connaît que très peu. Elle a l'impression qu'il est comme un apocalypse, un tsunami qui balaie tout sur son passage. Elle a peur qu'une fois la tristesse ancrée en elle, elle ne la quitte plus jamais.

Il termine par faire une remarque sur sa crinière, rappelant la jument à la réalité une énième fois. Malgré l'absence de regrets, elle eut peur qu'il ne s'agisse d'un reproche, comme s'il avait interprété sa curiosité comme un affront. Ses oreilles s'enfuirent dans sa crinière alors qu'elle baissait la tête, penaude. Elle balançait, entre son habitude à ne jamais regretter et s'en vouloir d'avoir été maladroite. Elle n'avait pas voulu le froisser. Elle lève néanmoins les yeux vers lui et son regard accroche l'esquisse de sourire sur les lèvres de l'étalon de jais. Ses oreilles réapparaissent, soudain bien dressées sur sa tête, comme si le simple fait qu'il ne soit pas fâché avait fait s'envoler le poids de son dilemme. Elle se remet à sourire à son tour et penche légèrement la tête sur le côté. Elle ressemble à un poulain curieux ainsi, et son regard pétille presque malgré elle. Elle est soulagée qu'il ne semble pas fâché contre elle, elle aurait eu l'impression de rater son entrée sur ces terres.

« J'ai l'impression d'y voir les flots d'une rivière de nuit, les ondulations de l'oiseau qui s'y baigne, le sursaut d'un poisson sous la surface. J'y vois peut-être trop de choses, mais j'ai éprouvé l'envie de les découvrir d'un peu plus près... »

Elle s'excuse presque, mais silencieusement. Elle est sincère, elle est vraie. Elle ne veut pas lui mentir et des excuses formulées à voix hautes signifieraient un regret muet. Sans ce fond, aucun besoin de mots. Elle redresse la tête, oubliant phoques et manchots, prédateurs sous des pieds ou derrière elle. Elle ne pense qu'au moment présent, ce moment qui ne leur appartient qu'à eux deux. Et elle sourit.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mer 13 Déc 2017 - 19:48


Poulain, il avait voulu mordre à la vie avec la violence de quelqu'un qui n'est pas encore convaincu par son goût et cherche, en se contredisant lui-même, les traces du bonheur dans des actions impulsives. Il s'était détaché de sa mère comme s'il avait fallu prouver qu'il n'avait pas besoin d'elle, s'était éloigné de son frère pour errer à sa guise dans des territoires trop vastes, dans lesquels il n'avait trouvé que le plaisir de l'interdit qu'on transgresse. Il avait tenté d'attirer l'attention de son père, bien que cela ait été inconscient, étrange, flou.

Lorsque ses parents s'étaient séparés ce jour là dans la maison hantée, lorsque sa mère avait disparu de sa vie, ses prétentions étaient tombées en mille éclats coupants dans lesquels il s'était vautré pour le restant de ses jours. Plus de désir d'aventure ; plus d'envie de prouver que l'on a besoin de personne, mais un renfermement dans le silence du sanctuaire où il avait perdu une petite part de son enfance, un emmurement volontaire et idéaliste, une communion avec ce qu'il avait perdu afin d'en puiser sa force.

Et sa grande force, c'était sa capacité à ne s'émerveiller de rien.

Quelque chose d'un astre. Il la regarda. Oui, elle avait quelque chose d'un astre. Il lui donnerait raison, malgré la crainte qui montait en lui d'être confronté à un sentiment nouveau. Elle était spéciale. Cela l'agaçait presque de devoir le reconnaître : elle était spéciale. Il s'était attaché à cette rencontre avec les lèvres d'un condamné sur sa dernière coupe. Et il engloutissait tout ce qu'elle voulait bien lui donner, déjà pris de remord, parce qu'il penserait à elle lorsqu'elle ne serait plus là, parce qu'il ne voulait pas penser à quelqu'un, pas s'attacher à quoi que ce soit d'autre que sa maison, la maison, le lieu d'attache, le port de ce qui l'avait construit.

On tient parfois un peu trop à ce qui nous rend différent. Il n'était pas né blanc comme son frère, mais il avait rejeté les structures familiales conventionnelles ; les relations d'amitié, d'amour, qui lient normalement tout être normalement constitué les uns aux autres.

Et il lui suffisait de trouver une petite créature qui le ravissait pour oublier tout cela ?

Elle remuait des oreilles, comme pour répondre à sa curiosité. Il sourit avec affection.

Il s'en voulut. La culpabilité fut brève mais meurtrière, une lame qui transperce le coeur et le laisse convulser sur le prochain battement.

Shiro cilla. Il regarda les alentours, qui lui plaisaient trop. Si la banquise avait été fissurée il aurait trouvé un défaut sur lequel se poser, parce que le visage devant lui n'en avait aucun.

Elle lui fit quelque chose qui ressemblait à des compliments et il faillit se rebeller. Ça n'avait pas de sens. Il ne pouvait avoir de tout ça, ne pouvait être...

" Je ne suis pas si extraordinaire que cela. Mais vous pourrez voir toutes ces choses. En explorant ces terres. Vous aimerez sûrement les découvrir... " Mune, rajouta son esprit, comme s'il était nécessaire à présent de toujours décliner son nom.

Quelque chose tomba sur lui. Un immense frisson. Il détourna le regard. S'il brisait le cadre...

" La nuit tombera bientôt. Voulez-vous que je vous aide à trouver un endroit où vous abriter ? "
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mer 13 Déc 2017 - 20:50

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Elle pourrait le regarder ainsi des heures durant, cherchant à reproduire dans son esprit le moindre épi de poils qui irait dans un sens contraire aux autres. Elle pourrait rester là. Malgré le froid. Malgré la neige. Elle pourrait rester là, si seulement il faisait de même. Elle fut surprise de cette pensée, un peu décontenancée elle devait l'avouer. Elle qui s'émerveillait de tout, observait tout, l'idée qu'il lui faille une seule chose à observer, non, une seule personne à regarder, sonnait étrange à ses oreilles. Mais en même temps, elle ne pouvait pas aller à l'encontre de ce sentiment, ni se mentir à elle-même. La banquise l'importait peu maintenant. Les pingouins et autres manchots avaient perdu tout intérêt à ses yeux, fussent-ils noirs jaunes ou bleus, ils pourraient même exploser en mille paillettes de couleur que Mune ne détournerait pas le regard.

