Jeu de rôle équin
 
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 Akènes à plumes

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Pearlescence

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MessageSujet: Akènes à plumes   Lun 20 Nov 2017 - 14:18

ungo ; akènes à plumes
Pearlescence n'osait pas chanter. La dernière fois sa comptine timidement murmurée avait attiré un être étrange dont l'ombre tressautait à la lumière blafarde de la lune. Elle ne se souvenait pas de son visage car elle ne l'avait jamais vu, mais n'avait pas non plus oublié son propre visage. Son reflet de bronze et d'argent n'avait pas lieu d'être dans cette plaine fleurie et les oiseaux chantonnaient à sa place, gais comme elle ne l'était jamais. Peut-être Ungo n'avait-il été que le reflet de son imagination, une création destinée à rassembler les pièces dispersées de son estime de soi. Il avait échoué dans ce cas.

Le soleil brillait cette fois là, il ne pourrait pas se draper d'obscurité s'il réapparaissait. Elle en doutait tout en ne pouvant pas s'empêcher de l'espérer. La rencontre fugace l'avait bien plus comblée que d'autres interminables qu'elle avait pu faire. Ungo n'attendait rien d'elle, n'osait pas exiger quoi que ce soit contrairement aux autres équidés. Cyrius l'avait vue comme un vulgaire épouvantail, une victime de paille sur qui pratiquer ses piques sans risquer de se voir répliquer quoi que ce soit. Shiro ne l'avait tout simplement pas vue et son coeur fragile ne parvenait toujours pas à l'accepter. Ungo l'avait vue sans tout à fait la regarder et cela lui convenait.

Elle leva lentement les yeux au ciel. Le sol était tendre sous ses sabots, le sable blanc qui tapissait la plaine se lovait sous ses pas comme un amant contre l'être aimé et elle hésita à se recroqueviller parmi les pissenlits pour s'apitoyer sur son sort. Etrangement, elle ne pleurait jamais. Sa peine enflait en elle, silencieuse et tremblante sans jamais lui échapper. Chacun de ses pas soulevait un nuage d'akènes à plumes, laissait derrière lui l'ombre du dent-de-lion incapable de réaliser son voeu le plus cher : Pearlescence aurait voulu s'aimer pour permettre aux autres d'en faire autant.
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Ungo

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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Dim 26 Nov 2017 - 11:41


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Ils s’étaient quittés de la pire des manières qui soient. Sur des mots tranchants et des larmes blessées. Il avait vu sans voir, fui sans le vouloir. Lâche dès le tout premier instant, il le resterait sûrement jusqu’à la fin. Qu’avait-il fait depuis ? Il n’avait pas vécu réellement. Fantôme claudiquant, ombre chancelante. Il avait erré par-ci par-là, la tête basse et le cœur lourd, incapable de comprendre ce qui le chagrinait tant. Le mal était bien là, au fond de lui, et il prenait des reflets bronze et argent sur lesquels Ungo soupirait continuellement. Comme toujours, il était un profond idiot incapable de faire ce qu’il fallait, ni même de se plaindre, de crier ou de pleurer. La faute était passée, détruisant son maigre souffle de vie. Il ne pouvait plus que s’apitoyer silencieusement sur son sort.
En vérité, il s’était lui-même perdu dans le passé et n’arrivait plus à se retrouver.

La petite fille apparut devant lui, dans un éclat de lumière qui lui parut si sombre… Depuis combien de temps ne riait-elle plus ? Les bras pressées contre le ventre, le visage tordu de douleur, elle perdait de sa superbe, écrasée par la douleur de son ami. Ungo ne soufrait que plus encore devant le spectacle de sa compagne. Il lui infligeait ce traitement et il n’arrivait même plus à savoir pourquoi.
Dans son esprit, la perle de bronze n’était plus. Elle s’était évaporée entre les arbres, ceux-là même qui lui faisaient du mal et qu’il détestait tant. Il arrivait qu’il s’en prenne à eux, dans son désespoir infini, sans savoir que faire de plus pour aider les fils argentés qui ne dansaient plus à ses côtés. Il l’avait tant aimé qu’il crevait de ne plus pouvoir la toucher.
Il savait qu’elle était partie, qu’elle ne reviendrait plus. Elle méritait tellement mieux que lui. Pourtant, au fond de son cœur tordu, restait l’image tenace d’une boule d’énergie, comme une étoile tombée du ciel qui virevoltait devant lui. Il n’arrivait pas à la voir vraiment ni n’osait la toucher de peur de la faire tomber, exploser en fine poussière de bronze et d’argent. Comme une vulgaire réminiscence du passé, une illusion trop belle pour être vraie, la petite jument s’était tenue devant lui avec tout le courage des grandes dames. Bien droite sur ses fines jambes, elle lui avait tenu tête et lui avait craché au visage tout ce qu’il n’aurait préféré ne pas entendre. Elle lui avait dit la vérité et il ne l’avait pas supporté.

Ungo soupira et laissa sa tête tomber si bas que ses sabots frôlèrent ses lèvres à chacun de ses pas. Tout se mélangeait dans son esprit, se confondait et le détruisait peu à peu de l’intérieur. Sa belle dame, celle qu’il n’aurait plus jusqu’à la fin de sa vie, prenait soudain les traits d’une jument plus petite, tout aussi belle à ses yeux, qui lui rappelait, par quelques mots bien placés, combien il était laid et idiot. Quel était le vrai du faux ? Qui était qui ? Lui-même ne le savait plus.

Un cri de son amie attira son attention. Le petit étalon releva la tête, chercha des yeux les iris rouges de l’enfant et paniqua en trouvant le néant. À ses pieds s’étendait un monde qui ne l’intéressait pas tant son désespoir était grand. Les cheveux blancs ne dansaient plus dans le vent, le rire s’était tu depuis longtemps. L’avait-il tuée en se morfondant ? Devrait-il ajouter le mot meurtrier aux nombreuses insultes pouvant le caractériser ?

Ungo hennit presque malgré lui, le cœur si lourd qu’il n’arrivait pas à respirer. Son amie était la seule à le maintenir vivant et il l’avait négligée tout ce temps. Il ne se le pardonnerait jamais s’il la perdait aujourd’hui. Il pourrait même en mourir, incapable de supporter d’avoir été abandonné tant de fois et d’avoir tué le seul être à toujours avoir voulu de lui. L’étalon rata un pas, racla le sol du sabot et tangua dangereusement de côté. Il ne retrouva son équilibre que grâce à un réflexe qu’il ne se connaissait pas. Bien campé sur ses jambes, il se redressa de sa faible hauteur, tendit l’encolure et ronfla. Au loin, une perle de bronze illuminait la plaine. À ses pieds le monde s’envolait dans une nuée de plumes argentées, peinant à rivaliser avec la beauté de la dame qui avançait.

