Jeu de rôle équin
 
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 Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]

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Harmonie

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MessageSujet: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Mar 5 Sep 2017 - 18:49



Dans la brise du matin,
laisser voleter ses crins, sans penser au lendemain.



[pv] Ocëan Pearl


Dans un cri strident, un petit oiseau battit des ailes précipitamment et s'extirpa du couvert des arbres pour s'enfuir vers le soleil levant.

Harmonie pencha la tête de côté et souffla, comme pour chercher un sens à cette panique soudaine ; pourtant, la raison était simple : la petite jument slalomait entre les troncs, frôlant l'écorce sans jamais la toucher. Le calme dans la forêt était parfait, bercé par ce doux interlude où les animaux de la nuit s'endorment et ceux du jour s'éveillent lentement. Elle brisait cette tranquillité de son pas feutré, imposant au monde un réveil qui ne lui plaisait guère, mais elle s'en fichait. Elle n'avait connu qu'une seule fois le silence et ne savait ni en profiter, ni l'apprécier. Cette expérience restait gravée dans son esprit comme le pire traumatisme de son existence : sa propre respiration produisait un vacarme assourdissant dans le calme de ce fameux jour, celui de son abandon. Elle avait regardé sa mère s'éloigner en bloquant l'air dans ses poumons ; alors le silence l'avait écrasée, asphyxiée, puis il avait explosé, rompu par un simple murmure, un chuchotement chanté au creux de son oreille. Un nom. Le jour où le bruit fut retentissant, resplendissant et effrayant. Le jour où la clameur des Arbres donna un nouveau sens à son existence.

La petite jument palomino renâcla en atteignant le haut du mont. Sans s'en rendre compte, elle était arrivée au bout, surplombant la forêt dans un faux sentiment de puissance que la proximité du vide rendait fragile. De ses yeux ors, Harmonie détailla le monde qui grouillait à ses pieds, s'éveillant lentement dans la lumière de l'aube. Parfois, elle avait du mal à se dire qu'elle appartenait, elle aussi, à ce monde-ci. Elle avait l'impression d'être l'intrus, la tare à éliminer. Elle n'embrassait pas sa vie mais la survolait et, quelque part au fond d'elle, les Arbres continuaient de l'appeler, de la réclamer. Devrait-elle vivre avec eux quand elle ne serait plus capable de vivre ici ? Cette simple pensée la fit frissonner.

Harmonie secoua la tête pour chasser ces interrogations effrayantes de son esprit. Il n'était pas temps pour elle de penser à tout cela. La brise du matin, en s'emmêlant dans ses crins blancs, amenait à ses naseaux une odeur différente. Entre les effluves âcres de la forêt et de la roche à nue, un parfum plus doux se faufilait discrètement, titillant la vigilance de la petite jument. Elle n'était plus seule sur ces terres. Elle se prépara donc à accueillir l'intrus en se redressant de sa faible hauteur, secouant sa robe dorée et feignant de n'avoir absolument rien remarqué, tout en restant parfaitement alerte. Bientôt, elle ne tarderait pas à entendre ses pas approcher…


Dernière édition par Harmonie le Dim 8 Oct 2017 - 12:08, édité 2 fois
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Ocëan Pearl
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Jeu 7 Sep 2017 - 10:44

L'air était sucré dans la forêt. Malgré les embruns portés par le vent Ocëan Pearl distinguait un fond sucré dans l'air ambiant et s'y baignait avec délice. La brise lui parlait de ses premiers pas sur Horse-Wild, son arrivée après une longue traversée et ses rencontres, celles qui la laissaient avec un sourire et les yeux pétillants. Elle se dirigeait vers le Mont Etoilé dans un élan de folie, visiblement décidée à se fatiguer; elle aurait pu gravir les Rocheuses ou explorer la Montagne Sacrée au point où elle en était. Son vieux corps était reposé après un court séjour à l'Archipel des Boucaniers en compagnie de sa vieille amie. Querouane exsudait un calme reposant qui lui avait conféré une sérénité agréable malgré les angoisses de Fifa. Sa fille, sa clameur résonnante, était persuadée qu'un danger mortel planait sur elle. Pearl n'avait plus vu l'ombre de l'aigle royal la survoler depuis si longtemps qu'elle ne parvenait pas à se résoudre à l'idée que Zeus lui veuille du mal. Malgré sa famille destituée des Terres Trompeuses, la jument pie restait fidèle au roi des Dieux. Sa rancoeur était lointaine, atténuée par l'âge et la sénilité.

Elle emprunta la pente douce qui montait au sommet du Mont dans l'intention de contempler l'aurore. Le ciel s'éclaircissait peu à peu, ouvrait les yeux après la nuit plus fraîche que la journée et chassait quelques étoiles argentées de sa chevelure de jais. Une silhouette dorée se dessinait en haut du promontoire, une promesse de bonne compagnie si Ocëan en croyait le murmure de la brise. Elle hâta le pas, un doux sourire aux lèvres malgré son coeur éreinté par l'ascension et se présenta à l'inconnue.

« Bonjour. Me permettez vous de me joindre à vous en cette matinée pleine de promesses ? J'ose espérer qu'un jour tiède et clair se dessine à l'horizon, mes vieux os en auraient bien besoin. »
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Jeu 7 Sep 2017 - 16:46


Combien d'autres avait-elle rencontré ? Combien d'entre eux s'étaient moqués d'elle ? Elle les avait laissé parler, s'inclinant devant leurs mensonges, se soumettant à leurs rumeurs immondes. Elle avait laissé le mal s'imposer à elle, s'insinuer en elle et la grignoter de l'intérieur. Ils avaient tous participé sa fin, l'écrasant du bout du pied parce qu'elle était différente.