Elle rougit à cette pensée égoïste. Ses joues s'empourprent légèrement, elle se sent soudainement étrange. Etait-ce seulement tout à fait normal, de ressentir ce qui la traversait en ce moment ? Elle n'en savait rien, ça ne lui était jamais arrivé. Elle en déduit donc qu'il s'agit du goût de la nouveauté, se refusant à penser à quoi que ce soit d'autre. Ou du moins, essayant de se le refuser. La voilà repartie dans ses souvenirs, sondant chaque coin, chaque recoin de tiroir dans ses étagères bien rangées. Rien n'y ressemble si ce n'est l'émerveillement de sa première pluie, la douceur d'une première caresse, et le sentiment de se sentir aimée. Ces souvenirs la troublent d'autant plus qu'ils sont tous si différent. Elle ne sait pas qu'est ce qui se rapproche de quoi, elle n'y voit aucun lien. Pourquoi ressentait-elle un mélange si subtile de tout ce qui pouvait la rendre heureuse ? Elle choisit encore une fois la réponse la plus simple qui lui vient, le goût de la nouveauté. Ca ne peut être que ça, rien d'autre. Elle essaie de s'en convaincre. De toute façon, elle ne connait pas le nom d'un tel sentiment, il lui aurait fallu en inventer un.

Elle revint à elle lorsque l'expression de l'étalon changea. Elle ne s'en était pas rendue compte mais, même plongée dans ses pensées les plus profondes, elle continuait de l'observer. Aussi le moindre changement la faisait revenir, elle elle ne sut trop pourquoi, mais le sourire qui naissait sur les lèvres de l'étalon lui fit chaud au coeur. Très chaud. Trop chaud. C'était étrange. Elle avait l'impression de brûler. Prenait-elle feu, au milieu de la banquise et de la neige qui engourdissaient ses muscles ? Impossible. IMPOSSIBLE. Alors que lui arrivait-elle ?

Des images passèrent devant ses yeux, fugaces. Des sourires semblables. Sa mère, son père. Quelques autres personnes mais jamais exactement la même expression. Ca se rapprochait, mais ce n'était pas ça. Ce n'était pas lui. ce n'était simplement pas lui. La seule explication qu'elle trouvait c'était ça : elle ne pouvait pas connaître ces expressions, car elles lui appartenaient à lui. A Shiro.

Elle se surprit à sourire en retour, d'une manière presque semblable. Même si elle avait voulu s'en empêché elle n'en n'aurait pas été capable. Ca venait comme ça, ça venait tout seul, et elle était une piètre menteuse. Elle n'avait pas envie de mentir. Non. Elle n'avait pas envie de lui mentir.

A peine avait-elle finit de se remettre de cette déduction qu'il cillait et détournait le regard. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Elle d'ordinaire si peu inquiète de ce qu'elle faisait, la voilà en pseudo-panique totale. Si elle n'était pas immobile, elle aurait pu courir partout les bras en l'air en hurlant. Elle se trouvait de plus en plus étrange. Un peu trop à son goût.

Mais les paroles de l'étalon la firent reprendre une quelque contenance. Même si ses mots ne semblaient pas si négatifs, elle ne pu s'empêcher d'y voir un moyen pour l'étalon de se dénigrer. Et mon dieu qu'est-ce qu'elle a détesté ça. Son coeur s'est serré. Pas extraordinaire ? Elle avait envie de lui hurler à quel point il était unique pour elle. Mais cette simple pensée la fait tressauter. Avait-elle vraiment songé à ces mots ? Encore une fois, elle met ça sur le compte de la nouveauté. Oui il était unique. Elle n'avait jamais vu de cheval comme lui par le passé. Mais au fond d'elle elle a l'impression que cette explication n'est pas la bonne. Elle se persuade de s'en contenter.

Elle hésite un long moment, se tâte. Elle tourne sa langue dans sa bouche, essayant d'être sûre que c'est ce qu'elle veut bien dire. Et puis zut, au point où elle en est, elle ne peut pas paraître plus ridicule.

« Est-ce que vous voulez bien m'emmener découvrir toutes ces choses ? »

Elle veut bien s'abriter, oui. Elle a froid, certes. Mais au fond d'elle elle n'a pas envie que ça s'arrête. Elle a l'impression de ne pas l'avoir assez bien gravé dans sa mémoire. Elle a l'impression qu'elle n'arrivera jamais à rendre tout ce qui faisait de Shiro Shiro. Au fond d'elle, elle ne voulait pas que ce moment s'arrête.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mer 13 Déc 2017 - 21:48


Coeur malhabile, qui ne savait comment contenir la joie que l'esprit tentait furieusement de réprimer. Coeur malhabile trahissant les désirs cachés qui sourdent sous la peau, dans les veines, dans l'âme désespérée qui soudain plante ses griffes dans les ventricules pour réclamer du bonheur.

Elle lui sourit. Il regarda ce sourire sans pouvoir empêcher une sorte de révérence de l'affecter. Elle avait sûrement donné des sourires comme ceux-ci à d'autres que lui, résonna aussitôt la tête, la tête dont il était tellement fier, celle qui devait le régir. Elle avait sûrement donné son attention à d'autres avant lui. Mais lui ? Lui était Adam assoiffé par le désert auquel on tend le fruit qu'il s'est toujours interdit ; Perséphone affamée dans des enfers qu'elle n'a pas désiré et qui ingère, avec distraction, des pépins de grenade. Il aurait bu dans ses yeux toutes les émotions qu'il voulait y lire parce que c'était ainsi que se déroulaient ce genre de chose : l'esprit soupçonne l'affection et veut en puiser jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que la poitrine en gonfle, éclate, n'en crève.

