Jeu de rôle équin
 
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 Say you won't let go

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Fifa
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MessageSujet: Say you won't let go    Ven 14 Juil 2017 - 17:04

say you won't let go
Que faisait-elle dans les Terres Orphelines ? Elle n'en savait rien.

Fifa n'avait rien à y faire, vraiment. Fille de Trompeurs, compagne de... oh. Kuro avait un jour été Orphelin. Et qui cherchait-elle ? Son premier et unique amour, celui qui possédait son coeur pour toujours. C'était un peu niais, dis comme ça, mais mieux valait abréger si elle n'avait pas l'intention de raconter l'histoire de sa vie à une grappe de raisins.

Elle sourit à cette pensée, les yeux tendres le temps de se remémorer les baisers de son amant. Il lui manquait, et il lui tardait de le retrouver. Horse-Wild était si grand, ils passaient parfois des jours sans se croiser. La prochaine fois qu'elle lui mettait la main dessus, ils avaient intérêt à ne pas se lâcher !

La jument crème s'était de plus en plus éloignée, partie à la recherche de sa mère tandis que Kuro rendait visite à la sienne. Ils avaient envisagé de les chercher ensemble, les deux amies auraient pu s'être trouvées au même endroit, mais les chances étaient minces.

Elle avait pensé trouver Ocëan Pearl dans les Terres Trompeuses, mais avait découvert ces dernières changées, et toute trace de la jument pie oubliée. Zeus l'avait chassée, elle puis Only Hope. Diégo aussi, était introuvable. C'était un drame, vraiment, ce revirement brutal de situation. Fifa n'avait jamais voulu que sa famille subisse la colère des Dieux. Simplement celle de Kuro...

Sorrow... Elle ne l'avait pas croisé non plus, sur ses anciennes terres. Le vent lui avait murmuré que l'une de ses progénitures était de retour cependant. Hyuna'. Elle avait entendu parler de la pouliche lorsque Pearl, effondrée, l'avait trouvée pour pleurer la jeune orpheline. Hypocamp' avait trépassé après avoir une fois de plus outrepassé les limites des Terres Trompeuses.

L'idée, terrifiante, que Hyuna' ait pu s'en prendre à sa mère si vieille et affaiblie à présent, ne cessait de la hanter, et Fifa s'en voulait de perdre du temps à contempler les Terres Orphelines quand elle aurait dû la trouver afin de la protéger. Mais une autre, sombre et ancienne, flottait dans son esprit à chaque fois qu'elle levait les yeux vers l'horizon du domaine d'Hadès. Et si...

Un bruissement de feuillage la sortit de ses pensées et elle releva la tête. Il fallait qu'elle trouve Kuro et qu'ensemble, ils protègent leurs mères. Maman... pensa-t-elle confusément.

« Qui va là ? »
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Shiro
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 3:44

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Les poires de ce verger avaient toujours été dorées. Aucun des fruits du jardin ne semblait véritablement normal, et un rayon de soleil complice donnait à ces poires jaunes là ce lustre surnaturel, comme si leur chair avait été bénie par un dieu de l'abondance, ou au contraire maudite par Midas tentant désespérément d'humecter ses lèvres avec un peu de leur jus tiède, sucré mais fade. Les poires sont des fruits insipides. Shiro sait d'expérience que celles-là ne sont pas véritablement d'or, et que les vers peuvent creuser leur chair comme n'importe quel autre fruit, pour se lover là et attendre la dent imprudente de celui qui aura voulu goûter au met défendu.

Elles sont dorées jusqu'à ce qu'elles deviennent brunes. Celles qui sont tombées s'écrasent lentement dans la terre, se dégonflent, leur chair flétrie dégageant l'odeur caractéristique des choses qui dépassent avec certitude leur date de consommation, presque enivrantes tant elles exhalent à la fois le parfum putride de la déchéance et celui, pénétrant, du renouveau du sol dont elles vont bientôt devenir l'engrais. Ici, aux racines, ce ne sont pas les asticots qui s'intéressent aux poires, mais les adultes, les mouches vertes aux yeux rouges qui tournoient, tournoient, puis se posent, se déplacent avec l'allure saccadée caractéristique de leur espèce, leur bouche embrassant frénétiquement la chair du fruit pour y trouver de quoi se sustenter. Les mouches dansent ensemble au-dessus des poires pourries, tandis que leur progéniture grandit plus haut, parasitaire, bien protégée dans leur cocon volé. Shiro a lui aussi grandit comme un parasite dans le cocon d'un autre. Aussi n'en veut-il pas aux mouches, au cycle de la nature qui se répète tous les ans, au jardin des mille merveilles et des mille horreurs qu'il traverse une dernière fois, caressant les poires d'or, les pommes trop rouges, les grappes de raisins dans lesquelles se cachent d'autres insectes encore. Il prépare son départ de ces terres et tente de s'en détacher en se convaincant que tout cela continuera sans lui ; les vers coloniseront les fruits, les mouches mangeront les restes pourris, et aucune plaie purulente ne s'ouvrira au sol lorsque ses pas l'auront définitivement quitté. C'est ce qu'il se répète comme un mantra, mais les mantras caractérisent ceux qui veulent se convaincre, aussi fait-il en réalité comme l'enfant que l'on veut arracher à sa maison d'enfance. Les yeux fermement clos, les mains collées aux oreilles, répétant une litanie de " non, non, non " plus ou moins sanglotants. C'est étrange, comme les non d'un enfant ne semblent jamais arrêter les adultes. Peut-être n'a-t-il tout simplement pas dit non lorsqu'il aurait dû. Lorsque ses parents se sont séparés, deux pendants d'un tout pour l'enfant qu'il était, il n'a pas dit non. Lorsque son père l'a conduit dans la maison hantée, il n'a pas dit non. Lorsqu'il a fallu grandir, devenir adulte entre langueur et précocité, il n'a pas renié devant les autres ce qu'il reniait au fond de lui. Maintenant, il voudrait crier non. Il voudrait protester et prétendre que ce jardin est encore son jardin, et pas le jardin de tous les autres. Que les poires ne peuvent avoir de la magie que pour lui. Que l'arbre, dont les branches s'entrelacent comme les bras d'amants réunis dans la fosse commune, ne prend vie que pour ses yeux qui ont passé trop de temps à le scruter. Mais le voilà déraciné, et confronté à la réalité. Il doit trouver un ailleurs. Ailleurs ne ressemble jamais à ici, voilà pourquoi ailleurs est toujours inférieur à ici.

Il n'a pas vraiment envie de connaître le monde, ni les autres. S'il pouvait trouver une toile d'araignée sur laquelle trôner et gober toutes les mouches imprudentes venues s'y engluer, il le ferait. Il voudrait être le maître de son propre royaume minuscule, où personne ne pourrait venir, où personne ne pourrait voir, connaître, toucher ce qui lui appartient. Il n'est pas fait pour une vie d'errance, et pourtant il l'entreprend. Las déjà de la route, il fait quelques pas vers ce que certains considèrent comme la liberté, et ce qui est pour lui une ruche d'abeilles dans laquelle il est l'intrus. Surtout, il ne veut pas entrer en contact avec ceux qu'il aurait du connaître. L'on enterre jamais vraiment jusqu'à la nuque ceux qui ont fait partie de nous, mais il ne souhaite pas les voir tenter de sortir de leurs tombes, gratter la terre, se frayer un chemin jusqu'à son esprit fatigué de devoir reconnaître l'existence de quelque chose qui aurait pu être.

Las, déjà plus rien ne lui appartenait. Une voix retentissait dans le verger, inconnue, féminine. Shiro écrasa une poire. Elle fit un petit bruit, flasque, mou, la chair qui ne résiste pas à la mort et préfère se coucher pour l'accueillir. Puis il releva la tête, et de là où il était il discerna enfin la jument blanche qui avait dit quelque chose. Qu'était-ce ? Qui va là ou Quo vadis ? Qui était-il ou Où allait-il ?

