Jeu de rôle équin
 
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EVENEMENT EN COURS POUR HALLOWEEN + NOUVELLE EDITION DE LA GAZETTE

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 « Profound wounds. - L. »

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Madness

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MessageSujet: « Profound wounds. - L. »   Dim 9 Mar 2014 - 19:12

Sadness will never kill me.

Courir. Courir jusqu'à mourir s'il le fallait. Mais elle avait besoin de courir. Madness repoussait ses limites. Elle ignorait tout, tous les sons auxquels elle prêtait habituellement une attention certaine. Elle ignorait le monde qui l'entourait. Tout ce qu'elle voulait c'était ça, fuir au plus loin. Courir, sentir son cœur s'arrêter s'il ne pouvait supporter la vitesse, si elle ne pouvait se battre. Elle voulait toujours aller plus vite, elle voulait s'envoler s'il le fallait. Elle avait peur, affreusement peur. Qu'allait-il advenir d'elle-même ? Elle n'osait plus réfléchir, elle ne devait pas pleurer, elle devait juste courir. Au plus vite, au plus loin. Elle ne voulait pas s'arrêter, bien qu'elle fut essoufflée au bout de quelques mètres, à cause de la peur et de la douleur. Elle courait vite, elle courait loin, elle courait sans cesse. Elle avait fui le cimetière plus vite que jamais. Elle avait failli être faible, elle avait failli pleurer. Elle était partie, vite, très vite. Jamais elle n'avait couru ainsi. Et jamais plus elle ne souhaiterait courir ainsi. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir fautive. Elle n'avait jamais ressenti cela, la culpabilité. Mêlée au manque, celle-ci devenait un poison qui aurait peut-être sa peau. Mais non, Madness était forte. Madness était puissante. Elle ne pouvait pas tout laisser tomber ainsi. Et elle ne le souhaitait pas non plus. Elle voulait juste courir jusqu'à s'abrutir, courir pour ne plus réfléchir, courir pour oublier que sa mère n'était plus là. Isba, Isba, Isba. Ce nom cavalait aux côtés de la jument crème, qui filait aussi vite que le vent. Sa vue était brouillée par des larmes que la jument s'efforçait de garder secrètes. Elle clignait des yeux, serrant ses paupières l'une contre l'autre avec fermeté, cherchant désespérément à ne pas laisser ses émotions prendre le dessus. Mais cette course était perdue d'avance ; elle pleurait. Et pour rien au monde, elle ne voudrait qu'on la voie ainsi...

Lorsque la petite jument crème sentit la lumière lui piquer les yeux, elle comprit qu'elle était enfin arrivée. Elle voulait être ici, et nulle part ailleurs. Elle déboula sur la plage, quittant la forêt sombre, puis elle accéléra encore. Son corps était couvert de sueur, ses muscles tremblaient, sa respiration était saccadée et son cœur battait plus vite que jamais. Elle n'en pouvait plus. Elle se laissa porter sur le sable fin, semblant voler. Elle galopa quelques minutes sur la grande plage, puis finalement, elle reprit un petit galop et elle bondit dans les vagues. Elle les affronta en se jetant face à elles. Les vagues, hautes à cette heure de la journée, frappaient le poitrail de Madness et celle-ci se rappela de son enfance, aux côtés d'une mère instable. Une mère instable devenue douce, devenue protectrice. Une mère devenue ange... Madness recula de quelques pas, s'écartant un peu des vagues. Elle souffla, fort. Elle observa le crépuscule. Quelques nuages voilaient le ciel qui arborait des teintes rosées et orangées à la fois. La lune, terriblement pâle ce soir là, montait lentement pour prendre place sur son trône à la place du soleil qui, lui, descendait lentement dans les cieux. Combien de temps Madness resta-t-elle ainsi, seule, à observer le soir qui tombe, sans faire bruit, sans prononcer mot ? Peut-être une heure, peut-être moins, peut-être plus. Lorsque le ciel fut bien plus obscur et que la lune se refléta dans les eaux sombres, Madness releva la tête. Son menton tremblotait légèrement. Ravalant sa fierté, Madness murmura quelque chose à l'intention du ciel. Son murmure se fit plus clair, pour devenir alors une parole, dite haut et fort...

« Je sais pas si quelqu'un m'entend, de là où vous êtes. Je sais même pas si il y a quelqu'un. D'ailleurs si il y a personne, je me sens un peu bête parce que je parle quand même au ciel. Enfin bon, qu'est-ce qu'on ferait pas par amour, hein ? Oui, oui, tu as bien entendu le ciel. J'ai bien dit amour. Madness, la grande Madness, a un cœur, des sentiments. Oui j'ai de l'amour ! C'est nouveau, ça t'étonne hein. Enfin bon... Je m'égare à cause de toi. Foutu ciel. Foutue lune. Foutu... C'est dur ce que je vais dire, parce que je l'ai jamais dit à personne. Mais maman, si tu m'entends, je veux que tu saches que je suis désolée. Tu... Tu as tant fait pour moi. Je te l'ai jamais rendu. Merci pour tout. Je t'aime maman. »

Lorsqu'elle eut achevé son petit laïus, Madness resta figée, regardant le ciel pendant quelques instants encore. Finalement, elle entendit un bruit derrière elle. Une nuée d'oiseaux qui s'envolait, comme si ces fichus volatiles avaient eu peur de quelqu'un. La jument crème, les yeux encore un peu humides, perçut une odeur équine, non loin de là. Elle avait tourné la tête vers la forêt, mais s'en détourna pour contempler à nouveau la lune. Celle-ci était pleine. Celle-ci était belle.
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Poison
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Lun 10 Mar 2014 - 15:06


« Gloria Perpetua »
music


Le vide. Le vide intersidéral. Plus rien. Les profondeurs sombres de l'oubli. L'obscurité, la sombre ambiance que la couleur noire donnait. Il n'existait plus âme qui vive. Seulement du vide et de la noirceur. Et la vitesse. Une chute. Une longue chute, interminable, qui prenait le cœur et rendait malade. Une chute dans un cauchemar. Dans un rêve assombri. Une dangereuse ombre qui envahissait l'esprit. Et ces sentiments qui s'enfuyaient. Qui t'abandonnaient. Et qui emmenaient avec eux toutes les sensations. Après une chute dans le vide, tu devenais toi-même le vide.

Plus rien. Tu n'es plus rien. Rien qu'une ombre que plus personne ne voit.

Sans but. Sans aucune raison de vivre une seconde de plus.

Mais sans échappatoire. Aucun moyen de mettre fin à cette existence inutile.

Et puis la fin. La brutale fin de la chute, le douloureux atterrissage sur un sol froid et dur. Et les sensations qui soudainement reviennent. La souffrance. L'impossibilité de se remettre debout. Les clous qui enfoncent ta peau dans le sol. Le corps qui s'enracine. Et l'explosion. Tu vole, tu lévite, tu saute en avant, tu demande à sortir. Tu force cette vie à te laisser la reprendre. Tu en a marre. La douleur disparaît. Tu te réveille. Tu revis.

Il galopait dans le noir. Il ne voyait rien. Son esprit le rendait aveugle. Le silence était assourdissant. Il ne lui restait plus que quelques sens pour sortir de ce cauchemar. Furieux de se faire diriger comme une marionnette, il poussa un hennissement puissant. Laissez-moi tranquille. Je veux vivre. Laissez-moi tranquille. Et il fut entendu. Pour la première fois depuis longtemps, ses décisions personnelles étaient pleines de raisons et d'autorité.