Ungo resta pétrifié. Il sentit, au fond de son ventre, son cœur exploser. Ses pensées reprenaient un cours normal, s’ordonnaient autour des deux juments qui l’avaient tant perturbé. Une distinction nette se reformait entre sa jolie sœur et la douce Pearlescence. Il se revoyait, plus con que ses pieds, fuir la belle argentée sur le cratère. Il l’avait laissée là-bas, parmi tant d’autres endroits, où le monde s’efforçait à garder un semblant de dangerosité. Il l’avait abandonnée parce qu’il n’avait plus su se supporter. Et voilà qu’elle réapparaissait de nulle part, nimbée d’un cocon lumineux, plus irréelle qu’elle ne l’avait jamais été.
L’étalon pinça les lèvres, retrouva sa posture pitoyable de vieux mâle au bord du précipice et hésita à fuir avant qu’elle ne le voie. C’est à ce moment-là que le rire de la petite fille retentit à ses oreilles. Il aurait presque pu en pleurer tant celui-ci lui avait manqué. Son monde n’était que silence et solitude quand elle n’était pas là pour rire à sa place, s’amuser sans qu’il ne le fasse et s’énerver là où il n’était plus que lassitude. Elle était tous les sentiments dont il ne voulait plus et, sans elle, c’était une partie de lui-même qui s’envolait. Ungo apprécia donc la caresse de l’enfant sur son encolure, ignora la douleur à sa joue quand elle le gifla et fit un premier pas en avant.

Pearlescence brillait dans la plaine comme le soleil d’été qui n’était plus. Entourée de son halo d’akènes, elle rappelait à l’étalon la petite enfant qui sautillait à ses côtés. Chaque apparition de la belle argentée ne lui paraissait que plus irréelle, toujours parfaitement à l’heure, pile quand il n’arrivait plus à espérer. Un regard aux yeux rouges de son amie lui fit comprendre qu’il était déjà fou, de toute façon, et complètement désespéré. Qui pouvait lui assurer qu’il ne s’était pas inventé une roue de secours à laquelle s’accrocher quand il avait enfin compris que sa sœur ne lui reviendrait plus jamais ? Cette certitude bien en tête, Ungo s’avança donc sans peur, le cœur plus léger qu’il ne l’avait jamais été jusqu’alors, se permettant même de retrouver, avec le petit trot dans lequel il se lança joyeusement, la vigueur de son jeune corps. Puisqu’elle était une illusion, qu’avait-il à craindre ? Peut-être, cette fois, pourrait-il même la toucher.
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Dim 26 Nov 2017 - 12:35

Le monde reposait sur la délicate alliance entre interaction et synchronisation. L'interaction entre des êtres parfois si différents que tout opposait et toutes les infimes connections qui les liaient les uns aux autres, les ressemblances qui les rapprochaient autant qu'elles les déchiraient. Il suffisait que la synchronisation soit juste, le moment parfaitement choisi et deux âmes entreraient en collision, se heurterait de plein fouet pour créer un nouvel univers qui n'appartiendrait qu'à eux. Il serait régi par leurs règles, celles qui définissaient leur rencontre première et rythmerait la relation qu'il présupposait. Il s'agissait là d'une chose profondément intime, comme la caresse d'un akène égaré contre sa ganache et Pearlescence en avait affreusement conscience alors qu'une larme cristalline glissait le long de sa joue. Le jour où elle avait rencontré l'ombrageux inconnu, le monde s'était vu renaître sans un bruit pour donner lieu à une confrontation qu'ils maudissaient tous les deux. Maudits par le sort, des poussières d'étoiles qui brillaient dans la nuit pour toujours les orienter l'un vers l'autre, suivre cet éclat argenté comme le fil d'Ariane qui les guidait inlassablement à cet entrecroisement mystique. Interaction et synchronisation, un ruban rouge qui entrelaçait leurs destins sans même leur donner le temps de réellement se rencontrer. Elle ne savait pas à quoi il ressemblait.

Un cri la força à relever la tête pour percer le nuage d'akènes de son regard humide. Embuées de larmes, ses iris ne distinguaient qu'une ombre lointaine, menaçante. Elle n'était pourtant pas haute, mais si sombre qu'elle lui rappelait des nuits sans lune avec pour seules compagnes ses pensées tourbillonnantes et tranchantes, des gifles qui la questionnaient inlassablement. D'où venait-elle ? Pas de cette famille si belle, assurément. Qui pouvait prouver qu'Afraid Again était sa mère ? Pas même elle. L'ombre s'affaissa soudain, comme écrasée par le poids de la peur qui s'était dangereusement emparée de Pearlescence. Les akènes argentés retombèrent sans un bruit. Il s'approcha, enthousiaste et elle plissa les yeux sans parvenir à le reconnaître. Ce petit cheval ne lui disait rien, sa robe foncée et ses crins sombres lui étaient inconnus et pourtant, l'être dégageait une aura qui, bien que méconnue, restait familière. Elle s'arrêta, n'osant pas faire un pas de plus ni même se détourner. Fuir ? Pour aller où ? Elle s'effondrerait bien avant qu'il ne se lasse de courir. Elle était faible et fragile, trop frêle pour se sauver mais pas assez fière pour répliquer. Lorsqu'enfin il arriva à sa hauteur elle n'en crut pas ses yeux. Son reflet, avec lequel elle aurait pu le confondre, disparaissait cependant dans ses yeux, happé par ce trou noir dont le jumeau la sondait avec un espoir qu'elle ne comprenait pas. Effrayée, elle cria et recula d'un pas.