Il lui fallut quelques instants de plus pour émerger de l'ombre de l'arbre. Cette dernière collait, comme une cape accrochée aux épaules de son propriétaire, mais finalement arrachée par les ronces qui la déchirent. Il approcha d'un pas calme, la tête baissée, sans la regarder vraiment. Une intruse.

" Un intrus. "

On pouvait jouer le même rôle.
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Fifa
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 11:38

La grappe était alourdie par une myriade de fruits gorgés de soleil. Dans le territoire des Pluies Perpétuelles c'était ironique de mentionner l'astre du jour, mais Fifa était plus que certaine que les trombes d'eau participaient à la croissance du verger, peut-être même plus encore que l'étoile de feu. Les raisins, si ronds et si rouges, avaient quelque chose d'alléchant, mais elle n'avait jamais aimé tâcher ses lèvres pour une gorgée de sang. La vengeance... Elle risquait fort bien de devoir y tremper ses lèvres si le mauvais présage qui ronflait dans son coeur et dans ses tripes se confirmait. Comme la grappe qui penchait de plus en plus vers le sol fertile, l'organe de vie dans son poitrail se faisait de plus en plus lourd à l'idée de devoir venger sa mère. L'assassinat serait facile, la vieille jument affaiblie avait trop de regrets pour ne pas laisser la nostalgie réclamer son du. La mélancolie, qui butinait passivement les fleurs formées par les souvenirs d'Ocëan Pearl s'abreuverait tôt ou tard de ses regrets.

Pendant un instant, elle pensa à Hadès. Sa mère lui avait raconté l'arrivée sur leur terre du Dieu des Enfers. Il avait semblé surgir des entrailles de la terre elle-même, enveloppé d'un voile de poussière et plus sombre que l'ombre elle-même. L'étalon qui se traînait difficile hors de l'ombre d'un poirier avait un petit quelque chose de la divinité, mais il lui manquait la dignité propre aux trois frères qui veillaient sur l'île. Si ce qu'ils faisaient était veiller. Ils semblaient plutôt jouer, s'amuser d'eux pauvres mortels tandis qu'ils agençaient les évènements à leur guise, au gré de leur amusement. Ils étaient patients et exigeants, se souciaient si peu des équidés qu'ils étaient censés protéger.

Les mauvais présages la frappèrent encore alors qu'une poire s'écrasait brutalement au sol, éclaboussait le tronc de son jus. Dorée, elle aurait pu être symbole de fortune mais l'arbre sauvage déployait comme une ombre funeste dont l'étalon s'était extirpé avec une difficulté toute compréhensible aux yeux de la crème. Malgré la fertilité représentée par le fruit, la douceur aigre de son goût, Fifa n'arrivait pas à lui prêter des attributs positifs, ne voyant au sein de la poire que les vers qui la rongeaient. Elle ne délivrerait qu'une chair poreuse sous sa peau flétrie. La dorure qui habillait ses courbes n'était qu'un leur, comme l'avait été la paix relative qui avait paru régner sur Hose-Wild pendant toutes ces années. Pas étonnant, que les Terres soient nommées Orphelines si le fruit y pullulait.

L'arbre sinistre laissa enfin le mâle lui échapper et Fifa aperçut la lune, pale dans le ciel clair de la journée. Le royaume des morts n'était pas bien loin et elle ne pouvait le nier, elle qui avait été élevée sur les cadavres que sa mère laissait derrière elle. Elle avait dansé sur les os brisés et s'était reposée sur la chair déchirée des ennemis de la Dominante. Prise d'une fièvre maladive, la jument ferma brièvement les yeux, ne pouvant supporter l'idée de sa mère meurtrière. Ocëan Pearl n'avait fauté qu'une fois. Une fois de trop.

Heureusement, l'inconnu ne la regardait pas et elle en fut soulagée, faisant un pas de plus pour sortir de sa transe. Les Terres Trompeuses avaient bien porté leur nom, et soudain elle réalisait que la réputation des Terres Orphelines n'était probablement pas née de rien. Redressant la tête aux paroles de l'étalon noir, Fifa tâcha de trouver un semblant de sa splendeur passée, croyant voir comme un fantôme dans la silhouette de l'inconnu. Quelque chose de familier drapait son corps ombragé sans qu'elle ne puisse en déceler l'origine, choisissant le l'ignorer.

« Nous sommes tous des intrus à présent. Même sur les terres qui nous ont vu grandir. »

Le ton amer laissait tout deviner de son état d'âme et elle ne voulut pas s'en cacher, préférant lever le voile sur l'identité de son interlocuteur. Ami ou ennemi ?

« Qui es-tu ? »
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Shiro
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 13:41


Ἀγαύη ; " ἔα, τί λεύσσω; τί φέρομαι τόδ᾽ ἐν χεροῖν "
Agavé ;   " Ah ! que vois-je ? qu’est-ce que je porte là dans mes mains ? "

Terre de légende, tu sens le soufre. Le volcan que tu couves au plus profond de toi lâche des borborygmes et des grognements en attendant de pouvoir sortir de terre pour déverser lave et bile sur les alentours. Shiro s'était toujours demandé si les Terres Orphelines avaient été choisies par Hadès parce que l'Enfer se situait juste en dessous. On trouvait souvent de quoi confirmer sa théorie en grattant la terre. Cette dernière regorgeait de petits os sales qui ne poussaient pas le moindre soupir lorsqu'ils étaient mélangés, associant tête et queue, retournant à l'envers le corps d'une petite mésange morte dans un jardin où elle avait eu pourtant de quoi manger pendant des mois. On s'habituait toujours à l'horreur. On pouvait même se bâtir dessus ; une demeure tordue dans laquelle rentrent les sorcières le samedi pour danser, dans laquelle les autres jours se prolongent dans le silence, celui du prédateur guettant la proie ; trop long et pourtant infiniment court, suspendu entre vie et mort.

Le ciel était bleu vaporeux, les nuages comme de simples arrière-pensées qui ne nous plaisent finalement pas et qui sont à moitié effacées, mais laissent de longues balafres au cerveau. L'oeil de Shiro ne savait où se poser, dilaté encore par ses années passées dans l'ombre, noirci par cette peur de l'inconnu qui caractérisait tous ses regards. Shiro releva la tête, mais pour mieux contempler le pommier près duquel la jument se tenait, tortueux et sombre, ployant presque sous le poids des rares fruits qu'il daignait produire. Les pommes étaient rouge, rouge écarlate. Parfaitement rondes. Il avait vu son père frapper le tronc jusqu'à ce que l'arbre daigne enfin lâcher un de ses fruits, puis gober ce dernier goulûment, sans une pensée pour le danger que cela pouvait représenter. Il lui semblait qu'un sur deux de ces fruits étaient empoisonnés.

La vigne rappelle plus à l'esprit Dionysos qu'Hadès. Dinoysos et ses Bacchantes hébétées, échevelées, piétinant les fruits tombés dans leur transe, chantant la gloire du dieu des plaisirs que l'on oublie dans la stupeur des lendemains sobres, chantant la gloire du dieu capricieux comme le sont tous les dieux, trop susceptibles, trop jaloux de ne pas être assez aimés, mordant dans les derniers restes de leur culte et réclamant plus d'offrandes. Plus de vin, plus de fêtes, plus de petits os enfoncés dans la terre pour redonner le sourire à ces babines constamment rougies par le raisin et la soif. Penthée aurait-il pu se cacher dans cet arbre, inconscient de son sort, ignorant heureusement que sa propre mère brandirait bientôt sa tête sur une pique, le prenant pour un lion ?  Il était tellement facile de succomber à la folie comme on succombe à l'amour, trois pas hésitants vers les portes de l'extase, un regard en arrière vers les choses que l'on a autrefois connues clairement, et que l'on ne regrettera pas embrumé par les ténèbres de la passion. Shiro ne connaissait ni l'une ni l'autre. Sa conscience demeurait avec lui sur terre, enchaînée au pragmatisme qui ne peut que caractériser celui qui vit sans but, sans affection, déterminé semble-t-il par sa solitude prolongée. Seul trop longtemps, on devient un animal sauvage caractérisé seulement par ses pensées qui demeurent intérieures et qui ne connaissent pas la déformation de la voix. Il avait du mal à l'utiliser, encore. La jument avait dit quelque chose, mais elle demeurait dormante au fond de sa gorge, une source embourbée qui ne laisse filtrer qu'un peu d'eau sale. Ah, on ne disait jamais ce qu'on pensait vraiment. L'esprit demeurait clos, enfermé dans son mélange de paradis et d'enfer, trop vaste pour le monde dans lequel il évoluait, trop petit pour l'esprit des autres. Que se passait-il, lorsque deux univers se fracassaient les uns contre les autres ? Les gouttes de sang créées par les plaies devenaient-elles ces soleils immenses qui semblent gonfler tous les jours ?