Poison se réveilla brutalement. Le soleil se couchait sur un endroit qu'il ne reconnaissait pas. Avait-il dormi ? D'où était venu ce rêve ? Même en l'ayant laissé sortir, celui-ci lui hantait toujours l'esprit. Dans un effort surprenant, il se força lui-même à se lever. Il devait bouger.
Malgré son caractère effrayant, ce cauchemar l'avait fait réfléchir. A quoi se résumait sa vie ? Il chassait une vengeance qu'il n'aurait probablement jamais, pour un amour qui l'avait quitté il y a bien trop longtemps. Il lui restait fidèle. Eulalie resterait la seule et unique personne qui l'avait changé pour qu'il devienne ce qu'il était aujourd'hui. Mais il commençait à se rendre compte d'une chose : il fallait la laisser partir. Son rêve l'avait laissé s'échapper. Il devait offrir cette même possibilité à Elle. Elle resterait dans son cœur, mais en une vie reposée. Partie sans souffrance.

Poison observa les alentours. Le soleil disparaissait, laissant la lune prendre le relais pour veiller sur la terre. Autour de lui, se trouvaient quelques arbres. Le sol était fait de sable. Il sortit de l'abri des végétaux pour regarder autour de lui. Oui. Il était venu ici. Une fois. Cela faisait très longtemps. Le niveau de l'eau autour de lui finirait par changer. Il était entouré de nombreuses grandes îles similaires à celle sur laquelle il se trouvait.

Une présence lumineuse passa comme une flèche sur une île voisine. C'était une jument. D'après son profil, elle avait au moins du sang arabe. Et d'après son comportement... Eh bien, elle était énervée. Et peut-être partagée avec un autre sentiment. D'un air rageur, il la vit se jeter dans les vagues comme pour les défier. Mais il ne s'approcha pas, restant dans l'ombre. La nuit tomba pour de bon, faisant ressortir la robe immaculée de ladite jument. Elle semblait s'être un peu calmée. Elle lui tournait le dos et ne le voyait donc pas. De toute façon, sa robe se fondait dans la nuit.

Poison faillit partir. Il ne voulait pas partager ses démons et sa souffrance avec quelqu'un, même quelqu'un d'énervé. Jusqu'à ce qu'elle parle. Elle ne s'adressait pas à lui, bien sûr. Mais elle s'adressait à la lune. Au ciel. Elle avait perdu quelqu'un. Sa mère, manifestement. Sa colère se transforma en souffrance qu'elle voulait cacher vainement derrière sa fierté. Elle avouait avoir un minimum de sentiments, et n'en était manifestement pas forcément satisfaite. C'était du moins son impression.
Il la trouva touchante. Il ne voulait plus partir. Elle lui fit penser soudainement à une petite partie de lui. Il ne savait pas quoi lui dire, mais il avait envie de ne pas la laisser seule. Doucement et discrètement, il avança dans l'eau en silence. En arrivant sur la berge, il entendit des oiseaux qu'il n'avait pas vu s'envoler à son approche. Elle l'avait entendu aussi. Mais elle n'en avait manifestement cure. Alors il s'approcha, restant à une distance raisonnable d'elle.

- C'est aussi surprenant que ça, d'avoir des sentiments ?


Dernière édition par Poison le Lun 31 Mar 2014 - 12:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mar 11 Mar 2014 - 22:55

A lion still has claws.

Une voix. Madness entendit une voix. Pas très loin derrière elle, juste à quelques mètres. C'était un mâle, à moins que ce ne soit une camionneuse aux bras hyper musclés et à la clope au bec. Vous savez, celle qui s'adosse à la portière de sa vieille camionnette couverte de boue séchée, en vous soufflant la fumée de sa cigarette au visage. C'est ça, la camionneuse. Mais là, c'était bien un mâle, son odeur confirmant cela. La jeune jument soupira doucement en écoutant ce qu'il disait. Est-ce surprenant, d'avoir des sentiments ? Madness ne le sait pas. Elle ne sait même pas pourquoi elle parle au ciel. Espérait-elle qu'une bouche se creuse dans les nuages pour lui répondre ? Était-elle donc une éternelle enfant ? Gamine, bête, stupide. Naïve. Elle était idiote, oui, mais en ce jour elle ne voulait pas plaisanter, ni rien d'autre. Elle voulait juste se calmer et oublier la douleur poignante, qui serrait son cœur entre ses serres. Et elle pivota lentement, se détournant de la lune, se détournant de sa mère, pour regarder l'étalon. Il était grand. Noir. Comme son unique ami. Les yeux d'émeraude de la jument crème glissèrent lentement du visage du mâle jusqu'à son corps. Il n'avait aucune tâche d'une quelconque couleur, il était imposant. Mais quelque chose le rendait fragile comme une aile de papillon, aux yeux de Madness. Son regard. La jeune jument redressa lentement la tête et prit la parole à son tour, répondant au mâle.

« Oh que oui, c'est surprenant. Elle soupira doucement. C'est même plus que surprenant. Un monde qui s'écroule. Se sentir en sécurité derrière les murs de sa forteresse et, lorsque celle-ci est prise d'assaut, elle s'écroule, s'effrite, comme un vieil arbre s'effeuille l'Automne. Vous avez déjà connu cela ? »

Madness osa un regard vers la lune. Celle-ci, dans sa blancheur et sa splendeur, ne faisait que lui rappeler sa mère. Sa mère dont la robe rappelait les neiges éternelles qui couvraient le haut des pics, le haut des glaciers. Sa mère dont les yeux étaient comme un ciel clair illuminé par le soleil. Et une odeur connue et lointaine se trouvait sur l'étalon. La jeune jument dressa lentement les oreilles vers l'avant, puis le dévisagea en l'interrogeant d'une voix hésitante : « Vous avez certainement déjà connu Isba. Sa voix se brisa quelque peu, et elle fit une courte pause avant de reprendre. Qui êtes-vous ? »  Elle fit trois pas en avant, pour ne plus se trouver qu'à quelques mètres de lui. Qui était-il, lui, qui portait vaguement l'odeur de sa mère ? Qui était-il, lui, dont les yeux trahissaient le même genre de peine que celle qui se nichait au fin fond du cœur de Madness.
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mer 12 Mar 2014 - 10:36

« Fly, angel of    
bloody revenge. »


Cauchemar.

Il fut un temps éloigné où sa simple conscience lui parlait pour l'énerver, et lui donner un air de dérangé quand il avait l'audace de lui répondre. Aujourd'hui, bien qu'elle ait beaucoup changé, on aurait dit qu'elle avait décidé de revenir. Mais cette fois, ses paroles n'étaient pas d'humeur à simplement le taquiner. Non. Maintenant, son objectif était de lui faire peur. De lui faire mal. De le blesser. De le détruire. De le brûler à petit feu. Et elle voulait commencer par écorcher son cœur.

Cauchemar. Tu en as beaucoup, des cauchemars, n'est-ce pas Poison ? Tu es toi-même un cauchemar. Ta mère est probablement morte parce qu'elle ne voulait pas voir à quel point sa progéniture était ratée. Impossible à sauver. Tu aurais dû mourir avec elle, tu ne crois pas ?

Elle réussissait. Tout doucement. Elle savait où appuyer. Elle savait où enfoncer les aiguilles. Comme si elle faisait subir une acupuncture à la poupée vaudou. Celle qu'elle avait faite spécialement pour lui. Et après les petites aiguilles qui piquaient, elle plantait des clous. La marteau résonnait à l'intérieur. Il avait l'impression de le sentir.

Mais la douleur s'atténua. Il résistait. Et il ne savait pas lui-même comment il faisait. Mais au fond, il savait qu'elle avait toujours été plus forte que lui. Et qu'elle ne baisserait pas les bras tant qu'il serait vivant. Une guerre sans fin s'installait déjà dans son esprit.


