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EVENEMENT EN COURS POUR HALLOWEEN + NOUVELLE EDITION DE LA GAZETTE

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 Le plaisir est bref, le remord perdure

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Geisha

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MessageSujet: Le plaisir est bref, le remord perdure   Mar 18 Juil 2017 - 17:55


Le plaisir est bref, le remord perdure (Euripides)
Geisha - Sorrow

L'Archipel des Boucaniers, les îles mystérieuses, le cimetière marin, la crypte aux morts, tant de nom pour une si petite archipel. Tant de secrets pour un lopin de terre si éloignée au Nord. Le soleil y trouve son refuge. Il émerge de son lourd sommeil dans un cocon duveteux et retourne chaque soir dans les bras de ses maitresses après une longue et difficile journée à veiller jalousement sur cet étendue sablonneuse. Les rayons solaires dardent la terre avec fureur. Il y fait chaud. Le moindre nuage gris qui apparaît se fait agressivement attaqué pour disparaitre. Pourtant, cela arrive, surtout la nuit quand le soleil se repose. Quand la lune prend le relais, elle permet à l'eau de jouer. Il pleut alors une senteur de sable et de terre mouillée. Un ballet tantôt aérien tantôt terrestre comence. Ils rafraîchissent  le sol. Ils lissent les épaves marines. Les gouttes se mêlent aux feuilles et aux rivières. Unr communion si douce et si parfaite qu'on aurait peur de voir le soleil se réveiller. Les rayons lunaires éclairent chaque petit rat, chaque étoile. Elle projette sa douce lueur sur la première ballerine chaque nuit. Ces petites bêtes lumineuses appelées lucioles dansent entre elles. Les anumaix nocturnes prennent le relais. Les couples et familles séparés par la nuit hurlent, pleurent, s'appellent. Ils savent ce que la nuit réserve. La marée a joué son rôle. Qui compte ne rejoint pas sa famille avant le couché du soleil sera condamné à passer sa nuit seul. Cela arrive régulièrement. On peut entendre par ci et par là des âmes en peine. Elles hurlent de douleur après leur moitié, leur progénitures emportées au large pendant la traversée  du retour. Ce que la mer prend, elle ne rend pas. C'est une égoïste. Parfois, elle rend un corps au matin; parfois pas. Parfois, c'est une carcasse de navire qui refait surface. Une quelconque barque ou un puissant trois mats que l'océan avait appelé à lui. On ne sait jamais ce que l'aurore nous réserve.

C'est dans ces terres que tu vis depuis quelques temps. Tu as traversé pour ne plus te retourner. Tu vis la nuit, en général. Tu te sens plus proche de la lune et de son mystère que du soleil et de sa puissance. Tu marches alors des heures sur la plage au sable blanc. Tu réfléchis. Tu penses souvent à ton poulain, ce petit Raveb mort trop tôt. Tu revois sa petite tête alezane et ses grands yeux dans l'eau. Ces grands yeux terrifiés et ce corps convulser. Il était trop jeune pour mourir. Tu étais trop jeune pour vivre cela. Tu n'étais pas prête. Ton père l'était encore moins. Tu penses souvent à cette mère inconnue, à ces difficultés à  grandir sans elle. Pauvre Cristal... Tu penses souvent à ton père aussi. Ce grand cheval gris qui s'est retrouvé avec une pouliche sur les sabots. Ah, ton pauvre père. Tu lui en fais voir chaque jour, chaque soir, chaque nuit. Tu etais jalouse, malheureuse et tu ne savais plus comment lui faire comprendre. Tu avais peur du rejet, de la souffrance. Et ton passé n'a rien changé sur le présent. Tu as toujours aussi peur. Tu as toujours aussi mal malgré cette rencontre improbable. Tu as rencontré ce grand ténébreux.  Tu as rencontré un mâle, un dominant, la raison de la mort de ton petit. Tu as rencontré Sorrow, dominant et beau. Tu étais d'abord sur tes gardes, méfiante. Doucement, vous vous êtes apprivoisé, aimé. Rien de charnel, vous n'étiez pas prêt. C'était le plaisir de la discussion, de la consolidation, de l'approche. Tu l'as aimé et tu l'aimes toujourd mais tu te sentais toujours aussi mal loin de lui. Tu trahissais la mémoire de ton poulain. Non, ce n'est pas lui qui l'a tué. C'est ce pauvre damné Perjury mais c'est à cause de la boîte à musique de Sorrow que Raven n'est plus à tes cotés. Tu éprouvais des remords. Tu es alors allée à l'Archipel. Tu t'es retrouvée prisonnière et tu n'es plus partie. Tu réfléchissais, tu réalisais ton deuil avec comme seule compagnie la lune et ses chants. Tu marches calmement sur le sable jusqu'au lever du soleil.