Son père avait été comme cela ; pas un coureur de jupons, comme on avait eu l'audace de l'insinuer il y a quelques jours, mais un être qui désirait l'amour peut-être plus que la personne qui le donnait. Et l'idée lui paraissait égoïste. Impure. Comme tous les sentiments qu'il ressentait trop fort, dont il pouvait effleurer les ramifications subconscientes.

Il fit un pas de côté. La glace craquela sous ses pas, un petit son étouffé. L'idée absurde que si la banquise venait à se briser il serait emporté plus facilement que Mune dans les tréfonds lui traversa l'esprit. Brièvement, il eut peur de la mort. Les scénarios absurdes parvenaient à aiguiser la panique dans les esprits se voulant les plus rationnels.

Il la dévisagea lentement alors que ses mots s'imprimaient dans son esprit. L'emmener. Emmener quelqu'un avec lui ? Cela ne ressemblait pas à l'exil qu'il avait envisagé ; pas à la misère imposée, pas à la jalousie le crevant en voyant la réussite inéluctable de son frère, pas à la rancœur qui pourrirait en lui dès lors qu'un nouveau roi s'imposerait aux Terres Orphelines. Il était gangrené par ses résolutions, terrifié par la faiblesse de ses dernières face à l'alléchante probabilité d'être désiré, apprécié.

Elle apprendrait à le connaître et regretterait de lui avoir demandé cela.

" Vous feriez confiance à un inconnu ? " demanda-t-il, à voix basse, les yeux posés dans les siens. Quelque chose pesait dans cette question, mais il ne savait quoi exactement.

Il fit un autre pas, pour ébranler leur marche. Puis, la constatation, neutre et catégorique :

" Je ne connais pas toutes ces choses. Je sais qu'elles existent ; mais j'ai longtemps vécu à un seul endroit, et n'ai jamais eu envie de les découvrir. "
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mer 13 Déc 2017 - 22:16

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Son coeur bat plus fort que d'ordinaire dans sa poitrine. Parfois il lui ferait presque mal. Et elle ne sait pas pourquoi. Elle s'interdit de laisser son esprit divaguer dans son état. Elle a trop peur de se laisser aller, d'oublier quelque chose, de rater. Son coeur cogne un peu plus fort à cette pensée, il accélère puis ralenti presque aussi vite. Elle frémit, elle a presque froid maintenant. C'est comme si elle n'était plus assez près de lui pour qu'il réchauffe l'air entre eux. Ou peut-être qu'elle prend enfin conscience du froid insidieux qui veut lui ronger les os et arrêter son coeur. Elle frémit à cette idée, elle a l'impression d'avoir tout vu mais en même temps pas assez. Comme si sa rencontre fortuite avec Shiro l'apaisait mais la stressait tout en même temps. Elle était bizarre. De plus en plus bizarre. De plus en plus loin de ses habitudes. De ses sentiments. De plus en plus étrangère à elle-même, elle ne se reconnaissait pas.

Mais elle se sent bien, tout de même. Malgré le froid, les inquiétudes, elle plonge son regard dans le sien et le sonde. Si elle se regardait dans un miroir, peut-être qu'elle pourrait voir toute l'étendue de ce qu'il réveillait en elle. Mais elle ne saurait pas reconnaitre ce dont il s'agissait. Elle en serait bien incapable. Son coeur bat de nouveau plus fort alors que leurs regardes s'accrochent et ne se lâchent plus. De longues minutes ainsi et elle frémit de nouveau, le froid léchant son corps, cherchant à la ramener à lui dans un élan égoïste. Et elle elle veut rester dans la chaleur de ses nouveaux sentiments.

Puis tout s'écroule.

La surprise se lit dans son regard aux mots de l'étalon. Un inconnu ? Non, il s'appelle Shiro, c'est un grand étalon noir aux crins ondulés comme les flots. Elle a tout mémorisé, tous ses visages, toutes ses marques, ses épis, ses.. Tout. Elle a tout apprit, essayant de le retenir par coeur, elle a tout gravé. Ce n'est pas un inconnu ça ne peut pas l'être. Pas pour elle.

Son esprit lui envoie alors une reflexion. Futile, certes, mais tellement vraie. Ce que toi tu penses, lui ne le pense peut être pas. Et elle déglutit, son coeur s'est serré et elle a froid tout à coup. Elle ressent la morsure gelée qui enveloppe son coeur. Peut-être que pour lui, elle est une inconnue. C'était certainement le cas, vu ses dires.

« Un inconnu ? »

La question s'envole, elle n'a pas réfléchit. Elle a trop parlé, elle en a l'impression. Sa tête s'abaisse, elle semble pensive. Elle n'a pas envie de le considérer ainsi. Elle s'est peut être trop attachée, peut être trop vite. Elle déglutit, son coeur est toujours serré, et elle frissonne sous le froid et le malaise qui s'installe en elle.

Heureusement pas pour longtemps. Les mots qui suivent de la part de l'étalon rallument un petit espoir, un espoir de quoi elle ne sait pas mais il est là. C'était presque une invitation de sa part, il lui disait presque de venir et qu'ils allaient tout découvrir ensemble. Alors qu'il commence à marcher elle saute sur l'occasion.