La jument avait finalement décidé de se retourner. Et elle l'observa. Il put quand à lui enfin l'observer également. Comme il avait cru le voir, elle avait forcément du sang arabe. Sa robe était presque aussi blanche que la lune, et son regard trahissait une grande tristesse.

Elle sembla hésiter devant sa question. Et quand elle répondit, il sentit comme un pieu heurter son propre cœur. Il ne comprit qu'une chose dans les paroles de son interlocutrice. Elle était comme lui. Ils n'avaient pas le même contexte, mais ce qu'elle lui semblait extrêmement familier. Avait-il connu ça ? Oh, elle ne savait pas à quel point. Il baissa la tête en se donnant la force d'en parler.

- J'ai également connu l'effondrement du château de carte qui nous sert de forteresse, dit-il d'une voix un peu faible. Et les flèches de l'ennemi qui se plantent dans le cœur. Celles qu'on espère pouvoir enlever sans se faire mal.

Elle regarda vers la lune et il leva les yeux, respirant un coup. Il lui fallait respirer. Il s'était libéré de ce cauchemar. Il pouvait bien parler librement aussi. Il n'était plus l'étalon timide qui était arrivé sur ces terres il y a des années. Il avait changé. Ces minuscules pensées éclatèrent quand elle lui posa une question qui paraissait importante à ses yeux. Isba ? Ce nom lui disait vaguement quelque chose. Il fouilla dans sa mémoire.

- Isba, murmura-t-il. Oh, oui. Ca me revient. Notre rencontre a été aussi rapide que le battement d'aile d'un papillon. Nous avions une connaissance en commun mais pas avec les mêmes sentiments. Je suppose qu'elle.. était... Que vous vous adressiez à elle.

Il se souvenait de la montagne sacrée. De son corps fatigué et maigre, de sa détermination sans faille à tuer un étalon qui, à sa grande surprise, avait trouvé l'amour. Une jument arabe blanche, manifestement pas farouche mais qui tenait à son étalon. Ce devait probablement être la mère de la jument. Revenant à la conversation, elle lui demanda qui il était. Qui était-il ? Il n'était même pas sûr de le savoir lui-même. Parfois il se le demandait aussi. Qu'était-il ? Rien qu'un esprit égaré dans un monde trop grand pour lui. Rien qu'un futile mortel qui bientôt s'éteindrait. Rien qu'un futur tas de poussière qui un jour s'envolerait. Mais ce n'était pas forcément ce qu'elle voulait savoir. La version la plus courte serait la meilleure.

- J'imagine que vous voulez mon nom. Je suis Poison, répondit-il. Et à qui ai-je l'honneur ?

Il ferma les yeux. Sa propre réponse l'exaspérait.


Dernière édition par Poison le Lun 31 Mar 2014 - 12:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mer 12 Mar 2014 - 15:55

The castle fell ashes in the fire of my heart there.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Madness fut réellement attentive à ce que disait son interlocuteur. Il parla de forteresse, de château de cartes, de flèches. La jeune jument médita un petit moment sur ce qu'il venait de dire. Au fond, une forteresse n'est rien de plus que des pierres et briques que l'on empile et que l'on fixe avec les moyens du bord. Au fond, il suffit de souffler dessus pour que tout s'écroule et pour que l'on se fasse soi-même écraser par les murs de ce qui fut un jour un château. Un palais majestueux, magnifique. On le pensait indestructible, mais il était aussi fragile qu'une aile de papillon. Madness rêvait de cela ; la gloire. Elle voulait être dressée haut sur sa colline, regardant d'un air hautain les petits êtres qui se faisaient écraser par les misères de la vie. Puissante, imprenable, libre. Elle voulait ne dépendre que d'elle-même, oublier ses faux pas, profiter du temps qui passe comme elle aurait toujours dû le faire. Au fond, elle rêvait de rêver. Elle rêvait de vivre comme un princesse, comme dans un vieux rêve d'enfant. Elle voulait être la reine d'un monde ; la reine de son monde. Diriger son univers et ne plus devoir jamais rien dire à quiconque. Ne jamais plus dire que ses pas l'avaient menée droit dans le mur, ne plus jamais pleurer, ne plus jamais dire au ciel combien elle l'aimait, ne plus jamais s'en vouloir. Être amnésique, oublier ses problèmes et même sa vie. Oublier que chaque matin elle serait désormais orpheline, et que plus rien ne saurait combler l'absence. Perdue dans ses pensées, elle ne s'en rendit compte et n'en sortit que lorsqu'une larme glissa sur sa joue et s'écrasa sur le sable légèrement humide. Son regard se leva lentement jusqu'à l'étalon et sa mâchoire se crispa quelque peu. Elle ne voulait plus pleurer, c'était si... faible.

« Je crois qu'on ne peut éviter la douleur qui nous transperce lorsque l'on retire les flèches ennemies plantée dans notre cœur, malheureusement. Une blessure au cœur est plus douloureuse que n'importe quelle plaie ouverte et infectée, j'en ai bien peur. »

La voix de la jeune jument s'était affaiblie sur la fin de la phrase, puis l'étalon lui parla d'Isba. Isba. Ce nom qui glissait lentement sur la langue, qui se prononçait avec douceur, qui s'insinuait dans notre tête et qui, surtout, brisait Madness. Faible. Elle était faible. Elle se retint de pleurer une fois de plus, se promettant de ne plus le faire. Cette fois, il en était fini de sa stupidité. Elle était une adulte, et ne devait plus laisser les larmes couler. Lorsqu'il eut fini de parler, la jeune hispano-arabe inspira une grande bouffée d'air frais et lui répondit avec douceur.

« Oui, c'était ma mère. »

Madness serra les dents, se mordant le bout de la langue. Elle ne devait pas faiblir. Jamais plus. Sa mère. Sa mère. Ce n'était pas que sa mère. Si Madness avait été seule au monde, elle aurait hurlé des "je t'aime" à la lune et aurait supplié le soleil de lui rendre sa chère mère adorée. Elle aurait été heureuse, alors. Lorsqu'elle reporta son attention sur l'étalon, il lui dit son nom. Poison. Ce nom avait quelque chose de particulier. C'était sombre, doux. Ca vous fait plonger dans un monde tout autre, une sorte d'entre-deux mondes. Un monde entre la vie et la mort, celui dans lequel vous attendez en entendant les "bip bip" réguliers d'une machine à côté de votre lit d'hôpital. Ces petits bruits qui vous font frissonner à chaque fois qu'ils retentissent parce que vous espérez, au fond, qu'ils gardent leur régularité. Vous espérez qu'ils ne vous quittent pas, que l'espoir en fasse de même. Vous espérez que tout soit positif, que deux jours plus tard vous puissiez courir à nouveau en liberté, hurlant que vous êtes guéri, que vous ne risquez plus rien. Quel était son nom, à elle ? Madness regarda Poison et murmura doucement :

« On m'appelle Madness. Enchantée de vous rencontrer, Poison. »

Puis elle s'efforça à sourire. Un petit sourire pas timide, pas amical, pas amusé, pas moqueur, pas triste, pas compatissant. Rien de tout cela. Un sourire unique qui veut juste dire qu'elle vous comprend, qu'elle sait ce que c'est, mais qu'il ne faut pas perdre l'espoir. Jamais. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. C'est bien vrai, non ?
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mer 12 Mar 2014 - 17:55


« Fire is raging on the battlefield. »


Un feu brûle les restes d'un cadavre, noircissant les os et laissant s'évaporer une odeur putride, tandis que l'âme du macchabée s'élève dans les airs. L'esprit souffrant d'une mort atroce crie dans sa libération, ses pleurs retentissant dans toutes les oreilles alors qu'il rejoint le ciel, aspiré par les astres. - Un incendie ravage une maison en bois, dévorant chaque fibre du matériau sans pitié quelconque. Les poutres qui autrefois soutenaient un toit s'effondrent, piégeant les habitants. Les innocents s'étaient endormis tranquillement ce soir, sans crainte aucune. Voilà maintenant une habitation qui s'effondre sous les assauts répétés d'un des quatre éléments.

