Jeu de rôle équin
 
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 Comptine d'enfant

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Pearlescence

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MessageSujet: Comptine d'enfant   Sam 9 Sep 2017 - 17:30

ungo ; comptine d'enfant
La nuit était claire, les aspérités du terrain éclairées comme un plein jour ou presque par la pleine lune qui nimbait le paysage escarpé dans lequel elle se frayait un chemin trébuchant. Fragile sur ses courtes et maigres jambes, Pearlescence avait abandonné tout espoir de trouver un peu d'herbe fraiche. Tout était desséché et raréfié dans ces cratères. Ils ressemblaient un peu à la surface de la lune, une lune rouge sang qui sortait tout droit de ses pires cauchemars. Il ne manquait plus que les cris des prédateurs pour ponctuer ce décor d'horreur.

Elle n'avait qu'une seule chose en tête : trouver un point d'eau. La chétive jument craignait cependant que le liquide soit à l'image de l'environnement inhospitalier. Pour ce qu'elle en savait, il ne valait peut-être mieux pas la consommer. Ses instincts de survie étaient loin de dépasser la moyenne aussi n'avait-elle pas beaucoup d'espoir et fut-elle surprise lorsqu'elle tomba finalement sur une flaque d'eau. Elle était teintée d'ocre et une nuée de mouches vrombissait à la surface de l'eau. Pearlescence tâcha de ne pas se laisser abattre, peut-être que le point d'eau qu'elle laissait présager serait plus accueillant.

La jument poursuivit donc son petit bonhomme de chemin à la lueur de la lune, chantonnant pour elle-même une comptine qu'Ocëan Pearl avait souvent utilisée pour calmer des terreurs nocturnes qu'elle n'avait plus connues depuis longtemps.

« Twinkle twinkle little star,
How I wonder what you are.
Up above the world so high...
»

Elle cessa brutalement de chanter en sentant une présence derrière elle et se mit à trembler comme une feuille, terrifiée.
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Ungo

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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Dim 10 Sep 2017 - 15:26


Ridiculement petit et affreusement laid. De la terre plein le corps, il tentait de s'échapper du sol les bras en l'air comme un pauvre idiot que personne ne veut entendre. Si seul que sa présence en devient curieuse, si ce n'est suspecte, il se dressait devant le cratère sans que l'on ne s'intéresse à lui. Pitoyable tout au long de sa vie. Sa couleur rappelait la terre sans lui ressembler vraiment. Même sa forme ne trouvait de semblable ailleurs. Il était unique et pourtant ignoré. Les autres passaient autour de lui, le frôlaient parfois sans même le regarder. Un jour, il finirait par se faire piétiner et mourrait comme il avait vécu : seul, moche et ridicule.

Du bout des naseaux, Ungo toucha le topinambour, l'air pensif. De ce simple geste, il venait de donner un sens à une vie qui n'en avait plus, qui n'en cherchait plus. De son souffle chaud, il insufflait un peu de combativité dans un être qui n'en voulait plus. Après tout, il avait fait son job. Il avait grandi, poussé et présentait sa racine fièrement. La mort ne lui faisait pas peur, il avait atteint le but de son existence, il mourrait l'esprit tranquille. Voilà une chose qui faisait de lui un être vivant supérieur au petit étalon qui le matait d'un air las.
Ungo soupira, son souffle permettant au tubercule de perdre une partie de sa poussière. Qu'un légume soit au-dessus de lui dans la chaîne alimentaire, il n'en doutait pas. Il toussa bruyamment tandis que les particules voletaient jusqu'à ses naseaux. Même un topinambour serait capable de le tuer. Quant à le manger… son corps repousserait le plus affamé des charognards, c'était certain.

Le petit étalon cessa sa contemplation pour s'intéresser au paysage. Il était déjà venu ici, quand il était jeune. Son père avait été là également. Beau, grand et fort. Ungo avait du mal à saisir ce qui avait brisé sa famille, ce qui l'avait poussé à s'enfuir. Il ne parlait plus à aucun d'eux et était plus seul que jamais. Sa sœur lui manquait affreusement, douloureusement, terriblement. Sans elle à ses côtés, la solitude lui pesait.
Dans un rire enfantin, la petite fille aux grands yeux rouges secoua ses longs cheveux blancs, sans manquer de le fouetter au passage. Il sentit la brûlure entre ses naseaux comme si elle était réelle ; pourtant, physiquement parlant, il était bel et bien seul. De ses petites jambes nues, l'enfant s'éloigna en avant et sauta à pieds joints dans une flaque sans en ébranler la surface foncée. Ungo plissa les yeux devant ces contradictions. Où était-elle pour le toucher lui sans toucher le monde ?
C'est à ce moment-là qu'il l'entendit, douce comptine chantonnée dans la nuit. La petite fille secoua la tête en tous sens pour trouver l'inconnue qui pleurait sa frayeur aux étoiles. Ils l'aperçurent en même temps, faible lueur sous les rayons de la lune. Presque malgré lui, le petit étalon s'approcha, d'un pas lourd et bancal, ses yeux noirs rivés sur la silhouette ténue. Il aurait juré une illusion de son esprit fatigué, si les cheveux blancs de l'enfant ne dansaient pas au bord de son champ de vision. Peu importait la couleur de la robe qui se présentait à lui, il n'y avait qu'une seule chose qui n'existait pas dans son monde : sa si belle sœur et la petite fille aux grands yeux qu'il pourrait embrasser d'un seul et même regard.

Ungo s'arrêta dans un grand bruit et sans manquer de trébucher, lui-même choqué par la distance parcourue sans qu'il ne s'en rende compte. Ses pas incertains l'avaient mené droit sur la petite inconnue qui tremblait de tout son corps dos à l'effrayante apparition qu'il était à la nuit tombée. La robe de l'ingénue le fascinait. Il ne mentirait pas : ce qui attirait son œil étaient les crins blancs par-dessus un poil plus sombre. Il aurait pu dire unique si, pour lui, ce mot n'était pas synonyme d'un tout autre nom que celui de cette jument-ci.

Je ne voulais pas vous faire peur, chuchota-t-il tout bas pour essayer de calmer l'inconnue. Vous avez une si belle voix… et votre robe…

L'étalon sombre se racla la gorge sans vouloir finir sa phrase. La petite fille éclata de rire en tirant sur ses crins, puis elle sauta à terre et se précipita sur la jument pour en faire le tour, ses yeux rouges pleins des rires qu'elle n'osait pas dire. Ungo fut curieux de savoir ce qui lui valait tous ces coups d’œil que l'enfant lui lançait, mais il ne fit pas un pas de plus en avant. La princesse devant lui avait peur sans le voir… que dirait-elle en se retournant ? Il avait l'habitude des critiques, des insultes ; pourtant, face à elle, il se sentait comme un idiot qui vient de naître, inquiet et effrayé à l'idée d'être rejeté. Sa propre sœur lui avait tourné le dos, pourquoi celle-ci ne le ferait pas ? Que la même robe le renie à nouveau, il ne le supporterait pas.

Ne vous retournez pas, vous avez déjà si peur… Ma vue ne ferait que plus de mal à votre petit cœur.

Un véritable idiot qui fit face au rire moqueur de son amie imaginaire sans rien laisser paraître.
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Pearlescence

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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Lun 11 Sep 2017 - 1:38

Pearlescence n'avait pas une jolie voix. Ou du moins, c'était ce qu'elle pensait et plus justement, ce que son manque de confiance en soi lui suggérait. Plutôt à tort d'ailleurs, puisque la petit jument était dotée du don de chanter juste et bénéficiait d'un timbre cristallin. Elle n'aurait pas fait une grande chanteuse mais quand il s'agissait de chantonner, cela allait.