« Et si nous découvrions tout cela ensemble ? »

Ultime essais, elle se promet de ne pas insister s'il ne veut pas. Elle se le jure, peut importe la déception qui s'emparerait d'elle. Elle ne veut pas s'imposer, peut-être que l'étalon n'apprécie pas sa compagnie autant qu'elle. Sa belle statue dans son musée prend des airs plus sombres, elle n'en n'a pas envie. Elle espère secrètement qu'il accepterait, pour garder un souvenir intact et parfait de lui.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Mer 13 Déc 2017 - 23:41


Il marchait. Ou plutôt, il fit quelques pas. Avec une sorte d'hésitation. Il n'était pas sûr qu'elle le suive et lui jeta un regard pour vérifier qu'elle était bien toujours là, présente. Il avait proposé de l'aider, mais il ne savait pas où il pourrait l'emmener, quel endroit pourrait la réchauffer. Ces lieux ne connaissaient que la glace. Il se souvint de sa première impression, de la menace de la mort qu'il avait senti.

Il se concentra sur cette dernière alors qu'il avançait à nouveau. La promesse de la fin. Cet endroit l'avait trompé. Peut-être avait-il commencé à l'aimer parce qu'il y avait trouvé quelque chose de spécial, mais il ne commettrait plus la même erreur. Le froid l'enserrait dans sa prison de torpeur. Et les émotions qui naissaient dans cette geôle n'étaient peut-être que les illusions d'un condamné qui s'entiche du moindre rayon de soleil entre ses barreaux trop épais. Il voulait croire en quelque chose qui le replonge dans ce qu'il avait été avant d'arriver.

Il ne s'était déroulé que quelques minutes. Il était trop dramatique, trop impatient, trop facilement détourné de ses objectifs. Il ne gardait pas les promesses qu'il se faisait à lui-même. Sorrow l'aurait regardé avec cet air insondable caractéristique avant d'avoir un léger rictus et pas de mots. Shiro aurait compris.

Un fils trop impatient. Trop peureux. Trop incertain.

Mune ne le savait pas. Elle ne pouvait pas le savoir. D'où il venait, le nom de ses parents. Elle n'avait pas l'air de connaître les vergers aux fruits mielleux, les ruisseaux dont les lits regorgent d'os, les plaines détrempées jusque dans les profondeurs les plus obscures du sol. Elle ne pouvait peut-être même pas l'imaginer. Et il lui avait promis la beauté, bêtement, en espérant qu'elle serait ravie de connaître cette île, ses merveilles. Il avait compté sur le fait qu'elle explorerait ces endroits avec la curiosité infatigable qu'elle avait démontré jusqu'alors.

Puis elle avait réclamé un guide et il était devenu aveugle.

Il ne connaissait que des endroits laids qu'il aimait d'une affection farouche, hostile. Des lieux dont il avait été le prince. Plus maintenant. Déchu. Fils de dominant. Pas un héritier. Jamais l'héritier. S'il l'avait été, il aurait pu l'accueillir et l'emmener dans un royaume, le sien. Mais il n'avait rien. Rien qui puisse retenir si longtemps son attention...

Sa voix lui parut faible, incertaine. Un inconnu ? Il eut envie de rire. S'aurait été facile, de se moquer. Cela aurait réglé le problème, révélé un défaut. Cela lui aurait permis de l'écarter, la décevoir plus vite. Mais il était retenu. Pourquoi refuser de la décevoir ?

Son coeur battait. L'eau sourdait silencieusement sous la banquise. Les phoques étaient impassibles ; ils gémissaient toujours, se tortillaient, s'écrasaient les uns les autres. Ils s'éloigneraient bientôt d'eux pour rejoindre le silence de la banquise, sa vaste étendue infinie pour l'oeil mortel. Il lui trouverait un endroit assez chaud. Mais peut-être devrait-il pour cela les arracher à cet écrin dans lequel ils s'étaient inscrits.

La magie pourrait fondre comme la glace.

Il y avait une sorte de tendresse pourrie dans sa voix, alors qu'il tentait de détendre l'atmosphère :

" Un inconnu qui propose inconsciemment des nuits torrides.  "

Il eut un sourire furtif, presque coupable.

De quelles preuves avait-il besoin ? Shiro s'arrêta. Sa question semblait innocente. Il cherchait dans les mots quelque chose qui soit caché, qui explique leur sens profond, leur intention. Il aurait pu refuser. Retomber dans les doux bras de son habitude, s'y lover avec contentement.

Le froid le brûlait. Il choisit la sincérité :

" Je ne sais pas si je m'émerveillerais face à ces choses autant que vous. "

Un phoque qui remontait une énième fois à la surface, les narines frémissantes.

" Mais je peux vous montrer celles que je connais. "
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Jeu 14 Déc 2017 - 0:30

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Elle le regarde s'éloigner de quelques pas avant de le suivre. Elle hésite, elle ne sait pas si elle fait le bon choix. Non pas pour elle, mais pour lui. Elle ne sait pas ce qu'il veut elle n'arrive pas à le comprendre, ce qui n'est pas étonnant vu le peu de temps qu'ils avaient passé ensemble. Mais elle aurait voulu le connaître, comprendre ce qu'il se tramait dans sa tête, peut-être démêler tout ça pour, égoïstement, pouvoir rester avec lui un peu plus longtemps. Elle avait l'impression qu'il devenait fugace, un coup de vent, comme si elle n'arrivait pas à attraper le fil fin du ballon qui menace de s'envoler pour toujours vers les cieux. Elle ne veut pas. Elle s'est attaché, elle l'admet maintenant. Elle ne sait pas pourquoi, ce qu'il a de spécial outre le fait qu'il soit le premier équidé qu'elle croise dans ce nouveau monde. Elle ne veut pas croire qu'il n'y a que ça pour l'expliquer. Elle n'est pas ainsi, à s'attacher aussi vite sans raison. Elle n'est pas ainsi mais elle ne saurait pas décrire le pourquoi du comment.

Elle le suit, pensive. Elle se sent un peu coupable d'avoir insisté si souvent. Elle avait l'impression de l'avoir forcé, comme s'il acceptait pour se débarrasser d'elle.