Le feu. La chaleur et la brûlure. L'horrible douleur engendrée par le contact.

C'était à peu près tout ce que pouvait ressentir Poison à l'intérieur de lui. L'esprit qui sort du cadavre n'était autre que le sien. Et la maison réduite en cendres, c'était son cœur.

Il voulait être fort. Il aurait tout donné pour pouvoir reprendre une vie normale, retrouver sa joie de vivre d'antant, rencontrer du monde, apprécier la vie et oublier la mort. Mais il ne pouvait pas. Certaines blessures ne peuvent pas être soignée avec un peu de biafine et un pansement. Il en faut plus. Et souvent le remède le plus fort ne marche pas non plus. Il avait l'impression d'être un grand brûlé, un malade avec un cancer en phase terminale, qui ne reçoit des visites que de ceux qui tiennent à lui ; enfermé toute la journée dans une chambre d'hôpital, ne bougeant pas d'un lit blanc cassé usé par le temps. Un individu perdu d'avance, qui ne servira de toute façon qu'à endetter le reste du monde.

Bien sûr, il n'était pas aussi perdu qu'il ne le pensait. Il y avait de l'espoir pour lui. Il n'était pas encore assez vieux ; et même si il finissait sa vie seul et rongé par la tristesse, il ne regretterait certainement pas d'avoir rejeté toute possibilité de se faire aider par le monde entier. C'était ça, souffrir. Avoir mal comme jamais, mais ne pas demander de l'aide. Refuser de l'aide. Ne vous en faites pas. Je vais bien. J'ai juste besoin d'être un peu seul. Il connaissait la chanson. Les personnes souffrantes étaient égoïstes, pour la plupart.

Est-ce qu'un jour il réussirait à se relever ?



Il voyait comme elle le regardait. Il voyait que, même en la comprenant, il n'atténuait pas la douleur qui rongeait l'esprit de la jument. Qui sait si il ne l'empirait pas. Il pouvait fort bien n'être qu'en train de rajouter une couche de souffrance dans le cœur de son interlocutrice, de façon tout à fait innocente, sans même savoir qu'il le faisait. Mais comment savoir ? Il n'avait pas le pouvoir de sonder son âme pour découvrir les impacts du moindre de ses mots, et il ne comptait pas lui demander. Cela, il savait fort bien que l'influence serait mauvaise.

Quand elle appuya ses métaphores, il se sentit compris pour de bon. Il ne savait pas si il fallait se réjouir d'avoir trouvé quelqu'un avec qui partager ses souffrances, mais Poison en était presque heureux. Toutefois, il y avait une chose qu'il désirait plus que tout à l'instant : prendre la douleur de la jument, et la supporter pour elle. Un peu plus ou un peu moins n'était rien du tout, chez lui. Il en avait l'habitude. Mais elle avait de longues années devant elle. Elle devait vivre. Et vivre avec cette douleur dans le cœur, il ne lui souhaitait pas. Il ne la connaissait que depuis quelques minutes, et pourtant il voulait la voir heureuse et souriante. Pas comme ça. Mais il se garda de le dire.

- Et ce genre de plaie a un impact sur tout le corps. Mais il arrive qu'elles puissent être soignées, affirma-t-il.

Sans plus dire mot, il la regarda confirmer tristement qu'Isba était sa mère. Il avait rencontré une jument dont il s'était à peine souvenu, peu enclin à faire la conversation face à l'alliée de son ennemi. Et voilà que cette jument était morte, et qu'il se retrouvait perdu devant la souffrance de sa fille. - Puis elle lui répondit. Son nom était Madness.

Madness. Il appréciait ce nom. Il dégageait quelque chose qui lui plaisait. A la fois sombre et clair. A la fois joyeux et triste. Il pouvait avoir plusieurs sens. La folie avait tellement de sens différents qu'il en sortait presque une histoire complète. Mais dans ce contexte, il n'imaginait pas la folie de son nom comme celle qui caractérise quelqu'un de trop heureux, ou d'excentrique. Il voyait plus la personne internée dans un asile, le scientifique fou qui meurt de ses propres expériences. Ce jour-là, ce nom était teinté de noir.

- Enchanté de même, répondit Poison. Nos noms sont décidément bien adaptés à notre situation, ou peut-être suis-je le seul à le penser.

L'idée que cet avis lui était strictement réservé le gêna soudain. Et si, finalement, la folie n'était pas de son côté ? Il devait sérieusement se remettre en question. Ne serait-ce que pour découvrir qui il était vraiment. Ou même pour simplement trouver un but à son existence. C'est là qu'il découvrit quelque chose qu'il n'avait pas encore remarqué : il pensait actuellement principalement à lui. Il devenait égoïste. Il ne le fallait pas. Il devait se concentrer sur autre chose.

Madness lui paraissait presque prioritaire, maintenant. Il voulait faire quelque chose. Il voulait l'aider à faire ce qu'il n'avait jamais fait. Il voulait l'aider à tourner la page sans pour autant oublier. Il voulait qu'elle puisse redevenir heureuse, et garder un souvenir positif de sa mère. Il voulait que plus tard, quand elle lèverait la tête vers la lune, ce ne soit pas pour pleurer devant la perte de sa génitrice, mais pour lui adresser des remerciements et des mots d'amour tout en souriant. Il voulait juste qu'elle puisse vivre sa vie sans garder éternellement le poids de cette place vide.

Lui n'avait jamais essayé, et maintenant il était trop tard.

Il n'avait pas le pouvoir de faire tout ça. Il ne savait pas comment le faire. Et ça lui faisait presque mal. La jument lui sourit alors. Et il ne parvint pas à comprendre le message dans ce sourire. Mais peut-être ce sourire n'avait-il rien d'ordinaire. Il la comprenait, et elle lui faisait comprendre qu'elle le comprenait aussi. Il lui rendit un petit sourire. Tous les deux avaient finalement de l'espoir.

- …Elles n'auraient pas voulu que nous dépérissions, lança-t-il brusquement.

Il avait prononcé ses pensées tout haut. C'était très probablement la vérité. Eulalie n'aurait pas voulu qu'il la regrette au point de se fatiguer dans un long chemin et de se mettre en quête de vengeance jusqu'à finir détruit. Elle aurait voulu qu'il se remette à vivre. Et il n'y avait aucun doute qu'Isba aurait voulu la même chose pour Madness. Poison releva la tête. Il fallait se battre. Ne disait-on pas que perdre la bataille n'était pas toujours signe de défaite à la guerre ?



Dernière édition par Poison le Lun 31 Mar 2014 - 12:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mer 12 Mar 2014 - 19:19

But we have to take time to live, nevertheless.