Soudain, tu sens une odeur. Tu la reconnais. Tu es prête à l'accueillir et accepter la décision. Tu tournes la tête et tu le vois sur la plage. Il est si beau avec son poils noir geai. Tu souris. Une grimace que tu ne fais plus depuis longtemps. Tu te mets à trotter. Tu te diriges vers le banc de sable blanc séparant l'Archipel de la côte. Tu y arrives rapidement. Il est toujours là. Il est à porter de voix. Tu sens encore son odeur de mâle mélangée à l'air marin. Tu inspires plusieurs fois. Tu t'en enivres. Soudain, tu ne sais pas d'où ce sont sort mais tu hennis en l'appelant. Tu traverses le banc de sable. Ton coeur bat rapidement. Le seul dans tes grands yeux en amandes piquent. Tes cris s'emmêlent dans le vent. Tu vois apparaître les victimes de la nuit: des arbres, des animaux, des bateaux. La mer n'a pas été clémente hier soir. Il a plu énormément. L'air est frais pour un mois de juillet, des colonnes d'eau s'évaporent. Cela ne fait qu'accentuer la profondeur du mouvement. Tu t'approches de lui en trottinant. Bien que marquée par la vie, tu souris. Tu es proche de lui. Tu t'arrêtes devant lui. Tu restes immobile. Tu ne sais pas quoi.faire. Tu as envie de l'embrasser mais s'il est aimé de quelqu'un d'autre... Tu l'embrasses chastement sur la joue au cas où. Tes yeux brillent de l'éclat lunaire de la nuit précédente. Ta peau frémit sous le vent et sous l'assaut du sel sur ton pelage d'été. Tu le fixes avec douceur. Tant de sentiments s'y bousculent.  Un léger sourire flotte sur tes lèvres. Ta voix douce s'élève. Elle est douce et sucrée comme du miel frais. Elle tremblotte d'émotions.

- Bonjour, Sorrow.

( Je m'excuse d'avance des fautes, etc et de la mise en page  mais c'est écris avec mon cellulaire)
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Sorrow
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   Sam 22 Juil 2017 - 23:40

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Les vagues pleuraient l'accalmie à grosses gouttes. Il n'avait jamais bien connu la mer. Jamais goûté à ses caprices, à ses tempêtes sans merci, à ses caresses d'écume laissant derrière elles la dentelle salée d'un réconfort passager, brûlant les plaies encore ouvertes, collant à la peau et devenant sa seconde odeur, un parfum aux relents d'abysses où meurent tous les songes. Sorrow n'avait pas connu la mer de l'Archipel des Boucaniers ; elle était d'un bleu paisible qui s'accordait avec le sable anémique, et, parfois, lorsqu'elle se levait avant de retomber pour s'écraser sur la plage, elle adoptait une teinte vert céladon tout à fait particulière, plus rêvée que réelle. Sorrow rêvait peu, depuis quelques temps. Ses rêves s'étaient éteints lentement, laissant s'échapper de l'embrasure de son inconscient le fumet d'espoirs engloutis par un destin vorace. Lui-même n'avait jamais été frugal. Il avait désiré, désiré, désiré. Des choses et des êtres. Il avait poussé jusqu'à obtenir. Lui-aussi pouvait pleurer du gros sel sur ses espoirs perdus.

Il s'était parfois comporté comme un enfant. Mais même un enfant comme lui savait que garder un papillon entre ses mains le tue à petit feu. Que sur des ailes prisonnières se découd la poudre de fée qui permet de voler. Qu'il ne reste, lorsque l'on ouvre la paume, que les voiles déchirées d'un rafiot, que le faible battement d'un coeur qui se lasse très vite d'une vie sans envol. Un papillon lui avait échappé il y a quelques temps de cela. Il avait préféré le laisser butiner à sa guise.

Peut-être un jour lui reviendrait-il. Lorsqu'il aurait extrait le suc de toutes les fleurs du deuil qu'on peut croiser dans les champs. Lorsque les os d'un corps au fond d'une rivière se seraient mêlés aux galets lisses. Il avait, finalement, connu l'eau. Mais l'eau douce qui chuchote, l'eau douce qui susurre mille confidences, transporte mille plaies, dont les algues ploient avec une sorte d'abandon, comme alanguies par les galanteries de l'onde. Il avait connu le ruisseau traître dans lequel on pense faire un pas, et dans lequel on tombe tout entier. Un poulain était tombé dans son ruisseau. Un poulain qui n'était pas à lui, mais à elle. Un poulain qui n'était pas né d'amour, mais qui aurait mérité de vivre. C'était vieux, tout cela. Cette histoire se rongeait toute seule à l'arrière de son esprit.

Il n'avait pas pu poursuivre Perjury, à moitié délirant, parti à la recherche de sa demoiselle fuyante. Il n'avait pas vengé Geisha, peut-être par couardise, peut-être poussé par le pragmatisme. Peut-être s'en voulait il. Peut-être pas.