Soudain, cette pensée la fit réagir. Elle le suivait jusque là d'un pas distrait. Il aurait pu s'arrêter et elle lui aurait foncé dedans. C'était justement ce qu'il faisait, ses pas cessèrent et elle fit de même, à quelques pas de lui comme si elle n'osait plus l'approcher. Elle s'en voulait. Elle avait l'impression de s'imposer. Elle n'avait pas été assez observatrice, ou pas assez lucide pour le voir. Et la voilà à se monter la tête toute seule pour quelqu'un qui dit qu'ils sont des inconnus l'un pour l'autre.

Son coeur se soulève, se rebelle. C'est faux, tout est faux. Il est Shiro, sa plus belle statue, sa pièce maîtresse dans le musée de sa mémoire. Le protagoniste de ces nouveaux chapitres de sa vie, comme si le héros de son histoire venait de naître au milieu des pages.

Il parle plusieurs fois mais elle ne l'écoute plus. Elle le fixe, elle le jauge. Elle a envie de faire quelque chose mais se retient, évalue les possibilités comme un petit stratège.

Et puis flûte. Qu'est-ce qu'elle risque, après tout ? Qu'il s'en aille ? Elle avait l'impression que c'était déjà ce qui était en train d'arriver. Alors elle tente le tout pour le tout. Elle s'avance en trottant, le dépasse et fait volte-face, ignorant ses répliques qu'elle n'a de toute façon pas saisies, trop concentrée sur ce qu'elle allait faire. Elle se campe sur ses sabots et le fixe droit dans les yeux, les oreilles dressées vers lui. Avec une sincérité déconcertante, elle cesse de tourner autour du pot.

« Est-ce que je vous dérange ? Est-ce que je vous gêne ? »

Et elle l'observe, muette comme une tombe. Elle a froid, elle gèle, mais elle veut en avoir le coeur net. Elle attend une réponse honnête à une question honnête. Mais au fond d'elle, elle espère qu'il lui dira non. Et son regard la trahis, laissant poindre de l'inquiétude alors qu'elle aurait voulu être de marbre.

Et dans son petit musée, sa statue s'effrite tant elle a peur en cet instant, mais elle essaie d'être forte. Peut-être allait-elle être rassurée.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Jeu 14 Déc 2017 - 1:36


Elle ne l’avait pas écouté. Il ralentissait, déchiré par l’envie de revenir à un point de départ incertain, entre le moment où il avait surgi et celui où il l’avait hélée. L’instant où il avait saisi une opportunité presque sans arrière pensée, parce que l’idée lui avait parut naturelle.

La curiosité. La curiosité l’avait poussé. Elle ne l’avait pas forcé. Il l’avait regardée et peut-être, peut-être avait il désiré. Maintenant que son regard semblait se voiler de doute, qu’il n’était plus présent sur lui, plus tellement insistant qu’il aurait pu le brûler au moins autant que la morsure de la glace, il réalisait que les yeux lui manquaient. Il aurait pu supporter ces yeux plus longtemps, pu admettre qu’ils apprennent son corps avec plus de précision encore. L’intimité du moment avait été étrange, surréaliste.

Le surréalisme l’entourait encore. Il y avait des ours, dans cette partie du monde. Il ignorait pourquoi il y songeait, soudain. Des ours immenses, blancs comme une Lune ronde dans un ciel vide, toujours affamés, plus forts qu’aucun animal. Il n’avait jamais croisé de véritable ours. Son père lui avait parlé de ces ours-là un des rares jours où il avait été d’humeur à affabulé pour passer le temps. Il avait peut-être été guidé ici, inconsciemment, par son désir de les deviner, de les voir, de donner naissance à ce qu’il avait pu imaginer.

Il n’avait pas imaginé Mune. Pas imaginé les frissonnements, les oreilles formant un croissant, les questions. L’inattendu le paralysait au moins autant que le froid. Lui qui avait été tellement confiant ; presque débonnaire. Lui qui avait réussi à se rattraper lorsque sa langue avait fourché, encore.

Mais il ne remarquait pas ses trop fréquents dérapages. Il la voulait près de lui et souhaitait la pousser pour voir si elle se reléverait pour le suivre. Un désir presque pervers, malsain, comme il en existe dans la chair de chacun. Shiro ouvrit la bouche et exhala un long jet de buée. Il parvint à se dégoûter quelque peu lui-même, ferma les yeux sur la sensation que ce qui avait bien commencé pourrait mal finir. Tenir le lien fin et friable de la beauté pour le sentir glisser, brûler, lentement s’effilocher et laisser place à rancœur et remord, ces deux émotions tant désagréables qu’il aimait presque les ressentir. On ressentait parfois mieux au travers de ce que l’on possédait de plus négatif.

Ses yeux se rouvrirent. Il y eut un long mouvement. Difficile d’étouffer le bruit de pas sur la banquise, qui résonne, grince, claquerait presque des dents si ses mâchoires n’étaient pas imaginaires. Qu’avait-il récité, en arrivant ? Tout ! tout a disparu… Avec le souvenir…

Cette terre ne se souvenait pas d’un printemps meilleur et il n’avait lui non plus nulle mémoire bourgeonnante, nulle beauté à lui offrir.

Elle se tenait en face de lui, campée, rigide, déterminée. Mune, bien plus petite que lui, n’aurait jamais pu le menacer. Ses oreilles étaient dressées dans sa direction. Il les fixa, réalisant non sans cynisme qu’elles l’interpellaient toujours autant malgré les minutes qui s’étaient écoulées.

Ses yeux retombèrent dans les siens. Ils lui firent presque peur tant ils étaient imbibés de détermination. Et, pourtant, cette pointe de quelque chose à la surface, comme l’eau sous la glace…

"  J’ai peur. " une déclaration d’enfant. " De vous décevoir. " des mots d’adulte.

Il la fixa elle aussi, avec toute la certitude qu’il pouvait trouver en lui.