Combien de fois a-t-elle voulu dire « les miens » plutôt que « les autres » ? Leurs corps sont les mêmes que le mien, pensait-elle naïvement à une époque révolue. L'esprit, lui, diverge de l'un à l'autre, alors qu'à leurs yeux, il ne devrait pas. Et l'âme dans tout ceci ? Elle gigote au fond du corps, éveille l'esprit comme il ne devrait jamais le faire puis se lasse et vagabonde vers un nouvel horizon. Son âme, à elle, à qui appartient-elle ? Aux Arbres qui chantent au creux de son oreille ou aux autres, ceux-là même qui la détestent depuis son premier souffle de vie ?

Bonjour.
À trop vouloir feinter de n'avoir rien remarqué, Harmonie en avait oublié l'intrus qui approchait. Elle releva légèrement la tête et pivota ses oreilles, mais ne détourna son regard des arbres en contrebas que plus tard, quand la jument amicale eut fini de parler. Elle découvrit une robe pie vieillie par l'âge et un corps qui réclamait du repos. Une beauté ancienne qui rappela à la palomino combien elle était jeune et pourtant si usée par la vie ; prête à lâcher son dernier soupir aussitôt qu'on lui assurerait que les siens peuvent vivre sans son soutien.

Bonjour, répondit-elle si bas que ce fut presque un chuchotement.

Harmonie s'accorda quelques secondes pour songer à une réponse adéquate. Elle mit ce temps à profit pour faire glisser ses yeux d'or sur le paysage. La brise du matin souffla plus fortement en contrebas, secouant le feuillage des arbres.

Je n'oserais vous l'interdire. La solitude n'est bonne qu'à faible dose, dit-on.

La petite jument se tourna à demi vers l'inconnue, comme pour montrer qu'elle était ouverte à cette conversation. Elle l'avait supposé, mais s'étonna tout de même de la force avec laquelle le Chant hurla son mécontentement. Les Arbres aimaient l'avoir pour eux, la partager avec les autres leur était impossible. Trop peu de mondes les écoutait comme elle le faisait, pourquoi devraient-ils la laisser s'échapper ?
Néanmoins, Harmonie n'était plus la petite pouliche apeurée qu'ils pouvaient contrôler. Aujourd'hui, les voix dans sa tête criaient sans qu'elle ne leur prête la moindre attention. D'une oreille distraite, elle saisissait le sens de leur plainte, mais sa concentration était donnée à son aînée. Le cœur gonflé de respect, la petite palomino balaya le ciel du regard, puis ses pépites d'or revinrent se poser sur l'inconnue.

Il fera chaud, et la pluie ne coulera qu'à la nuit tombée, dit-elle finalement, un sourire passe-partout accroché aux lèvres. Je suis étonnée, je pensais que les autres ne venaient ici qu'au coucher du soleil. À l'aube, le Mont perd une partie de son nom.
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Ocëan Pearl
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Ven 8 Sep 2017 - 11:30

La notion des siens avait longtemps été plus vaste qu'elle ne l'avait jamais espéré. Ocëan Pearl était venue avec en tête l'amour, elle s'était retrouvée glorifiée à la tête d'un troupeau. Les responsabilités, le pouvoir, cela ne faisait pas bon ménage avec une personne simple et son coeur s'était gonflé, gonflé pour tous les équidés qui composaient les Terres Trompeuses, jusqu'à exploser sous un trop plein de ressentiments. Elle s'était battue, trop pour l'organe pulsant dans son poitrail et son rythme cardiaque qui chantait en coeur avec les tambours de guerre ne l'avait pas supporté. A présent elle chérissait ses enfants, leurs compagnons et le sien. C'était déjà bien assez.

La petite Pearlescence, adulte maintenant, l'inquiétait. Elle lui ressemblait beaucoup et Pearl ne lui souhaitait pas de suivre ses traces. Elle craignait que l'histoire ne se répète, en pire. Plongée dans ses pensées la pie manqua presque la salutation chuchotée que lui rendit son interlocutrice. La robe palomino n'éveillait plus de souvenirs malheureux dans son esprit. Elle avait su détacher ces derniers d'un simple éclat doré. De toute façon ils avaient été pie palomino. La petite jument à ses côtés répondait elle à ses attentes et Ocëan lui sourit aimablement.

« Voilà des paroles bien sages, je n'aurais pas dit mieux. »

Elle considéra un instant l'idée de l'interdiction et laissa échapper un rire.

« Je ne crois pas avoir déjà entendu un équidé en interdire un autre de lui faire la conversation. Et vous ? »

Ocëan Pearl pencha légèrement la tête sur le côté en écoutant les prévisions météorologiques de l'inconnue. Cela semblait probable bien qu'elle frisonne déjà d'inconfort à l'idée de la pluie. Ce n'était pas bon pour son arthrite. C'était d'ailleurs à cause de cette dernière qu'elle se trouvait là aux aurores plutôt qu'au crépuscule.

« A vrai dire j'avais dans l'intention de venir admirer le coucher du soleil... mes vieux os ne m'ont pas portée assez vite à travers la forêt, sans parler de l'ascension. »
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Sam 9 Sep 2017 - 11:53


Harmonie planta ses yeux dorés dans ceux de la pie, essayant de s'insinuer dans son esprit, de plonger dans ses pensées. Elle se demandait si elle en faisait partie, elle aussi, de ces autres qui l'ont jugée toute sa vie. Celle-ci semblait trop vieille pour avoir fait le voyage jusqu'ici, elle devait se trouver sur l'île avant que l'âge ne fasse son œuvre. Avait-elle trémoussé sa croupe bicolore au même rythme que les autres, s'accordant ensemble à dire tout un tas de perfidies ? Harmonie aurait pu rire de ses propres pensées si la question ne pesait pas si lourd dans son esprit vicié.