Ses vacances improvisées l'avaient mené jusque ici, lui qui avait été dépouillé de ses terres, de son ruisseau où pourrissait le crime impuni. Il s'était imaginé des cocotiers pour se convaincre, et son inconscient, au plus profond de la nuit, au moment où l'on rêve mais ne se souvient de rien, avait invoqué l'image de Geisha qu'il lui fallait retrouver, par amour. Il avait connu l'amour, différents amours. Il avait même rarement vécu sans. Aussi ne voulait-il pas souffrir la déchirure qu'il sentait quelque part en lui, lancinante, qui le rappelait toujours à l'ordre, lui ordonnait de retrouver celle vers laquelle ses yeux s'étaient tournés, remplis d'affection. Peut-être ne voudrait elle plus de lui. Il serait alors seul, un roi déchu poursuivant une reine fugitive, avec pour seule consolation une fille dont l'adoration était aveugle et un fils dont l'affection était effacée, presque sceptique.

Il souhaitait retrouver ce frêle papillon. Tout son corps l'y poussait. Il avait traversé les terres d'Horse-Wild en oubliant momentanément celles qui lui avaient appartenu. Plus il approchait du  Nord, et plus elles devenaient des reliques d'un temps obscur, pas aussi belles que le trésor qu'il pouvait encore chérir et sauver des vagues. Il n'aurait pas admit qu'il rabâchait des excuses ; il n'avait que rarement admit ses faiblesses.

Ils étaient là, les cocotiers. Mais abattus par le vent. L'un d'entre eux s'était fracassé au sol, le coeur de son tronc visible aux yeux de tous, ses fruits depuis longtemps happés par les vagues avides. Sorrow s'arrêta pour le contempler, comme interpellé par ce morceau de paradis en ruine. Le sable collait à ses fanons, le soleil se mirait dans son pelage noir. Plus haut une mouette rieuse s'esclaffait de bon coeur. Ces animaux là se moquent de tout.

Un cri ; entre appel et vent essouflé. L'étalon redressa la tête, mais le son avait déjà disparu. Les secondes s'écoulent parfois trop vite. Il paraît si simple de retourner en arrière juste pour capturer un détail, et pourtant il n'existe pas de chose plus irréaliste.

Un peu affaibli par les dernières semaines, Sorrow choisit de croire. Il se retourne pour suivre l'avancée d'une silhouette connue qui trottine. Elle est belle. C'est ce qui le marque en premier ; l'élégance du pas, de la tête, du corps. Tout ce qui fait qu'elle pourrait être une vision. L'appréhension l'agrippe ensuite, et il manque de reculer, parce que c'est bien elle. Parce que son intuition était juste. Parce qu'elle est là, toujours plus proche, et que bientôt elle sera face à lui.

Ces pensées s'évaporent lentement. Les derniers mois alourdissent l'esprit du squelette croupissant dans l'eau sombre. Déjà, l'enfant s'agite. Il tend les mains pour se saisir du papillon qu'il ne peut laisser s'échapper une seconde fois. Un enfant ? Il avait aussi été un oiseau en cage qui connaît la destruction de la candeur, l'esprit qui se morfond. Oui, il s'était un jour senti prisonnier. Il était libre, à présent. Délivré de toutes responsabilités, mais encore attaché à ce vieux rêve qu'ils avaient partagé ensemble.

Sorrow ferma les yeux l'espace d'un instant. Il frémit en sentant la caresse de lèvres sur sa peau. Pas trop près, pas trop loin. Un salut à la fois tendre et hésitant.

On perd rapidement l'habitude des bonnes choses, lorsqu'on a connu le malheur. Sorrow la contempla longuement, pour que chaque aspect d'elle revienne hanter sa mémoire, et quelques bribes de rêves surgirent à la surface, les rêves cachés plein d'espérance qui hantent les récifs.

" Geisha, " déclara-t-il lentement, savourant son nom, " Cela fait bien longtemps. "

Il se tourna vers l'arbre brisé d'un air songeur, puis esquissa un pas pour s'en éloigner, se dirigeant vers les vagues. Il l'invita à le suivre du regard.

" Ton coeur a été bien abîmé, " continua-t-il, une sorte de murmure collé au mouvement de la houle, " J'en suis désolé. "

Quels mots ? Les mots sont animés par les sentiments, mais ils ne les portent pas comme le fait l'âme. Quels mots pour exprimer l'amour et la tristesse en même temps ? Quels mots pour leur histoire ? Ils s'étaient quittés sur des déclarations, à côté des tourbillons qui avaient emportés son enfant. Ils s'étaient quittés ; voilà où ça commençait. Ils s'étaient aimés. Ils s'étaient quittés. Pas pour toujours.

Quelques instants de plus. Une constatation, sortie des limbes d'un songe éveillé :

" Mais je te reviens... Te l'avais-je promis ? "
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   Mer 30 Aoû 2017 - 20:33

Une erreur se produit une fois. Une deuxième fois, c’est un choix.