" Vous ne me dérangez pas. Vous ne me gênez pas. Je doute de moi-même."
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Jeu 14 Déc 2017 - 2:06

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Son silence lui parut interminable. Le doute gonfla en elle, viscéral. Sa détermination s'effritait au même rythme que sa belle statue, elle avait peur, comme elle avait rarement eu peur. Son ventre se tordait alors que son coeur serré battait de plus en plus fort. Shiro pouvait presque l'entendre. Elle en tout cas l'entendait. Il pulsait dans sa tête, dans tous ses membres, se mêlant avec les frissons. Elle ne regrettait pas, ou du moins pas encore. Mais sa détermination fondait comme la neige au soleil. Une neige loin de celle de ces lieux, qui ne devait jamais connaître de température assez haute pour disparaitre sans laisser de trace. La banquise craqua et son coeur fit un bond. Avait-elle tout gâché ? Avait-elle tué l'embryon dans l'oeuf ?

Encore fallait-il savoir de quel embryon nous parlons.

Elle vacille un instant mais reste droite, elle essaie de cacher la misère de sa détermination qui vole en poussières. Elle a des doutes vis-à-vis d'elle-même, comme si elle ne valait pas la peine qu'il la rassure. Elle se demande soudain pourquoi elle en est là, dans ce paysage presque lunaire tant il est fait de blanc et d'argenté, à espérer de toute son âme qu'un étalon fraîchement rencontré veuille bien la garder un peu plus longtemps à ses côtés.

Puis elle se remémore la sensation de légèreté, la quiétude qui l'avait habitées dans un moment hors du temps, des secondes qui resteraient toujours gravées dans son coeur comme les plus belles de sa vie. Sa vie peut encore être longue, mais elle a le pressentiment qu'elle ne vivrait pas ça très souvent et elle chérit ces souvenirs, les plaçant dans un petit écrin doré dans son musée, non loin de sa statue qui fait triste mine.

Elle veut revivre ça. Ces instants, le temps suspendu. C'est égoïstement qu'elle se l'exige à elle-même, malgré toutes les fois où elle a dit que ce serait la dernière. Quelque chose en elle la pousse à ne pas renoncer, quelque chose de chaud, de brûlant malgré la froideur de son corps. Et elle veut attiser l'étincelle, réveiller la flamme, faire partir le feu. Elle aimerait se consumer là tout de suite, à cet endroit si elle le pouvait. Elle voudrait devenir un immense feu de joie pour peut-être enfin comprendre ce qui l'anime. Mais elle a trop froid.

Et elle a trop peur.

Le regard de Shiro vient accrocher ses oreilles pointées vers lui, puis il descend, doucement, calmement vers ses yeux où la détermination s'était tarit. L'inquiétude avait prit une plus grande place avant qu'elle ne se détende presque d'un coup, soulagée par les mots qu'il venait de prononcer. Les voilà au même stade, aveuglés par la peur, la gorge nouée par l'impression d'échec. La voilà qui esquisse un sourire en avançant d'un pas vers lui, un sourire plein de soulagement et de douceur. Mais aussi de ce on-ne-sait-quoi qui menace de s'éveiller en elle.

« Moi aussi j'ai peur. »

Elle l'admet, elle l'admet maintenant sans crainte et retape sa belle statue qui n'en n'est que plus brillante et rayonnante. Son coeur s'est calmé, libéré par le poids des mots.

« Moi aussi je doute. »

Elle s'arrête à quelques pas de lui, peut-être un ou deux. Ils sont de nouveau tout proches, elle sent sa chaleur et elle tressaille. Ca lui avait presque manqué, depuis quelques minutes. Elle ne sait plus trop quoi dire, elle aimerait le rassurer, lui montrer qu'elle n'avait pas besoin de quelqu'un de parfait. Elle avait simplement besoin de...

Elle frémit, redoutant de finir cette phrase muette, n'existant que dans sa tête. Elle ne fait aucun lien entre ce qu'elle pense et ce qu'elle ressent. Elle ne veut pas le voir, elle ne veut pas se l'expliquer. Elle l'apprécie bien plus que d'ordinaire. Elle l'apprécie bien plus que les autres. Que tous les autres.

Et elle se souvient d'une image, d'un sourire. Celui que son père offrait à sa mère, et à elle seule. Dans un sursaut, elle franchit un pas de plus et peut presque le toucher. Elle doute toujours, elle a toujours peur, mais elle se dit qu'elle ne pouvait être personne d'autre qu'elle-même. Elle redresse la tête et l'observe de nouveau, cette fois sous un tout autre angle. Elle essaie de calquer le sourire de son père sur ses lèvres à lui. Elle essaie et elle aimerait que peut-être, un jour, ce ne soit pas que son imagination.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Jeu 14 Déc 2017 - 13:54


Il n'en demeurait pas moins que seules quelques minutes s'étaient écoulées. Il lui semblait pourtant qu'il avait passé un long moment - peut-être la moitié d'une vie - à l'observer et à vivre dans son propre regard, pendant cet instant durant lequel ils avaient tout deux été confrontés à la nouveauté et en étaient sortis comme éclairés. Qu'avait-il appris ? Il l'ignorait encore, mais il était plus calme. Il avait admis sa frayeur, et même si quelques regrets rongeaient déjà son esprit le soulagement y vivait aussi recroquevillé comme un enfant qui se remet enfin de sa crise de larmes.

Aurait-ce été si mal, de l'emmener avec lui ? Ses pensées le tiraillaient.

Il aurait pu l'avoir à lui tout seul. Elle n'aurait pas à rencontrer d'autres, qui lui plairaient plus que lui - elle n'aurait qu'à le connaître et à connaître un endroit à travers lui. Une idée dont l'égoïsme lui apparut clairement, comme si cette journée l'avait rendu particulièrement conscient de ses défauts. Mune ne méritait-elle pas d'apprendre par elle même ce que ce monde avait à lui offrir ?

Et ce qu'il pouvait lui prendre ?

Il songea aux prédateurs - aux mille choses qui n'hantent jamais un désert. Les ours blancs aux crocs rougeoyants, aux yeux enluminés par la faim, les loups se calquant à la nuit, avides, les autres, toujours les autres, les pires ennemis qui soient - l'autre et l'ailleurs, la crainte du prochain et la crainte de l'inconnu. Elle ne semblait pas les connaître et pourtant, et pourtant elle lui disait avoir peur, elle aussi. Peur. Doute.