Une ombre se dessinait de par et d'autre de la sienne, la gobait comme un ogre et elle en trembla d'autant plus, incapable de se souvenir des paroles de la comptine. Une voix basse lui parvint, tâcha de la rassurer et elle redressa les oreilles pour l'écouter, s'autorisant à se calmer. Ses tremblements se firent moins forts, jusqu'à disparaître dans un dernier frémissement tandis qu'elle baissait les yeux. Ce n'étaient pas des compliments, bien qu'ils sonnent comme tels. Pas pour elle.

Elle était peureuse et n'avait pas tant eu peur de l'inconnu dans son dos que de l'idée de ce dernier. Il aurait pu s'agir d'un prédateur, ou d'un être mal attentionné, mais son ton la laissait croire que le mâle était tout aussi impressionné qu'elle. Une chose bien curieuse, intimider les autres, elle ne l'expérimentait pas souvent. Elle hésita à sa demande, se demanda si il était difforme ou borgne, avant de prendre une décision qu'elle aurait aimé qu'on prenne parfois pour elle.

« Je... très bien, je ne me retournerais pas. Mais s'il vous plait, ne parlez pas de ma robe. Je la déteste. »

Pealrescence soupira lourdement et redressa résolument la tête, résistant au réflexe instinctif de se retourner. Elle avait envie de faire confiance à cet inconnu, de croire que sa naïveté avait parfois du bon. Ainsi reprit-elle courageusement sa comptine, sa voix claire s'élevant dans la nuit, moins assurée qu'avant cependant. Elle n'était plus seule.

« Like a diamond in the sky
Twinkle, twinkle little star
How I wonder what you are.
»

Elle inspira profondément et se présenta.

« Je me nomme Pearlescence. »


Dernière édition par Pearlescence le Mar 12 Sep 2017 - 16:54, édité 1 fois
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Ungo

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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Lun 11 Sep 2017 - 12:20


Ungo n'était ni un bavard, ni un flatteur. Il se contentait généralement de dire ce qu'il pensait et de penser ce qu'il disait. Pour s'éviter de mentir, il lui arrivait de ne rien dire, mais la vérité n'avait que trop tendance à lui échapper. Sans le moindre tact, il aurait pu insulter les capacités mélodieuses de la petite jument. Il aurait pu cracher sur la couleur étrange de sa robe si singulière. Il aurait pu faire tout ça, comme n'importe quel autre idiot à sa place ; pourtant, il ne le fit pas. Il ne mentirait pas.

Plus que sa voix, néanmoins si douce et agréable à écouter, il aimait les reflets argentés de la lune sur le bronze de son poil. Il admirait les crins clairs qui se soulevaient avec grâce pour danser avec le vent. Il ne comprenait pas, vraiment pas, ce qu'elle pouvait détester dans une robe si belle qu'il se sentait prêt à tendre le nez pour la toucher. Il recula pour ne pas se laisser tenter. Que dirait l'inconnue si un corps aussi laid venait à la toucher ? Il ne voulait pas y penser.

Malheureusement, je ne peux le promettre, souffla-t-il tout bas. Je ne mens pas, votre robe est l'une des plus belles que j'ai jamais vues. Aucun mot ne saurait la décrire.

Le petit étalon plaqua ses oreilles sur sa nuque en entendant la petite fille se moquer de lui. Il fut heureux de constater que l'ingénue ne s'était pas retournée pour le voir ainsi et se reprit très vite. De ses mains minuscules, elle le frappa aux joues pour attirer son attention, mais Ungo, à travers les yeux rouges de son amie, fixait la robe de l'inconnue. Pervers, cria-t-elle en bondissant sur le croupe de la jument, tambourinant de ses petits poings un corps qui n'en sut rien.

Elle n'avait pas tort. Il était un être vicié et vicieux. Demander à une inconnue de ne pas se retourner, n'était-ce pas étrange ? Comment avait-elle pu accepter aussi vite ? Il jouissait d'un droit de regard infini sur un corps à qui il avait interdit de lui rendre la pareille. Il aurait pu rire de sa bêtise s'il n'en avait pas profondément honte. Gêné, il n'osa plus regarder la jument et détourna le regard pour contempler l'horizon aussi noir que ses yeux. La petite fille éclata de rire à nouveau, agrandissant un peu plus encore le malaise de l'étalon.

Ungo reporta malgré lui son attention sur la robe magnifique quand sa voix s'éleva à nouveau en quelques mots qu'il ne fut pas sûr de comprendre. Les paroles importaient peu, seule la mélodie résonnait à l'intérieur de son crâne, éveillant en lui les souvenirs douloureux d'une famille qui n'existait plus. Plus avec lui, en tout cas. La douceur de sa voix lui rappelait les murmures de sa mère, et ses mensonges. Il revoyait le jour où elle avait susurré à ses oreilles trois mots corrompus, le jour où il avait hurlé sans oser crier. Le jour où son monde avait explosé.
La petite fille le fixa de ses grands yeux, un sourire étrange aux lèvres. Oui, c'était aussi le jour où il l'avait créée. Ou peut-être l'avait-il rencontrée, il ne savait plus et ne voulait pas savoir. Elle était là, c'était tout ce qui comptait. Et d'un nouveau bond sur le dos de la petite jument, elle lui rappela à quel point sa demande était déplacée.

Je suis désolé, s'excusa-t-il en fermant les yeux. C'était idiot de ma part. Retournez-vous, s'il vous plaît. Et ne laissez plus jamais personne vous manquer de respect comme je viens de le faire, vous méritez bien mieux.

L'étalon à la robe obscure ne rouvrit les yeux que pour regarder son propre corps. Même les rayons de la lune prenaient une teinte maladive au contact de son poil étrange. Il referma les paupières en soupirant. Il avait presque envie de lui dire de partir. La princesse ne devrait pas côtoyer le monstre. Elle ferait mieux de le fuir comme la peste.
Cependant, il ne dit pas un mot. Il n'avait pas envie de la faire partir et se noya dans ses propres contradictions. La vérité n'avait plus aucun sens. Devait-elle rester ou s'enfuir ? Ce n'était pas à lui d'en décider, au final.

Un nom à votre image, joli et unique, répondit-il sincèrement, sans autre arrière-pensée que de dire sa vérité. Le mien est court et brut, sans aucun sens. À mon image, certainement. Je me nomme Ungo. Il marqua une pause et se laissa tenter à ouvrir les yeux sur la robe de la jument, admirant à nouveau ses teintes particulières. Où avez-vous appris un tel chant ?

Ungo s'étonna lui-même de sa curiosité et se choqua de la brutalité de sa question. Voilà qui laissa sans voix la petite enfant aux cheveux blancs, tranquillement assise sur le dos de la jument. Elle aurait pu pleurer ou s'apeurer si le petit étalon s'était excusé, ce qu'il se retint de faire de justesse.
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Mar 12 Sep 2017 - 17:35

La beauté était si subjective... malgré les nombreuses personnes qui pouvaient la complimenter, Pearlescence ne cessait de voir son reflet comme une masse difforme, des proportions inégales à cause d'une naissance prématurée et la précipitation qu'avait eu sa mère à mettre bas. Dans le secret, avec pour seule indication le nom d'une grand-mère à retrouver. Ocëan Pearl l'avait élevée comme si leur rencontre n'avait pas été une étrange surprise et Pearlescence lui en était reconnaissante mais elle ne parvenait pas à la croire.
Elle n'était pas jolie.

Dès lors, elle ne pouvait pas pousser la réflexion jusqu'à ce qu'elle méritait. Les paroles de l'inconnu se répercutaient dans une coquille vide où jamais la confiance en soi n'avait trouvé sa place. Elle n'avait rien d'une perle, elle n'était que l'huître qui était censée la contenir. Elle n'était pas comme Ocëan Pearl, si forte et si belle. Fifa aurait dû porter le nom inspiré de la pie, pas elle. Pas Pearlescence, si fragile qu'une bourrasque la renverserait plus vite qu'une brindille.