« Qui... que me voulez vous ?! »

Il existait des êtres qu'elle ne souhaitait pas rencontrer. Parfois, l'interaction avait été forcée et elle incapable de s'échapper. Ce jour là était de ceux où elle regrettait la synchronisation malheureuse qui les avait fait se rencontrer. Qui ou quoi qu'il soit, elle craignait cet individu et les ruines sur lesquelles elle tentait de se construire tremblaient à l'idée de le rencontrer, s'effondraient un peu plus encore. Terrifiée, elle se voyait déjà emportée par les ténèbres qui irradiaient de l'inconnu, engloutie alors même qu'elle se tenait encore à quelques distances. L'horizon n'était que pénombre autour de cet être de noirceur et elle luttait déjà contre son action gravitationnelle, ne réalisant pas qu'elle l'avait déjà rencontré et qu'il n'avait pas pu exercer son pouvoir d'attraction sur elle : Pearlescence l'avait repoussé. En elle brillait encore une perle de bronze solide, bien plus lumineuse que les restes enlacés du petit soldat de plomb que l'on confondait à jamais avec sa danseuse étoile.
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Ungo

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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Sam 9 Déc 2017 - 23:54


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Le monde entier disparut sous lui. La nuit envahit la plaine, les étoiles tombèrent du ciel et la lune explosa. Ne resta que l’obscurité infinie, l’éternel idiot et la perle maléfique. En quelques mots, cinq petites choses innocentes, la belle apparition l’avait détruit. Plus que jamais, Ungo devint laid. Recroquevillé sur son corps difforme, perdu dans ses pensées mornes, il se laissa aller au désespoir le plus intense. Il lui sembla presque quitter son propre corps sous le choc.
Il se voyait là, debout comme le plus idiot de tous, affalé sur ses jambes maigres et tordues. Ses muscles tressaillaient à ses épaules, ses crins emmêlés collaient à son encolure. Lumière et obscurité se battaient la place sur sa croupe, donnant à sa robe des reflets inconnus, tantôt diaboliques, tantôt angéliques. Ses oreilles se rabattaient mal sur sa nuque, presque bossues, et ses naseaux se pinçaient dans une grimace indéfinie, entre haine et désolation. De tout ce corps difforme qui s’aplatissait de plus en plus, ne ressortaient que les yeux, billes de néant absolu, braquées sur la petite jument sans plus la voir vraiment.
Ungo s’était perdu. Pour la première fois depuis longtemps, il savait où il se trouvait physiquement, mais courait sans but dans les méandres de son esprit tordu. Quelque part, au fond de lui, une douleur qui ne s’était jamais apaisée vraiment, se réveilla soudain et l’assaillit comme la première fois. Il entendait à nouveau le rejet de sa belle sœur et souffrait de la voir s’enfuir. Pourtant, sous ses yeux noirs, ce n’était pas elle, et l’acte lui paraissait bien pire. Elle ne fuyait pas, la perle de bronze, mais s’effrayait de son extrême laideur. Sûrement aurait-elle eu la force de fuir s’il avait été moins laid.

L’étalon ne bougeait plus, plus choqué que jamais. Il n’aurait pas été surpris de sentir son cœur s’arrêter tant le poids du monde semblait vouloir l’écraser. Il résistait pourtant, inlassablement, alors même qu’il ne se connaissait aucune récompense à sa dure survie. Le monde ne donnait pas et Ungo n’était pas mâle à prendre. Il voguait sans but, le regard vide, mais n’osait rien demander qu’on n’eut voulu lui donner de plein gré.
Sauf qu’il y avait elle, la belle perle. De ses crins argentés, elle lui rappelait sa douce jumelle disparue et, si facilement, il se laissait tromper. Cette fois encore, il tombait dans le piège et en ressortait complètement déchiqueté. Il avait voulu se persuader qu’elle n’était pas réelle, qu’elle n’était qu’une folie de plus, mais ceux-là, ces mots-là, aurait-il pu les inventer ? Son amie, qui sautillait gaiement à ses côtés, elle-même n’avait jamais osé le détruire à ce point. Elle était parfois méchante et violente, mais ses insultes n’étaient guère plus que des mots jaloux ou colériques, ses gestes également. Cette méchanceté-là, poignante, piquante, mortelle, n’était régie que par la peur, la véritable peur. Et son amie aux yeux rouges, elle, ne connaissait pas ce sentiment.

Ungo s’étrangla presque dans son propre rire, coincé au milieu de sa gorge par les remords. Il avait fait une erreur. Encore. Elle était réelle, la jolie perle. Aussi belle et dangereuse que le jour de leur séparation. Et tandis qu’il pouvait enfin l’admirer dans toute sa splendeur, il ne voyait plus, les yeux embués, la vue bouchée par la honte. S’il n’avait été exempt d’intelligence en plus de beauté, il aurait compris qu’il ne devait pas approcher. Il se serait contenté d’être une tache effrayante à l’horizon de son champ de vision. Il n’aurait été qu’un aperçu de l’enfer dans le lointain. Une simple illusion au coin du regard créée de toute pièce par un esprit fatigué. Mais il s’était approché, encore et encore, persuadé d’être seul dans cette grande vallée. S’il l’avait regardée, peut-être aurait-il vu que son amie aux cheveux blancs riait à gorge déployée, il se serait alors questionné. Elle ne rirait pas tant s’il ne pouvait plus se contenter de sa seule présence.
Il n’en avait rien fait. Ensorcelé par la belle de bronze et d’argent, obnubilé par sa robe singulière, il avait continué d’approcher. Il s’était laissé attirer par sa petite étoile et s’était fait brûler par le reflet du soleil sur le corps céleste. Il s’était trompé. N’était-ce pas là le premier drame de sa vie ? Il avait avoué à sa sœur ce qu’il aurait dû taire à jamais. Il s’était alors trompé. Et maintenant, avec cette petite jument qui la lui rappelait tant, il se trompait également. Ne saurait-il en être autrement ?

Une erreur, madame, souffla-t-il en inclinant la tête. Je vous prie d’excuser l’effroi que provoque chez vous ma sinistre apparence. Je m’en vais de ce pas vous libérer de ce spectacle monstrueux et vous laisse avec joie à votre somptueuse traîne d’akènes argentés.