Tu le regardes, tu l’écoutes. Il t’invite à le suivre. Tu hésites. Tout à changer, tout est pareil. Tu décides de lui emboiter le pas. Tu ne devrais rien risquer. Tu le connais. C’est Sorrow, c’est le cheval que ton cœur a élu malgré ton malheur. Tu marches à côtés de lui. Tu évites de te mouiller les sabots. Non par peur de te mouiller, tu n’as jamais été féminine à ce point loin. Je dirais que c’est par respect pour la marée descente. Tu as appris à la connaître. Tu sais que c’est l’heure. L’heure du rejet, l’heure de l’annonce. Tu as déjà senti les petits os craqués sous tes sabots, bousculé un corps. Tu préfères dorénavant le sable chaud. Ses morsures sont douloureuses et ses baisers râpeux mais… C’est temporaire. Ses souvenirs-là ne restent pas. Tu le sais très bien. Enfin soit, tu marches à son côté. Tu aperçois les reflets de sa robe noire dans ton angle de vue. Tu sens sa chaleur dans sa proximité. Son odeur t’enivre les naseaux et te fait tourner la tête. Tu l’écoutes d’une oreille discrète. Il est désolé que ton cœur soit abimé. Pourquoi ? Est-il coupable ? Est-il responsable de la mort de Raven ? Sont-ils responsable tout autant que Perjury, lui et sa boîte à musique ? Tu n’y avais jamais songé dans ce sens. Ton cœur faisait taire ces idées saugrenues. Il refusait que cela puisse être vrai. Mais c’est vrai que ton cœur a été abimé à cause de sa boîte. Dois-tu lui en vouloir pour cela ? Et si la boîte n’avait jamais existée ? Que se serait-il passé ? Tu ne l’aurais peut-être jamais rencontré. Tu n’aurais jamais fui le havre de paix que t’offraient tes terres. Tu aurais vécu une vie calme, routinière et monotone avec Raven. Tu l’aurais vu grandir. Tu l’aurais vu vivre, rire. Il aurait connu les joies et les tristesses d’un premier grand amour. Ils auraient rompu et repris leur chemin, leur vie. Oui, rien n’aurait été pareil. Tu ne sais que répondre à ses excuses. Mais y a-t’il une raison pour y répondre ? Est-ce purement rhétorique. Il n’attend pas de réponses, je pense. Il les a formulées pour que tu en prennes connaissances ; que tu saches qu’il est avec toi malgré tout. Il veut juste que tu saches. Tu décides de ne rien répondre et de continuer ta route. Tu fermes les yeux en signe d’acceptation. C’est ainsi que cela se passe lors d’une veillée. Certains pleurent, d’autres sont muets et extérieurs, d’autres encore hochent la tête ou ferment les yeux. Tu exprimes rarement tes sentiments en public. Tu n’es pas fort expansive.
 
Tu l’entends reprendre des mots. Ils te sont intelligibles. Ils ne veulent pas pénétrer dans ton cerveau pour être décodé. Pourtant, ces mots tu les attends depuis longtemps. Tu les as espérés, rêvés. Tout cela te semble étrange maintenant que le moment est arrivé. Il ne te l’a jamais promis, pas verbalement en tout cas. C’était une promesse tacite ; une promesse de cœur à cœur, d’amour en amour, de corps en corps. Il n’est jamais parti. C’est toi qui l’as fui. C’est toi qui es partie. C’est toi qui aurais dû lui promettre de revenir. La seule promesse qui tu as pu lui faire comprendre est de l’aimer, lui et rien que lui. Tu n’as pu que lui promettre que tu lui serais à jamais fidèle et que ton cœur lui appartenait. Ta promesse sous-entendue, tu l’as tenue. Tu n’as jamais pris contact avec d’autres chevaux, surtout étalon. Tu n’aimais que lui. Ta voix s’enraille, les larmes montent. Tu sens mise à nue devant le grand et tumultueux étalon noir. Tu réponds :

- Oui, c’est vrai mais… Je n’ai pas tenu la mienne. Je t’ai été infidèle…[/size]
 
Ta voix se rompt, se casse. Oui, tu as été infidèle. Tu n’as pas tenu ta promesse de ne pas aimer un autre, de ne rêver que de lui, ne penser qu’à lui. L’étalon qui te hantait, tu y pensais jour et nuit. Il te comblait, il t’enivrait. Il te faisait pleurer, rire de temps en temps. Tu te couchais en pensant à lui, tu te réveillais en l’imaginant. Oui, tu n’as pas su lui rester fidèle. Tu pensais trop à ton poulain né et mort. Tu as été infidèle à Sorrow avec ton poulain. La promesse de ne plus penser à lui, d’avancer. La promesse de le laisser en paix, dans le passé. Tu n’as pas su pendant longtemps. Le deuil était trop compliqué… Tu inspires profondément et tu reprends avec courage :