Elle ne le connait pas depuis longtemps, mais pourtant, Madness a envie de comprendre, de savoir, d'aider. Elle n'a pas besoin de le connaître pour se défaire de l'emprise de son égoïsme pour éteindre l'incendie qui menace intérieurement Poison. Elle le regarde comme si elle pouvait voir son cœur battre malgré le manque d'envie, le manque d'espoir. C'est comme si cet étalon pensait que tout était perdu, que c'était couru d'avance, comme s'il pensait que tout pouvait s'éteindre d'une minute à l'autre. Peut-être était-ce vrai, mais il ne devait pas s'empêcher de vivre pour cela. La jument crème laissa s'échapper de ses lèvres entrouvertes un petit soupir d'apaisement. Elle avait enfin trouvé quelqu'un comme elle. Quelqu'un qui semblait avoir peur d'avancer après la perte de quelqu'un. Comme un navigateur qui perd le Nord en faisant tomber sa boussole à l'eau, bêtement. Une vague un peu trop grosse bouscule le navire, puis l'objet glisse de ses doigts. Et la peur l'envahit. C'était presque ça que ressentait Madness. Et c'était peut-être cela aussi chez Poison. La jument voulait l'aider à avancer, l'aider à sourire à nouveau. Elle ne voulait plus être une idiote, une ratée, une folle, une enfant éternelle. Elle voulait être la fierté de sa mère. Elle voulait lui ressembler, tout en restant elle-même. Ce n'était pas vraiment chose facile.

Elle devait rester forte. Vivre, vieille et heureuse. C'est ce que sa mère aurait voulu, non ? C'est ce que son idiot de père aurait voulu aussi, mais il aurait surtout voulu faire d'elle une éternelle enfant. Une enfant sage et douce et obéissante. Une enfant qu'elle n'a jamais été. Madness leva une fois de plus les yeux vers le ciel, où elle voyait quelques étoiles que les nuages avaient jusqu'ici caché. Elle imagina sa mère, galopant dans l'espace, heureuse. En fait, elle ne voulait pas que sa fille soit comme elle. Elle voulait certainement qu'elle soit heureuse. Juste ça. Et Madness comptait bien l'être. Elle se sentit idiote, à ce moment-là, parlant aux étoiles, aux satellites, à la lune... Elle eut un petit sourire amusé pendant quelques instants, puis son regard d'émeraude se posa à nouveau sur l'étalon à la robe de jais.

Tous les deux s'étaient égarés, laissant leurs pensées les entraîner dans un tout autre monde. Puis il parla, affirmant que les blessures du cœur pouvaient être soignées. Madness hocha la tête, un petit sourire mélancolique se déposant sur ses lèvres. Il avait raison. Elle ne serait pas éternellement triste. Et elle se promit secrètement qu'elle ferait en sorte que lui non plus.

A nouveau, la crème se plongea dans ses pensées. Elle repensait au nom de l'étalon. Poison. Un poison mortel, un poison qui rend fou, un poison qui vous paralyse. Il y avait tant de poisons différents que Madness ne sut les lister. Lui aussi semblait réfléchir un peu à son prénom. Madness. Comme la folie qui vous rend bien trop heureux. Celle qui vous rend surexcité. Celle qui vous rend psychopathe. Il y avait certainement autant de folies que de poisons, et autant de poisons que d'étoiles. Madness avait toujours rêvé de pouvoir compter les étoiles. Sa mère lui avait dit que c'était impossible, mais Madness avait aussi rêvé de tenter l'impossible. Elle sourit intérieurement, puis l'une de ses oreilles se pointa dans la direction de Poison. Il dit que leurs noms étaient adaptés à la situation. Madness sourit doucement en déclarant doucement :

« Vous n'êtes pas le seul à le penser, ils sont bel et bien adaptés à la situation. »

Alors c'était ça, la vie. Du bonheur, du malheur. La vie était comme la mer. Tantôt agitée, tantôt paisible. Comme le ciel, aussi. Tantôt triste, tantôt colorée. Et aussi comme le jour et la nuit. Tantôt claire, tantôt sombre. La vie, c'était ça. Des enchaînements de joies et de déceptions. Des peurs, des cris, des pleurs mais aussi des rires, des folies et de l'espoir. Surtout de l'espoir. Lorsqu'elle lui sourit, il le lui rendit. Celui de Madness s'agrandit, et son visage s'éclaira quelque peu. Madness comprit alors ; il y avait toujours de l'espoir pour lui comme pour elle.

« Personne ne souhaiterait le malheur de personne, sauf les imbéciles. »

Madness souffla doucement. Elle n'avait presque rien dit d'elle, lui n'avait presque rien dit de lui et pourtant, tous deux semblaient se comprendre, comme si ils étaient deux vieux amis qui se racontaient leur vie, tour à tour. Deux amis qui se disaient tout, qui n'avaient aucun secret. Et pourtant, tous deux étaient de parfaits inconnus. Deux parfaits inconnus qui se comprenaient mutuellement ; deux inconnus qui s'épaulaient l'un et l'autre pour qu'aucun ne tombe. Comme un prince et une princesse déchus, qui cherchaient à rebâtir leur château de carte. C'était ça, un jeu d'échecs perdu mais un jeu de cartes pour tout reconstruire.

Tout n'était pas perdu. En réalité, rien n'était perdu.

[C'est pas terrible là, je ferai mieux la prochaine fois ^^.]
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Ven 14 Mar 2014 - 8:55


« From distant red skies the thunders are calling his name »


Il s'en souvenait comme si c'était hier. Une vie ordinaire et fade. La vie d'un idiot banalement heureux, s'émerveillant de petites chose superflues, des étoiles plein les yeux. Son cœur battait pour l'air, il voulait parcourir les terres, rencontrer du monde, avoir des amis, vivre quelque chose. Il parlait à sa propre conscience sans même se demander s'il n'était finalement pas fou. Il ne changeait que lorsque l'on parlait de sa mère, ce qui n'avait aucune sens, au fond ; il ne l'avait même pas connue. Il avait été un idiot, un idiot attachant, mais il n'avait rien d'intéressant ni de spécial.

Jusqu'à son arrivée à Elle.

Belle, triste et fragile. Elle était naïve, crédule comme un jeune enfant. Et maladroite. Leur rencontre avait commencé par un heureux hasard. Sur un mont dont la vue avait quelque chose de romantique. Elle était pleine, autrefois, un poulain qu'elle avait trop voulu mais qui finalement s'était avéré un problème. Parce que ce poulain n'était pas de lui. Pour sa seule et unique progéniture elle avait donné sa liberté, promettant une soumission éternelle à un frison trop avide d'élargir son troupeau. Un étalon qui n'avait pas hésité à se mettre entre eux.

Il n'était pas aimable, et même complètement détestable. Il avait épargné Poison, mais l'avait mis en garde de plus en plus gravement. Son fils même ne l'aimait pas. La première fois qu'il l'avait vu, il n'était qu'un poulain sûr de lui et fier. Un poulain qui défendait encore la pourriture qui lui servait de père, et qui avait deviné trop facilement que le cœur de sa mère n'allait pas à son géniteur.

Mais Morween s'était avéré bien plus agréable quand il avait grandi. Au fur et à mesure qu'il grandissait, l'amour que sa mère et Poison partageaient était plus fort. Quand ils avaient voulu s'enfuir pour échapper à Coeur Noir, il s'était révélé être un allié qui appréciait Poison plus même que son père ; et il se rebella. Il affronta celui-là même qui avait permis sa vie. Et il la perdit.

Poison lui serait toujours reconnaissant. Et si aujourd'hui Morween pouvait l'entendre, il souhaitait lui dire merci pour ce qu'il avait fait.

Et même si leur échappatoire n'avait laissé que la perte de sa jument, Poison savait qu'il ne serait dans tous les cas pas resté.