Un hochement de tête en guise de salutation, un demi-tour bruyant et bancal, et le petit étalon se détournait d’un pas décidé. D’un même coup lui semblait-il rattraper ses erreurs et débarrasser à tout jamais la belle Pearlescence de sa présence malsaine. Il voulut se persuader qu’il s’écartait le cœur léger, persuadé de faire le bon choix, mais au fond de lui le mal était déjà fait. Il hurlait, à l’intérieur, et un feu inconnu s’emparait de son corps. Il ne voulait pas partir. Peu importait le mal dont elle était capable, la belle argentée, il ne voulait pas la quitter. Pourtant, il résista à ses désirs obscurs, releva la tête et engagea le prochain pas. Tout était et serait bien mieux comme cela.
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Dim 17 Déc 2017 - 22:05

Les akènes retombèrent sans un bruit. Le dernier pétale d'une rose arraché tandis qu'un voile se levait dans ses yeux où ne se reflétaient pas les étoiles : le jour s'était levé depuis bien longtemps sur leur étrange rencontre. Tout lui revenait. Pearlescence se souvenait. On ne l'avait jamais comparée à une rose. Elle n'avait rien des belles fleurs, n'étaient pas redoutable comme elles. Elle ne savait pas se défendre et était plus fragile encore qu'elles. Malgré ses airs de mauvaise herbe elle n'en avait pas la résistance. Elle n'était qu'une feuille morte, des miettes qui tombaient en poussière pour nourrir les rosiers et les bosquets fleuris qu'elle passait sur son chemin, portée par le vent. Désarticulée, elle n'avait rien d'une élégante poupée; rien d'une étoile si ce n'est l'état de poussière. Il ne restait d'elle qu'une aigreur qui ne durait même pas en bouche tant elle était fade.

L'étalon semblait sur le point de pleurer. Il était sombre et lorsqu'il parla la dernière pièce du puzzle trouva sa place. Un écho résonna parmi ses souvenirs, éveilla dans sa mémoire les filaments décousus d'une conversation que Pearlescence n'avait pourtant pas oubliée. Comment aurait-elle pu ?

L'apparence. Le physique. Toujours cette vue, cette vue affreuse qu'ils offraient au monde. Ungo n'était pourtant pas une vue si insupportable. Elle non plus, quand bien même elle haïssait son reflet. Ils n'étaient pas beaux, c'était un fait. Ils n'étaient pas monstrueux au point de ne pas pouvoir se présenter à la face du monde, s'en était un autre.

Il s'éloignait. Il la quittait, lui refusait de le regarder quand elle avait attendu si longtemps pour savoir à quoi il ressemblait. Toute peur avait disparu au profit de la curiosité et elle poussa un cri pour le stopper, s'élançant sur ses pas. Elle galopa, malgré ses jambes qui tremblaient sous elle et la flopée d'akènes qui s'envolèrent autour d'elle. Le monde devint blanc, pendant un bref instant. Les étoiles tourbillonnaient autour d'elle comme si l'univers s'était soudain rétracté pour ne faire plus qu'un avec elle, cet être indigne qui osait en retenir un autre, lui demander de rester, de ne pas la laisser. Elle galopait et le monde ne cessait pas de tourner. Les akènes retombaient et le soleil brillait, lointain dans un ciel trop bleu pour eux. Elle le dépassa, trébucha et s'effondra sur le passage de celui qu'elle voulait arrêter, prostrée telle une pouliche, des larmes plein les yeux. Elle trembla, incapable de se relever tant l'émotion pesait sur sa silhouette frêle.

« Non. Ungo. Ne partez pas, je vous en prie. Ne me laissez pas. Pas cette fois. »
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Ven 22 Déc 2017 - 10:52


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Le cri de la belle le foudroya, mais ne l’arrêta pas. Ungo s’était décidé à avancer, à la quitter, il ne pouvait plus revenir sur ses pas. La meilleure solution, c’était celle-là, celle qui les séparait à jamais et débarrassait leur vie d’une seconde âme en peine. Tout était mieux ainsi, tout devait l’être ou il ne se le pardonnerait pas. Au fond de lui, un nouveau feu brûlait, un magma destructeur remontait le long de sa gorge et s’agglutinait à ses lèvres, pesait de tout son poids dans ses sabots. Il voulait s’arrêter, se laisser dépasser, accueillir la belle de bronze d’un vilain sourire. Il le voulait, mais ne saurait le supporter. Il continuait d’avancer, le regard posé sur un monde qu’il ne voyait plus, le pas chancelant comme s’il pouvait tomber à tout instant.

La course de la belle ingénue attira son attention, fit pivoter ses oreilles en arrière et l’affola tout à fait. Il se surprit à presser le pas, à souhaiter s’envoler le plus loin possible de cet endroit. Puis, la seconde d’après, il ralentissait, espérait au fond de lui qu’elle le rattrape, qu’elle l’empêche de fuir une nouvelle fois.
Quand tout à coup le monde bascula dans un grand brouhaha. La belle de bronze et d’argent s’effondra à ses pieds comme une frêle pouliche qui ne pourrait pas l’arrêter. Après tout, rien ne l’empêchait de l’enjamber ou de la contourner et de fuir à tout jamais, profitant de sa chute pour la distancer. Il n’en fit rien pourtant. Stoppé dans son élan, Ungo baissa les yeux sur la perle qui avait roulé jusqu’à ses pieds. Comme un cocon protecteur, les akènes argentés se refermèrent sur son corps de bronze. Bientôt ne resta plus à détailler que les grands yeux humides qui l’imploraient de rester.

Que pouvait-il faire contre cela ? Ungo resta parfaitement immobile, ses iris noirs fixés sur ceux de la petite jument. Elle lui demandait de ne pas partir, de ne pas la laisser là et, au fond de lui, c’était tout ce qu’il voulait, tout ce qu’il attendait. Pourtant, une autre idée vint germer dans son esprit, entêtante, attirante. Elle susurra quelques mots vicieux à son oreille, lui promit que tout irait bientôt mieux, que le monde enfin cesserait d’être douloureux. Alors Ungo releva les yeux.
L’horizon s’offrait à lui, lumineux. Les longs cheveux blancs de sa belle amie flottaient dans le vent. D’un sourire énigmatique, elle dévoila ses dents, ses petites canines pointues, et apparut à ses yeux dans la grandeur de sa forme d’adulte. Elle s’avança, écrasa Pearlescence sans que celle-ci n’en ait conscience, et posa ses mains sur les joues de l’étalon. Là, il se perdit dans le rouge de ses iris, dans le sang et la mort promis. Un mensonge, c’était tout ce qu’elle attendait pour le faire basculer de l’autre côté. Un simple mensonge.
Une erreur, madame. Ungo sentait les mots frapper contre ses lèvres, ils hurlaient à l’intérieur de son crâne, se présentaient comme la solution à toutes ses questions. Il n’avait qu’à les prononcer à nouveau, laisser croire la belle de bronze qu’elle s’était trompée, qu’Ungo n’était pas son nom. Et alors, plus rien ne l’empêcherait de s’échapper. De s’échapper du monde.