- Je n’ai pas su m’empêcher de penser à Raven, mon pauvre poulain. Mon bébé, une partie de moi… Sorrow, mon amour, je t’ai aimé dès notre première rencontre. Tu es si fort, si puissant. Mais j’avais peur, j’ai peur. Je me couchais en pensant à mon bébé ; je me levais en le pleurant. Je vagabondais sur l’île, errait comme une âme morte, une épave échouée, un papillon incapable de voler, sur ce maudit lopin de terre. Je culpabilisais d’être incapable d’ouvrir la cage aux souvenirs. Je ne pouvais pas, je ne savais pas, je ne voulais pas les laisser s’envoler. Mais en plus de de tout cela, tu veillais sur moi comme un ange. Tu me soutenais, tu m’aimais et je… Je m’en voulais tellement de ne pas être à la hauteur. Je ne le souhaitais pas, cette infidélité…


Tu tournes la tête vers les terres en soupirant. Les larmes mordent tes joues. Tu n’avais plus parlé ainsi depuis si longtemps. C’était douloureux et libérateur. Tu conclues comme ceci :

-Je ne suis peut-être pas, je ne suis sûrement pas à la hauteur mais je t’aime, mon promis. Maintenant, je suis prête pour avancer et m’envoler auprès de toi, mon corbeau. Je ne promets pas que je volerais aussi haut, aussi bien et aussi longtemps que toi, moi pauvre papillon, mais je suis prête à essayer. Je suis prête à t’aimer et à laisser le passé au passé. Il est temps d’avancer. La première fois est erreur, la seconde fois est choix. Envolons-nous, ensemble. Si tu es toujours d’accord.

Tu le regardes droit dans les yeux. Les tiens brillent, humides et sincères. Tu attends. Tu sembles si patiente, si sûr de toi mais à l’intérieur… Tu es un papillon se débattant pour sortir de son cocon et s’ouvrir au monde. Tes ailes sont encore humides mais tu es prête. La peur te sert le ventre et tu restes brave. Tu l’aimes et tu feras tout pour lui montrer. Il est temps de se tourner vers l’avenir. Ton avenir est le propriétaire de la boîte à musique, Sorrow.
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Sorrow
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   Mar 5 Sep 2017 - 18:51

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Il commençait à se souvenir, peu à peu. Il était venu ici, sûrement avec Querouane. Il avait eu une longue vie. Il n'était pas près de la mort et s'en éloignerait longtemps autant qu'il le pourrait ; il était dans sa nature de tenter d'échapper à l'inévitable. Il était plein de souvenirs, d'amours décédés et languissants. Mais ses souvenirs étaient souvent teintés par la rancune et étaient vus à travers un filtre, un flou, celui qui caractérise ce que l'on ne souhaite vraiment pas connaître, ce que l'on préfère modifier dans la pièce noire de l'esprit, développant des images de plus en plus méconnaissables. Il ne savait même pas à quoi ressemblait, adulte, l'un de ses fils.

Sorrow eut un sourire vaguement narquois. D'auto-dérision. Il regarda Geisha, sa Geisha toujours aussi affectée, la nuque fragile comme celle que présenterait une condamnée. Ses yeux errèrent encore sur son corps, pour se familiariser à nouveau avec ses courbes, sa beauté. Elle était grise. Il  n'avait pas connu ses parents, comme elle n'avait pas connu les siens. Elle était grise, mais elle ne ressemblait pas à Sloth. Elle était petite, comme elle, mais rien d'autre ne lui était semblable. Il était rassurant de constater qu'il n'avait jamais cherché sa mère chez les juments qui avaient partagé sa vie. Querouane avait été le contraire : là où Sloth avait été frêle et docile, elle avait été insolente, bourrue. Frisonne. Hypocamp' avait été blanche comme la neige, anciennement cruelle, repentie, fauchée trop vite. Et Geisha était elle-même. Un hasard en manque d'amour, un dernier rocher pointu à agripper dans la tempête.

Elle était au bord des larmes, salées et âcres. Il fallait laisser les gens pleurer. Cela ne servait à rien, de dire à quelqu'un d'autre d'arrêter. Et puis, sa plaie devenait de plus en plus visible : elle était intérieure, dans les entrailles qui avaient porté son fils pendant de longs mois. Elle n'avait pas pu le protéger, lorsqu'il était sorti.

Son regard se fit plus curieux alors qu'elle utilisait le mot infidèle. Il sourcilla, confus.

" Infidèle... ? "

La Geisha n'est-elle pas censée l'être, après tout ? Elle n'appartient véritablement à personne. Elle est une oeuvre d'art vivante.