Ungo, comme il venait de se présenter, exprima son désaccord sans grande surprise. Elle avait l'habitude d'être contredite à ce sujet et se mordit la lèvre pour retenir une protestation enfantine. L'air portait la puanteur lourde d'un cadavre en pleine décomposition et elle fit un pas nerveux pour la fuir, craignant de subir le même sort. La lune renforçait les cinq sens jusqu'à les rendre désagréables, dans la pénombre tout était plus effrayant et encore plus ses propres pensées. Elles la rongeaient de l'intérieur et avec le recul, Pearlescence réalisait qu'elle n'avait pas à s'inquiéter des charognards : si ce n'était pas eux qui s'en chargeaient, la haine qu'elle intériorisait l'achèverait probablement.

Tant de colère et de déception dirigées à son encontre. Cela faisait bien longtemps qu'elle avait cessé de lutter. Dans la marée bruyante de son esprit elles l'attiraient comme le chant des sirènes, hideuses et envoûtantes. Il était bien trop facile de se laisser emporter dans les profondeurs de la rancoeur, surtout contre elle-même ; il n'y avait personne pour la défendre. Il semblait que sa propre comptine avait attiré Ungo et il lui revint soudain en mémoire. Elle se stoppa dans son élan, s'étant éloignée de quelques mètres pour échapper à l'odeur désagréable que la brise nocturne avait porté jusqu'à eux.

« Ne la décrivez pas si les mots vous manquent, souffla-t-elle finalement, résignée. »

Sa grand-mère lui avait conté l'histoire de la Belle et la Bête. Etait-ce la Bête qui se cachait derrière elle ? Elle peinait à le croire, que ce soit parce qu'elle-même n'était pas belle ou parce qu'elle n'imaginait pas son interlocuteur comme une monstruosité. Il n'en avait pas le ton. Même si il l'avait été elle ne s'y serait peut-être pas arrêtée. Pearlescence ne savait pas juger sur les apparences et aurait apprécié que les autres ne s'y arrêtent pas non plus.

« Etes vous certain que vous le voulez ? Vous êtes si gentil... »

Elle ne voulait pas lui causer un quelconque inconfort quand bien-même il semblait croire qu'il serait à l'origine d'une gêne pour elle. Elle n'osait imaginer ce qui pouvait l'inquiéter à ce point et garda résolument le dos tourné en attendant sa réponse, les yeux rivés sur le bord d'un cratère un peu plus loin. Elle n'avait pas idée de ce à quoi il ressemblait mais sa frayeur initiale était oubliée.

« Ma grand-mère me berçait à l'aide de cette comptine lorsque j'étais petite. »
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Jeu 14 Sep 2017 - 17:22


La petite fille aux grands yeux ne savaient plus ni que faire, ni que dire. Assise sur la jument, elle fixait son ami sans comprendre ce qui le chamboulait ainsi. Des rencontres, ils en avaient fait des dizaines en trois ans et jamais, ô grand jamais, Ungo ne s'était montré curieux, ni ne s'était étonné de la brutalité de ses propos. Il était du genre à dire ce qu'il lui passait en tête sans filtre, sans s'inquiéter de ce que pensait l'autre. Il prônait la vérité et méprisait, sans s'en rendre véritablement compte, un tact qui l'aurait sauvé de bien des situations.

Elle ne voulait plus rire. Penchée sur la croupe de Pearlescence, l'enfant bouillonnait intérieurement. Un sentiment qu'elle n'avait encore jamais expérimenté prenait petit à petit possession d'elle. Il remonta au fond de sa gorge en brûlant tout sur son passage et laissa un arrière-goût amer dans sa bouche. Énervée par ce nouveau phénomène, elle bondit à terre et gifla l'étalon qui ne broncha pas et ne la regarda même pas. Alors qu'il n'avait plus d'yeux que pour la jument devant lui, la petite fille comprit ce qu'était la jalousie.

Le hurlement de son amie réveilla Ungo qui releva brusquement la tête. Il se surprit à perdre toute sa concentration quand ses yeux noirs rencontraient le bronze et l'argent de la jeune jument. Avait-il jamais connu pareille situation ? Il perdait tous ses moyens et n'était pas sûr que cela soit une bonne chose. Certains cherchaient ce sentiment, couraient après toute leur vie en espérant qu'il leur tombe dessus au plus vite. L'étalon n'était pourtant pas sûr d'apprécier ce qu'il se passait en lui.
Ce n'était pas l'amour qui l'agitait, ni même la tristesse d'énerver son amie involontairement. Un autre sentiment prenait racine au fond de son cœur, l'enserrait avec force et changeait son sang en plomb dans les veines de ses jambes. Ungo ne comprenait pas. Il ne se connaissait qu'une émotion capable de faire ça : la peur ; pourtant, de quoi aurait-il peur ?

La solution se balança de droite à gauche au rythme des cheveux blancs de l'enfant. Elle courait devant lui pour rattraper l'ingénue qui s'éloignait de quelques pas. L'air manqua soudain à l'étalon qui contempla la robe singulière partir en avant sans rien pouvoir faire. Il aurait aimé la rattraper, lui dire de ne pas l'abandonner, lui hurler son malheur à l'oreille et s'excuser pour les bêtises qu'il pouvait faire. Ne voyait-elle pas que son esprit marchait à l'envers ? Il n'avait jamais voulu lui faire de mal, son bonheur était le sien. Il était capable de donner sa vie pour protéger la sienne, mais c'était justement là que résidait son erreur. Elle ne voulait pas qu'il meure, pas pour elle. Elle ne voulait pas qu'il mente pour son bien, mais elle acceptait que sa mère mente pour le protéger lui. Il ne comprenait plus rien. Son esprit n'était pas fait pour ces nuances.

Le rire de l'enfant perça les ténèbres et le ramena à lui. Il n'y avait qu'une chose au monde qui n'existait pas : sa sœur et son amie, toutes deux réunies. Ungo rouvrit les yeux sur la réalité. La robe de Pearlescence avait réveillé un souvenir qu'il ne parvenait pas à oublier. Un souvenir qui transformait tous ses rêves en cauchemars. C'était de là que venait sa peur. Sans le savoir, la petite jument venait d'effectuer le seul geste qui aurait pu le perdre à jamais. Elle s'était innocemment avancée de quelques pas et lui, il croyait qu'elle l'abandonnait, qu'elle le fuyait. Comme avec sa jumelle, il était incapable de faire le moindre geste et resta donc parfaitement immobile, le regard fixé sur l'ingénue qui s'éloignait.
D'ailleurs, elle ne s'éloignait plus. Elle s'était arrêtée un peu plus loin et reprenait leur conversation comme si rien n'était arrivé. Ungo aurait pu s'effondrer de soulagement, mais seule la colère montait en lui. De la haine contre lui-même, d'avoir été assez idiot pour mélanger le passé au présent et d'être assez bête pour réitérer les mêmes erreurs. C'était pourtant simple. Quelques pas auraient suffi à rattraper sa jumelle, lui demander pardon et l'implorer de ne pas le laisser. Mais il n'avait fait que pleurer, comme un petit bébé, et elle l'avait abandonné.
L'étalon espérait bien ne pas pleurer cette fois-ci et entreprit, dans un craquement inquiétant à son genou, de rejoindre la petite jument.

Certain ? Je… je ne sais pas, hésita-t-il sans savoir que répondre.