Ah, elle n'était pas née ici. Elle venait d'ailleurs. Shiro n'aimait pas l'ailleurs. Il ne désirait toujours pas le connaître. Il la regarda, enfin. Blanche, trop pâle, comme la Lune qui s'esquissait dans le ciel mais n'était pas clairement suspendue dans ce dernier. Les yeux bleus, aussi, de la même couleur que les nuées. Elle aurait pu en venir. S'aurait pu être là son ailleurs. S'aurait été un ailleurs plus intéressant. Un ailleurs où l'on ne s'enivre pas des choses terrestres, mais des vents tièdes et des pluies fracassantes, où l'on fréquente le plafond plutôt que le parquet. Changer de perspective. Tourner la tête et se retrouver dans un autre monde. Voilà qui aurait été plus intéressant. Plus intéressant que la crasse terrestre, la sempiternelle lassitude, la connaissance de la mortalité des choses, qu'elles soient poires ou qu'elles soient pommes.

Shiro avait connu quelqu'un de blanc. Il avait, parce qu'il ne connaissait plus. Intéressant comme sa propre chair peut si vite se transformer en lion dans les yeux du délire. Intéressant comme les mains peuvent si vite blesser ce qu'elles ont autrefois chéri. Il avait connu, et il demeurait le pendant d'un autre, la seconde moitié pourtant incomplète, le fruit qui était resté obstinément accroché à son arbre, préférant être dévoré par les vers plutôt que de connaître le sol.

" Le tutoiement, " dit-il lentement, comme lorsque l'on parle dans un cauchemar, " Ne concerne que ceux qui s'apprécient. "

Et il la dévisagea avec une sorte d'accusation à moitié formulée dans le regard. Elle ne lui était pas complètement antipathique, mais elle représentait tout ce qu'il redoutait. Le monde extérieur. L'invasion dans son espace vital. La fuite de ce qu'il avait connu, et son propre exil vers ce qu'il ne connaissait pas. Et il ne la connaissait pas. Rien chez elle ne lui était familier. Il avait mauvaise mémoire, ou ne désirait tout simplement pas se souvenir.

Une identité. Un nom. Sans sens et plein de ces derniers. Il pressentait que la bouche ouverte sur lui-même, quelque chose d'anormal surviendrait. Comme si elle le connaissait et que lui ne la connaissait pas. Entendait-on son nom, au-delà de ces frontières ? Sorrow parlait-il de son fils cloîtré mais pas séquestré, de cet adulte enfant refusant de quitter son Neverland de pénombre ?

Noir. Blanc. Il était noir mais il s'appelait blanc. C'était une jolie petite pensée. Un peu d'ironie de la part de ses parents. Il ne correspondrait pas à son corps et porterait le nom de celui d'un autre. Kuro. Shiro. Shi-ro. C'était simple, peut-être trop, sifflant sur la langue, amorti par ce o qui rend les noms plus doux, moins reptiliens. Sa langue siffla, justement. Lorsqu'il prononça " Shiro " en la regardant, dévoilant presque sans le vouloir.

Elle avait un nom, elle aussi. On peut parfois s'émerveiller des choses les plus simples, tout comme on peut s'en horrifier. Découvrir qu'on est pas le seul à avoir une identité est un mélange de ces deux émotions. Émerveillement. Horreur. La joie de ne plus être seul. La jalousie de savoir que les autres ne dépendent pas de notre existence pour vivre.

" Où as-tu grandis ? "

Il pouvait faire un reproche, et ne pas se le faire à lui-même. Elle serait tu, pour le moment. Elle deviendrait autre chose, si elle lui donnait son nom. Autre chose encore dans sa mémoire, une tâche blanche inscrite dans la végétation, tombée semble-t-il du ciel.
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Fifa
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 15:38

Fifa n'avait pas choisi de s'immobiliser sous un pommier par pure sens de l'ironie. A vrai dire elle n'avait pas remarqué les pommes écarlates avant que l'une d'elle ne s'effondre devant ses pieds et qu'elle ne l'écrase dans un craquement sinistre. Lui sous les poires, elle sous les pommes, s'en devenait intriguant. Elle savait que les poires, dans toute l'ambiguïté de leur symbolique, étaient associées à la féminité, l'érotisme même. Quant aux pommes, on disait que dans l'Antiquité on plantait un pommier à la naissance d'un garçon. Plus loin encore, c'était en goûtant la pomme qu'Eve condamnait l'humanité. La connaissance, au creux d'un fruit rond et croquant. Le libre arbitre et l'insubordination. Devaient-ils nécessairement se soumettre aux Dieux ? Ici et maintenant, elle se questionnait et questionnait leur autorité. Leur toute puissance, où s'arrêtait-elle ? Aux crédules ou aux abords des Enfers ? L'élu d'Hadès y échappait-il ? L'interdit n'était-il pas caractérisé par la possibilité de le braver ? Elle avait voulu semer la discorde, et sous son sabot la pomme écrasée lui rappelait agréablement ce doux rêve. La tentation était forte. Tant de mots clés qui l'enveloppaient d'un fin cocon, et elle hésitait à se laisser happer par ce dernier. Qui savait ce qu'il en sortirait ? Même pas elle. Peut-être était-ce le temps du renouveau après tout. Peut-être devait-elle prendre la relève de son frère, de son père. Ocëan Pearl ne l'avait-elle pas élevée dans cette optique ?

L'extérieur rouge et luisant des pommes ne laissait après tout rien présager de l'intérieur blanc et mystérieux de ces dernières. Empoisonné, rongé par les vers ou laissé intact. Un cocon de plus. La pomme sous son sabot était pure à l'intérieur.

Les Terres Trompeuses ne lui avaient jamais tout à fait correspondu, quoi qu'elle puisse en dire. Elle avait longtemps refusé de l'admettre, parce que sa famille en était responsable et qu'elle y avait grandi, mais elle savait qu'il était important de s'éloigner du berceau de l'enfance pour devenir pleinement adulte. Y revenir ? Personne ne parlait jamais de revenir, si ce n'était les amants. Ils revenaient l'un à l'autre. Son amant à elle était né dans les Terres Orphelines. Il était blanc comme les os qui dépassaient parfois dans la terre sombre et détrempée du royaume d'Hadès. Ils n'étaient tous que des poires ou des pommes dans les yeux des Dieux, et à cet instant elle rêvait de les défier et de leur prouver le contraire. Plus que la fille de sa mère, elle était la compagne de Kuro, et à ses côtés elle se sentait invincible. La marée ne saurait la submerger, le vent la renverser, le feu la consumer. Le seul brasier qui l'habitait était celui de son amour pour l'étalon blanc et le crépitement rassurant de ses sentiments réciproques pouvaient la porter bien plus loin et bien plus haut que l'aigle royal qui accompagnait Zeus. Le Roi des Dieux était traître et menteur et pendant quelques précieuses secondes, elle comprenait l'animosité qu'éprouvait Hadès à son égard.