Elle continua. Il fixait les vagues inlassables, empli de tout ce qui s'était passé ces derniers temps : l'émancipation de Shiro, la mort de Raven, la perte des Terres Orphelines, la redécouverte de Hyuna' grandie et plus vivante que beaucoup ... Il ne pouvait imaginer la perte d'un poulain. Il avait rarement aimé ses propres enfants. Mélodie avait été abandonnée, comme pour tenter d'effacer le souvenir d'une relation brouillonne et violente avec sa mère ; Kuro et Shiro avaient été les fruits verts d'un amour mourant, bientôt rongés par la séparation de leur parent. Il avait aimé Hyuna' comme une véritable création, mais lorsqu'il l'avait envoyée au dehors d'Horse-Wild il ne l'avait pas regrettée comme Geisha regrettait son enfant.

" Le deuil est normal. Il est sain, " murmura-t-il, " De pleurer ceux qui nous sont chers. Ce n'est pas de l'infidélité. Je ne prétends pas devoir le remplacer. "

Il l'observa, plongé dans ses pensées.

Le reste du message était trempé dans un peu plus d'espoir. Le deuil fini, elle revenait à lui et s'offrait même presque, peut-être encore un peu poussée par le chagrin. Elle était éperdue et ressemblait à l'une de ces héroïnes qui longent les planches, les ongles enfoncés dans la chair de leurs joues, proues du désespoir d'une ancienne tragédie grecque. Fragile, superbe, superbement fragile, terriblement délicate. Il se souvenait de sa propre chute en petits morceaux, ces moments où l'existence se confine dans une prison sans lumière.

Envolons-nous. Vers où ? Sorrow croisa les yeux qu'elle rivait dans les siens puis lui emboîta le pas pour longer la plage, l'écume lui caressant furtivement les fanons.

" Je t'emmènerai avec moi, mais je n'ai nul part où aller. Les Terres Orphelines ne m'appartiennent plus, Geisha. Je ne peux qu'errer en ta compagnie, ce qui n'apaisera certainement pas  tous tes maux. Je t'ai déjà dit, il me semble, que je ne suis pas l'amant parfait. C'est vrai, et je le redis. Tu ne dois pas t'attendre à goûter toujours au bonheur. "

Quels mots durs ! Il sentait le sel sur sa langue, le sable crissant sous ses pas.

" Néanmoins..."

Néanmoins... Cependant...

" Ce n'est pas toi qui doit t'inquiéter d'être à la hauteur, mais plutôt moi. Je dois te guider loin de la douleur sans un regard en arrière. Et j'ai moi-même mes propres démons. Mais cependant, je t'aime. Et il est sûrement possible que nous puissions finir ensemble. Cela est sûrement mieux que de vivre éclatés par la souffrance. "
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   Mar 10 Oct 2017 - 16:28



L’ignorance est le bonheur.


Ses paroles sont teintées de craintes, d'espoirs. Il ne veut pas remplacer Raven. En est-il seulement capable? Non, personne ne peut remplacer la chair de ta chair. Personne ne peut remplacer ton sang, ton cœur, ton âme. C’est un être qui tu as porté au fond de tes entrailles. Tu l’en as fait sortir dans d’atroce souffrance. Mais ses souffrances ont été si éphémères. Elles ont disparu dès que ce petit être à ouvert les yeux. Tout est apparu si beau quand vos regards se sont croisés. Tu l’as aimé avant même de le voir. C’était l’être de ta vie. Il avait un corps frêle, alezan. Quelle drôle de couleurs pour un poulain issu d’un pie et d’une blanche. Sûrement un lointain ancêtre. Tu as compris tout ce que ces histoires voulaient dire, voulaient exprimer. La lumière qui s’illumine, le cœur qui bat pour la toute première fois, l’amour absolu, inconditionnel. Oui, tu as compris tout ce que cela voulait dire… Et malheureusement, tu ne pourras pas ressentir ça avec Sorrow, le maître déchu. Ton monde ne paraît pas plus illuminé, en tout cas pas autant qu’avec Raven. Ton cœur ne bat pas comme il a battu pour ton enfant. Non, cela n’est pas possible et tu le sais à présent. Tu ne tenteras plus jamais de rechercher ceci. Le Diable t’a offert la vie contre une vie. Il t’a pris ce que tu avais de plus chère. Telle mère telle fille, nous pactisons avec le diable et faisons souffrir ceux qui nous entoure. Geisha, tu ne dois plus jamais faire ça. Tu ne m’as pas connu et ton père est mort mais nous t’aimions. J’ai offert ma vie pour t’offrir la tienne, ne la gâche pas. Pride n’a pas été à la hauteur de tes attentes mais tes attentes étaient réalistes ou cherchais-tu à te venger? Voyons Geisha, sois raisonnable et ouvre les yeux…