Ses pensées dérivaient décidément de plus en plus. Mais elles semblaient plus douces à chaque fois. Et c'était annonciateur de bonnes nouvelles le concernant. Mais maintenant, il était devant Madness, et il était plutôt soulagé de ne pas être seul devant ses problèmes, et de pouvoir les partager avec quelqu'un. Et elle semblait penser la même chose, en disaient le sourires qui avaient apparu sur ses lèvres. Elle paraissait de nouveau heureuse, du moins autant qu'il était possible de l'être dans cette situation. Et elle lui offrait un peu d'espoir.

Leurs noms n'étaient effectivement pas une aide pour se guérir d'une tristesse. Mais c'était peut-être ça, la clé : ils devaient résister à ce que leurs noms leurs offraient. Il y avait de nombreuses sortes de folies, comme il y avait de nmobreuses sortes de poisons, mais il pouvaient échapper à tous ces fléaux. Il avaient déjà commencé à le faire. Leurs sourires se faisaient plus nombreux. De façon inhabituelle, ils s'aidaient tous les deux. Par quelques paroles et des sourires. La vie redevenait belle. Il lui rendit son sourire.

Sa seconde parole fut aussi sage que celle d'un philosophe. Ils étaient tous des imbéciles, en fond, des enfants insouciants et idiots prêts à faire n'importe quoi pour avoir de l'attention, et souvent des actes non réfléchis qui leur valaient ce titre. Mais était-ce vraiment de ce genre d'imbéciles dont elle parlait ? Non. C'était probablement un euphémisme pour représenter une réalité bien plus cruelle. Ceux qui voulaient le malheur méritaient un terme plus fort. Il acquieca donc devant l'affirmation de Madness.

Ils se connaissaient à peine mais il se comprenaient et s'aidaient mutuellement. C'était assez rare pour être souligné. Si il ne l'avait pas rencontré, il serait probablement resté dans ses cauchemars pour dépérir en pensant en Elle. Mais il avait eu la chance de croiser son chemin, et maintenant la route paraissait moins sombre. La forêt noire dans laquelle il s'avançait autrefois se faisait moins étouffante, et elle laissait passer quelques rayons de soleil. Finalement, son cœur seul parla, remplaçant le silence qu'il laissait depuis plusieurs longues minutes.

- Merci, Madness. Vous me redonnez de l'espoir.


Dernière édition par Poison le Lun 31 Mar 2014 - 12:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Ven 14 Mar 2014 - 21:14

Let us smile up to our dying breath.

Le sable qui au départ était froid avait maintenant une certaine chaleur. Le soleil avait disparu, laissant sa chaleur s'évaporer avec sa lumière. Mais dans le cœur de la jument, il faisait toujours chaud. Alors c'était ça, l'espoir. C'était cette chose qu'elle avait perdu étant petite. Une enfant innocente -bien que peste- au cœur compressé par la tristesse. Abandonnée par son père qui partit longtemps, bien longtemps. Trop longtemps. Elle cherchait le soutien. Elle se cherchait. Et elle avait trouvé un gamin qui, comme elle, n'avait pas de père. Mais pas de mère non plus. Seul. Plus seul qu'elle. Plus seul que seul. Plus seul que la solitude elle-même. Madness s'était sentie si bête, si égoïste, qu'elle l'était devenue. En voyant la détresse dans le regard de Dreamcatcher, elle avait quitté le monde des rêves, le monde de l'enfance. Trop tôt, peut-être. Mais elle était devenue folle, incontrôlable, allant jusqu'à oublier son vrai nom qui ne lui convenait plus. « Ce n'est pas digne de la grande dame que je suis », riait-elle. « Je ne suis pas comme ces idiots qui sont du même sang que moi, je suis bien plus que ça. Je ne leur appartiens pas, je n'appartiens à personne. » Elle se vantait d'être elle, d'être différente, d'avoir troqué son pelage cendré pour une robe à la couleur d'ivoire. Et ses yeux verts, elle en était si fière. Elle était si fière d'être elle, d'être ce qu'elle était. Et lorsqu'elle avait vu la pierre tombale parfaitement taillée dans un marbre gris clair, des lettres dorées inscrites portant le nom de sa mère comme des do, ré, mi sur du papier à musique ; quand elle avait vu tout cela, son petit monde s'était écroulé sur elle. Triste. Madness s'était sentie seule et triste. Plus seule que le plus seul du monde. Plus seule que la tristesse. Et elle n'avait pensé qu'à elle. Qui était ce poulain blanc aux yeux bleus qui pleurait sur la tombe ? Et sa petite sœur, son petit frère, avaient-ils le visage baigné de larmes à ce moment ? Égoïste. Elle était un monstre d'égoïsme, mais aujourd'hui elle avait rencontré quelqu'un qui se sentait comme elle.

Minuscule et plus seul que seul. Abandonné par toute forme d'espoir, abandonné par le monde tout entier. C'était ça, perdre sa fierté et se sentir plus faible que rien, plus faible qu'un minuscule être bousculé par tout le monde ; écrasé, piétiné. Sali. Mais c'était fini, maintenant.

Madness souriait à nouveau. Elle avait couru longtemps pour oublier que le monde semblait lui en vouloir, et qu'il s'abattait sur elle une tempête. Grêle, neige, pluie, tempêtes de sable. Cyclones, aussi. Elle avait l'impression que tout ce qu'elle n'avait jamais craint s'était remonté contre elle, se rassemblant, s'insinuant en son cœur et se déversant sur elle. La rendant folle, mais dans le mauvais sens du terme. Elle était réconciliée avec les éléments qui s'étaient sur elle déchaînée ou du moins, c'était une sorte de guerre froide entre eux et elle. Elle, qui ne voulait qu'une chose : sa mère, son étreinte, son amour. Lui rendre tout ça, lui dire qu'elle l'aimait comme jamais elle n'avait aimé personne. Mais elle avait dû se rendre à l'évidence ; rien ne la ramènerait. Poison et elle étaient alliés. Alliés, se battant contre un seul et même ennemi. Luttant contre les malheurs de la vie. Renaissant de leurs cendres tel des phénix. A la différence desdits phénix, eux renaissaient de leurs larmes. Larmes de rage, de peine, de tristesse, de désespoir. Mais maintenant, c'était fini. C'était comme si une vague d'une nouvelle eau venait s'écraser sur la plage, leur apportant ce qu'il leur manquait : le sentiment de ne plus être seul.

Plus jamais. Madness se fit une énième promesse : plus jamais elle ne serait seule et malheureuse. Elle se promit cela en l'honneur de sa mère. Pour sa génitrice. Pour la remercier de cet amour qu'elle ne lui avait jamais rendu, pour s'excuser de ses fautes et de l'avoir laissée. Pour s'excuser de ne pas avoir été présente pour elle, s'excuser de ne pas l'avoir aimée comme elle aurait dû le faire. La jeune jument crème ne pleura pas, cette fois-ci. Perdue dans ses pensées depuis de longues minutes, la voix de Poison l'en sortit. Et elle pointa ses oreilles vers lui, tout en sentant sa coquille se percer tandis qu'elle laissait un petit sourire plus vrai et sincère que tout autre étirer ses lèvres. Ce sourire était amical. Oui, amical était le mot juste.

C'était elle qui le remerciait. Elle revit un millier de fois leur rencontre se dérouler sous ses yeux, dans sa tête. Des étoiles plein les yeux, comme dans un rêve, elle avait trouvé quelqu'un qui la comprenait. Et ça, je peux vous dire que c'est dur à trouver. Elle ferma les yeux et inspira l'air marin à pleins poumons. Le soleil n'était plus présent dans le ciel, mais pourtant, Madness le sentait encore brûler contre sa peau. Son cœur s'enflammait. L'espoir. C'est ça, l'espoir. Dépendre des souvenirs et de ceux qui nous comprennent. Vivre avec l'enfant qui sommeille toujours en votre cœur, ne jamais oublier combien il est important et nécessaire. Ne jamais oublier qu'il existe toujours, qu'il ne disparaîtra jamais. « Maman, je serai heureuse. », se promit-elle dans sa tête.

