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 Lysistrata.

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Sorrow
ize of the world

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ÂGE : 20
PUF : Chunsa.
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SEXE DU CHEVAL : Quéquette. 👀
TERRITOIRE : Concierge des Terres Orphelines à la retraite.


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MessageSujet: Lysistrata.   Ven 7 Juil 2017 - 3:24



LYSISTRATA


Nom — Lysistrata
Race — Rien de vraiment distinctif
Sexe — Jument
Âge — Cinq ans

Souvenir, présent, avenir...


Son passé —

Acte I.
Qu’est-ce qui t’a prise, de tomber amoureuse d’un guerrier ? Tu sais que ce qu’il aime véritablement le plus au monde, c’est la victoire, sur toi ou sur les autres. Lorsqu’il vient te voir et que tu le supplie de rester, il te murmure des mots si doux que tu en oublie ta colère. Et puis il repart avec un sourire en coin, rejoindre ses amis qu’il adore parce qu’eux, Lysistrata, ont versé du sang pour lui. Ça ne te viendrait pas à l’esprit, de saigner. Tu as trop peur de ça. Tu n’as jamais vu un champ de bataille, de toute façon. Ce n’est pas tes yeux pudiques qui iraient contempler ce spectacle. Non, tu l’attends en marmonnant des prières, toi et toutes les autres qui attendent, et lorsqu’il revient encore frissonnant d’adrénaline tu le laisses te bousculer, s’animer alors qu’il raconte les moindres détails, tu attends patiemment qu’il n’ait plus de souffle pour commencer à inspecter ses plaies. Autrefois, il était beau. Sa robe alezane, presque rousse, dorait au soleil et lui donnait l’apparence d’un dieu. Il sera toujours beau à tes yeux, mais les cicatrices strient ses flancs, enlacent ses côtes, torsadent ses jambes. Ce qui change, surtout, c’est ses yeux. Ils sont de la couleur de l’amour lorsqu’ils te regardent. Le reste du temps, ils brillent comme mille flammes prêtes à ravager le monde.

Mais tout ça, c’est du passé. Tu as eu une idée. Tu as eu une bonne idée. Lorsqu’il viendra te voir dans la petite grotte où vous vous donnez rendez-vous, lorsque son visage surgira au travers du voile de lierre sauvage qui protège votre intimité, tu lui diras non. Tu diras non lorsque ses lèvres voudront s’écraser sur tes paupières. Tu diras non lorsqu’il te suppliera avec les mots les plus doux de la création. Tu diras non lorsqu’il se pressera contre toi, tu diras non lorsqu’il se mettra en colère. Tu ne lui offriras pas d’adieux, pas d’encouragements, pas de baisers. Pire encore, tu ne respecteras pas ta promesse. Tu lui diras qu’il n’aura pas l’héritier qu’il te réclame ardemment.

Toi et les autres qui attendent, vous êtes d’accord. Ce soir, lorsqu’ils viendront prendre votre congé, vous répondrez toute d’une seule voix. Vous direz non. Cela te fait peur, Lysistrata, de dire non. Tu n’en as pas l’habitude, mais il faut bien que tu le fasses. Alors tu le fais. Et il veut écraser ses lèvres sur tes paupières, et il te supplie avec les mots les plus doux, et il se presse contre toi, et il se met en colère ; et tu psalmodies, non, non, non, non.

L’aube se lève et peint le ciel de toutes les nuances du rouge. Il y a quelques minutes, il est sorti de la grotte et a rejoint la prairie éclaboussée de rosée, où l’attendent ses compagnons aussi désappointés que lui. Ils pestent tous ensemble. Leurs voix se mélangent pour se transformer en un torrent infernal. Tu es heureuse de savoir qu’aucune n’a cédé. Tu vois leurs yeux dans la pénombre, qui observent comme les tiens le curieux spectacle des étalons incertains, piétinant, tonnant, rageant, comme de simples enfants auxquels on aurait refusé quelque chose. Il a l’air trahi, mais tu sais que tu as pris la bonne décision. Tu gonfles ta poitrine pour te rendre plus impressionnante. Tu sors au dehors, tes pas prudents presque silencieux alors que tu foules l’herbe humide, mais malgré ta discrétion ils se tournent tous vers toi, les lèvres tordues par le mécontentement. L’un d’entre eux veut t’approcher, la face difformée par la colère, mais il est retenu. Tu t’arrêtes. Tu les regarde, avec tout le calme que tu peux invoquer en toi.