L'inconnu la ramena à des considérations plus terre à terre, si une réflexion sur le tutoiement l'était vraiment, et elle ne daigna pas à lui répondre. Elle n'avait pour le moment aucune raison de ne pas l'apprécier, mais pas beaucoup plus pour sympathiser.

Il dévoila son identité presque sans le vouloir, et elle saisit son nom au vol, un souffle sifflant et porteur de surprise tandis que son visage s'effondrait. Le masque impassible se fissura, laissa passer le courant d'air comme un peu de soufre, acide, passif agressif comme la souffrance qui tenta de stranguler son coeur. Ce dernier rata un battement tandis qu'elle inspirait difficilement, expirait un autre nom, pas le sien mais presque tant ils étaient liés, il la définissait, la complétait là où sa mère n'avait pu la former, là où elle n'avait pas su se trouver non plus. « Kuro. » Oh, elle était entière sans lui. Mais avec lui, elle était bien plus. Elle n'avait pas besoin de lui, mais elle le voulait lui. Elle n'aimait que lui. Ses allégeances fondées sur sa famille changeaient par rapport à la sienne, et si ils en venaient à former la leur, sa loyauté viendrait pour tout et avant tout aux fruits de leur union. Et face à elle, dans le Verger Tentateur, se tenait Shiro, fils de Sorrow. Lui aussi. Un vague souvenir, un refus de répondre à ses questions, la hanta brièvement. C'était lointain et vain, sans importance pour l'adulte qu'elle était à présent. La pouliche qu'elle avait été n'avait gardé qu'une influence romantique sur elle, celle de son amour enfantin pour Kuro et de son admiration pour Ocëan Pearl. Étonnamment, Shiro voulait savoir où elle avait grandi plutôt qu'avec qui.

« Les Terres Trompeuses m'ont vu grandir, mais je suis devenue adulte dans les Terres Libres. »

Son regard se posa à côté de l'héritier déchu, attiré par un éclat rose. Des framboises. Il risquait d'être difficile de les extirper de leur prison d'épines mais elles demeuraient là, intouchées et intouchables, colorées et appétissantes, innocentes et insouciantes. Le fruit dont raffolaient les Dieux. Fifa se demanda si cela valait la peine de s'écorcher le visage pour les déguster, provoquer les divinités par le simple geste de se repaître d'un de leurs mets préférés. Pas ici, pas maintenant. Si elle devait les insulter, elle le ferait aux côtés de celui qu'elle aimait. Après tout, n'avaient-ils pas prié pour que le frère de ce dernier ne puisse pas succéder à leur père ? Peut-être qu'ils auraient dû remercier les Dieux tout compte fait. Ils avaient accédé à leurs désirs.
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 17:20


Hum aapke kadmon par, gir jaayenge gash kha kar
I shall fall at your feet in utter distress
Is par bhi na ham apne, aanchal ki hawaa den to ?
What if I do not even fan my veil to comfort you ?

Il y avait peut-être de la magie ailleurs. De la magie comme de la sève, qui coule de l'arbre blessé et tombe au sol pour y enfanter mille petites créatures merveilleuses. Mais il avait l'habitude de cette magie d'ici, de cette sorcellerie menaçante, et il ne voulait pas la quitter, comme l'enfant hésite toujours à s'arracher à la marâtre qui l'a battu autant qu'elle l'a embrassé. Cet endroit grouillait autant de mort que de vie et il aimait subsister dans cet entre-deux, coincé entre la vie lourde de vide et la mort pleine de néant, l'immobilité de son existence et la paralysie de sa fin. Voilà peut-être pourquoi il n'avait jamais voulu partir ; ailleurs il rencontrerait le monde, les autres pour qui la vie s'écoulait, accompagnés par une mort plus rapide, moins familière, moins connue. On pouvait se résigner à mourir dans son palais, entouré des belles choses que l'on avait collectionné autour de soi et sous ses paupières. On ne pouvait se résoudre à mourir loin de son lit, loin des choses aimées et arrachées, loin des songes nacrés longtemps couvés sous le voile maternel de la nuit trop noire des Terres Orphelines. Gavé, le jeune Shiro, gavé à la laideur et refusant la beauté simple, préférant ses araignées cachées dans les recoins aux rayons de soleil aveuglant sa face. Le monde ne valait rien. Il était encore bien jeune, pour penser cela. Mais c'était un fait. Le monde ne valait pas mieux que ce qu'il en connaissait déjà, et il  vivrait avec ce savoir chaque pas de plus qu'il ferait vers l'étranger, jeune mandragore déracinée aux racines bicolores.

Il pouvait faire comme son père l'avait fait. Il pouvait détacher une pomme. Il savait l'imiter, Sorrow. Il lui ressemblait, un peu, de façon troublante lorsque les ombres s'entrechoquaient la nuit et qu'ils erraient tous deux sur un sentier sans fin. Il ressemblait à d'autres personnes, mais on oublie aussi vite une part de son engeance qu'on oublie un visage familier. Les figures de ceux qu'il avait connu étaient déformées, hurlantes, comme emprisonnées sous l'écorce de ce vieux pommier. Ils semblent crier souvent, les arbres. Comme des corps foudroyés par le destin, immobilisés par une main divine et condamnées à lentement se voir transformés en végétal, les derniers éclats de l'horreur dans les yeux et sur la bouche.  La mythologie était pleine de ces contes, de Dryope et de Narcisse, d'hamadryades cachées derrière leurs arbres, souriantes. Elles y étaient attachées jusqu'à la mort, et c'est ce qu'il aurait aimé être. Attaché jusqu'à la mort à ces terres. A sa patrie déchue.

Ah, il n'y a rien de pire que d'être pris pour un inconnu. Le drame qu'il avait soupçonné se déroula sous ses yeux, en trois actes. Son nom jailli d'abord de ses lèvres par accident, puis le visage de la jument blanche se décomposa comme une fleur dont les pétales sont arrachées par la main impatiente du vent. Elle inspira ensuite un peu de la brise qui l'avait détruite ; difficilement, laborieusement. Enfin, elle prononça un nom qui n'était pas le sien. Shiro la contempla avec attention, son regard pesant, sa bouche alourdie par toute la récrimination qui s'y amassait. Il détourna le regard et poussa un soupir qui effleura l'écorce du pommier.

" Non. "

C'était suffisant ; ça voulait tout dire, non. C'est ce qu'il avait voulu dire tant de fois, par le passé. Non, non, non. Il n'était pas Kuro. Il ne connaissait pas Kuro. Il ne faisait pas partie de lui. Les connexions mystiques des jumeaux ne le concernaient plus. Il était le cadet, peut-être était-il donc condamné à vivre dans son ombre. Un cheval noir dans l'ombre d'un frère blanc. Il eut un petit sourire amer, aigre. Peut-être était-ce déjà, finalement, le cas.

Il tapota une racine de l'arbre, là où il savait que le vieil ami lui donnerait ce qu'il réclamait. Une branche tressaillit, comme éveillée d'un long sommeil sans rêves, les yeux lourds de néant, puis tomba une de ses pommes parfaites, ornée d'une feuille. Elle roula cependant un peu loin dans sa chute, et Shiro la poursuivit lentement jusqu'aux pieds de l'inconnue. Il la ramena à lui du bout de son propre sabot, regarda pour la première fois la jument dans les yeux, puis agrippa entre ses puissantes mâchoires le fruit, dont il se débarrassa en deux bouchées. Elle était sucrée, mais un peu fade elle aussi, la chair blanche et juteuse, parfaite à l'extérieur, imparfaite intérieurement. Un peu de son jus roula sur son menton, partit s'écraser entre deux orties. Il revint de là où il était venu, loin d'elle qu'il ne voulait pas voir de si près, elle qui avait été détruite par son seul nom. Quelque chose murmurait à son oreille qu'il aurait du s'en inquiéter, mais l'inquiétude n'était pas une émotion vive, chez lui. Elle devait d'abord s'éveiller de sa torpeur pour finalement serrer son coeur trop fort.