« C'est moi qui vous remercie. Je sais maintenant que je ne suis pas seule sur le champ de bataille. »
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mer 19 Mar 2014 - 16:32


« Shades of a past not so far to forget... »



C'est fou comme le temps passait vite. A peine né déjà il nous fallait souffrir, endurer des périples et des douleurs aussi différents que des couleurs et aussi puissants que des titans. Non, il ne fallait pas désespérer, il y avait toujours forcément une issue, une porte de sortie. La jolie lumière blanche que l'on voit au bout du noir tunnel. La clarté de la lune venant éclairer l'obscure ambiance d'une nuit profonde. Les douleurs étaient multiples. Les proches qu'on perd beaucoup trop vite. L'environnement qui devient hostile. Mais surtout les autres. Les relations étaient ce qui était le plus facile à briser. Toutes sortes de relations positives, celles qui donnaient le sourire, qui réjouissaient. Qui donnaient de l'espoir. Empêchaient l'esprit de se briser dans la solitude éternelle.

Mais le temps passe vite. Vous êtes heureux et entourés, et puis d'un seul coup, d'un seul, vous vous retrouvez sans autre compagnie que la vôtre. Ils partaient tous, un jour ou l'autre, pour des raisons toutes différentes. On ne s'entendait plus avec l'un. L'autre partait à l'aventure, vers d'autres horizons. Et puis il y avait ceux qui mourraient.  D'un côté ceux qui finissaient leur vie de façon tragique. Ceux que l'on pleurait pendant des jours en se demandant pourquoi le sort s'était acharné sur lui. Il y avait ceux qui s'éteignaient de façon douce. Ceux que l'on pleurait en leur souhaitant une vie heureuse.

Et il y avait les autres.

Les autres, c'était ceux qui avaient la même place dans notre cœur qu'Eulalie avait toujours dans le cœur de Poison. Ceux dont la mort était toujours tragique, horrible et inconcevable. C'était impossible. If this is to end in fire, then we will burn together. La seule façon possible pour cet être de mourir, c'était de finir avec nous. Liés même dans l'agonie comme les oiseaux inséparables.

Ces pensées étaient tragiques. Ces pensées fendaient le cœur. Ces pensées poignardaient la poitrine. Ces pensées coupaient l'arrivée d'air. Et pourtant, ces pensées occupaient depuis des jours la tête de Poison à chaque instant. Non, il ne pouvait pas oublier, oui, il souffrait incroyablement, mais aucune, il n'avait aucune idée de s'il pouvait arrêter cette douleur qui lui déchiquetait l'intérieur.



Et puis il avait rencontré Madness. La lueur d'espoir au bout du tunnel ? La lune qui éclaire la nuit ? C'était elle. Jamais il n'avait rencontré quelqu'un d'aussi compréhensif, ou alors il l'avait oublié. Elle lui avait redonné l'espoir, stoppé pendant un temps le couteau de boucher qui faisait de lui un dîner vivant. Ils s'étaient à peine parlé. Pourtant, il savait que maintenant, il lui devait déjà beaucoup.  Elle aussi était seule, elle aussi n'avait plus personne. Une orpheline, comme lui, qui cherchait une lueur d'espoir qu'elle avait fini par trouver. Ils étaient si différents et pourtant si semblables.

Il avait été si égoïste, recroquevillé dans sa tristesse et sa solitude, luttant pour gagner un semblant de fierté, tout cela afin de vaincre ce qu'il considérait comme responsable de sa peine. Il n'avait fait attention à personne, simplement intéressé par ses propres intérêts, ne cherchant aucune aide, ne se confessant pas, haïssant tout le monde, lui y compris. Il avait aimé, de tout son corps, de toute son âme, et cet amour avait disparu parce qu'il n'avait pas pu être en paix. Parce qu'il avait dû fuir, parce qu'il avait dû s'exposer au danger. Et dieu sait qu'il avait survécu, cet amour, affronté tous les obstacles qui se présentaient. Lui avait tenu. Mais l'un de ses porteurs avait succombé.

Au fond, il n'avait pensé à personne, même pas à lui, puisqu'il s'était laissé mourir pour revenir ici. Pour tuer quelqu'un qu'il n'avait pas la force d'affronter. Pas plus qu'avant. En fait, il était un bel enfoiré égoïste. Qui jusqu'à maintenant n'aurait pas mérité de vivre. Jusqu'à maintenant, parce qu'il avait compris. Mais grâce à Madness, il s'était souvenu d'un peu de sa bonté passée. Il s'était souvenu de cette façon d'aimer les gens, de vouloir les aider, de leur sourire. Et c'était plutôt bien. Evidemment, on ne changeait jamais véritablement, on était forgé par ses expériences. Elle non plus ne serait plus la même, si elle ne l'était pas déjà.

Il pensa à Eulalie. Elle était probablement heureuse qu'il ne soit plus aussi imbuvable qu'auparavant. Qu'il ait retrouvé une grande partie de celui qu'elle avait aimé. Alors il lui promit de continuer dans cette voie. De tenter d'être heureux sans pour autant cesser de l'aimer. Il lui jurait fidélité, mais se permettait de reprendre vie. Et elle vivrait toujours, dans son cœur. Il eut l'étonnante impression qu'il n'était pas le seul à faire une promesse au ciel. Alors il sourit en même temps que Madness. Un sourire qui n'avait plus rien de mystérieux, puisqu'ils n'étaient plus des inconnus. Ce sourire-là avait une vraie chaleur, qui remplaçait la disparition du soleil.

Tandis que le nouvel espoir leur réchauffait les cœurs, la réponse de Madness agrandit le sourire de Poison.

- Il y a toujours un dernier soldat blessé prêt à vous aider. Parce qu'il sait qu'il n'a plus rien à perdre et que vous avez tout à gagner.



Dernière édition par Poison le Lun 31 Mar 2014 - 12:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Jeu 27 Mar 2014 - 21:49


Et plus jamais la même ; le vent fait sourde oreille.

Tout allait si vite, elle était si déstabilisée par les événements, que le vent semblait pouvoir balayer le corps de la jument crème en un murmure, un souffle doux et chaud contre sa nuque, ses oreilles, au creux de son encolure ou juste contre son corps encore couvert d'un mélange d'écume et de transpiration. Et elle était là, pourtant plus belle et plus déterminée que jamais. Telle Antigone face à Créon, elle se dressait face au monde. Mais à la différence de la petite maigre qui est assise là-bas, qui ne dit rien, elle n'est pas seule. Elle ne l'est plus, du moins. Elle regarde Poison avec un sourire étrange, un sourire qui traduit ses émotions, qui veut dire qu'il n'est plus seul. Ce même sourire qu'il lui rend, comme s'il lui tendait la main. Elle sentait le vent comme une douce liqueur coulant dans sa gorge, la brûlant et emportant son cœur dans une danse sans rythme ni douceur. Juste une sorte de joie qui se mêle à l'alcool. Et son cœur qui se remet à battre. Elle peut vivre, elle doit vivre.