« A partir de maintenant, vous ne partirez plus vous battre. Nous en avons décidé ainsi. »

Tu n’attends pas que le concert de protestations commence pour retourner de là où tu es venue. Tu esquisses un sourire. C’est la première victoire que tu as connue et tu l’as obtenue sans verser une goutte de sang.

Les premiers jours, ils grincent des dents et t’observent passer avec rancune. Tes pas sont plus fiers, maintenant. C’est comme si tu étais devenue une vraie reine. Tous les soirs, tu rassures les autres juments qui viennent te voir. Tu apaises leurs craintes et leur demande d’être fortes. Certaines, plus âgées, sont plus résistantes parce que leur amour est vieux ; que lorsqu’il se bat leur compagnon risque plus que les autres à cause de son grand âge, mais aussi parce qu’elles ont l’habitude, maintenant, de leur tenir tête. Certaines, plus jeunes, sont plus résistantes parce que leur amour vient de naître ; au combat elles craignent de perdre l’être qu’elles viennent d’apprendre à aimer, et la passion naissante rend la défiance plus facile.

Ils semblent s’y habituer. Lui passe devant votre grotte tous les soirs, t’observe longuement, puis s’en va avec de longues foulées, pour te signifier qu’il n’est pas prêt encore à te voir. Tu attends. Tu as passé une vie à l’attendre.

Il te revient, un jour. Tu dors à ses côtés. Tu goûtes à la paix revenue comme l’on croque dans une grenade. Le parfum de l’amour embaume ta vie et tu le humes avec l’extase de celle qui a enfin trouvé satisfaction. Tu comprends, tout à coup, les réticences de plus en plus nombreuses de tes camarades. Toi aussi tu rêves de le toucher, de lui offrir ce qu’il lui arrive encore de te réclamer tard le soir et tôt le matin. Un enfant.

Il avait raison. Lorsque l’on connaît la paix, on finit par baisser les armes et laisser s’effriter, peu à peu, sa méfiance. Tu ne le surveilles plus autant. Tu le laisses chuchoter avec les autres loin de toi. On tente de te prévenir. Une de tes oreilles vigilantes vient te chuchoter que quelque chose ne va pas, que tout est trop normal. Naïvement, tu ne veux pas les comprendre. Tu as gagné. Ils ne te défieront pas.

Ils partent au petit jour, en silence.

Tu passes les premières heures à pester devant des visages mornes. Finalement, c’est l’inquiétude qui te ronge. Cette inquiétude que tu avais fini par oublier, et qui remonte jusqu’à tes yeux, empoigne ton cœur dans une main de fer, te force à faire les quatre cent pas en maudissant et en bénissant son nom.

La nuit tombe lorsque tu réalises que ton espoir ne l’a jamais fait revenir par le passé.

Vous commencez à lancer des accusations au bout de la cinquième nuit, lorsque le silence devient trop lourd et les cœurs trop aigres. Elles se tournent vers toi et te demandent ce qui t’est passé par la tête. Les étalons se battent, c’est bien connu. Comment as-tu pu croire qu’on pouvait les changer ?

Oh, et penser que peut-être il ne t’aime plus alors que tu l’adores ! Tu te rends malade bien avant qu’elles n’aient pu le faire.

Le septième jour voit poindre à l’horizon des tâches noires, mouvantes, qui se rapprochent à grande vitesse. Aussitôt les cris de joie retentissent et se perdent dans l’éther ; les pas des étalons victorieux grondent alors que les Alăla, Alăla ! deviennent impossiblement aigus.

Tes yeux voient avant ceux des autres, Lysistrata, que ce n’est pas celui que tu aimes qui avance en conquérant. Tu t’écroules alors que l’allégresse danse encore avec vous. Ils sont morts. Tu le leur dis. Et ton hurlement de désespoir fut imité par les corbeaux moqueurs pendant les hivers qui suivirent.

Acte II.
Ils vous observèrent de loin comme des loups des nuits durant. La nuit vous vous serriez ensemble sans pouvoir dormir, et à chaque fois que vos paupières lourdes se fermaient pour chercher dans le sommeil les dernières traces de l’oubli, ils vous semblaient au réveil qu’ils étaient plus proches, plus proches, jusqu’à ce que vous puissiez sentir leur haleine fétide.