Les Terres Trompeuses. Il ne les connaissait pas. Il ne connaissait rien. Il ne voulait rien connaître. Ce triptyque se contemplait dans le recueillement, le silence, l'acceptation dévote qu'aucun esprit d'aventure n'animait son corps. Il ne ferait pas de pèlerinage. Il aurait préféré s'emmurer. Les Terres Orphelines étaient son reclusoir.

Et si elle les désiraient, ses Terres Orphelines, celle-là ? Ses yeux brillaient-ils de convoitise ? Ils étaient rivés sur les framboises, mais le geste ne suivait pas l'idée. Shiro la scruta avec un peu plus d'attention, mais ne découvrit rien de plus que l'étendue de son corps blanc. Elle était blanche, comme Kuro. Cela voulait-il dire quelque chose ? Cela devait-il dire quelque chose ? Et voulait-il vraiment savoir ?

" Je ne connais rien des endroits d'où tu viens. "

Il disait cela sans curiosité. Ce n'était pas une question. Une constatation, douloureuse, qu'il devrait connaître les endroits qu'elle avait quitté, tandis qu'elle pouvait errer à sa guise dans ceux qu'il avait connu.

" Que fais-tu là ? "

Une question, enfin. Sans joie. Un peu méfiante, parce qu'elle semblait se fondre dans le jardin, y trouver sa place. Il ne voulait pas donner sa place ; pas laisser une autre voir la nature grandir à sa place. Et pourtant il ne pourrait rien arrêter. On ne peut arrêter, finalement, que peu de choses.
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 19:07

Les temps anciens et sucrés de la dominance n'étaient plus. Fermentés, ils avaient laissé place à l'ivresse de l'ambition, les opportunistes enfin libres de s'emparer du pouvoir -il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour s'en emparer- et dans son poitrail son coeur battait à un rythme lent et pesant, celui des tambours de guerre sur le territoire conquis. Les Terres Orphelines avaient déjà un goût d'appartenance et Fifa ressentait un peu plus à chaque seconde le doux tiraillement de l'envie. Le désir, sombre et hypnotisant, rampait dans ses entrailles, remontait dans sa gorge comme de la bile et elle pouvait choisir entre le savourer du plat de la langue ou le cracher, effarouchée. Elle tiqua, entendant presque goutter le vin ensanglanté qu'on servait au dictateur avant un coup d'état. Elle l'avait espérée, cette chance de venger son amant. Elle voulait protéger sa mère. Tout semblait s'aligner en sa faveur et elle ferma les yeux pour tenter d'y penser à tête reposée. Il était trop tôt pour se laisser envahir par la détermination. Il fallait en discuter avec Kuro, pas avec l'ombre de frère (beau-frère ?) qui lui faisait face.

Une autre pomme s'écrasa devant elle. Shiro s'approchait, ignorant la feuille restée accrochée à sa compagne rouge écarlate. Il la croqua, deux coups de mâchoire puissants et un craquement clair dans le silence environnant. Allait-elle croquer dans la pomme, elle aussi ? L'étalon s'éloignait déjà, tout aussi vite qu'il avait franchi les quelques mètres qui les séparaient. Elle ne voulait pas être proche de lui, encore moins à ses côtés, et le contourna soigneusement pour rejoindre le framboisier. Elle n'était plus intriguée, simplement gourmande, et arqua l'encolure pour délicatement se saisir de l'un des fruits si soigneusement protégés, le gobant. La framboise laissa une tâche pale sur ses lèvres qu'elle effaça du coin de la langue, jetant un regard par-dessus son épaule à son interlocuteur. Fifa ne connaissait pas les Terres Orphelines. Elle les avait rarement traversées, ne s'y était peut-être jamais arrêtée. Et à présent, elle était tentée de les convoiter. Que faisait-elle là ? Elle-même ne le savait plus tout à fait. Elle ne savait pas non plus si elle désirait répondre, battant lentement des cils en contemplant l'étalon.

« Je cherche ma mère, répondit-elle finalement. Je suis inquiète pour elle. »

Elle aurait pu lui dire qu'elle espérait la trouver en compagnie de Querouane, mais elle doutait de trouver la mère de Shiro sur ce qui avait été le territoire de l'étalon qui l'avait délaissée. Ou du moins elle ne voulait pas être dans les parages si Querouane s'y trouvait. Ocëan Pearl... non, elle ne se serait pas présentée là, quand bien-même ils avaient tous été chassés de leurs demeures. Sa mère s'était peut-être rendue dans les Terres Secrètes, envisagea-t-elle avant de revenir à l'héritier déchu.

« Je ne pensais pas vous trouver là, ni ton père, ni toi. »

Fifa avait pensé y trouver Kuro, en réalité, et jeta un regard au ciel, s'attendant presque à deviner sa silhouette parmi les maigres nuages qui y flottaient. Les filaments cotonneux ne laissaient même pas deviner une étoile pour la guider et elle s'en offusqua quelque peu, renâclant avec agacement. Tournant les talons pour revenir entre les deux arbres fruitiers qui s'étaient déclarés témoins de leur rencontre fortuite, elle fixa enfin Shiro dans les yeux, insistante.

« Et toi ? Pourquoi es-tu encore là ? »
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Sam 15 Juil 2017 - 20:05



“ The world halted. There sounded a great gong made of sky. A gasp. Silence. ”
― Louise Erdrich, The Antelope Wife

Quelque chose tiraillait l'arrière de son crâne. Une pensée. Qui se déroula, lentement, une toile d'araignée au bout de laquelle pend la goutte magique de la conscience, qu'il goba. Il observa l'inconnue en cherchant son nom. Il lui semblait qu'il avait du entendre son nom, mais pas s'en souvenir, comme l'on regarde tant de passants tous les jours avant de les oublier. C'est fou, tous les souvenirs où le monde extérieur existe et où l'on ne se voit finalement que soi, entouré de milles ombres de créatures qui avaient été présentes mais pas assez là pour s'inscrire indéfiniment dans l'esprit. Plus on se rappelle, et plus les souvenirs sont distendus par la nostalgie ; aussi oubliait-il facilement, Shiro, sa lourde tête pendue dans le vide, les passants et les juments blanches, les cauchemars qui se lovaient dans son coeur chaud. Il expira un peu d'air, un petit souffle de vie tiède, leva les yeux au ciel pour l'observer, déduire, trouver le nom de cette inconnue. N'avait-il pas dit qu'elle aurait pu venir de là, sortie d'entre deux nuages maigres, les longues cicatrices d'un jour qui ne voulait pas vraiment exister ? Il ferma les yeux ; la poursuite des autres l'épuisait, frappait contre son crâne. Un être civilisé lui aurait dit qu'il ne pourrait vivre seul toute sa vie, qu'il devrait s'attacher un jour à quelqu'un, trouver un foyer dans l'étreinte d'autrui.

Ce ne serait certainement pas avec elle. Elle, elle appartenait corps et âme à autre chose, peut-être à quelqu'un. Elle était l'étrangère, l'inconnue qui finirait comme toutes les autres, une tâche au fond d'un souvenir, comme un rayon de soleil aveuglant sur une vieille photo. Il n'était pas pressé de s'attacher à quelqu'un. Il n'était jamais pressé de faire quoi que ce soit. Sa grand mère s'était dénommée Sloth, et il honorait son nom avec sa langueur mélancolique, les lèvres tendrement caressées par l'inaction, le corps sculpté par les fragments d'ombres de sa petite maison abandonnée.

Sa mère. Les Terres Trompeuses. Il la regarda, longuement, et il fallut tout autant de temps pour qu'un sourire mécanique ne vienne blesser sa figure, la fendre en deux et le transformer en son père, dont il avait depuis toujours imité le rictus désabusé.