La petite jument détourna le regard pour le laisser glisser sur l'horizon orangé. Elle ne savait pas ce qui était le pire : que les autres l'aient jugée sans savoir ou, qu'au final, ils aient eu raison. Ils avaient murmuré dans son dos qu'elle ne serait jamais une bonne mère, que c'était impossible pour elle avec l'exemple qu'elle avait eu et la folie qui rongeait son esprit. Le moment venu, elle n'avait pas su être là pour ses enfants, prouvant au monde entier que l'hypothèse était avérée. Elle était, et serait à jamais, une mauvaise mère.

Sages ? répéta-t-elle, incertaine de pouvoir approuver. Peut-être que vous avez raison. Mais je doute que ce soit un trop plein de solitude qui nous a vieillies à ce point.

La palomino reporta son regard sur la pie, découvrant les cicatrices sans s'y intéresser vraiment. Elle avait cette chance de ne pas avoir connu de combat, ni de blessures graves. Physiquement, Harmonie ne présentait aucune erreur de jeunesse, aucune folie de pouliche, ni même d'insolence trop prononcée. Son corps était passé dans le temps sans la moindre égratignure.
Son esprit, en revanche, n'avait tenu que par miracle. Elle s'était fait ballotter entre les insultes des uns et la jalousie des autres. Les cris de tous détruisant peu à peu ce qu'il lui restait de raison et de libre-arbitre. Un pantin, voilà ce qu'elle avait fini par devenir. Un vulgaire pantin que les Arbres ont mené où ils le voulaient, broyant sa curiosité enfantine, étouffant ses désirs sans veiller guère plus à ses besoins. Elle aurait pu y rester, elle le savait et l'avait accepté, mais une étincelle d'obscurité avait tout balayé sur son passage. D'une rencontre anodine, elle avait puisé la force de combattre et de repousser l'échéance de quelques années.
Aujourd'hui, elle avait vaincu, mais que restait-il d'elle ? Elle se sentait vieille, lasse et perdue. La mort n'était jamais très loin, griffant sa croupe de ses doigts glacés quand elle n'y pensait plus, riant par-dessus le Chant quand elle y pensait trop. Elle mourrait bientôt et s'étonnait d'un jour l'avoir voulu. Maintenant qu'elle n'était plus seule, la fin de sa vie lui faisait peur et ne prenait plus les traits d'une « solution » ; pourtant, il n'existait aucune échappatoire.

Certains aiment à s'approprier un brin de pouvoir en se permettant ce que personne ne ferait à leur place. Vous seriez étonnée d'apprendre ce que les autres sont prêts à faire pour se sentir supérieurs au reste du monde, ricana-t-elle amèrement.

Harmonie préféra ne pas l'avouer, mais elle avait déjà imposé à un autre le silence au lieu d'accepter la conversation. Elle ne le regrettait pas ; cet événement faisait partie d'un passé qu'elle ne pouvait pas changer, un passé où ses pensées se mélangeaient, s'entrechoquaient et se précipitaient au bord de ses lèvres sans qu'elle n'arrive à les retenir.

Le coucher de soleil doit être magnifique, en effet, chuchota-t-elle en glissant son regard sur la cime des arbres.

Elle aimait voir les feuilles s'embraser sous le soleil, les branches ployer sous la pluie et les troncs se briser sous le vent. Elle les admirait quand ils souffraient, se souvenant alors de toutes les mauvaises choses qu'il lui avait faites, de toutes celles qu'ils feraient sûrement à son enfant. Elle savait les ignorer, mais la rancœur restait bien accrochée à son corps. Elle ne pouvait pas leur pardonner.
Et elle, alors ? Les autres lui ont-ils pardonné tout le mal qu'elle a pu faire ? Harmonie ferma les yeux un instant. Aelis lui avait pardonné son départ, mais elle redoutait qu'au fond de lui, la blessure ne soit toujours là, à demi-fermée, prête à s'ouvrir à tout instant. Sa propre fille lui avait rappelé son méfait. Elle avait demandé pardon, mais lui accorderait-on ?

Si ma venue avait été préméditée, j'aurais certainement fait comme vous. À avancer sans y penser, on se perd facilement, vous ne croyez pas ? Tout de même, je pense que la nuit, ce Mont doit avoir quelque chose d'effrayant. Je préfère le voir s'éveiller. Les oiseaux chantent et les animaux préviennent de leur arriver. Tout ce bruit, cela nous rappelle que l'on est vivant.

Et cela occulte le Chant, pensa-t-elle intérieurement. Pour combien de temps ? La question tambourina à l'intérieur de son crâne, mais Harmonie n'en laissa rien paraître, le même sourire accroché aux lèvres sans vouloir s'en aller.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Sam 9 Sep 2017 - 16:42

Ocëan Pearl soutint le regard de l'inconnue avec tranquillité. Elle n'avait rien à cacher et n'était pas venu chercher querelle. Visiblement sa compagne matinale n'avait pas entendu parlé d'elle et n'avait pas souffert d'un acte malheureux de sa part, c'était un soulagement dont elle profitait pleinement en cette aurore colorée. Au loin la nuit cédait place au pastel de l'aube. Le rose grappillait chaque seconde un peu plus de terrain, fuyait l'orangé de l'astre du jour pour devenir violacée au contact de la robe bleu nuit dont s'était parée la lune.

Elle laissa échapper un rire à l'intention de la petit jument à ses côtés. Peut-être Ocëan avait-elle été plus grande que cette dernière à une époque, à présent elle se tassait, ratatinée sur elle-même comme un champignon abandonné au soleil. Le couvert d'une forêt de "je dois" et "il faut" lui manquait. Sans ses anciennes responsabilités il lui arrivait de s'ennuyer.