La distance lui parut beaucoup plus grande que prévue et il s'arrêta pour réfléchir. Le voulait-il vraiment ? Avait-ce la moindre importance, ce qu'il voulait ? Il ne savait plus, son esprit avait été vidé par le souvenir de sa sœur. Il n'arrivait plus à penser correctement, tout le ramenait près du ruisseau où sa jumelle s'était détournée.
Son amie choisit ce moment pour se planter devant lui. Il vit immédiatement la différence. Ses mains étaient plus grandes et ses yeux semblaient plus petits. Néanmoins, ils n'avaient pas perdu de leur force et transperçaient Ungo de part en part en l'accusant silencieusement. Le rire de la jeune femme était plus posé, plus cruel en un sens. Il s'écrasa dans l'oreille de l'étalon qui tressaillit. La vérité, susurra-t-elle de ses lèvres rouges, rien que la vérité, tu te rappelles ? Puis elle disparut, aussi vite qu'elle était venue.

Non, je ne veux pas que vous me voyiez, avoua-t-il. Je suis laid et difforme. Je ne veux pas que vous preniez peur en me voyant. Il marqua une pause, grimaçant dans l'obscurité. La sincérité avait un goût d’étrangeté qu'il n'appréciait guère. Mais ce n'est pas bien, ce que je vous ai demandé. Cela ne fait pas de moi quelqu'un de gentil.

Ungo renâcla et détourna le regard vers le ciel. Il n'aimait pas cette situation ; non parce qu'elle était étrange, mais parce qu'il avait fini par s'y habituer. Sa gêne avait fui avec sa peur, il ne lui restait que la lourdeur de son corps et la tristesse de son cœur. Des sentiments qu'il connaissait sur le bout des sabots et dans lesquels il se complaisait, au final.

Comment était-elle, votre grand-mère ? demanda-t-il soudainement. Je n'ai pas connu les miennes, on n'en parlait pas vraiment, mes parents et moi.
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Dim 17 Sep 2017 - 21:48


Si Pearlescence cherchait tant à voler de ses propres ailes, à faire ses propres rencontres, c'était bien parce qu'elle avait été isolée jusqu'à présent. Ocëan Pearl l'avait gardée précieusement à ses côtés, l'avait protégée et bercée de contes de fée comme elle aurait souhaité le faire pour Afraid Again. Les regrets la dévoraient de l'intérieur alors elle avait recouvert sa petite fille qu'une épaisse couche de douceur sans pour autant l'étouffer, lui donnant ô combien l'impression de vivre de son propre chef. En réalité elle n'était jamais vraiment sortie de l'oeuf. Même son corps restait frêle, risquait de s'effondrer au moindre courant d'air, ses crins des blancs montés en neige reposant sur une fondation chocolatée trop amère. Elle s'était longtemps crue capitaine de son âme et découvrait seulement que son navire n'était jamais allé bien loin. Pearlescence n'était que porcelaine, elle n'était pas belle et gauche dans ce corps qu'elle ne croyait pas tout à fait être le sien. Un rien pouvait la briser et elle ne cherchait même pas à le cacher.

Ungo était craquant et hésitant. Elle ne le découvrait que par les sons, étrangère à son odeur et déniée de sa vue. Elle ne devinait pas ses hésitations, ne parvenait pas à imaginer ce qui pouvait le déranger dans son apparence. Puis elle réfléchit, et se rendit compte qu'il l'avait qualifiée de belle. Elle, Pearlescence. S'il la trouvait belle et se disait difforme, l'était-il encore plus qu'elle ? Il s'agissait là d'une idée affreuse et elle craignit soudain de se retourner. Une vision d'horreur l'attendait-elle dans son dos ? Elle décida de ne pas se retourner. Pour lui, mais aussi pour elle.

Pearlescence n'avait jamais vraiment souffert de son statut d'orpheline. Sa grand-mère avait largement comblé le manque qui aurait pu exister et personne ne lui avait jamais laissé entendre qu'elle aurait dû y accorder plus d'importance que cela. Sa mère était décédée peu après sa naissance, elle n'était que le fruit d'une relation passagère. Les feuilles tombaient en automne et retrouvaient leur place au printemps, chargeaient les branches des arbres de leur verdure. Ainsi allait le monde et ainsi était sa vie. Elle n'avait pas connu sa mère. Et alors ? Elle avait une grand-mère. Certains ne connaissaient pas la leur, Ungo venait de le lui prouver. Elle fut cependant saisie de l'envie de partager cette information. Il semblait digne de le savoir, non pas pour s'en vanter -c'était bien triste- mais pour être équitable. La jument inspira profondément, chercha une émotion qu'elle ne connaissait pas et ne tarda pas à abandonner pour énoncer mécaniquement.

« Je n'ai pas connu ma mère mais ma grand-mère m'a beaucoup parlé d'elle. C'est elle qui m'a élevée. Son nom est Ocëan Pearl, elle dominait autrefois les Terres Trompeuses. C'est une jument très douce et attentionnée, elle a toujours veillé sur moi. Elle est de bon conseil, pour peu qu'on en ait besoin. »

Elle se remémora la pie, voulut dire qu'elle n'empiétait jamais sur sa vie mais se retint. Certes, elle n'était pas directive. Non, Ocëan Pearl faisait partie de ces proches qui vous laissent toute la liberté du monde et limitaient ce dernier. C'était subtil, animé de bonnes intentions et terriblement dévastateur. Elle le découvrait à présent, maladroite dans ses rencontres. Ainsi Ungo n'était pas gentil. Cyrius l'avait-il été malgré ses mots désagréables ? La taquinerie, Pearlescence ne connaissait pas? On l'avait préservée de ce genre d'interactions.

« Qui sont vos parents ? demanda-t-elle dans un élan de témérité. »
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Ven 22 Sep 2017 - 11:52


Ungo n'avait pas connu ses grands-mères, ni même ses grands-pères, mais cela n'avait jamais été un manque dans sa vie. Peu lui importait le reste de sa famille – qu'il avait grande, de ce qu'il avait cru comprendre – tant qu'il avait ses parents pour l'aimer et l'épauler. Le problème était là : très vite, il s'était séparé d'eux.
Le petit étalon ne se faisait pas d'illusions, il était le seul responsable de l'état actuel des choses. Il avait fait, lui-même, le premier pas en arrière quand ses parents avançaient vers l'avant. Il s'était fermé à l'inquiétude de ses géniteurs de son propre chef. Il avait plongé dans l'obscurité et la solitude sans qu'on ait besoin de l'y pousser.
Étonnamment, tout ceci ne lui avait pas porté préjudice au début. Il se complaisait dans son détachement tant que sa sœur se tenait à ses côtés. Bien entendu, il avait eu peur de la distance entre son père et lui, et regrettait de ne pas arriver à dire à sa mère ce qu'il pensait vraiment. Pourtant, tout lui semblait presque secondaire face aux problèmes qu'il rencontrait avec sa jumelle. Qu'elle le déteste, le méprise, l'abandonne ou tout en même temps, représentait le pire de ses cauchemars. Il n'osait même pas l'imaginer. Tout semblait futile à côté. Ses parents, il savait que tôt ou tard, il devrait les quitter pour vivre sa vie comme il l'entendait, mais sa sœur… il pensait naïvement qu'il vivrait avec elle à tout jamais. Une sorte de fascination presque incestueuse avait pris possession de lui, il l'aimait plus qu'il ne l'aurait dû et avait bâti son monde autour du sien. Sans elle, je ne suis plus rien, était sûrement la pensée qui l'obnubilait à l'époque.

Voilà où son idiotie l'avait mené. À trop s'accrocher à sa jumelle, il en avait oublié de construire un plan B, une voie qui s'écarterait de la sienne, une roue de secours pour la remplacer, une bouée de sauvetage sur laquelle dériver. Quand elle était partie, tournant le dos à l'être minable et pitoyable qu'il était, il avait donc chuté lamentablement dans les abysses. La route s'était volatilisée sous ses pieds et il avait fait un pas de trop au bord du précipice. Voilà où il en était, dégringolant éternellement dans l'obscurité.
Jusqu'à ce qu'une boule lumineuse perce les ténèbres et ralentisse sa chute. Le bronze et l'argent de la jument brillaient plus fortement sous la lune que les cheveux neige de l'enfant. Si son amie n'était qu'une fausse aide dans sa lente dépravation, l'ingénue, elle, était bien réelle et se tenait devant lui dans toute la beauté de sa robe particulière.