" Tu es la fille d'Ocëan Pearl. "

Puis un petit rire, incongru même pour lui, trouvé quelque part dans les poumons. Il détourna la tête, la secoua. Oh, il savait. Elle aimait Kuro. Comme les choses devenaient claires, si vite. Un nuage de moins dans le ciel bleu. Oui, elle ne l'avait jamais rencontré lui. Et comme il avait du la surprendre, comme l'avait indiqué sa face déconfite ! Elle savait qu'il était un rôdeur déchu sur des terres qui ne lui appartenaient plus. Qui ne lui auraient, de toute façon, jamais appartenu. Il aimait avec possessivité un endroit qu'on ne lui avait jamais promis, comme un amoureux éperdu aime la princesse acquise à un autre et s'embarque dans une quête pour prouver qu'il est en fait le meilleur prétendant à sa main. Était-ce cela, alors ? Cet exil qu'il entreprenait ? Mille aventures pour revenir couvert de gloire, se jetant aux pieds d'une femme nouvellement mariée ?

" Mon père n'est pas là, mais il reviendra. Il aime les framboises. "

Et il la dévisagea alors qu'elle les goûtaient, comme on scrute un animal sauvage au bord de la route, incongru, trop furtif pour être véritablement compris, une vision plus qu'une réalité. Il avait l'impression soudaine d'être comme un petit garçon qui va dans son jardin pour y découvrir un inconnu, et qui menace ce dernier en lui annonçant que son père n'est pas loin ; qu'il valait mieux déguerpir sur le champ. Il n'avait plus le droit de faire des menaces.

Il y avait eu dans ce regard un éclat d'avidité. Et dans ces yeux qui rencontraient les siens à présent, tellement étrangers que cela le gênait un peu, il retrouvait cette étincelle de désir. Elle aimait cet endroit. Qui ne l'aurait pas aimé ? Tout le monde veut goûter des poires d'or, des pommes écarlates, des framboises gardées par les guêpes. L'une d'entre elles voletait autour de sa figure, comme tentant de déterminer si cette créature avait le droit de manger ses fruits. Shiro déglutit. Il quitterait ce verger en sachant qu'on le convoitait.

" Pourquoi ne serais-je pas là ? ", répondit-il, une pointe d'acidité dans la voix, " Je n'ai jamais été promis à ces Terres, aussi m'appartiennent elles à présent autant qu'au commun des mortels. "

Ah, cela flottait dans son esprit, à présent. Un nom qui n'avait jamais orné ses lèvres, qu'il avait connu sur la bouche d'autres.

" Fifa. Comment va Kuro ? "

La question était cruelle. Comme beaucoup des questions dont on ne cherche pas vraiment la réponse.
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Jeu 20 Juil 2017 - 15:55

Elle ne se souvenait pas d'avoir rêvé du grand amour, et encore moins du prince charmant. Enfant, elle avait aimé jouer avec son grand-frère sans jamais se laisser faire. Elle avait écouté sa mère lui conter ses batailles, pas celles qui se terminaient dans le sang mais celles qui fleurissaient dans ses sentiments. Elle avait posé sur son père un regard voilé d'ombre malgré l'admiration qu'il lui inspirait, il faisait toujours si sombre quand il partait. Elle s'était vue, très tôt et pendant longtemps, seule face au monde. Forgée pour lutter contre ce dernier. Kuro s'était présenté comme un fantôme de cette enfance si vite oubliée, et elle s'était laissée hantée par son souvenir, séduite par les promesses que lui soufflait le vent lorsqu'elle laissait ses pensées dériver à son sujet. Elle l'était toujours.

Aujourd'hui encore elle ne rêvait pas du grand amour ni du prince charmant, parce qu'elle avait bien souvent ce dernier sous les yeux. Pas à l'instant cependant, mais presque. Le frère de ce dernier n'avait pas encore daigné à la nommer et elle douta qu'ils aient un jour l'envie de référer l'un à l'autre comme beaux-frère et soeur. Quelque chose la dérangeait dans le rictus mécanique de l'étalon noir et elle releva la tête à ses promesses sans âme.

« Qu'il revienne, je l'attends. »

C'était vrai. Elle l'attendait de pied ferme, prête à lui cracher au visage tout ce que Kuro avait à lui reprocher. Comme une enfant elle mimiquait, répétait des choses qu'elle ne comprenait pas mais prenait comme parole d'évangile parce qu'elles avaient franchi les lèvres de son amant. Fifa devinait la bêtise de ce fait sans parvenir à s'en détacher, bien trop influencée par son amour pour le blanc pour le remettre en question. Elle doutait de le questionner un jour de toute façon, ses sentiments étaient trop aveuglants pour qu'elle s'écarte un jour de leur halo. On ne s'éloignait jamais tout à fait de ceux qu'on avait aimés.

Une guêpe voletait autour d'elle depuis son excursion parmi les framboisiers et ne semblait pas décidée à s'éloigner. Fifa la suivit des yeux, intriguée. Elle avait dû garder les framboises, veiller sur elle et la terre dont elles naissaient. C'était ironique de trouver des fruits sur les Terres Orphelines, et encore plus un mets qu'appréciaient les Dieux. Ces mêmes Dieux qui avaient chassé Sorrow. Pendant un instant elle contempla l'idée que la guêpe protégeait bien plus que le framboisier, et resta immobile quand elle se posa sur sa joue.

Elle était extérieure aux Orphelines après tout, seulement compagne de l'un de leurs héritiers, celui qui les avait quittées bien avant que les Dieux ne jugent que leur Dominant n'était plus digne de les posséder. Elle se demanda ce qu'ils pensaient de ses ambitions, de sa désobéissance de plus en plus flagrante. Pendant un instant, elle s'imagina même que sa rencontre avec Shiro était loin d'être fortuite.

« Appartiennent-elles aux Dieux ? »

Malgré sa défiance, elle s'en remettrait de toute façon au sort. Divinités ou autorité, c'était nécessaire. Que la guêpe affirme posséder le framboisier ou choisisse de la lier de façon indélébile entre l'occulte et les mortels, ses ambitions ne répondaient qu'à un besoin de hiérarchie que tous reconnaissaient.

La piqûre était douloureuse, à peine atténuée par le vrombissement de l'insecte. Elle ne savait pas s'il s'agissait de son assentiment ou un avertissement, mais il encourageait ses ambitions. La voie était libre, c'était Shiro qui avait été chassé. C'était égoïste et elle le savait. Dans le cycle éternel de la renaissance elle cherchait à redevenir l'héritière qu'elle avait été, promettait à Kuro de devenir la reine qu'il désirait à ses côtés. La guêpe s'écarta, son bourdonnement rassurant malgré la grimace qui déformait la bouche de la jument crème. Il lui rappelait le crépitement du feu, l'agressivité des flammes qui la rongeaient depuis que le vent lui avait chuchoté le secret de la royauté dépossédée de son domaine.

Elle pouvait être une menace pour Shiro. Il avait enfin trouvé la dignité de la nommer et elle posa sur lui un regard vide, voilé par le venin qu'avait instillé en elle la guêpe. Elle choisit de ne pas l'être. Il n'était que le fils de son père après tout, avait encore le temps de mener une vie aussi sinistre que lui.

« Demande le lui toi-même. »

Fifa se sentait las, soudain, et fit quelques pas chancelants.
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Dim 23 Juil 2017 - 16:10



There's no home for you here girl, go away
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La caresse de l'ortie blanche contre la peau de sa jambe lui laissa presque l'envie de connaître la brûlure de sa cousine aux fleurs violettes. Le genre de désir qui vous prend tard le soir, lorsque les lueurs ne sont plus que des appels de phare flous cachés derrière un voile, et qui vous pousse à enfoncer le doigt dans l'hématome profondément, profondément, cherchant quelque chose, le morceau manquant, la raison. Le monde manque énormément de raisons. S'aurait été tellement facile, de donner un sens à tout. L'absence de ce dernier soulevait la bile dans sa gorge, la hargne de l'adolescent floué qui cherche son identité et se casse les dents sur la nullité que lui rend la vie. Des petites miettes au creux d'une paume sale.