Pourtant, quand il se crut enfin décidé, un dernier regard à la perle argentée le fit hésiter. Il contempla son cocon cotonneux, ses grands yeux expressifs, ses larmes déchirantes. Il voulait la toucher, l’aider à se relever, lui dire combien il était désolé. Désolé d’être idiot, d’être lâche. De toujours fuir sans chercher d’autres solutions. Il aurait aimé s’excuser pour le mal qu’il avait fait, il se sentait même capable d’endosser la responsabilité pour ce qu’il n’avait pas fait. Dans l’instant, tout ce qu’il souhaitait, c’était essuyer ces larmes au bord de ses yeux et se faire pardonner la douleur qu’il lui avait causée.

Pearlescence, susurra-t-il tout bas. Comment faîtes-vous pour être si belle ?

Et alors, il osa. Tendant l’encolure, il souleva un brin de crins argentés, appréciant leur extrême douceur sur ses naseaux, et souffla gentiment sur la maigre encolure. Sans la toucher, il laissa la belle jument dans l’espérance, dans l’imagination d’une âme en peine. Ungo était peut-être le plus laid, mais existait-il, en ce monde, un être plus doux ?

Relevez-vous, je vous en prie, implora-t-il d’une voix grinçante. C’est promis, je ne fuirai pas, alors ne restez pas comme cela.
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Dim 31 Déc 2017 - 21:17

Pearlescence avait cru appartenir à Shiro, engoncée dans son ombre ténébreuse et le désir de disparaître aux yeux du monde. Si personne ne la voyait elle ne serait plus obligée de supporter son propre reflet, non ? Non. Elle avait eu tort, s'était bercée d'illusions auxquelles le frison n'avait jamais participé. Avait-il au moins posé les yeux sur elle ? Peut-être bien jamais et elle avait eu tort de s'imaginer à ses côtés. Personne ne voulait d'elle. Ungo aussi, la fuyait. Prostrée à ses pieds elle s'attendait à le voir la dépasser, bondir au-dessus de sa silhouette frêle pour s'éloigner à jamais. Pourquoi se serait-il arrêté ? Il n'avait aucune raison de le faire. Elle avait honte, s'en voulait de ne pas avoir su garder son sang froid à sa vue. Elle comprendrait, s'il décidait de ne plus jamais la regarder, elle-même peinait à supporter son propre reflet. Il était distordu dans l'eau claire, l'assombrissait de ses traits grossiers. Elle avait espéré trouver en Ungo son reflet afin d'apprendre à lui faire face. Lui s'était méprisé sur sa beauté et tous deux en ressortaient blessés, le regrettaient.

Le coup de foudre. Il n'avait pas lieu d'être, pas ici, pas entre eux. Et pourtant elle sentait encore courir en elle l'électricité qui les liait, celle qui l'avait fait chuter pour l'arrêter. Elle aurait pu faire battre son coeur du sien pour le remercier de l'avoir regardée sans l'insulter. Cela réchauffait le sien et elle en était reconnaissante à l'étalon qui désirait à présent s'éloigner d'elle. Oh comme elle s'en voulait. Une armure d'argent la recouvrait sans parvenir à la protéger du regard inquisiteur d'Ungo. Elle ne savait pas comment se faire pardonner et brûlait pourtant d'un désir fou, celui de s'excuser, de le consoler. Il lui fallait réconforter l'étalon. Pearlescence voulait l'attirer à ses côtés, se blottir contre lui et l'envelopper de son armure argentée pour les effacer aux yeux du monde et oublier leurs reflets indignes. Ils pouvaient être le reflet l'un de l'autre. L'idée était probablement vaine. Comment pouvait-elle embellir un être si bienveillant, elle qui était si laide ?

Il n'y avait pas que son apparence, elle était flétrie jusqu'au plus profond d'elle-même et n'en doutait pas un seul instant. Ses sombres pensées tourbillonnaient dans son esprit avec une aisance qui trahissait leur origine : elles venaient d'elle et Pearlescence ne savait s'en passer. Elle ne savait pas non plus rassurer Ungo, le convaincre de rester et peina à croire qu'il s'était arrêté, levant vers lui des yeux larmoyants. Belle. Tout ce qu'elle n'était pas. Etait-il aveugle ? Se voilait-il la face ? Pourquoi, oh pourquoi la torturer ainsi ? Elle ne pouvait pas le lui montrer cependant, se refusait à le décevoir à nouveau, alors elle lui sourit, faiblement puis de plus en plus franchement. Elle l'observa, qui se penchait vers elle, et se figea tandis qu'il écartait ses crins. La sensation, méconnue, la fit frissonner et elle resta longtemps immobile sans oser se relever. Finalement, elle tendit l'encolure pour effleurer ses antérieurs, l'inviter à plutôt se coucher près d'elle.

« Je ne me sens pas capable de me lever. Restez près de moi Ungo, partagez ma couche un moment je vous en prie. »

Elle baissa les yeux, encore honteuse.

« Et veuillez me pardonner. »

Son regard se fit lointain pendant un instant, attiré par quelques nuages cotonneux dans le ciel bleu. Elle était comme eux, noyée par les mauvaises pensées qu'elle déversait sur le monde sans parvenir à échapper à ses démons. Sans cesse, ils lui revenaient jusqu'à ce qu'elle verse de nouvelles larmes éternelles.

« Ainsi vous n'étiez pas un songe. Je pensais avoir rêvé notre rencontre par une nuit si sombre. Et vous voilà, en plein jour, face à moi. »
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Ven 5 Jan 2018 - 9:22


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Ungo ne pouvait s’empêcher d’admirer la belle argentée qui, enveloppée de son armure lumineuse, lui rappelait plus l’enfant capricieuse que sa sœur adorée. À ses yeux, elle perdait peu à peu les traits de la dame qu’elle n’était pas et ne serait jamais, pour prendre ceux qu’elle possédait réellement et briller d’un tout autre genre de beauté. Loin de la force dégagée par sa frangine, Pearlescence devenait la petite jument qu’il avait envie de préserver du monde entier. Lui, celui qui s’était toujours persuadé de mourir à la moindre chute, de n’être capable de rien et de devoir se cacher derrière sa famille, comprenait enfin ce sentiment étrange qui broyait son cœur. À la voir ainsi prostrée, nimbée de son armure éphémère et vulnérable, Ungo avait envie de la protéger.
Il se sentait capable de défier le monde, de retrouver, si ce n’était un semblant de beauté, un corps plus jeune et vigoureux. De montrer les dents aux imprudents, de frapper du pied pour intimider et de défendre, au péril de sa vie, l’honneur de sa belle amie. Était-elle seulement une amie ?
Le rire de l’enfant perça ses tympans, strident. Les lèvres entrouvertes sur ses dents blanches, elle se moquait de lui. Ce n’était guère plus qu’un souffle qui s’échappait de sa bouche, mais il se glissait à l’extérieur en sifflant et ondulait ensuite jusqu’aux oreilles du petit étalon. De ses mains potelées, elle applaudit et le félicita pour « avoir gagné une amie et démontré à quel point il était con ». Puis, dans une explosion de lumière et un grand bruit, elle disparut.