« Allons donc, vous êtes encore jeune ! Il est vrai cependant que j'ai vieilli à force de côtoyer nos semblables et que depuis, l'absence de nouvelles rencontres semble m'avoir figée dans un état de conservation perpétuellement prolongé. »

La jument pie avait connu les aléas du pouvoir, les sensations grisantes qu'il procurait, la façon cruelle dont il vous arrachait à vos valeurs et votre famille. Il vous dévorait vivant, la plupart du temps. On mourrait pour le garder et si on survivait sans lui ce n'était pas sans séquelles. Elle était bien placée pour le savoir ainsi ne serait-elle probablement pas étonnée de ce à quoi certains pourraient avoir recours afin de s'en emparer ou le conserver.

« Je ne vous le fais pas dire, chuchota-t-elle plus pour elle-même que son interlocutrice. »

L'image cocasse des Dieux se regroupant sur le promontoire lui traversa l'esprit sans raison. Elle les imaginait bien discuter de leurs destins sous les étoiles, dominant Horse-Wild pendant que tous dormaient où était trop occupés pour les remarquer. Ils savaient de toute façon très bien se rendre invisibles et n'apparaissaient jamais contre leur gré. Certains croyaient les invoquer sans se douter que les divinités avaient simplement un sens de l'humour particulier. Sa compagne avait raison, la nuit le Mont devait être effrayant si sa théorie s'avérait véridique.

« Je pense que le silence nous force à chercher en nous une preuve que nous n'avons pas cessé d'exister. Face aux autres il est facile de vérifier qu'ils reconnaissent toujours notre présence mais livrés à nous-mêmes nous ne pouvons que douter et réaliser que nous ne sommes que bien peu de chose. On pourrait croire que le monde tourne autour de nous et que tout s'arrête à notre dernier souffle, c'est bien plus rassurant que la dure réalité : il ne dépend en aucun cas de nous. »

Elle l'avait réalisé bien trop tôt.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Lun 11 Sep 2017 - 10:50


Harmonie se délectait de cette absence d'insultes, que ce soit de la part des Arbres ou de la jument à ses côtés. Elle en avait souffert plus qu'elle ne l'avait montré et gardait un souvenir désagréable des regards que les autres aimaient lui lancer. Monstre, criaient-ils sans un mot, folie. Pourtant, dans les yeux de sa compagne, elle ne vit que l'âge, la tranquillité et l'envie de converser. Rien, en somme, qui ne sut l'inquiéter ou la rebuter.

La petite jument se demanda soudain si l'inconnue n'était pas dans le même cas qu'elle. Ce regard échangé l'ébranla profondément. Elle comprit son égoïsme et le regretta aussitôt. Elle n'était pas la seule à vivre sur cette île. Elle n'était pas la seule à avoir attiré les foudres d'autres qu'elle ne connaissait même pas. Des rumeurs, il en courait partout, tout le temps, sur tout le monde. Cette jument-ci, dans son âge avancé, avait dû en faire les frais. Qui était-elle pour se placer en unique victime ? Harmonie soupira de sa propre bêtise. Elle voulait se montrer forte et détachée, mais elle devait bien l'avouer : les pensées des autres l'affaiblissaient.

Les apparences peuvent être trompeuses, répondit-elle en souriant. Mon corps est jeune, mais mon esprit se sent vieux. N'est-ce pas là la seule chose qui compte ? Peu importe l'âge de l'enveloppe, c'est à l'intérieur que le temps fait son œuvre véritablement. Ce serait un miracle, ou un cauchemar, que je vive aussi longtemps que vous.

La palomino ne se départit pas de son sourire tranquille. Peu importait le funeste de ses paroles, elle gardait toujours la même expression, tantôt un brin plus triste, tantôt un poil plus sereine. À trop s'habituer à son armure mensongère, Harmonie en oubliait de la laisser se fendre aux bons moments et parlait avec une fausse joie d'une mort prochaine. Cela ne faisait pas d'elle une jument puissante, mais un être étrange que l'on préférerait éviter. Elle ne s'en rendit compte que trop tard et décida de laisser couler. Avec un peu de chance, sa compagne serait trop concentrée sur la philosophie de deux vieilles âmes en perdition pour capter la bizarrerie de la petite jument.

Ce monde ne dépend de personne, c'est certain. Peut-être est-ce pour cela que d'autres cherchent à marquer leur passage. Ils veulent se persuader qu'ils servent à quelque chose. Pourtant, tout ceci est inutile. Les… commença-t-elle avant de s'arrêter net. Elle fixa l'inconnue dans les yeux pour masquer ce lapsus en simple erreur de locution et reprit calmement : Le monde trouve toujours un moyen pour remplacer les éléments essentiels. Personne n'est indispensable.

Harmonie détourna à nouveau le regard pour le fixer sur la forêt qui les encerclait. Même eux, ils ne mourraient pas sans elle. Ils avaient déjà trouvé quelqu'un pour la remplacer. Sa propre fille méritait mieux que ce qu'elle avait vécu ; pourtant, ses prières silencieuses n'avaient servi à rien. Son enfant subissait le Chant et s'attaquait à lui avec force. Elle ne le laissait jamais couler sans l'écouter, elle finissait toujours pas s'énerver. La palomino ne savait plus quoi faire pour l'aider. Face à la souffrance de sa chair, elle était plus inutile qu'elle ne l'avait jamais été.

Vous avez les mots de quelqu'un qui sait de quoi il parle. Je regrette qu'une telle désillusion vous ait blessée. Les idiots ont cette chance de mourir en croyant qu'ils ont eu raison.