Tandis que l’écume se frotte langoureusement à vos jambes, le soleil darde de ses rayons chauds vos dos. Ta robe grise luit au soleil. La marque se tend et se détend sous tes muscles. « PC » Pride Cristal, tu as beau l’avoir haïs de tout ton être, tu commences à l’assumer. Après tout, elle fait partie de ton histoire et tu as appris à l’aimer. Le sable agresse la peau de tes jambes. Les mouettes hurlent de leurs horribles voix. Le vent souffle en travers les feuilles des palmiers. Ils ploient sous chaque assaut. Tu l’entends continuer et tu te concentres sur lui. Il ne possède plus les terres orphelines… Croit-il vraiment que tu sois superficielle au point de ne plus rien ressentir pour lui car il a rejoint le commun des mortels. Il n’a nulle part où t’emmener… Tu ne lui demandes pas cela. Tu lui demandes d’être là, de voyager à tes côtés. Tu lui demandes d’être là dans les mauvais mais surtout dans les bons moments.  Tu n’es pas faite pour être dominante. Tu n’en as pas la carrure ni le caractère. Un amant parfait, cela existe-t-il ? Tu l’as cru mais plus maintenant. Le prince des contes de fées, l’amant parfait n’existe plus. On a tous des qualités et des défauts ; il faut les assumer et c’est cela qui nous rend parfait… On est parfait quand enfin, on a appris à reconnaître qui nous sommes et que nous nous engageons à nous montrer meilleur chaque jour. Non, tu ne cherches pas l’amant parfait. Tu cherches l’amant vrai. Goûter toujours au bonheur ? Tu serais bien présomptueuse de croire que le bonheur ou le malheur est quotidien. La journée fluctue entre ses deux hémisphères et vivre, c’est savoir jongler entre ses deux états. Non, tu ne demandes le bonheur toujours mais le bonheur souvent. Est-il plus réalisable ? Sûrement, à condition d’y mettre chacun du sien. Les mots sont durs à entendre mais tu les comprends, tu les réfléchis, tu les entends. Tu ne répliques pas de suite… Tu attends la suite.

Cela est mieux que de vivre dans les éclats de la souffrance ? Bien sûr que cela est mieux. Vous aurez une épaule sur laquelle nous reposer. Vous aurez une épaule pour souffler, pleurer, rire, confier, dormir. Oui, vous pouvez finir ensemble si chacun y croit et y travaille. L’amour est une fleur. Il faut l’arroser, lui donner à manger, la laisser mûrir, prendre le soleil, la pluie. L’amour doit être protégé et replanté chaque année. L’amour est une fleur. Des éclats de vos souffrances, une merveilleuse fresque peut naître. Tu en es sûr. J’en suis sûr. Tu réfléchis. Es-tu prête pour cela ? Te sens-tu capable de le soutenir comme lui pourrait te soutenir. Es-tu prête à laisser Raven, Pride ou moi aux souvenirs et d’ouvrir un nouveau jardin ? Oui, je pense. Tu fermes fort les yeux. Une bourrasque a permis à des grains de sels de s’immiscer dans tes yeux. Tu souris, c'est le moment. C'est le signe que tu attendais.Tu t’arrêtes. Tu regardes le sentier par lequel tu es venue disparaître. Une page se tourne, une autre s’écrit. Tu tournes ta fines tête vers le roi déchu devant toi. La mélodie s’élève :

- Sorrow, mon roi déchu, je ne t’ai jamais aimé pour tes terres.  J’aurai été une piètre dominante. Je t’ai aimé pour toi. Tu es être avec beaucoup d’histoire. C’est de ce héros que j’ai appris à aimer au fil du récit. Je ne te demande pas un point d’attache. Je te propose un voyage extraordinaire vers de nouveaux horizons, vers des univers inconnus dont nous serions les héros. Je te propose d’ouvrir un nouveau chapitre et de l’écrire ensemble. < Tu reprends ton souffle> Personne ne saurait remplacer Raven, je le sais à présent. Tout comme tu ne saurais remplacer Cristal, ma mère ou Pride, mon père. Je n’aurais pas dû attendre cela de toi. J’aurai dû savoir que je ne pourrais les remplacer mais les aimer d’une façon différente. Ca ne sera pas toujours facile mais je pense que nous pouvons créer une nouvel œuvre. Qu’en dis-tu ? Guidons nous mutuellement vers ces nouvelles aventures qui nous attendent et ne cherchons pas à être parfait… Mais cherchons la parfaite imperfection…
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Sorrow
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   Mar 10 Oct 2017 - 20:58

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] Il est dans ta nature, Sorrow, de sous-estimer ceux qui t'entourent. C'est ce qui t'a élevé si haut et ce qui t'a précipité dans les abysses plus d'une fois.

Il la regarda d'un air songeur, cherchant à déceler sur ce visage un peu de l'amour jeune qui les avaient animés le jour de leur rencontre. Les affections immatures aux chairs amollies par une passion subite, aux yeux aveuglés par le désir de trouver en un autre de quoi s'abreuver, de quoi se plaire, de quoi puiser du réconfort. Sorrow, enfant terrible, cherche toujours, comme ces chevaliers galants mais misogynes, à poser son front lourd sur un sein de marbre chaud. Gamin jaloux, gamin égoïste, qui pompe l'affection mais la rend avec avarice, mis cette fois dans la position du consolateur.