Ungo stoppa tout mouvement tandis qu'il s'apprêtait à approcher à nouveau, d'un pas ou deux. La question brûla ses lèvres, percuta ses dents et tenta de se glisser à l'extérieur avec la force du désespoir. Était-elle vraiment réelle ? Il ne l'avait pas touchée et n'avait pas non plus vu à quoi elle ressemblait réellement. Tout ce qu'il voyait était une boule de bronze agrémentée de fils argentés, comme une vulgaire réplique tirée de son passé. Une hallucination produite par son esprit défectueux.
Après tout, existait-il véritablement une jument capable de dire d'accord à ses demandes farfelues ? Existait-il une créature qui ne soit pas tentée de le regarder et de le haïr pour ce qu'il paraissait ? Tout ceci était trop beau. Cette rencontre, comme tombée du ciel, n'avait aucun sens. Ses propres réactions n'avaient aucun sens. Lui, curieux, inquiet de sa brutalité ? Ce n'était pas lui ou cela ne l'était plus. Non, tout ceci, c'était elle. La petite fille aux grands yeux. Ce qu'il avait refusé d'être. Si Pearlescence réveillait en lui ce qu'il n'était plus, cela ne faisait-il pas d'elle un être surnaturel ?
Ungo soupira malgré lui. Sa propre logique n'avait plus de sens. Il se refusait d'apprécier un don qu'il pensait ne pas mériter. Il s'inventait un raisonnement bidon pour se protéger de la vérité. La peur ne l'avait pas quitté, elle était toujours là, alourdissant son cœur. Cependant, ce n'était plus de l'abandon de sa jumelle qu'il avait peur, mais des émotions que la petite jument réveillait en lui. Il avait peur, oui, de trouver une autre âme pour remplacer celle qui lui manquait. Là où l'intérêt que l'ingénue suscitait chez lui aurait dû le conforter, il le terrorisait. Il avait toujours vécu dans un monde qui réclamait sa sœur. Que ferait-il si cette absence venait à être comblée par une autre ? Ungo n'osait même pas l'imaginer.

Ocëan Pearl… répéta-t-il sans vraiment y penser.

Ce nom sonnait à ses oreilles comme la révélation qu'il attendait, la réponse à sa question. Aurait-il pu inventer un tel nom ? Il se savait incapable d'une telle prouesse. Un patronyme de la sorte ne pouvait pas sortir de son imagination. Pearlescence disait vrai, parlait vrai, était vraie. Il avait du mal à croire qu'il ait pu en douter, qu'il ait voulu douter. Ungo écarta ses mauvaises pensées d'un coup de tête rageur, il valait mieux qu'il se concentre sur le monde et qu'il cesse de s'attarder dans un esprit prêt à la plus improbable des conclusions.

C'est bien, d'avoir quelqu'un pour veiller sur vous. Montrez-lui que vous tenez à elle et ne la perdez pas. Ce serait la plus idiote des erreurs.

Ses propres mots laissaient un arrière-goût acre sur sa langue. Il était le pire exemple pour illustrer ces propos, le dernier conseil qu'il serait bien capable de donner. N'était-il pas tombé lui-même trois fois dans ce piège ? Il faut être bête pour réitérer la même erreur deux fois, mais trois… Restait-il le moindre espoir pour lui ? Il était un raté des oreilles aux sabots, même à l'intérieur de son crâne tout avait échoué. Une tare de plus dans un monde de cinglés. C'était idiot.

Mes parents, cracha-t-il en grinçant des dents.

Après tout ce qu'ils avaient vécu, toutes ces choses qui avaient éloigné sa famille de lui… il continuait de les aimer. Inconditionnellement. Voilà bien un fait qui prouvait la bêtise profonde de son esprit torturé. Il avait haï sa mère pour ses mensonges et pourtant, il l'aimait tout aussi intensément. Même à des kilomètres d'eux, ses pensées ne tournaient qu'autour de ses parents. Il les avait surveillé parfois, de loin, et il était persuadé que sa mère le savait. Elle lui avait toujours donné cette impression de tout savoir sur tout. Son père, quant à lui, paraissait se foutre de tout. Ungo était persuadé que, s'il revenait auprès d'eux, son paternel lui jetterait un simple : « Comment ça va bonhomme ? ». Rien de tout ceci n'était peut-être vrai, mais le petit étalon voulait y croire. C'était ce qui lui permettait de ne pas se laisser submerger, en quelques sortes.

Harmonie et Aelis , dit-il simplement, loin de la haine que l'on aurait pu attendre après sa dernière prise de parole. Ils sont comme deux vilains petits canards qui n'ont rien à faire du regard des autres. Oh ! Ils sont loin d'être vilains, ils sont très beaux. C'était juste une image, je voulais dire que, s'ils sont différent, ils l'ont accepté depuis longtemps et se moquent bien de savoir ce que les autres en pensent. Ils vivent leur vie dans leur coin et rien ne semble pouvoir les déranger. Je ne sais pas s'ils sont de bon conseil, mais je suis sûr qu'ils ont veillé sur moi… à leur manière.
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Mer 27 Sep 2017 - 21:23


Pearlescence ne se trouvait rien d'une statuette de bronze, à part peut-être la fragilité grotesque qui semblait les habiter à la lueur de la lune. Elle n'était qu'une contrefaçon, rouillée par les années passées : elle n'avait fait que s'éloigner chaque jour un peu plus de tout ce qu'on lui avait promis. De perle elle n'avait que le nom, la petitesse peut-être. Jamais Ocëan Pearl ne lui demandait si elle avait rencontré celui qui verrait son éclat. Fifa ne s'y était essayé qu'une fois, sur le ton de la blague, avant de disparaître à la recherche de son propre charmant. Il était intrigant de constater qu'elle se détachait de Kuro avec une aisance toute relative : elle lui revenait toujours. L'indépendance de la jeune jument était réelle et équilibrée, tout ce auquel sa nièce aspirait. Elle manquait cependant d'une âme soeur et d'une confiance en elle auxquelles elle ne croyait plus vraiment. Qui pour l'aimer elle, la jument frêle et difforme ? Tous se détournaient. C'était probablement parce qu'Ungo souffrait du même mal qu'il demeurait en sa présence. Pearlescence en oublia ses visions d'horreur, persuadée de partager cette malédiction avec l'étalon.

Les mots de son compagnons entrèrent par une oreille et ressortirent par l'autre sans qu'elle ne les savoure vraiment. Sa relation avec sa grand-mère n'était pas au beau fixe cette nuit là. A l'aube elle y serait probablement plus réceptive et redeviendrait la jeune jument reconnaissante qu'elle était habituellement. Pour le moment elle questionnait les faits et réalisait qu'elle aurait voulu être plus que cette petite chose chétive. Ungo ne semblait pas réellement en position de lui donner des leçons de toute façon. Si elle en croyait ses paroles, ses parents était à son image. Il n'avait pas à se comparer à eux. Pendant un bref instant, elle en fut jalouse. Elle devait constamment lever les yeux et contempler la grande Ocëan Pearl, l'indépendante Fifa qui traçait son propre chemin... Qui était-elle par rapport à ces juments ? Personne. Une moins que rien.

Un rire amer lui échappa tandis qu'elle ravalait sa jalousie. Ce n'était pas de sa faute, son interlocuteur n'y pouvait rien. Il n'était peut-être pas très heureux d'avoir une famille différente d'ailleurs. Pour ce qu'elle en savait, il avait pu en souffrir. Etait-il moqué ? Ses parents faisaient-ils l'objet des rumeurs les plus enrageantes ? Sur elle ne pesait que la réputation d'Ocëan Pearl et parfois un peu de convoitise d'un territoire pour lequel elle n'avait aucun intérêt. Le poids que traînait Ungo était peut-être bien plus lourd que le sien. Aussi s'adressa-t-elle à lui d'une voix plus douce que ses pensées, reprenant presque le ton de la comptine qui les avait amenés à se rencontrer.