La petite jument avait longtemps cru que la mort était sa solution. Qu'une fois son corps détruit et son esprit envolé, les Arbres cesseraient de chanter. Quel mal l'avait piquée ? Elle ne doutait plus, aujourd'hui, que le Chant ait atteint d'autres oreilles avant les siennes. Si elle mourait maintenant, le bruit ne s'arrêterait jamais. Et si elle espérait que la mort la noie dans le silence le plus complet, elle regrettait que le vacarme s'empare de son enfant.

Mais vous avez raison sur un point, ajouta Harmonie en posant ses yeux ors sur la pie. Il n'y a rien de plus mort que le silence.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Lun 11 Sep 2017 - 23:23

Ocëan Pearl sourit douloureusement au choix de mot de sa compagne. Elle le savait si bien, peut-être mieux que quiconque pour avoir dominé le territoire trompeur. Elle en était parfois l'exemple même et hésita à l'avouer. Elle n'était pas là pour partager ses états d'âme, apprécié l'anonymat offert par sa discussion avec la jument palomino. Ce genre de contact lui avait manqué avec les années et semblait être le plus pur de tous, celui sans artifice qui pousse deux inconnus coincés ensemble à se rapprocher bien plus que les membres d'un même troupeau : ceux d'Horse-Wild n'était jamais devenus de vraies communautés.

« La jeunesse demeure dans la tête malgré le corps qui se détériore, acquiesça-t-elle pensivement. Je pense qu'il faut le vouloir, pour vivre aussi longtemps. »

Elle ne voulait pas laisser sa famille, espérait encore expier ses fautes et tenait à voir la passation des Terres. Il s'agissait d'une raison comme une autre, à elles toutes elles la faisait durer. Pearl perdurait sans grand effort. Le sentiment de joie qui émanait de la petite jument à ses côtés la perturbait, qui était-elle pour se réjouir d'une mort prochaine, encore plus la sienne ? La pie n'osa pas la questionner. La nature n'aimait pas le vide quand bien-même rien ne lui était essentiel aussi Ocëan ne tarda pas à répondre, stimulée par la conversation faussement philosophique : elles ne faisaient que considérer leurs expériences respectives sans tenter de théoriser le monde qui les entourait.

« Plus que la mort, c'est tomber dans l'oubli qui nous effraie. Les souvenirs nous permettent de prouver qu'on a existé, qu'on existe toujours d'une certaine façon. Nous-mêmes, nous trouvons réconfort dans la mémoire de l'être aimé. »

Pearl sourit faiblement aux paroles de sa compagne. Elle n'était pas mieux lotie et la jument tendit doucement l'encolure pour effleurer délicatement l'épaule de son interlocutrice, se voulant rassurante. Peut-être pouvait-elle la réconforter pendant que le soleil se levait.

« Vous n'avez pas l'air d'une idiote. Il parait qu'ils sont heureux, plus que nous. Est-ce une vie, ne rien y comprendre ? Parfois je me dis que je l'aurais pleinement vécue, et peut-être même un peu comprise. »

Certains vivaient pleinement en profitant des bonnes choses de la vie, d'autres la passaient à chercher, étudier, tester dans l'espoir de résoudre les plus grands mystères de l'univers. Ocëan ne prétendait pas avoir donné un sens à sa vie, mais les évènements n'avaient pas manqué de donner du sens à ses journées. Jeune ou vieux on croyait souvent détenir certains secrets, probablement faisait-on erreur à tout âge.

Le soleil brillait de mille feux dans le ciel clair, enfin dressé de toute sa splendeur. Il ne les avait pas attendues. Ocëan Pearl lui offrit un sourire mélancolique et contempla les terres en contrebas. A une époque elle avait contemplé l'aurore depuis les Rocheuses et admiré son territoire. A présent elle craignait qu'un rocher ne s'effondre sur son dos et la précipite dans le vide. Un aigle aurait poussé un cri au-dessus de sa carcasse, déclarant la victoire de Zeus.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Ven 15 Sep 2017 - 10:12


Harmonie pencha la tête, pensivement. Elle n’arrivait pas à déterminer si sa compagne avait raison. N’était-ce qu’une question de bonne volonté ? Elle ne doutait pas que bon nombre de fantômes crieraient au scandale en entendant ces mots. Étaient-ils morts parce qu’ils ne voulaient pas assez vivre ? Il y avait sûrement de cela, au fond, mais cela ne pouvait pas être vrai pour tout le monde. La question était de savoir de quel groupe Harmonie faisait partie.

Le Chant profita d’un moment de faiblesse de son esprit pour s’amplifier et prendre une place plus importante à l’intérieur de son crâne. La palomino sourit sous l’assaut, laissa la mélodie couler dans ses oreilles puis ferma les yeux et se concentra. Il ne lui fallut qu’une poignée de secondes pour reprendre le contrôle, le Chant ne fut plus qu’une vague musique d’ambiance qu’elle entendait sans l'écouter vraiment.
Certainement était-ce ceci, qui la précipiterait dans la nuit éternelle. Elle ne voulait plus vivre avec eux. Elle ne voulait plus se battre contre eux. Elle ne voulait plus entendre les autres cracher dans son dos. Elle ne voulait plus rien entendre du tout. Le silence, c’était son unique but.

Vous avez sûrement raison, approuva-t-elle tout bas. Je ne le veux peut-être pas.

Un doute restait tout de même enfoui en elle. Un doute qui prenait racine au plus profond d’elle, là où personne n’avait accès, pas même les Arbres. Ils avaient essayé, mais Harmonie ne s’était pas laissée faire. Toutes les barrières qu’elle avait érigées autour d’elle n’étaient rien face à celles qui protégeaient cet endroit de son cœur. À l’intérieur, il y avait eux, ceux qu’elle aimerait à tout jamais. Elle était prête à tout pour eux. Survivre au Chant n’était qu’une mince affaire. Le silence pouvait attendre, elle avait encore des choses à dire à ses enfants, à avouer à son amant. Un jour, peut-être ne voudrait-elle plus vivre, mais pour l’instant, la mort devrait attendre également.