Un sourire doucereux trôna sur son visage avant de s'effondrer. Comme elle était sûre d'elle, la jument crème ! Une reine déjà au milieu de son jardin fantastique, faisant tournoyer une ombrelle entre ses doigts pâles. Ou peut-être n'était elle pas si précieuse. Peut-être pouvait-elle mener d'autres à la guerre et s'affaler dans le sang avec un arrière goût de remord dans la gorge. Sa mère ne s'était-elle pas beaucoup battue, elle aussi ? Ce genre de choses là vivaient-elles dans le sang ? Il lui laisserait ses précieux petits espoirs. Il vaut mieux toujours avoir un mouchoir dans sa poche lorsque l'on réalise ses erreurs.

Il se détourna. L'air était gorgé du parfum des fruits trop mûrs. Les effluves des poires blettes voguaient avec le vent, sorte d'appel à la tentation et de cri de désespoir, la dernière demande de quelque chose qui mourra et pourrira complètement bientôt, englouti par la terre noire et meuble. La guêpe vrombissait. Toujours colérique, toujours vengeresse, toujours menacée semble-t-il par la présence d'autrui. Elle protégeait son nid. Elle était née dedans et avec un peu de chance, elle mourrait dedans. Elle servait une reine énorme, et lui demeurerait fidèle sans jamais savoir pourquoi.

Seules les femelles pouvaient piquer.

" Cela n'a de l'importance que pour toi, " répondit-il, laconique, la question frôlant ses épaules pour retomber platement dans l'herbe fraîche.

Elles ne perdaient pas leur dard. Pas de mort après avoir infligé la punition. Shiro connaissait mieux les papillons de nuit, leur froufrou paniqué lorsque la pénombre se jette sur les lanternes, leur frénétique recherche d'un soleil alors que minuit sonne. Il humecta ses lèvres lentement, regarda l'insecte alors qu'il voletait, tournait en rond, puis repartait de là où il était venu, certain d'avoir fait mouche. Une douleur absente battait dans son corps. Il lui semblait qu'une piqûre aurait allumé en lui les étincelles de la rébellion qui restait dormante, allongée au fond de son âme, fermement enfoncée dans son coma.

Ah, mais il y avait autre chose, quelque chose qui pouvait faire mal, mais ce qui fit mal avant tout se fut la voix de Sorrow qui retentit dans son esprit aussitôt, doucement moqueuse, nonchalante : Il est déconseillé de demander des nouvelles des fantômes.

Et voilà ce qu'il aurait dit, et qui avait failli franchir ses lèvres ! Comme c'était facile, de prendre les mots d'un autre pour avoir du courage. Trop tard. Il résisterait à la mimique une fois de plus, et une fois encore sûrement, tant il était facile de se retrancher chez lui pour se défendre. Non, c'était Shiro qui jaillissait sur son visage, des émotions qui n'ont pas mûries et éclatent soudain ; colère sourde, rancœur, quelque chose qui avait l'apparence de la haine tordant sa figure. Il avait appris l'indifférence, mais parfois la source grondait sourdement comme un fauve dans la cage trop étoite. Il est tellement facile de haïr. En haïssant on ne se force pas à oublier, mais l'on garde l'objet de ses pensées constamment auprès de soi, chaque matin, chaque soir, fermement serré contre sa poitrine. La haine s'emparait du temps et s'enfuyait avec lui en riant, bien consciente d'avoir dupé son prochain.

Un rictus trancha son visage en deux pour révéler une plaie béante, puis tout s'éteignit. La morosité s'appuya à nouveau sur ses traits et il regarda la jument crème, les yeux bleus, le fait qu'elle le connaissait et pas lui. Kuro lui appartenait plus qu'il n'avait jamais pu lui appartenir.

" N'exige pas de moi plus que ce que je dois déjà faire, " cracha-t-il avec une morgue inattendue. Sa queue claqua dans les airs. Il se souvint de où il était, tout à coup. Du fait qu'elle tenterait peut-être de tout lui arracher. Qu'ils tenteraient, ensemble, de tout lui prendre. Il voulait imaginer le pire. C'est ce qui rend le poison plus efficace.

Il n'avait plus de douleur fantôme, car soudainement une plaie bien réelle s'était rouverte quelque part en lui. Où était-il ? Ah, elle le cherchait. Elle le cherchait ici, là où Shiro avait grandi, là d'où il était parti avec sa mère. Parti ! Pour mieux revenir. Un spectre venant réclamer son trône en invoquant le droit d'aînesse. C'était donc cela.

" Aucun de nous deux, " murmura-t-il, " Aucun de nous deux ne devait régner. "

Une nouvelle grimace vint tordre sa figure. Il regarda la crème, puis fit un pas de côté, manifestement agité. Où était la sortie ? Il n'avait jamais cherché la sortie de cet endroit. Il n'en avait pas eu besoin. Enfin, enfin, il parvenait à avoir horreur de ce qu'il avait connu, en sachant que bientôt peut-être des traces de pas viendraient effacer les siennes.

Pas à lui, pas à quiconque. Pas à elle non plus. Aux guêpes, peut-être, le verger tentateur ; pour répandre avec leur dard le venin de ces Terres maudites.
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Fifa
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Lun 24 Juil 2017 - 0:38

Fifa... n'était pas fière des guerres qu'avait menées sa mère. La vieille jument s'était tuée à la tâche, avait récolté mille et une cicatrices qui entachaient à présent sa robe pie. Ces dernières années elles étaient plus fades, se fondaient dans le poil, mais les souvenirs demeuraient. Ils restaient une part importante de qui Ocëan Pearl avait été, trahissait la violence voilée par l'amour maternel. Pas à l'encontre de ses enfants, jamais. Une mère ne se battait que pour protéger sa progéniture... Fifa mentait, quand elle énonçait cette fatalité. La sienne s'était battue par goût du sang et désir de puissance, protégeant un territoire et vengeant un passif dérisoire. Elle ne voulait pas reproduire ce schéma, ne cherchant pas la gloire. Elle avait encore l'espoir d'offrir à Kuro le foyer dont il rêvait plutôt que le royaume qu'Ocëan Pearl avait gouverné.

Un jardin, une maison, n'était-ce pas là un signe ? Ils voulaient former une famille, accueillir leurs proches et amis dans ces terres orphelines pour démentir la réputation qui leur avait donné leur nom. Ce ne serait plus une question d'appartenance, mais de bienveillance. Shiro pouvait y être le bienvenu, si seulement... Si seulement quoi ? Il le demandait ? Elle le proposait ? Kuro l'acceptait ? Fifa n'en savait rien. Elle aurait juste voulu s'affranchir et sortir de l'ombre pesante de sa mère.

Sa joue la lançait et elle se demanda si Ocëan Pearl l'aurait giflée à cette pensée, avant de revenir à elle. Bien sûr que non. Sa mère ne l'avait jamais encouragée à suivre son exemple. Elle ne le qualifiait pas de mauvais, sûrement pour préserver un peu de sens à sa vie passée, mais ce n'en était pas loin.

La voix de Shiro claqua comme ses crins dans le silence du jardin en jachère et Fifa battit des cils dans un effort pour le comprendre. Elle aussi, avait un frère. Leur séparation puis distanciation avait pris plus de temps, ce n'était que tard qu'elle avait maudit Only Hope si absent, si semblable à leur père. Requiem... l'annonce de sa mort avait résonné trop tôt, bien trop tôt pour un être si jeune et innocent. Kuro et Shiro avaient probablement été innocents, à l'époque où ils se connaissaient encore.