Celui qui l’a tué, tu le reconnais tout de suite. Tu le sais en posant tes yeux sur lui. Seul un grand guerrier aurait pu abattre celui que tu avais aimé. Celui-là est un grand guerrier, mais pas une grande personne. Lorsqu’enfin ils fondent sur vous c’est pour vous dévorer, et vous vous éparpillez comme des colombes. Tu entends tes amies hurler alors que tu le fixes.

Tu as dû l’amuser, Lysistrata, à rester immobile, à le fixer avec haine. La haine, les gens comme lui s’en repaissent. Il n’y a pas meilleur nectar que de voir son reflet dans tes deux perles bleues, parce qu’il habite à présent ton esprit, et qu’il est persuadé que bientôt, il habitera ton corps.

Lysistrata, tu as refusé à celui qui t’aimait les fruits de ton ventre. Alors, ta première réaction, après l’avoir vu, c’est de fuir comme les autres, en hurlant comme une ménade possédée.

Vous vous échappez toutes, ce soir-là, Lysistrata, et vous vous retrouvez dans le sous-bois pour pleurer. Ils reviendront demain, Lysistrata, et après-demain. Agiles comme vous êtes, filles des bois, vous les repousserez toujours plus loin. Mais chaque jour, Lysistrata, tu auras la sensation de t’enfuir en traversant un champ de ronces, et jamais tu ne retrouveras le repos, Lysistrata.

Tu sens son souffle contre ton échine plusieurs fois. Maintes fois, il manque de tomber sur ton corps. Il a un nom, mais tu ne le prononces que pour supplier que sur lui s’abatte la foudre divine.

Tu as eu tort, Lysistrata. On ne peut pas arrêter les guerres.

Tu en es convaincue en voyant tes chères compagnes peu à peu disparaître, te laissant seule avec un nombre réduit de tes anciennes confidentes, toutes celles qui avaient accepté ton idée à cœur joie, qui te suivront jusqu’au bout de la nuit. C’est au cœur de cette dernière que tu te tournes vers elles avec une nouvelle idée. Elles te regardent, et dans leurs yeux tu lis l’incertitude, le doute qui t’habite toi-même. Tu les convaincs à force de grands mots. Tu aurais pu apprendre ça en en observant un autre, Lysistrata, mais c’est de toi que vient le discours que tu prononces.

Ils dorment encore lorsque vous fondez sur eux comme des déesses vengeresses. Ils dorment encore mais ils rient lorsqu’ils vous voient, ils se lèvent paresseusement, comme des tigres. Ils vous sous-estiment. Tout le monde vous a sous-estimé, Lysistrata, et celui que tu aimais en premier.

Tu tues celle que tu étais lorsque tu réduis celui qui l’a tué en une petite masse tremblotante. C’est la furie qui t’a aidée, Lysistrata, mais bien plus encore. Tu as finalement compris que toi aussi, tu pouvais mener ta propre guerre.

Le soleil écarlate se lève et baigne dans le sang de ceux que vous avaient tués. Vous restez hagardes, quelques heures, à errer entre les morts, fébriles et presque parfois hilares, avant de revenir à la réalité. Vous avez toutes changé, Lysistrata.

Vous ne vous arrêterez pas là. Vous savez que leurs semblables existent partout. Des violeurs, des assassins, des créatures qui pensent pouvoir faire de vous des victimes. Tu accueilles le nouveau jour avec allégresse, Lysistrata. Demain, tu fonderas sur eux à nouveau.

Sa psychologie —
Lysistrata a été douce, Lysistrata a été pleine de sollicitude. C’est toujours le cas, mais à présent Lysistrata place l’intérêt de ceux qu’elle aime et de ceux qui le méritent au-dessus de la paix qu’elle chérissait tant. Elle a le courage et la persévérance d’une lionne, malgré les doutes qui l’habitent de temps à autre. Elle est parfois animée de mélancolie, mais jamais de nostalgie. Elle traque tous ceux qui font du mal aux juments. Elle n’a pas envie d’écouter leurs excuses. Même le diable en a. Elle aime s’entourer d’un petit groupe d’amies fidèles. Elle déteste qu’on fasse des choix pour elle. Sa grande indépendance est aussi sa grande force.
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