C’est amusant, j’aurais parfois préféré que l’on m’oublie, justement, dit-elle sans la moindre joie dans la voix. Et plus spécifiquement, l’être aimé.

Aussi étonnant que cela pouvait paraître, Harmonie perdit son sourire et se plongea dans une gravité qu’elle ne se connaissait plus depuis longtemps ; pas en présence d’une inconnue, en tout cas. L’oubli était un sujet sensible pour la petite jument. Elle avait tant souhaité que son bel amour tire un trait sur sa personne et lui tourne le dos à jamais… Il ne l’avait pas fait, bien évidemment, et il lui avait reproché de l’avoir abandonné. Malgré tous ses efforts, il ne s’était pas détourné. C’était pour cela qu’elle l’avait tout à la fois aimé et détesté. Elle s’était toujours persuadée que la vie d’Aelis aurait été mieux sans elle et son étrangeté, mais il ne l’avait jamais écoutée. Aujourd’hui, elle était incapable de dire qui de lui ou d’elle avait eu raison. Elle… Il…

Il y eut comme un court-circuit au fond de son cerveau. Une onde de choc déferla dans tout son corps et la fit trembler, comme sous le coup d’un vilain frisson. Harmonie releva la tête brutalement et planta ses yeux dorés sur la jument pie. Elle l’avait touchée. Un si petit geste pouvait paraître anodin pour le commun des mortels, mais pour la palomino, cela faisait l’effet d’une bombe. On ne l’avait plus touchée depuis si longtemps qu’elle en avait presque oublié que c’était possible, que son armure n’était pas réelle, matérielle. N’importe qui pouvait la toucher et Harmonie détestait cela.

Pourtant, ce n’était ni avec haine ni avec dégoût qu’elle dévisagea l’inconnue mais avec curiosité. La petite jument eut beau visualiser la scène à nouveau, le résultat restait le même : elle aurait pu se pousser, échapper à ce contact puis s’excuser, ou non, auprès de sa compagne ; pourtant, elle ne l’avait pas fait. Elle avait vu la pie tendre les naseaux vers son épaule. Elle avait vu mais n’avait pas bougé d’un centimètre.
Pourquoi ?

Qui êtes-vous ? laissa-t-elle échapper à contrecœur.

L'anonymat lui avait plu plus qu'il ne l'aurait dû. Elle avait apprécié une conversation dénuée de préjugés, des mots dictés sans que les rumeurs ne viennent entacher leurs pensées. En trois mots, elle brisait tout ceci. C'était fou, tout la ramenait toujours à trois petits mots innocents, que soit ici ou avec son enfant. Elle avait cru bien agir à l'époque, aujourd'hui elle doutait.
La question restait tout de même d'importance. Harmonie voulait réellement savoir qui se tenait à côté d'elle, qui pouvait la toucher sans qu'elle ne fuie. Le dégoût était bien là et la palomino regrettait amèrement d'avoir laissé ce contact arriver, mais cela ne changeait rien. Son geste était délibéré. Comment était-ce possible ? Elle n'en avait pas la moindre idée.

Vous savez quoi ? Oubliez, conseilla-t-elle en secouant la tête. Vous attisez une curiosité que je ne me connaissais plus. Avec vous, je me surprends à penser : « Qu'est-ce que cela ferait si... », et je ne suis pas sûre d'apprécier.

Qu'est-ce que cela ferait si je la laissais me toucher ? Harmonie ne voulait plus y penser. Elle n'aurait même pas su comment réagir si le contact ne lui avait pas déplu. De toute sa vie, le seul qui avait été autorisé à la toucher n'était autre qu'Aelis. Sa progéniture, bien entendu, possédait ce privilège également. Qu'une quatrième personne entre dans ce cercle si intime était à la fois impossible et inadmissible. La petite jument aimait penser que certaines choses ne pouvaient ou ne devaient être faites qu'en famille.

Parfois, il est préférable d'accepter certaines choses sans chercher à les comprendre. Les idiots n'ont pas besoin de trier, eux. À ce titre, ils s'en sortent certainement mieux que nous. Harmonie marqua une pause pour détourner le regard, presque honteuse. Puis elle supplia d'une toute petite voix : S'il vous plaît, ne me touchez plus.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Sam 23 Sep 2017 - 18:31

Ocëan Pearl ne pensait pas tant que certains ne voulaient pas assez vivre mais plutôt qu'ils n'avaient eu que leur bonne volonté pour les porter. Il n'y avait pas que ça bien sûr, la chance, les aléas de la vie et bien d'autres facteurs entraient en jeu. Elle-même avait beaucoup de choses à bénir pour lui avoir permis d'être encore ici aujourd'hui.

Elle considéra les paroles de sa compagne avec un intérêt distant, concéda qu'elle aurait bien voulu qu'on oublie sa réputation, ces derniers temps. On ne cessait de lui rappeler qui elle avait été mais ce n'était plus qu'un passé qu'il ne tarderait pas à être effacé. Il ne manquait qu'une vague de nouveaux arrivants pour que les anciens dominants soient oubliés et sincèrement, Ocëan commençait à l'espérer.

La pie fut tirée de ses pensées par la réaction brusque de la palomino qu'elle dévisagea sans comprendre, ses prunelles bleues se heurtant à celles flamboyantes de la jument. Elle n'y lisait pas de rage, simplement un retour brutal à une réalité qu'elles avaient toutes les deux fui sans même s'en rendre compte. Sa question la secoua comme elle avait surpris l'inconnue et Pearl accepta d'y répondre d'un hochement de tête résigna en revenant à l'horizon.