Ungo resta pétrifié, le regard perdu dans le vague. Il ne comprenait rien à rien et les nouveaux sentiments qui naissaient en lui ne l’aidaient pas à réfléchir. S’était-il jamais rapproché de qui que ce soit ? Avait-il jamais eu envie de passer du temps en compagnie d’une autre personne que sa famille ? Depuis deux ans qu’il ne parlait plus ni à ses parents ni à sa jumelle, l’étalon n’avait jamais apprécié personne. Vagabond et solitaire, il avait erré sur Horse-Wild sans se poser vraiment, discutant par moment avec les autres sans s’intéresser vraiment. Même seul, il n’avait jamais souffert de solitude puisque, partout où il allait, la petite fille aux grands yeux allait aussi. Aujourd’hui, alors qu’il avait failli quitter Pearlescence, il comprenait à quel point sa vie manquait de « quelqu’un ».

Le petit étalon sortit de ses pensées en sentant le souffle de la jument sur son antérieur. Le frôlement de ses naseaux sur ses poils lui soutira un frisson qui remonta jusqu’à son épaule et mourut en se lançant vers sa croupe. En reposant son regard sur elle, il plissa les yeux comme ébloui et sourit presque malgré lui. Peut-être pouvait-ce être elle, son « quelqu’un »…

Comment ne pas vous pardonner… souffla-t-il tout bas.

Ungo hésita. La perle de bronze dans sa robe d’akènes argentés, il ne voulait pas la déranger. S’il bougeait, l’armure se fissurerait, s’envolerait et disparaîtrait. Le cocon serait détruit et le monde, à nouveau, tendrait ses mains corrompues vers la douce ingénue. Elle serait souillée, la belle argentée, et il ne pouvait pas laisser cela arriver.
L’envie était forte pourtant, de rejoindre ses côtés, et plus forte encore était celle de la toucher. Le petit étalon ne savait plus que faire, tiraillé dans toutes ses contradictions. Étonnamment, il ne pensait plus à fuir. La princesse à ses pieds l’attirait plus sûrement qu’une flamme un insecte et il se sentait comme un minuscule bout de fer happé par un aimant. Toute sa vie semblait vouloir graviter autour de ses crins argentés, mais quelle était sa vie ? Qu’avait-il à donner à la petite jument ? Il n’était que bosses, crevasses et désolation. Cette tache obscure qui gêne notre champ de vision, ce trou noir qui effraie tout le monde. Il n’était rien et ne le serait certainement jamais. L’espoir, voilà bien une chose qu’il n’osait plus posséder.

Un songe, répéta-t-il doucement, en effet, non. Et je vous effraie plus que le pire de vos cauchemars. Voici le monstre, comme je vous l’avais dit, mais vous n’aviez pas voulu me croire. Maintenant vous comprenez que je ne mens jamais.

Si ses mots pouvaient paraître bruts, sa voix était grave mais douce, et son rythme aurait pu endormir un enfant. Il ne cherchait pas à réprimander la belle étoile toujours prostrée, seulement à énoncer la vérité. Cette même vérité qui continuait de laisser un arrière-goût mauvais sur sa langue. Devant Pearlescence, Ungo se sentait prêt à mentir pour la protéger, comme il avait menti à sa sœur auparavant. Le résultat le laissait néanmoins songeur. Il mourrait, pour sûr, si la princesse dans son voile d’akènes argentés se décidait à ne plus ni lui parler ni l’approcher. Et cela n’avait étonnamment aucun rapport avec sa jumelle, ce qui laissa le petit étalon seul face à un nouveau sentiment qu’il tâta du bout des lèvres sans le comprendre vraiment.

Je l’ai cru aussi, avoua-t-il en se couchant délicatement aux côtés de la petite jument, que vous n’étiez pas réelle. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis venu si vite à vous. Vous étiez si belle dans votre nuage d’akènes, et vous tombiez si bien, que je vous ai cru irréelle. Je vous l’avoue, puisque je suis incapable de vous le cacher, si j’avais su que vous existiez bel et bien, jamais je ne me serais approché et je serais resté pour vous l’apparition effrayante à l’horizon.
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Lun 8 Jan 2018 - 20:59

Pearlescence n'avait rien d'une guerrière. Elle relevait plutôt de la lâcheté à vrai dire, incapable d'affronter ses peurs, ses démons et les autres. L'idée de se dresser face au danger la terrifiait et elle ne se croyait pas capable de bien des choses, probablement à tort. Ce n'était pas seulement sa constitution fragile, son corps n'était pas son dernier recours après tout. Il lui manquait la motivation, la raison derrière le grand changement. Pour quoi ? Pour qui ? Elle était seule ou du moins le serait le jour où Ocëan Pearl disparaîtrait. Elle ne se leurrait pas, Fifa ne la prendrait pas sous son aile et même la vieille jument pie la laissait voler de ses propres ailes depuis quelques temps, trop fatiguée pour la porter plus loin sur le chemin de l'aube. Perdue dans la nuit sombre, Pearlescence regardait les étoiles briller sans oser se laisser guider.

Ungo ne la regardait plus. Elle aurait voulu s'imaginer qu'il ne supportait plus sa vue cependant le regard vague du petit étalon lui laissait plutôt croire qu'il voyait quelqu'un d'autre. La personne qu'il confondait avec elle peut-être, celle qui était belle et qu'il cherchait en elle, à tort.

« Que regardez vous, Ungo ? »

C'était cruel. Il était tellement plus facile de déverser sur un être fragile toute la haine dont elle se croyait victime. Aigrie, Pearlescence s'en prenait à une âme plus vaine encore qu'elle, un vice qu'on ne lui connaissait que peu : il était rare de trouver plus sensible qu'elle.