Elle avait eu les larmes aux yeux mais pourtant elle avait l'air forte, et Sorrow l'avait sous estimée. Quand avait-il jamais pleuré avec dignité ? Il détourna son regard, le reposa sur les vagues d'amertume inlassables qui caressaient ses pas, les emportaient presque amoureusement, les effaçaient avec la discrétion qu'à un Cupidon brandissant son arc derrière un fourré. Pas d'analogies mièvres, pas trop du moins. Mais quand même un peu, un peu parce qu'il s'éprenait de l'idée de l'amour au moins autant que de la personne, parce que c'est un peu le cas de tout le monde, cet élan vers toutes ces hauteurs sans cesse élevées dans les récits qu'un simple mortel tente, avec un coeur battant, d'atteindre. Et il avait aimé, et il avait haï.

Il n'avait jamais manqué d'amour pour certains, jamais manqué d'indifférence pour d'autres. Un chevalier qui revenait d'une guerre grise, entaché par sa moralité parfois défaillante, la lance pointue mais un peu basse, l'épaule lourde et l'oeil lassé par les erreurs du passé. Et combien d'erreurs ! Devait-il lui dire que la moitié de sa famille ne le portait pas dans son coeur ? Qu'une de ses filles l'aimait, au contraire, au point où cela frisait la déraison ? Que dire à un coeur que l'on rencontre à nouveau ? Quel salut donner à un espoir que l'on a creusé chez quelqu'un d'autre, cette petite tombe remplie de promesses si rapidement ensevelies ?

Il sourit. Oui. Peut-être aurait elle été une mauvaise dominante. Ça n'avait plus d'importance. Du moins, ça n'en avait pas maintenant.

" Un chapitre, " répéta-t-il, comme pour goûter au mot.

Il avait rejoint sa Geisha. Il avait toujours aimé son nom, entre d'autres choses. Il était plaisant, sentait la poésie, le lointain, l'exotisme que l'homme se plaît à aimer justement parce qu'il lui est inconnu, excite son imagination, titille ses fantasmes. Geisha. Cela se glissait toujours plaisamment dans ses pensées. C'était un nom qu'il associait facilement au sien. Comme si Sorrow et Geisha avaient pu se mélanger en son esprit, se mêler, ne faire parfois qu'un.

Sorrow. La peine. La douleur. La souffrance. Et le destin de Geisha. Oui, il n'était pas surprenant que leurs noms aient été parfois entremêlés comme les deux fils écarlate du destin.

" Chaque histoire, " dit-il lentement, " Comporte des personnages négatifs. Tu n'es pas sans ignorer que j'ai des ennemis. Qu'un jour, peut-être, ils me rattraperont. C'est là la parfaite imperfection de l'être que tu aimes : il commet constamment des erreurs. Il ne daigne parfois même pas les regretter. "

Il la regarda, lui sourit. Un petit sourire tendre, un peu mélancolique.

" Si ce jour arrivait, je voudrais que tu me laisse seul face à mes démons. Tu n'as pas à souffrir de mes erreurs. Tu pourras parfaitement t'échapper. "

La création d'une oeuvre. Cela avait fait partie de sa vie. Hyuna' avait été comparée à une partition de musique. C'était logique, presque naturel. Comme s'il avait toujours lui-même été guidé par un créateur invisible aux humeurs changeantes, grondantes, contradictoires.

Il fit un pas et un signe de tête, pour lui intimer de se promener avec lui le long des flots.

" J'écrirai une nouvelle histoire avec toi. Cependant, il y a une chose que je dois faire avant. Seul. Un prologue. "

Il inspira profondément l'air salé.

" Perjury m'a volé une boîte à musique. Je dois la récupérer et la ramener dans les Terres Orphelines. Ainsi, je trouverai peut-être la paix. Lorsque cela sera fait, nous ne nous séparerons plus. Mais il me faut faire cette chose là ; tout comme il t'a fallu pleurer ton fils, il me faut enterrer mon royaume, me résigner à ne plus jamais être maître de l'endroit que j'ai connu pendant de très longues années. "

Puis il le lui dit, parce qu'elle, elle avait après tout droit à ses pensées les plus intimes, les plus profondes :

" Et pour quoi ? J'aurai sûrement été plus heureux loin de tout cela. Avec toi plus tôt. La vie est tellement courte, Geisha. Tu le sais. Je le sais. Elle ne peut être gâchée, et pourtant l'on s'obstine à le faire. "

Et il s'obstinerait plus tard, lorsqu'il aurait oublié cette sagesse qui tombait de ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Le plaisir est bref, le remord perdure   

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Le plaisir est bref, le remord perdure
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