« Je me nomme Ocëan Pearl. Et vous ? »

Elle ignora le changement d'avis de sa compagne mais n'insista pas pour obtenir une réponse. Ce n'était pas le plus important, plus maintenant. Les années lui avait appris qu'on ne connaissait jamais vraiment personne, et qu'un nom nous en apprenait souvent moins qu'un moment passé en la compagnie du concerné. Les noms restaient dans la mémoire mais la mémoire était sélective et manichéenne.

La jument accepta silencieusement la requête de sa voisine et se détourna du vide pour faire quelques pas le long du bord, le corps reposé. Elle ne craignait pas de tomber, la seule ombre qui la menaçait était celle de Hyuna', fille d'Hypocamp'. Probablement l'entendrait-elle arriver, si elle était aussi bruyante que les rumeurs qui lui parvenaient. Ocëan Pearl adressa un regard pensif à la silhouette dorée dans son dos, se demandant si elle resterait face à son reflet ensoleillé.

« M'accompagnerez vous jusqu'au pied du Mont ? »


Dernière édition par Ocëan Pearl le Dim 8 Oct 2017 - 11:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Mar 26 Sep 2017 - 19:20


Harmonie avait troqué sa curiosité de pouliche contre une maturité précoce qui lui avait joué bien des tours. Sur ce point, son fils lui ressemblait tellement qu’elle s’inquiétait constamment pour lui. Son absence lui manquait horriblement, mais elle avait accepté sa responsabilité et vivait aujourd’hui avec le poids de ses erreurs.
Le mensonge était venu plus tard, beaucoup plus tard. Elle ne savait plus exactement depuis quand elle mentait au monde comme elle respirait. C’était devenu nécessaire, comme un rempart au mal que les autres pouvaient lui faire. Si elle regrettait d’avoir menti à son fils pour le protéger, elle ne regrettait pas les mensonges qu’elle offrait aux autres. Tout ce qu’elle avait enduré à cause d’eux ne pouvait être pardonné et si l’on ne guérissait pas le mal par le mal, Harmonie se complaisait dans son armure de jument forte et ses paroles viciées. Peu lui importait que les autres lui en veuillent en apprenant la vérité, elle faisait ce qu’elle voulait.

Cependant, face à la jument pie, les certitudes de la palomino s’étiolaient, chaviraient lentement jusqu’à se perdre dans le néant. Harmonie ne savait plus que penser. Sa curiosité enfantine revenait l’assaillir, forçant ses lèvres à s’ouvrir sur des questions. Même les mensonges lui semblaient une mauvaise alternative. Pour la première fois de sa vie, la petite jument pensait : « elle mérite la vérité ». Quelle vérité lui donner, pourtant ? Qu’elle était une orpheline abandonnée à la naissance par des parents qui n’en avaient que faire qu’elle vive ou non ? Qu’elle était une folle qui entendait les arbres chanter et hurler à ses oreilles ? Qu’elle était une mauvaise mère qui avait donné à sa fille le pire mal du monde et plongé son propre fils dans la solitude la plus noire de trois mots innocents ? Qu’elle était ratée, du début jusqu’à la fin ? Qu’elle était Harmonie, tout simplement.

Elle n’en fit rien, pourtant. Les lèvres hermétiques au moindre mot. Une fois encore, les médisances des autres retenaient ses paroles. Que dirait sa compagne en apprenant son identité ? Était-elle seulement au courant de son existence ? Harmonie avait fini par comprendre que les rumeurs étaient indomptables. Sans qu’on le veuille, les autres apprenaient rapidement à vous connaître sans que vous ne les ayez jamais rencontrés. C’était ainsi que l’on avait craché sur sa robe dorée. Métaphoriquement, bien entendu. Si un autre lui avait réellement craché dessus, la petite jument aurait pu se défendre, mais contre des mots imprévisibles, libérés dans la nature, elle ne pouvait rien faire.

Un doute s’installa en elle quand le nom de sa compagne atteignit ses oreilles. Comme beaucoup d’autres, elle connaissait ce nom. Les autres le murmuraient entre eux, se racontaient toute sorte d’histoires, de ragots sur ce nom. En vérité, Harmonie suspectait la jalousie d’avoir amplifié la puissance de ces rumeurs. Comme tout autre potin, la palomino avait ignoré les chuchotements. Elle préférait encore s’offrir au Chant que de tomber aussi bas que ceux qui causent sans rien savoir. D’Ocëan Pearl, elle ne connaissait donc que le nom et l’accession à la dominance. Elle ne savait même pas de quelles terres il s’agissait. Dorénavant, elle pouvait ajouter à ce patronyme quelques pensées fort intelligentes, une compagnie agréable et un contact qu’elle avait cherché sans vouloir l’avouer. Une âme intéressante dont elle dirait du bien à son compagnon. Allez savoir, peut-être même qu’il la connaissait déjà…

Volontiers, répondit simplement la petite jument.