« Pourquoi n'êtes vous pas comme eux alors ? Si j'en crois notre situation vous êtes différent, de la même façon que je ne suis pas très jolie, alors pourquoi ne suivez vous pas leurs conseils Ungo ? N'avez vous jamais essayé de les suivre ? Ne vous inspirent-ils pas ? »
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Dim 1 Oct 2017 - 8:57


Ses parents représentaient un monde qu'il ne pouvait plus atteindre, qu'il ne voulait plus atteindre. Son esprit et son corps étaient des aberrations, des erreurs que personne ne devrait voir. Il aurait pu vivre avec un corps faible, si son cerveau n'avait pas été vicié. Il aurait pu être comme tout le monde avec un esprit détraqué, s'il n'avait pas été difforme. Le problème était là : il possédait les deux tares, bien ancrées en lui. Il ne pouvait plus s'en défaire. La petite fille tournoyait autour de lui le rire aux lèvres pour lui rappeler combien il était laid, idiot et cinglé. Combien il était raté.
Peut-être était-ce cela que le monde tentait de lui faire comprendre : qu'il n'aurait jamais dû exister. Pourquoi sa sœur ne l'avait pas tué avant qu'il ne se forme ? Comment avait-il pu se faire sa place dans le ventre de sa mère ? Il était incapable de mettre un pas devant l'autre sans risquer de tomber. Sa sœur, elle, possédait l'assurance, la force et la beauté qu'il ne pourrait jamais atteindre. Qu'il n'avait jamais cherché à atteindre, en vérité. Il avait très vite accepté son état, parce qu'il ne gênait personne, ni ses parents, ni sa belle jumelle, ni elle : la petite fille aux grands yeux.
S'il avait depuis longtemps accepté son physique, son amie imaginaire représentait un secret qu'il n'arrivait pas à avouer, une particularité qu'il préférait cacher. Son petit mensonge à lui, celui qui le précipiterait en enfer. De sa famille, seule sa sœur était au courant et c'était cette petite révélation qui avait séparé les jumeaux à tout jamais. Même si sa folie ne pouvait pas lui faire plus de mal qu'elle n’en avait déjà fait, Ungo préférait dorénavant taire la présence de l'enfant. En vérité, il ne connaissait personne « digne » de partager avec lui son secret et le gardait jalousement. Que se passerait-il s’il n’était plus le seul à la voir ? Il ne voulait pas partager.

Ses yeux noirs retombèrent sur la robe de Pearlescence et Ungo se questionna. Ce genre de questions qu’habituellement, il ne préférait pas poser. Pouvait-il lui avouer son petit secret ? Le craindrait-elle pour sa folie ? L’interrogerait-elle par curiosité ? Jugerait-elle sans savoir ? La verrait-elle, la belle enfant et ses longs cheveux blancs ?
Tant de choses qu’il ne valait mieux pas demander. Des réponses qu’il ne voulait pas entendre. Sa sœur l’avait déjà rejeté pour avoir avoué la vérité. Si la même robe fuyait à nouveau l’étrangeté de son esprit, il ne saurait plus que faire de sa vie.

Le rire de la jument perça comme un trou glacé dans le cerveau de l’étalon qui se pétrifia. Était-ce enfin le moment tant redouté où la belle entend sonner minuit et se rit du monstre maudit ? Ungo plaqua ses oreilles sur sa nuque et recula d’un pas, prêt à fuir une situation qui l’effrayait. Les moqueries, il les connaissait, il s’en fichait. Son corps était ce qu’il était, son esprit également. Néanmoins, face au rire de Pearlescence, il se sentait plus faible qu’un poulain, incapable de répondre ou d’ignorer. Hypnotisé par la mélodie malicieuse, le petit étalon contemplait l’étendue de sa bêtise. Il jugeait sans savoir et perdait sans combattre. Comme d’habitude, il laissait un rien le détruire et ne pouvait rien faire pour se protéger.

Les questions de la jument le prirent au dépourvu. Ungo retint un mouvement de recul et grinça des dents. Il s’était laissé entraîner vers un sujet qu’il ne voulait pas aborder, qu’il n’aimait pas aborder. Ses parents et lui… tout ceci était bien trop compliqué. Peu importait la beauté de Pearlescence, il ne se sentait pas prêt à tout dévoiler à une inconnue. Son rire gardait un écho grinçant à l’intérieur de son crâne. Le charme qu’elle exerçait sur lui, s’il n’avait pas été brisé, avait été atténué. Une nouvelle distance apparaissait entre l’étalon et la petite jument, une distance plus psychologique que physique, qui amusa grandement l’enfant aux grands yeux. Une main pressée contre la bouche, elle pouffait, les larmes aux coins des paupières.
Ungo se serait habituellement senti blessé et la colère aurait commencé à monter en lui. Pourtant, il se sentait étrangement calme, une pointe de lassitude au fond du cœur. La petite fille pouvait bien penser ce qu’elle voulait, il s’en fichait. Tout ce qui comptait, c’était ce rire amer qui tournoyait dans son cerveau sans vouloir en sortir.

Mes parents et moi… ça doit faire deux ans que l’on ne s’est pas parlé. Ils m’inspirent et ne m’inspirent pas tout à la fois. C’est très compliqué. Je n’ai pas envie d’en parler, dit-il plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu. Je… Je ne peux pas me taire, je dois vous demander. Vous avez ri, grinça-t-il en plaquant à nouveau les oreilles sur son crâne. Pourquoi ?
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Lun 2 Oct 2017 - 21:39


Frères ou soeurs ne lui avaient jamais manqué. Elle n'avait pas connu le sentiment d'être une fratrie aussi était-il difficile de l'imaginer. Pire, elle craignait qu'elle ne soit devenue le vilain petit canard parmi ces derniers si ils avaient un jour existé. Ils n'en avaient pas eu la chance et Pearlescence ne pensait pas souvent à cette possibilité. Elle aurait été la soeur acariâtre et jalouse, celle qui déchire la robe de sa cadette et cache ses souliers. La jeune jument était déjà amère vis à vis de sa tante, elle n'osait supposer que ce fut différent avec une potentielle soeur. Un frère ? L'aurait-il seulement protégée ? Daigné à la regarder ? Rien n'était moins sûre. Pour ce qu'elle en savait, sa mère était peut-être même morte par sa faute : elle n'avait pas supporté sa vue. Il était facile d'inventer de telles horreurs quand personne ne pouvait la contredire. Pas ce soir, elle gardait ses pensées pour elle. Rares, les nuits d'apitoiement ne l'étaient pas.

Elle se renferma sur elle-même lorsqu'Ungo lui confia ne pas vouloir parler de ses parents. Que dire ? La jument ne connaissait pas les siens et ne risquait pas de meubler pour combler le silence laissé par son interlocuteur. Son ton sec la fit tressaillir et elle se demanda ce qu'elle avait fait de mal. Heureusement l'étalon ne pouvait pas se taire, comme il le lui fit savoir, et elle renâcla à l'entente de sa question, perdue. Puis, ça lui revint et elle rit une seconde fois, toujours aussi amère. Voilà qu'il le prenait contre lui ! Ils n'allaient pas aller loin, eux qui se tournaient déjà presque le dos. Ne pas le voir ne dérangeait pas Pearlescence, mais la distance physique et psychologique qui continuait à les séparer commençait à lui peser. Elle avait cru trouver en Ungo une âme semblable.