La révélation la prit à la gorge comme la bile qui remontait dans sa trachée et elle ferma les yeux dans un élan de faiblesse, s'éloignant à son tour de l'étalon. Elle avait connu cette place futile, avait malheureusement goûté à quelques années de négligeables responsabilités insignifiantes car elle ne leur était pas destinées. Ocëan Pearl l'avait pourtant élevée dans cette perspective. Fifa n'était pas inepte, simplement... la cadette. Et à présent, tous avaient été dépossédés de leurs fiefs. Leurs règnes touchant à leur fin avant même d'être entamés pour certains, ils restaient sans couronne, n'en avaient jamais été coiffés. Elle n'était pas tant avide du pouvoir que du domaine, non pas convaincue par la monarchie mais par son ineptie. Les Dieux n'avaient-ils pas mieux à faire que s'amuser avec eux ?

« Nous ne voulons pas régner, aucun de nous n'y était destiné. elle lui lança un regard par-dessus son épaule. Ce n'est pas pour la gloire, ni le pouvoir. C'est simplement un devoir : nous voulons offrir un asile à nos familles et nos proches. Tu pourrais en faire partie si tu le désirais. »

Fifa hésita, confiant finalement sans le regarder.

« Kuro est beau. au loin le brouillard se levait et elle apercevait déjà la Maison Hantée. Il veille sur votre mère. »
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Mer 26 Juil 2017 - 17:45


Il fixa les ombres qui grondaient entre les arbres, ces créatures furtives tapies dans l'imagination qui en sortent pour bruisser dans le feuillage, menaçant en une langue oubliée depuis longtemps le promeneur trop intrépide. La langue que l'enfant a inventé un soir d'été ; des borborygmes sans queue ni tête mais précieusement compréhensibles pour lui, son alphabet secret que nul autre ne pourrait comprendre, que nul adulte ne souhaitait de toute façon comprendre.

Il avait beaucoup connu l'ennui, dans sa vie. On s'en accommodait finalement fort bien. L'ennui était préférable à son pluriel. Il ne ressentait pas d'ennui, à l'instant, mais une pointe de hargne qui lui piquait, brûlante, le coeur, le menaçait d'exploser à nouveau, outré par la rétribution divine, orateur crachant ses mots et crachant dessus avec regret quelques instants plus tard. Il n'avait jamais su bien s'exprimer ; n'avait jamais su comment on pouvait, avec les mots, relier un fil de pensée à celui d'une autre personne.

Enfant, il avait été aventureux. Il avait voulu faire comme son père avant lui. Il avait connu tous les endroits qu'il y a à connaître pour un poulain. Il s'était échappé loin du giron maternel, s'en était arraché en feulant, protestant contre tout cet amour qui le rendrait doux et paisible et il s'était enfoncé pour rejoindre les ombres, cherchant à se trouver une identité parmi les vagabonds. Cela avait été une erreur. Il n'était pas fait pour cette vie. Il n'était pas Sorrow. Il ne pouvait pas prétendre qu'il avait plus aimé le voyage que la désobéissance ; c'était elle qui l'avait poussée à s'éloigner, dans l'espoir qu'on le rattrape. Peut-être avait-il voulu attirer l'attention de sa mère sur lui. N'était-elle pas prête à la lui donner ? Était-il responsable ? Comment un enfant peut-il l'être ?

Shiro fit quelques pas de plus vers le poirier. C'était comme-ci les fruits dorés l'appelaient irrésistiblement, dirigeaient son regard vers leurs rondeurs surnaturelles, leur apparence lisse et appétissante. Elles lui réclamaient un coup de dent, lui demandaient de goûter à leur chair farineuse, de trouver les vers qui les rongeaient. Elles réclamaient un meurtre préférable à la lente flétrissure du temps, à la décomposition de l'intérieur. Comment aurait-il réagi, s'il avait découvert un parasite dans son corps ? Se serait-il jeté du haut d'une falaise ? Ou aurait-il appris à vivre avec, comme l'on cohabite avec ses moments de honte ? A petits pas étouffés, les yeux fixés sur autre chose, la mâchoire serrée sur un reproche à cette version plus jeune de soi.

Encore ce rire légèrement sardonique, qui tomba de ses lèvres, tomba par terre, se répandit dans l'herbe. Il regarda la jument crème, inspira profondément l'air frais.

" Comme c'est magnanime ! "

Un tic à l'oeil.

" Un asile ? Ici ? Veux-tu les protéger ou les séparer à tout jamais ? "

Et cette fois un sourire presque mutin s'empara de ses lèvres alors qu'il secouait la tête, bizarrement amusé. Il aurait pu lui décrire la vie sur ces terres, lui qui l'avait connue. Ses secrets demeurèrent au fond de son esprit.

Il aurait pu revenir ici. Et quoi ? Qu'aimait-il le plus ? Sa maison pourrissante ou sa fierté ? Chez lui, ou l'absence de chez soi ? Suivre un vieux monarque dans son exil ou prêter allégeance à un jeune prince ? Encore une fois, un ricanement menaça de lui échapper, mais il le retint. Il était sans joie. Coincé entre la finalité des choses et une issue qui lui était offerte.

Sa mère, sa mère. Il l'avait revue brièvement il y a de cela des années. Il était affolant de constater que ses souvenirs mourraient si vite. Il chercha son visage. Ne le retrouva pas.

Qui était-elle ?

" Tu aimes ta mère ? "

La question se voulait désinvolte, mais elle était piquée de terreur.
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Fifa
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Mer 26 Juil 2017 - 22:22

« Bien sûr. »

Quelle question. Evidemment qu'elle aime sa mère. La question ne se pose pas. Elle ne devrait même pas se poser. Fifa n'est pas le genre de personne qui ose l'envisager. Elle ne remet pas ce genre de choses en question. Elle a trop peur que l'équilibre du monde s'écroule si on le dérange. Elle aime sa mère. Elle aime Kuro. C'est plus facile comme ça. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Mais Shiro n'a pas l'air gentil. La plupart de ses proches ne sont pas toujours gentils. Elle-même n'est pas particulièrement gentille. Elle a peur que Shiro n'aime pas sa mère, elle ne peut pas le comprendre. Cela lui rappelle Afraid Again, et elle se souvient d'avoir détesté Mélodie et Only Hope. Elle craint de ne pas être une bonne mère, de ne même pas pouvoir donner la vie, et elle craint encore plus que cette dernière ne soit pas capable de répondre à son amour désespéré.

Fifa n'a pas assez d'amour pour le frère de son compagnon, et se doute que ce dernier n'en veut pas. Elle non plus ne veut pas faire d'effort et cesse de le regarder, las.
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Shiro
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MessageSujet: Re: Say you won't let go    Mer 26 Juil 2017 - 22:27


Bien sûr. Bien sûr. Bien sûr.

Une telle certitude. Il la regarda, longuement, alors qu'elle ne daignait pas lever ses yeux bleus sur lui. Elle était la même étrangère qu'au départ, et elle le serait toujours. Elle se fondait dans le paysage comme un nouveau fantôme. Il se sentait malade. Sa gorge avait été asséchée par cette conversation, alors qu'il n'avait lâché que quelques mots.

Le ciel n'était pas sombre, mais l'air frais, piquant, déjà exploré par les moustiques. Bientôt les arbres ne seraient que des ombres tordues, éplorées, figées dans l'attente. Il les laisserait attendre le retour du vagabond qu'il redevenait.

Shiro avança jusqu'au poirier pour en cueillir le fruit. Celui qui lui paraissait le plus immaculé. Il l'engloutit plus qu'il ne le dégusta, ne cherchant pas à savoir si un vers était passé sous sa dent. Elle, était un parasite. Dans le paysage. Chez lui.

L'heure du départ est signalée par le sifflement insupportable du cœur qui ne connaît jamais le présent, seulement l'avenir du prochain battement. Shiro passa devant elle alors qu'il se dirigeait vers la sortie. Il ne put accrocher son regard.

" Dis lui bonjour de ma part. "

Puis il disparut vers de nouvelles épreuves.
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Say you won't let go
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