Une vague de soulagement retomba sur lui et il ferma momentanément les yeux, oubliant l'espace d'un instant bref et infini le froid, la raison de sa venue, tout ce qui l'entourait. Il retrouva Mune dans ce néant et rouvrit les yeux pour la redécouvrir face à lui, incroyablement proche. Il ne ressentait cette fois pas la gêne qui l'avait affecté tout à l'heure. Son regard demeurait prudent, comme quelque peu inquisiteur, cherchant toujours à deviner ce qui se cachait dans l'avenir, ce qu'une action donnerait, créerait pour lui et pour eux.

Il avait envie de lui montrer des fleurs. Il ignorait pourquoi le désir était si puissant, si impromptu - il fallait qu'il l'emmène découvrir des chardons s'il le fallait, des germes encore timides de l'hiver, des tiges rabougries par le froid. Il fallait qu'il lui montre quelque chose d'inconnu, de merveilleux, afin de pouvoir boire l'étonnement et la fascination dans ce regard.

Shiro devait l'emmener quelque part. Il releva les yeux et constata que le ciel s'était alourdi, comme chargé de menaces. Les nuages crachaient de nouveau quelques flocons qui tourbillonnaient éperdument avant d'enfin échoir sur la glace. Il se demanda si un voyageur avait un jour traversé toute cette étendue et pu l'imaginer, les yeux rongés par le soleil qui devient immense, avançant éternellement dans l'incertitude, poursuivi par une ombre de plus en plus hésitante et par une armée de regrets aux canines rendues impossiblement longues. Qu'est ce que cela faisait, de s'obstiner jusqu'à avoir atteint son but ? Et que se cachait-il de l'autre côté de la banquise miroitante, si ce n'était la mort ou enfin des traces de vie, un pays de Cocagne caché dans lequel ne pouvaient se prélasser que les plus braves ? Lorsqu'il avait découvert Farandole, il s'était imaginé vivant dans le Neverland de Peter Pan tant il avait été immature, comme elle.

Farandole n'existait plus. Et il n'avait pas assez de détermination pour poursuivre le destin sur la glace.

Non, un soleil plus clément. Un endroit où la vie pouvait chanter sans que ses notes ne se muent progressivement en une oraison funèbre. Il devrait les arracher à l'endroit où il l'avait connue et l'inscrire dans un nouveau cadre.

" La nuit va tomber. Il faut que nous nous en allions. "

Il inspira.

" D'autres créatures rôdent sur la banquise, et elles ont toujours faim. "

C'était de cela qu'il aurait peur, à présent. Il la regarda, elle qui était si proche, baissa la tête pour être à sa hauteur. Mune avait aussi peur, Mune doutait aussi. Il effleura son chanfrein, une arrière pensée un peu hésitante, puis fit volte-face pour avancer dans le froid.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Jeu 14 Déc 2017 - 16:40

Froideur et solitude, nouvelles à ton coeur.
Elle se perdit de nouveau dans la contemplation. Plus rien n'existait autour d'eux, plus rien du tout. Ni le froid brûlant, mordant, ni les phoques graisseux, ni les manchots suspicieux. Il n'y avait plus qu'elle et lui, lui et elle, dans un monde dénué de froid, de chaud, d'ombre ou de lumière. Juste eux deux dans son endroit hors du temps. Juste eux deux. Son regard glissait sur son visage alors qu'il avait fermé les yeux. Elle gémit silencieusement. Elle s'y était plongée corps et âme, s'oubliant même elle-même. Elle n'avait plus conscience de ses peurs ni de ses doutes, tout s'était envolé comme une nuée d'oiseaux fuyant le prédateur. Elle n'observait que lui. Que lui, uniquement lui.

Son petit musée presque vide, n'abritant que la statue animée de Shiro, brillait d'une lueur nouvelle malgré tout. Elle chérissait ce souvenir. Elle chérissait ses pensées. Elle aurait pu faire toute une salle qui lui était consacré, à lui et à lui seul, tant elle avait de tableaux à accrocher aux murs de sa mémoire. Elle voulait conserver chaque expression qui passe, le peur, le doute, la joie. Elle voulait le garder égoïstement pour elle, en elle, dans sa mémoire. Elle voulait tout avoir de lui, chaque mot, chaque expression. Absolument tout.

Sensation nouvelle qui la fit frémir.

Quand il rouvrit les yeux, Mune se plongea de nouveau avidement dans son regard. Elle frémissait, tant elle se trouvait étrange de vouloir le connaître ainsi. Mais elle avait froid aussi. Très très froid. Malgré tout, l'air entre eux s'était réchauffé. Elle aimait cette proximité innocente entre eux, sans arrières pensées. Elle se sentait protégée, étrangement. Elle ne savait pas ce qu'elle devait craindre ou s'il y avait seulement quelque chose à craindre. Mais elle se sentait étrangement bien, si près de lui. Beaucoup de nouveauté.

Il semble pensif, il semble perdu quelque part et elle ne sait où. A quoi pense-t-il ? A qui pense-t-il ? Elle aimerait tellement savoir, la curiosité la rongeant. Mais elle ne voulait pas demander. Elle n'estimait pas en avoir le droit, ne pas s'immiscer dans sa vie privée de la sorte. Elle n'était personne après tout.

Elle déglutit à cette idée. Son coeur s'était serré mais elle devait l'admettre, quoi qu'elle ressente, elle n'était pas autorisée à être trop curieuse. Elle n'en n'avait pas le droit. Ca risquait de le faire fuir et elle aurait tout perdu. Sa belle petite statue, son protecteur.

Hors de question.