« Pendant un instant je vous ai envié et j'ai ri parce que c'est stupide et inutile. »

La jalousie l'était souvent. La jeune jument fit un pas en arrière, puis un second, cherchant à se rapprocher de l'étalon à l'aveugle et sursauta lorsqu'un bruit visqueux retentit dans son dos. Son postérieur droit nageait dans une matière gluante qui se révéla être un topinambour réduit en purée, ayant probablement subit des aléas climatiques et bactériens curieux. Dans une grimace Pearlescence dégagea son sabot du légume, espérant qu'elle parviendrait à s'en débarrasser si elle rinçait son postérieur dans l'eau. Ce n'était vraiment pas glamour et elle maudit Ungo de ne pas l'avoir prévenue du danger qu'elle encourait, s'exprimant d'ailleurs à voix haute.

« Vous auriez pu m'avertir que je risquais de glisser ! Je ne pouvais pas voir que le terrain était miné ! »

Elle se radoucit au bout de quelques instants.

« Pardonnez moi, je ne devrais pas déverser mes contrariétés sur vous. Ce n'est pas de votre faute si je n'ai pas assez de caractère pour me retourner et regarder où je marche. »
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Ven 6 Oct 2017 - 10:57


Le rire perçait les ténèbres de son cerveau pour illuminer toutes sortes de mauvaises pensées. Que l’on se moque de lui, Ungo avait pris l’habitude de faire avec. Peu importait ce que pensaient les autres de son corps, ils ne valaient pas la peine qu’il s’énerve à chaque fois. Il restait donc muet face aux critiques, laissait couler les insultes sans qu’elles n’arrivent à pénétrer son esprit.
Dans ce rire pourtant, il y avait quelque chose de malsain, de nocif, corrosif. Bien qu’il ait l’habitude de les ignorer, celui-ci trouvait toujours un moyen de lui revenir à la figure, puissant et douloureux, réveillant en lui une tristesse et une colère qu’il ne se connaissait plus que rarement. Qu’avait-il de plus qu’un autre ? Il n’arrivait pas à le deviner ; quelque chose glissait sans cesse entre les griffes de ses pensées, se laissant toucher du bout des doigts pour mieux se faufiler hors de sa poigne. Quand il croyait avoir un début de réponse, à nouveau la solution lui échappait.

Dans un tintement tout à fait différent des grincements de Pearlescence, la petite fille aux grands yeux explosa de rire, les deux mains plaquées sur son ventre. Ungo se concentra sur la robe blanche qui virevoltait dans une brise inexistante. Combien de fois s’était-elle moquée de lui en trois ans ? L’éclat de voix de l’enfant ne le touchait pas. Il coulait entre ses oreilles et allait se perdre dans un esprit qui ne s’y intéressait pas. Aussi naturellement que de mettre un sabot devant l’autre, le petit étalon ignorait les moqueries de la belle aux yeux rouges. Et aussi bêtement qu’il avait fui sa famille sans chercher d’explications, il ne comprenait pas ce qui différenciait son amie de l’ingénue devant lui.

Le nouveau rire de la petite jument fit grimacer Ungo. Les oreilles tout à fait plaquées sur son crâne, il se retint de claquer des dents et se contenta de fouetter l’air nocturne de ses crins sombres. À chaque nouvel éclat, une douleur plus forte s’insinuait en lui, perçant de nombreux trous dans son petit cœur d’idiot. Il se sentait profondément blessé par les rires de la jolie dame sans arriver à se l’expliquer. Cette douleur était étrange, inhabituelle. Elle ne correspondait pas aux souvenirs qu’il lui restait de ses premières mésaventures, des premiers mots offensants qu’il avait entendus. Si sa colère d’alors semblait similaire à celle-ci, leurs sources étaient légèrement différentes.
L’étalon renâcla ; c’était à ne rien y comprendre.

Jusqu’à ce que Pearlescence explique le pourquoi de tout ceci. Une nouvelle dimension s’ouvrit devant lui, mais l’illumination ne vint pas. Le flou ne se fit pas net, ni l’ombre lumière. En croyant sortir de son ignorance, Ungo ne faisait que s’y enfoncer de plus en plus. De quoi pouvait-elle être jalouse, la belle de bronze ? Il ne comprenait pas. Sa vie n’avait rien d’enviable. Elle ne résultait pas d’une profonde malchance, mais de son idiotie et sa folie infinie. Ses fautes ne seraient pas pardonnées et, assurément, il mourrait plus seul qu’il n’était né. Qu’y avait-il à envier ?

Ungo ne répondit rien. Son esprit était entièrement concentré sur le rire qui ne cessait de résonner à l’intérieur de son crâne. La petite fille continuait à se moquer de lui, comme pour lui dire qu’il était trop bête pour comprendre, que la solution était pourtant toute simple. Mais Ungo ne comprenait pas. L’enfant cessa soudain ses railleries, s’accrochant aux crins de la jument pour ne pas se laisser déséquilibrer par ses mouvements.
Dans un bruit de succion désagréable, le postérieur de Pearlescence s’enfonça dans un topinambour gluant. À trop se concentrer sur la robe de la jument, l’étalon avait presque oublié l’existence du monde autour d’eux et fut brutalement ramené à la réalité. Comment aurait-il pu prévenir sa compagne ? Il aurait aimé lui éviter cette mésaventure, mais il n’avait ni vu ni senti le tubercule pourri. Puisqu’il n’avait eu aucun moyen de l’avertir, Ungo laissa glisser les accusations sans s’en offusquer.
C’est à ce moment précis que la lumière se fit dans son esprit. Si le rire avait été tourné contre lui, il n’aurait été qu’une moquerie de plus qu’il aurait ignorée et oubliée presque instantanément. Cependant, le petit étalon avait senti que cet éclat grinçant ne lui était pas véritablement destiné. C’était contre elle-même que le rire s’était tourné, et c’était cela qu’Ungo n’appréciait pas.

Je n’aime pas cela, dit-il en frappant le sol du postérieur, les oreilles plaquées sur le crâne. Quand vous vous méprisez vous-même de la sorte.

Qui était-il pour se permettre toutes ces choses ? Des demandes farfelues, des critiques impromptues. La petite fille rit à nouveau, bondissant à terre pour serrer l’étalon de ses bras minuscules, heureuse de retrouver son ami sans tact, son idiot et son fou préféré. Depuis peu, elle ne le reconnaissait plus et s’inquiétait de le perdre à tout jamais, mais il lui était enfin revenu. Sa joie fut de courte durée cependant que la jalousie revenait gonfler son cœur. Sous le regard qu’Ungo ne lui adressait pas, la colère de l’enfant se matérialisa dans une gifle monumentale et une explosion de lumière quand elle disparut.

La douleur sur sa joue ne dérangea pas l’étalon, tout concentré qu’il était sur les paroles de la jument. Il voulut crier ou chuchoter à son intention. Lui dire toutes sortes de choses qu’il aurait aussitôt regrettées. Alors retournez-vous, hurla-t-il silencieusement, retournez-vous et faîtes-moi face. Approchez et laissez-moi vous toucher. Malgré tout, ses lèvres restèrent hermétiquement fermées. Il tut tous ces mots qu’il aurait aimé prononcer et qui l’auraient poussé vers une honte dans laquelle il se serait volontiers noyé.

Vous n’y êtes pour rien, souffla-t-il finalement. Si je ne vous avais rien demandé, vous vous seriez depuis longtemps retournée. Je vous trouve bien plus de caractère que moi, pour me laisser vous regarder sans vous accorder le même droit. Vous êtes courageuse, et je suis égoïste et lâche. Vous êtes belle et je suis laid. On dirait une fable pour enfants : vous, la princesse, et moi, le monstre. Mais j’ai peur que la fin de cette histoire ne corresponde guère à un conte de fée.
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Mer 18 Oct 2017 - 17:10


Pearlescence tenait à sa vie. Si elle était parfois prête à arracher son reflet de la surface miroitante qui le lui imposait elle n'était cependant pas au bord du gouffre à se demander si elle pouvait voler. Sa vie lui était précieuse et plus encore étaient les sentiments de ses proches. Elle ne voulait pas qu'Ocëan Pearl pleure sa disparition.