Tirée de ses pensées, Harmonie redressa la tête et fit volte-face d’une lenteur accablante pour se rendre compte qu’Ocëan n’était plus à ses côtés mais quelques pas plus loin. Quand ses yeux or rencontrèrent ceux ciel de sa compagne, la palomino sentit le doute l’assaillir avec plus de force. Devait-elle dévoiler qui elle était ou taire à jamais un nom bien souvent détesté ? Elle ne savait plus et se donna le temps de la descente pour réfléchir.
De quelques pas maladroits, la petite jument rejoignit la pie et se plaça à ses côtés pour l’accompagner jusqu’en bas. Elle garda tout de même un œil sur la distance qui les séparait chacune l’une de l’autre et fit très attention à ne pas approcher plus que nécessaire. Le contact précédent l’avait quelque peu traumatisée et Harmonie ne voulait pas retenter l’expérience. Elle remerciait, sans le dire, Ocëan Pearl pour accéder à sa demande sans la questionner en retour. Qu’aurait-elle pu répondre, de toute façon ? Elle n’avait subi aucun traumatisme d’enfance lié à son aversion pour le contact. Ou du moins n’en avait-elle pas conscience. Peut-être que l’abandon de sa mère n’était pas étranger à sa phobie. En vérité, Harmonie s’en fichait.

La palomino fit très attention à l’endroit où elle posait les sabots et se concentra davantage sur la descente du Mont plutôt que sur sa compagne. Elle garda donc un parfait silence agrémenté d’une faible mélodie que la pie ne pouvait entendre. Harmonie pouvait l’avouer sans honte : si Ocëan lui avait adressé la parole pendant ce temps, elle n’en avait ni entendu ni écouté les mots. Elle jeta tout de même un coup d’œil à la jument pie pour essayer de déterminer, à son regard ou son expression, si on attendait d’elle qu’elle réponde à une question ou une simple banalité d’usage. Étonnamment, la palomino se sentit prête à mentir et prétendre d’avoir écouté sans que rien ne vienne la troubler ; ni culpabilité, ni doute. Néanmoins, elle se contenta de sourire et de prêter à nouveau attention au chemin.

Quand la pente fit enfin place à une surface plane, Harmonie laissa échapper un soupir et s’ébroua doucement. Son esprit travaillait constamment sur plusieurs pensées à la fois et se fatiguait facilement. Au moindre faux pas, elle aurait pu glisser, tomber et se blesser. Il était hors de question de laisser cela arriver. Maintenant qu’elle était arrivée en bas saine et sauve, elle devait bien l’avouer : elle n’avait aucune idée de l’endroit où aller. La petite jument se décida donc à attendre que la pie s’éloigne, elle irait alors dans la direction opposée et verrait bien où elle finirait par débarquer.

Décision prise, Harmonie reporta son regard sur Ocëan Pearl et repensa à cette matinée qu’elles avaient partagée. Peut-être était-ce à cause de la lumière qui perçait à travers le feuillage des arbres et glissait sur leurs deux corps, ou peut-être était-ce dû au doux chant des oiseaux qui reprenaient leurs droits sur la forêt, mais la palomino se sentit capable de dire la vérité. Comme si tout ceci n’avait plus d’importance maintenant et que les choses devaient être dites.
La petite jument baissa donc la tête, ferma les yeux pour chercher le courage d’affronter ses démons et laissa échapper, presque malgré elle, un léger murmure quasi-inaudible. Elle se reprit toutefois, releva la tête brusquement et plongea son regard dans celui d’Ocëan. Il n’était plus temps d’avoir peur, elle devait affronter sa vérité.

Harmonie, dit-elle en souriant, premier véritable sourire de la journée. C’était un plaisir de vous rencontrer, Ocëan Pearl. J’espère que vos jours seront agréables.
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MessageSujet: Re: Dans la brise du matin [pv — Ocëan Pearl]   Dim 8 Oct 2017 - 12:00

Ocëan Pearl ne se souvenait que bien peu de son enfance. Une époque heureuse, assurément. Ses parents avaient été tristes de la voir prendre son indépendance, elle se souvenait plus des vagues pendant sa traversée que de leurs visages dépités. La jument pie s'était lancée à la poursuite de l'amour, fouillant parmi les flots jusqu'à mettre le pied sur Horse-Wild. Il y avait trouvé bien plus que les sentiments qui faisaient encore battre son coeur fatigué. Elle ne regrettait rien, rien qui ne relève de sa famille et ses amis du moins.

Ses regrets se résumaient en un mot, un nom qui la hantait à présent : Hyuna'. Elle n'avait jamais voulu... elle aurait voulu lui conter ses entrevues avec Hypocamp', donner à la pouliche qui avait maintenant bien grandi un aperçu de sa mère disparue. Ocëan n'avait pas que des guerres à partager avec elle, elle avait une histoire merveilleuse peuplée de gélatine dont le goût sucré lui revenait parfois. La petite jument soupira à ce souvenir. Elle ne pouvait nier que le châtiment auquel aspirait Hyuna' était mérité simplement, elle s'y refusait. Il y avait encore tant à faire...

La jument palomino l'accompagna dans la lente descente. Pearl avait encore le pied sûr malgré ses sens qui la trahissaient et elle maudissait son corps toujours vieillissant. La mécanique bien huilée de sa carcasse se rompait par endroit et endommageait ce qui fonctionnait encore. Sa vue était restée bonne, étrangement. Le silence lui permit d'oublier son ouïe qui n'était plus ce qu'elle avait été. La descente prit fin comme la torpeur qui s'était emparée de la petit jument lors de la marche, éveillée par le chant lointain des oiseaux pourtant si proche. Le soleil réchauffait délicatement sa vieille carcasse et elle lui en était reconnaissante tout comme elle l'était vis à vis de l'inconnue qui lui avait si aimablement tenu compagnie.

Elle contempla cette dernière, curieuse de son rituel qu'elle ne pouvait comprendre. Le premier murmure lui échappa et Ocëan Pearl tendit l'oreille, désireuse de faire honneur aux paroles de celle qui pourrait devenir une amie si la vie leur en laissait le temps. Elle soutint le regard d'Harmonie avec une fermeté qui se voulait rassurante, lui rendant son sourire.

« C'est un beau prénom. Au plaisir de vous revoir. »
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