Elle allait se taire, simplement le regarder ne rien demander. Mais pensait-il à quelqu'un qu'il aimait ? Elle frémit, pas jalouse mais presque. Elle s'en voulait d'être aussi égoïste. Elle se détesterait presque si ce sentiment n'était pas réellement ancré au fond d'elle. Elle frémit encore, commençant à avoir vraiment froid.

Et il parle, et elle boit ses paroles comme s'il était le Messi, le Prophète. Elle l'écoute attentivement, ses oreilles dressées vers lui pour mieux l'entendre. Elle grave tout dans sa mémoire, chaque seconde, chaque mouvement, chaque mot, chaque son. Tout est consigné, absolument tout. Bientôt elle pourrait se faire mille et une histoires avec le personnage de Shiro, elle pourrai l'imaginer rire ou pleurer, lui dire tous les mots du monde tout en entendant sa voix dans sa tête. Ca la ravissait. Elle avait l'impression de l'avoir pour elle et ça calmait légèrement son égoïsme.

La nuit. Elle lève les yeux et s'aperçoit que le ciel s'assombrit alors que les nuages crachent leur neige sur eux. Bientôt le soleil qui les réchauffait légèrement allait s'enfuir et cette idée la traverse d'un long frisson. Elle mourait assurément de froid. Il leur fallait partir.

La suite des paroles du mâle la gelèrent sur place. Des créatures qui ont toujours faim. Elle déglutit et s'imagina des immenses scorpions, des fennecs aux crocs acérés assez grands pour la dévorer. Elle ne connaît pas d'autres prédateurs hormis les serpents. Mais aux serpents, elle ne veut pas penser. Elle tremblait de peur et de froid mêlés, maintenant. Elle était plongée dans la crainte et soudain...

Il la toucha. Il l'effleura, rapidement, presque fébrilement. Et son coeur vacilla, sur le point d'exploser. Elle releva les yeux vers lui alors qu'il commençait déjà à marcher et, à mesure qu'il s'éloignait, sa chaleur aussi. Le froid la mordit et elle se précipita à sa suite, le rattrapant en trottant pour être à sa hauteur. Elle resta tout près de lui, à la limite de le frôler à chaque pas. Elle est là, tout près de lui. Elle sourit, elle est comblée.

« Merci Shiro. »

Elle avait murmuré, presque susurré son nom. Et elle souriait malgré le froid qui la gelait. Elle était heureuse.
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Dim 24 Déc 2017 - 23:09


LA HOTTE DU PERE NOEL

event de Noël

Un traîneau traverse le ciel tel une étoile filante. La hotte du Père Noël se vide petit à petit tandis qu'il dépose ses cadeaux non loin de leurs destinataires respectifs.

Quelque chose scintille dans le ciel au-dessus de Mune. C'est un collier d'argent doté d'un pendentif qui représente son désert natal.

« Joyeux Noël, ho ho ho ! »
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MessageSujet: Re: It’s cold out there. - Libre   Lun 25 Déc 2017 - 14:06


Son ombre s'effaçait et était remplacée par les nouveaux contours de celle qui s'attachait à ses pas. Au moins aussi immense, au moins aussi tremblante, et il se demanda si le soleil l'assombrissait elle-aussi, rendait sa présence plus tangible encore. Dans la nuit l'ombre disparaissait, se diluait avec le ciel et fondait sous l'inconscient qui rôde derrière des paupières closes. Mune disparaîtrait-elle ?

N'avait-elle pas un nom qui lui rappelait la Lune ? Ne cachait-elle pas son croissant aiguisé entre ses deux oreilles ? Mune aurait pu être l'astre qui chaque nuit se redresse dans son lit d'étoiles, appelant en silence le soleil qui est déjà mort et a coloré l'horizon de sa lente déflagration, son suicide quotidien.

Il aurait pu imaginer des pays lointains où, dans des palais taillés dans la roche, dans des palais fantastiques dont les murs luisent, chaque nuit Psyché se demande à quoi ressemble son époux, et finit par succomber en se penchant sur une figure endormie, brûlant son épaule nue avec une goutte d'huile brûlante tombée de sa lampe. N'était-ce pas cela, le désir ? L'interdit ? Alors pourquoi son esprit se repaissait-il de pouvoir l'observer, de la sentir près de lui ? Etait-ce le fait que l'interdit se cachait toujours, dans la séparation de leurs deux ombres, dans le moment où leurs deux corps se détacheraient à la croisée d'un chemin ? Et peut-être connaîtrait-il le désir dans ce qu'il a de plus entêtant dès lors, et peut-être tenterait-il de retrouver dans la nuit la Lune terrestre, égarée loin des étendues désertiques de son enfance.

Elle souriait et il souriait par automatisme. Ses lèvres étaient gelées par le froid, engourdies. Ses pas étaient lourds, tandis que la couche de neige s'épaississait et qu'il songeait au fait qu'il ne connaissait pas de sortie, pas d'issue évidente vers laquelle il aurait pu la conduire. N'existait que l'étendue blanche, l'instinct, et quelques minuscules traces de pas qu'il examinait, tentant de déterminer à quel animal elles appartenaient.

Shiro releva la tête, interpellé par un mouvement de l'air. Quelque chose venait de traverser le ciel et il entrouvrit la bouche, stupéfait, tentant de donner un sens à ce qu'il était en train de voir. Mais rien ne venait, si ce n'était la tentation de parler d'un mirage, et il entendit une voix emplie de joie qui résonnait tandis que quelque chose flottait jusqu'à eux.

Il fixa le ciel bien après que ce dernier se soit vidé de toute trace de l'apparition, puis ses yeux s'attachèrent à un éclat argenté qu'il fixa, manifestement adressé à Mune. Un collier.

" Quelqu'un semble avoir eu une délicate pensée pour vous. "

D'où cela sortait-il ? Qu'est ce que cela représentait ? Il ne pouvait comprendre, ce qui affutait sa frustration.

" Je n'ai pas la moindre idée de ce que c'était que ça, cependant. Ni de ce qu'est ceci. "
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