Ungo était sous son influence et elle le réalisait seulement, apercevant qu'un frisson le secouait. Elle en était à l'origine et s'en émerveillait. Ce n'était pas le monde qui était corrompu, c'était elle et pour la première fois, elle pouvait gratifier un autre du baiser empoisonné de son mal-être. Jamais encore, elle n'avait rencontré quelqu'un si malléable. Les autres étaient immunisés contre ses mauvaises pensées, les nourrissaient même parfois et pourtant, elle avait soudain les moyens de s'en décharger. Peut-être se sentirait-elle mieux après. Elle en doutait cependant, son fardeau était le sien à porter et si elle pouvait soulager son coeur meurtri jamais elle ne se purifierait totalement. Elle portait la malédiction en elle, était souillée d'une gangrène qu'elle croyait contagieuse sans réaliser qu'elle était la seule à la propager dans ses propres pensées.

Si seulement elle les avait affrontées. La gravité s'en serait vue modifiée. Au lieu d'attirer les moqueries elle aurait pu se joindre aux rires. Son reflet aurait disparu pour laisser place à un être aimé dont la vue seule la ferait sourire. Elle aurait rayonné à chaque fois qu'elle le retrouvait.

« Vous ne m'effrayez pas. Votre présence me rassure. »

L'illusion demeurait. Si elle pouvait le faire souffrir elle pouvait aussi décider de sourire, accepter les vérités que lui énonçait naïvement Ungo. Il ne connaissait pas la vraie beauté, ne l'avait peut-être pas encore observée. Elle tâcha de s'en convaincre. Il voyait quelque chose en elle, une représentation fausse d'une idée qu'il ne pouvait pas envisager.

« Peut-être que vous ne mentez pas mais vous vous trompez. Une ignorance, quelques incohérences. Est-ce là ce qu'on appelle le destin ? Je m'imaginais ne jamais vous revoir. Pouvez vous me promettre que ce n'est pas vrai ? »
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Lun 15 Jan 2018 - 16:40


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Ungo détourna ses yeux sombres de la petite jument pour lui dissimuler ce qui s’y trouvait et cacher ce qui pourrait s’y refléter. Pour la première fois depuis deux ans, il sentit au fond de son cœur naître un mal qu’il croyait perdu. Deux années avaient suffi au monde pour vider la coquille de son âme, pour ne laisser qu’un fantôme grotesque, une apparition cauchemardesque qui errait sans but, sans vie. Deux secondes suffisaient à Pearlescence pour remplir le calice de sentiments, donner un souffle nouveau à ses poumons, détruire ses convictions et le faire souffrir plus que de raison. Deux minuscules secondes et quelques mots toujours si bien visés qu’ils se plantaient sans faute là où ça faisait le plus mal.

Le petit étalon ne parvint pas à réprimer le long frisson qui courut sur son dos. Il tressaillit et plissa les yeux pour se concentrer sur l’horizon. Il avait eu tort de se coucher à ses côtés, la fuite n’était que plus dure à engager. Il aimerait atteindre le bout du monde, se séparer à jamais de la belle qui le tourmentait, expirer dans le calme et s’abandonner pour l’éternité. Seul mais accompagné, vivant mais presque mort. Rien de bien reluisant en somme. C’était pourtant ce à quoi il aspirait vraiment. Néanmoins, ce n’était qu’un rêve divin qui se brouillait quand il admirait l’horizon. Comment pourrait-il partir ? Peu importait où son regard se posait, il revenait sans cesse sur la petite jument, glissait sur ses crins et se fixait dans ses grands yeux. Ungo était accroché à elle, suspendu à ses mauvais mots. Il ne pouvait lutter, il se laissait happer. Comment aurait-il pu lui résister ? Il s’en croyait débarrassé, mais elle était bien là : la peur le submergea.

L’étalon sombre ferma les yeux, comme si cela suffisait à tout faire disparaître, à effacer les explications que la belle réclamait. Que pouvait-il faire ? Ungo ne mentait pas. Il ne pouvait même plus fuir. Elle l’avait piégé avec toute l’intelligence dont il était privé. Toute sa vie, il avait été lâche. N’était-ce pas sa façon de mentir ? Éviter les véritables interrogations, éluder les questions, fuir à la moindre embûche. Il n’était pas héros au courage écrasant, au charisme abondant. Il n’était pas non plus le vilain aux mauvaises intentions, au passé piétiné pour mieux embrasser la vilenie du monde entier. Il n’était rien, ne méritait rien. Sa place n’était ni dans un film, ni dans une bande-dessinée. Sa vie ne se résumait même pas. Il n’était qu’une tâche obscure que l’on gratte en haut de la page. Et elle… elle soufflait sur lui, le réchauffait, lui apprenait à espérer, à voir dans le monde ce qu’il avait à donner. Puis elle mordait et il mourait.

Je crains que la vérité ne vous effraie plus que mon corps décharné, murmura-t-il tout bas. Pourriez-vous le supporter ? Vous paraissez si fragile… j’ai peur de vous froisser.

Ungo planta ses iris obscurs dans ceux de la jument. Serait-il prêt à plonger jusqu’aux enfers pour éviter de se faire détester ? Il n’avait pas hésité, quand sa jumelle le lui avait demandé, à dire la vérité. Face à Pearlescence pourtant, il voulait crier au monde que c’était faux, qu’il n’était pas le fou que l’on croyait. Et si elle existait vraiment, sa belle amie immaculée ? Qu’était-ce donc qu’exister ? Lui-même ne faisait guère plus que l’enfant, tout au long de ses journées. Seulement lui, le monde entier le voyait, grimaçait à sa vue, au désastre qu’il était. Parce qu’il était vivant, il avait gagné le droit de faire face aux moqueries, au dégoût et à la peur. Était-ce cela, vivre ? Alors peut-être valait-il mieux être comme la petite fille aux grands yeux, ne pas exister…

L’étalon sombre laissa échapper un sourire triste. Il n’en croyait pas un mot. Le mensonge le bouffait de l’intérieur, brûlait ses veines et amenait son cœur si près de l’implosion… Elle avait crié, la belle argentée, et il n’avait pas oublié. En fermant les yeux, il revoyait la peur qui l’avait inondée. Que ne serait-il pas prêt à faire pour se rattraper, admirer de loin la mariée dans son voile d’akènes argentés et pivoter, s’échapper d’ici et ne jamais l’effrayer…
Ungo préféra ne pas répondre. Ce mensonge avait une douceur qu’il ne connaissait pas. Il glissait dans ses oreilles et apaisait le feu qui brûlait en son for intérieur. Il détestait qu’on lui mente et pourtant, il se sentait prêt à accepter celui-ci. Si les souvenirs de la belle apeurée n’était pas à deux doigts de le faire pleurer, il aurait presque pu rigoler. Elle chamboulait tout sur son passage, la princesse de bronze, et il n’était pas sûr de le détester.