Cela ne l'empêchait pas d'être parfois le petit soldat de plomb, qui contemplait les autres avec envie et se mettait en danger par inconscience. Ses pas l'avaient menée jusqu'à Ungo et bientôt il ne resterait peut-être plus d'elle que le coeur de plomb calciné avec lequel le conte se terminait. Son interlocuteur invisible n'aurait sûrement pas été d'accord, il ne se considérait pas comme une paillette, cela se voyait. Pourtant, c'était la comptine de la jument qui l'avait attiré, celle qui racontait comment une étoile brillait dans le ciel endormi.

Cela l'agaçait déjà, elle pouvait le sentir dans le bruit sourd de son sabot frappant le sol innocent. Elle l'imaginait, les oreilles plaquées en arrière et une grimace de désaccord déformant son visage. Pearlescence ne lui répondit pas, se contenta de baisser la tête et de laisser peser sur elle les reproches qu'il lui faisait. Il n'était pas le premier, sa grand-mère éprouvait la même chose. Elle exprimait simplement son sentiment avec des mots différents.

La Belle et la Bête. L'analogie revenait, encore. Mais elle n'était pas belle, et il n'était ni bestial ni imbécile. Il avait simplement l'air seul et en colère contre lui-même. Peut-être que son obstination lui rappelait la sienne et qu'il voulait l'empêcher de faire ce qu'il avait fait et regrettait. Avait-il tourné le dos à un être cher ? C'était probable, on tournait trop facilement le dos à ceux que l'ont croyait incapables de nous trahir. Pas à un ennemi bien sûr, mais tourner le dos à un proche entraînait le risque de voir ce dernier s'éloigner. On ne l'aurait pas reproché à quelqu'un qui nous mettait normalement en danger, c'était bien logique de vouloir se distancer de ceux dont on se méfiait.

« Qu'est-ce qui vous empêche de me contourner et de me forcer à vous regarder ? Je pense qu'il n'y a ni belle ni bête, simplement des regrets. Je n'aime pas mon reflet et vous n'osez pas réparer vos erreurs. Nous sommes une belle paire de bras cassés ne croyez-vous pas ? »
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MessageSujet: Re: Comptine d'enfant   Lun 23 Oct 2017 - 11:30


La Belle et la Bête s’aimaient au-delà des apparences, mais lui, qui aimait-il ? Il n’était pas la Bête car lui-même ne cachait pas un Prince au plus profond de lui. Il n’y avait que lui, petit étalon moche et chétif. Il ne pouvait pas protéger sa Princesse d’un rugissement puissant, ni même la rattraper si elle tombait. Il n’avait aucune villa où l’abriter, aucune robe à lui confier. Rien de tangible, de concret, rien d’important. Lui-même n’était rien, rien qu’un minable qui se prenait pour quelqu’un de bien. Il ne méritait pas cette conversation, il ne méritait pas son attention. Il ne méritait que le silence le plus complet et la nuit la plus sombre.
Pearlescence était une boule de lumière et de son, une perle trop précieuse qui avait croisé la mauvaise vie. Elle aurait pu tomber sur un beau mâle, sur un bon homme, mais elle était tombée sur lui, ni beau ni bon. Un idiot assez con pour réclamer ce qu’aucun autre n’aurait osé. Et qu’avait-elle fait ? Elle avait obéi, sans la moindre hésitation. Si sa robe singulière l’avait attiré en premier lieu, c’était son caractère qui forçait Ungo au respect. Auprès d’elle, il se découvrait une déférence qu’il ne se connaissait plus, un sentiment qu’il pensait assouvi par les juments de sa vie. Il avait tant admiré sa mère et sa sœur… aujourd’hui, il devait ajouter la belle ingénue à la liste des personnes qu’il aimait et protégerait quoi qu’il lui en coûterait.
Il n’était pas le plus robuste, mais, le cas échéant, il pourrait toujours se servir de son corps ridicule comme barrage au danger qui menacerait la perle de bronze. À ses côtés, il se sentait capable de se dresser sur ses petites jambes, de redonner la vigueur de la jeunesse à son allure et de s’imposer comme étalon tout aussi capable de se défendre qu’un autre. Il n’avait plus ressenti cette envie depuis l’abandon de sa jolie sœur, deux ans auparavant. Il ne pensait pas être capable un jour de penser à nouveau de la sorte, encore moins concernant une parfaite inconnue. C’était pourtant le cas, et il ne savait pas la meilleure manière de faire face à cela.

Un puissant frisson parcourut le petit étalon, ébranlant son corps tout entier. Ungo réaffirma ses appuis pour ne pas se laisser déséquilibrer par le mouvement incontrôlé qui s’empara de lui. En quelques mots innocents, Pearlescence détruisait tout sur son passage. Tout le ramenait toujours à des mots innocents. Loin des mensonges viciés de ce monde, c’était bel et bien la vérité qui le frappa de plein fouet et le déstabilisa au plus profond de son être. Elle avait un don, la belle de bronze, un don pour rappeler à Ungo combien il était idiot.
Le mâle eut alors un rire amer, qui remonta le long de sa gorge et se bloqua en plein centre, étranglant sans pitié sa victime. Il recula d’un pas et déglutit péniblement. Sans étonnement, il sentit quelques larmes rouler sur ses poils sombres et s’écraser sur le sol sec du cratère. Voilà que le monde réapparaissait autour de lui… il avait presque oublié où il se trouvait. Dans une explosion de lumière que lui seul vit, la petite fille revint à lui. Son si joli sourire avait disparu. Elle se serra tout contre lui et murmura : Tu vois, je te l’avais bien dit. Elle te rendra malheureux ; il n’y a que moi qui sache te faire rire aux éclats.

Vous avez raison, souffla Ungo à Pearlescence, son regard tout accaparé par la petite fille aux grands yeux. Vous avez parfaitement raison. Vous êtes tout à son image : belle et dangereuse. Que puis-je faire contre vous… Que je le veuille ou non, mes erreurs ne peuvent pas être réparées. Tout comme je ne puis vous forcer à vous aimer, vous ne pouvez rien faire pour m’aider. Des bras-cassés ? Non, des cas désespérés. Je suis un lâche, Pearlescence, et je le resterai à jamais. Alors, comme un lâche, laissez-moi vous quitter.

La douleur broyait son petit cœur d’idiot, faisant grincer avec plus de force sa voix grave. Il était incapable de réparer ses erreurs, il était trop tard. Il avait laissé sa jumelle se détourner et n’avait rien fait pour l’en empêcher. Même s’il hurlait toutes les excuses du monde, il savait qu’il était trop tard pour se faire pardonner. Sa belle sœur ne faisait plus partie de sa vie, elle avait disparu à tout jamais.

Dans un grand bruit et un chancellement inquiétant, l’étalon fit demi-tour et engagea son premier pas. Au fond de lui, un vent chaud et un froid se mêlaient pour former une tornade qu’il n’arrivait pas à s’expliquer. D’un côté, il se sentit l’envie soudaine de voir la perle bronzée lui courir après, lui crier qu’ils n’étaient que des idiots et qu’ils pouvaient s’aider. D’un autre côté, il s’étouffait lui-même dans une envie irréversible de partir au grand galop le plus loin possible des jolis crins argentés.
Ungo se laissa perdre au milieu de ce trop plein de sentiments qu’il n’arrivait pas à réprimer et jeta un regard désespéré à son amie imaginaire. Elle pleurait des torrents de larmes, incapable de l’aider, et il baissa la tête, résigné. Il n’avait pas la moindre idée de ce que devait être sa réalité.
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