La vérité se tord si facilement, comment savoir qui a raison ? demanda-t-il sans attendre réellement de réponse. Il vous aurait fallu me voir pour vouloir me revoir, et j’ai bien peur que vous ne l’auriez pas voulu si vous m’aviez vu. Ne démentez pas, s’il vous plaît, l’implora-t-il presque, les naseaux au ras du sol, soufflant sur les akènes à ses pieds, sans savoir lui-même ce qu’il essayait de lui cacher.

En relevant les yeux vers elle, il découvrit que la petite jument perdait peu à peu sa beauté. Plus le temps s’écoulait entre eux, plus il prenait conscience de la différence entre sa si forte jumelle et la douce Pearlescence. Oh ! elle n’était pas laide, sa nouvelle amie. Il aimait ses grands yeux, ses crins argentés et sa robe bronzée. Il se dégageait d’elle une fragilité à laquelle il ne pouvait résister. La beauté se retrouve partout, peu importe où le regard se pose. Elle est si commune qu’elle n’a plus de valeur. Elle s’apprécie et se respecte, mais on ne l’aime jamais vraiment. Aux yeux d’Ungo, la petite jument possédait bien plus que cela, une véritable force qui n’arrivait pas à le laisser indifférent. Elle était si mignonne qu’elle le faisait chavirer. L’inconnu s’offrait à lui et l’étalon se laissait tenter sans lutter.

Je m’imaginais ne jamais vous reparler, l’imita-t-il en souriant doucement. Vous vous êtes persuadée d’incarner la faiblesse du monde entier, mais écoutez-vous. Une telle force s’échappe de vous. J’ai fui vos mots car je suis trop lâche pour les affronter. C’est là que je me suis trompé. Vous n’êtes pas fragile, vous êtes plus forte que je ne le serai jamais. Vous n’avez pas besoin de moi, Pearlescence, pas même pour vous rassurer. C’est moi qui ai besoin de vous, avoua-t-il aussi bas qu’il le put, les lèvres aussi brûlantes que s’il avait menti pour la première fois de sa vie.


Dernière édition par Ungo le Mar 23 Jan 2018 - 10:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Akènes à plumes   Mar 16 Jan 2018 - 21:30

Pearlescence n'était pas la moule accrochée à son rocher parce qu'elle n'avait même pas la force de lutter contre la marée. L'image était répugnante et elle aurait pu s'y complaire, pourtant.

Elle sentit la peur, bien que distante et réprimée, qui s'emparait d'Ungo et s'en délecta. C'était plus facile d'inspirer la peur que d'en être la victime et le sentir tressaillir contre elle, n'entendre que le bruit de leurs respirations désaccordées, cela la rassurait. Pendant un instant elle se sentit puissante, à défaut d'être la belle que voyait le petit étalon. Mais il n'avait pas peur d'elle. Non cet insolent, ce pauvre fou, avait peur pour elle. Pearlescence s'en indigna, brièvement, puis soupira. Un souffle chaud qui heurta l'encolure d'Ungo qu'elle envisagea de mordre pour lui montrer comme elle était fragile. Elle se contenta de lui donner un petit coup de naseaux, happer quelques crins pour délicatement tirer, le tirer lui du doux rêve dans lequel il avait sombré. Il était temps de se réveiller.

« Ce qui me fais peur, c'est ce que vous voyez en moi, pas ce que vous regardez. Dites moi. »

Quelle sotte. Avait-elle vraiment cru qu'elle impressionnait qui que ce soit ? Elle s'était voilé la face et battit des cils pour éclaircir sa vue. Les akènes argentés brillaient, elle était aveuglée. Le regard obscur d'Ungo l'attirait irrémédiablement et elle ne prit même pas la peine de lutter, se contentant d'entrer son champ d'attraction, de succomber à sa gravité, petit astéroïde à la dérive, météore écorchée avant même de s'écraser. Elle n'était pas tout à fait là, ou plutôt elle observait la scène d'un oeil extérieur, flottant non loin de leurs deux corps prostrés tandis qu'elle tentait de percer le secret de son ami. Le mystère s'épaississait, plus elle l'observait moins ce dernier faisait de sens. Il faudrait qu'il se confie. Elle doutait qu'il le fasse, vu comment elle le traitait.

Elle était une statuette de bronze, une sculpture difforme, la maladresse d'un artiste qui en avait façonné tant d'autres et l'avait cachée aux yeux du monde parce qu'il n'y avait pas de raison de la détruire. Cela ne voulait pas dire qu'elle était là pour être admirée. Tout conte avait sa part d'ombre et Pearlescence n'était que la partie oubliée de la légende, les dégâts collatéraux qu'on ignorait pour célébrer le héros. Pourtant, des êtres se retrouvaient démunis et n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer. Elle n'avait toujours eu que ses yeux pour se contempler, horrifiée, et verser des larmes qui venaient troubler son reflet sans jamais pouvoir l'effacer. Elle ne lui répondit pas, préférant souffler sur une tige qui s'envolait, la pousser vers l'avenir malgré son haleine putride, ses poumons fragiles.

« Dorénavant, j'attendrais avec impatience le jour où je vous reverrais. »

Ungo ressemblait à un bateau ivre avec ses regards fuyant qui lui revenaient pourtant constamment. Il était secoué par la houle de leur conversation, bousculé par les vagues de leurs promesses et de leurs questions. Pearlescence s'attendait à tout instant à le voir chavirer. Elle-même se noyait dans ses paroles. Il reconnaissait qu'elle n'était pas fragile, ou du moins pas comme il l'entendait. Elle se sentit gonfler de fierté. Personne n'avait jamais eu besoin d'elle. Elle n'avait jamais cru qu'un jour cela arriverait.

« Cette force s'échappe parce que je ne sais pas la retenir. Elle m'échappe et jusqu'à présent, je ne pensais pas avoir un jour envie de m'en servir. Je veux la partager avec vous, je veux vous prouver que je n'ai plus peur Ungo. »

De nouveau, elle effleura son encolure, écarta quelques crins pour toucher sa peau de ses naseaux de velours. Elle n'avait pas peur de le toucher, pas peur de demeurer contre lui, pas peur de lui parler ni de l'écouter. Maintenant qu'elle se savait capable de le blesser cela n'avait plus d'intérêt. Elle serait là pour le protéger, s'interposer entre la hargne du monde et lui afin de l'épargner. Ungo n'avait plus à souffrir, elle prendrait sa peine pour elle.
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