Les paroles du grand noir pansaient ses blessures, recousaient les plaies, effaçaient les cicatrices et surtout lui redonnaient le sourire. Ce sourire éternel qui masquait depuis toujours le malheur de Madness. Ce doux malheur, ce doux mal-être qui tambourinait en son cœur comme s'il s'agissait d'un tambour sur lequel on frapperait avec un énorme marteau de fer et pesant des centaines de kilos, ou voire même des tonnes. Ce doux malheur, ce doux mal-être, qui s'atténuait désormais pour n'être plus qu'un vague souvenir qu'elle balayerait comme elle avait balayé ceux que son père lui avait laissé. Elle allait oublier tout ça, devenir heureuse comme le fut sa mère et comme elle-même devait l'être. Elle allait vivre comme elle l'entendait, et elle allait s'assurer que Poison, son sauveur, vive aussi. Que leurs sourires soient greffés sur leurs visages, indestructibles, éternels.

Elle allait être plus heureuse encore que quand elle avait rencontré Mastermind. Cet imbécile capable de la faire craquer, capable de la faire sourire, de la faire rire, de la faire aimer aussi. Enfin, je crois. Elle n'avait jamais insulté personne comme elle l'avait fait avec lui, mais il l'avait bien cherchée. Mais elle ne lui en voulait pas, tous deux s'étaient bien trouvés. Deux êtres se sentant supérieurs, plus beaux et plus géniaux que les autres. C'est bien ce qu'ils pensaient, mais ce n'était pas vraiment le cas. Mais qu'importe ; Madness allait être heureuse, et c'est tout ce qui importait tant que Poison l'était aussi.

Poison répondit à Madness. « Il y a toujours un dernier soldat blessé prêt à vous aider. Parce qu'il sait qu'il n'a plus rien à perdre et que vous avez tout à gagner. » C'est ce qu'il dit. Madness se perdit dans ses pensées quelques instants, ou peut-être bien quelques minutes. Qu'allait-elle répondre à cela ? Elle ferma les yeux pour se concentrer, puis lorsqu'elle eut assez réfléchi, elle rouvrit ses prunelles émeraude sur l'étalon et déclara doucement, un sourire sincère posé sur ses lèvres roses :

« On a tous un ami sur qui compter. Un ami plus important encore qu'un soldat. Un ami qui vous relève même lorsque lui-même va mal, et que l'on relèvera aussi, qu'il le veuille ou non. Elle marqua une courte pause, puis acheva. Vous êtes cet ami. »

Quoi qu'il en pense, pour elle, Poison était un ami.
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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Mar 8 Avr 2014 - 15:23


« So come, mighty warrior, to light »


But it wasn't supposed to be like that ! Why is it like that ? -Because... You chose it. Le destin. Cette théorie absurde comme quoi tout était prévu d'avance, notre sort, nos actions, nos gains et nos pertes, nos bonheurs, nos joies, nos désespoirs, nos fins. Notre mort. Sérieusement ? Qui avait inventé ce truc impossible ? Et les gens y croyaient. Non, tout était reglé par notre propre conscience. Parce qu'on était con, et que contrairement aux Mayas on ne prévoyait pas tout. Le juste milieu qu'il aurait fallu n'était jamais venu à l'idée de qui que ce soit. Il y avait d'un côté ceux qui prévoyaient même leur mort et se tuaient ce jour-là. Et de l'autre les idiots qui vivaient au jour le jour, en se disant que merde, ce n'était pas leur boulot de choisir ce qui allait se passer dans l'avenir.

Why is everything... Always... MY FAULT ! Oui parce que, qu'on le veuille ou non, nos erreurs à la con étaient les seules responsables de notre perte. Nos actions perdues qui se terminaient mal, et puis la petite pensée qui va bien après. Oh, j'aurais peut-être dû faire ça autrement. Et quand il se passait quelque chose d'irrévocable, comment on faisait, hein ? On dépérissait. Parce que nous sommes faibles, tous autant que nous sommes. De simples pions dans la chaîne de la vie. On naît, on vit notre courte existence, et puis on meurt. La Terre, dans sa grande bonté, avait créé tous ces êtres vivants imparfaits, qu'un jour elle allait tuer selon son bon vouloir, parce qu'on ne faisait que lui faire du mal.

Your way. Always your way. Suivons-le, parce qu'on l'a élu. Qu'était un leader, au fond ? Un humain comme les autres, qui avait ou pas revendiqué une place hiérarchique supérieure. Et on le suivait, parce que c'est toujours plus facile de se faire dicter ses actions, non ? Et c'est pour ça qu'on faisait des choses que l'on regrette. Et si ce n'était pas un chef, c'était quelqu'un d'autre, qu'on aurait suivi aveuglément jusqu'au bout du monde. My whole life... To deserve you. Oh je t'en prie, ne me regarde pas comme ça. Je te suivrais, j'irais où tu voudras, du moment que tu reste avec moi. Nous deux contre le reste du monde.

C'était une erreur. Une grosse erreur. L'une des pires que l'on pouvait faire. Poison pouvait le dire en toute connaissance de cause. Non pas qu'il regrettait avoir suivi sa bien-aimée -loin de là-. Non, il aurait seulement du la retenir, lui dire de rester, parce que ce n'était pas forcément une bonne idée -qu'il n'avaient aucune idée de ce qui pouvait bien se cacher derrière ces frontières. Que c'était potentiellement dangereux. Et qu'il ne voulait pas la perdre. Mais il ne l'avait pas fait. Résultat ? Il s'était retrouvé seul, désespéré, déterminé, accroché à un fil, marionnette d'une vengeance dérisoire, maigre et terne, inutile et presque mort.



Mais c'était fini. Maintenant il ne regrettait plus ses actes. Cela ne servait à rien. Il fallait se relever. Trouver un moyen de tenir. Demander pardon à la vie. Lui proposer un prêt pour une seconde chance. Ca paraissait simple, comme ça, mais au fond c'était beaucoup plus compliqué. Il fallait s'ouvrir. Se détacher de cette solitude si pesante et à la fois presque réconfortante.
C'est beaucoup plus facile de prétendre qu'on est antisocial, que l'on n'aime pas le monde, que l'on n'en a plus rien à faire, que de montrer à quel point on est seul et détruit. C'était la base de toute dépression.

Poison avait longtemps cru rester dans cette position horrible du rescapé seul dans son coin, qui tente de survivre seul. Et puis tout cela avait changé. Il avait trouvé la lumière. It's... It's just right here. Madness était apparue. Et si il avait fait comme son idée première lui avait demandé, et quitté l'endroit en la laissant seule ? Il serait resté aussi dévasté qu'avant, et elle aussi. Quel enfer leur serait encore arrivé ? Mais il ne l'avait pas fait. Et pour une fois, l'un de ses actes avait de la valeur. Grâce à cette rencontre, ils se sentaient tous les deux mieux. Prêts à revivre.

Ils allaient être heureux. Tous les deux. Quelle que soit la situation actuelle, ils allaient réussir à vivre en paix. Et les sourires qu'il s'échangeaient ne faisaient qu'appuyer cette théorie. Ils n'étaient plus des inconnus. Maintenant, c'était bien plus que cela. Quelque chose que personne ne pourrait vraiment comprendre avant de vivre la même expérience qu'eux. C'était bien plus profond, comme relation. Ils savaient tous les deux ce qu'elle représentait. Ce lien délicat avait peu de chance de casser. En très peu de temps, ils s'étaient aidés tous les deux et pouvaient se considérer comme familiers et liés.

Lorsqu'elle lui répondit, il eut un temps de blocage, de surprise. D'aussi loin que revienne sa mémoire, peu de gens lui avaient dit clairement qu'il était un ami. Il n'avait pas rencontré beaucoup de chevaux, il n'était pas un sociable qui voyageait tout le temps pour rencontrer le plus de monde possible. A vrai dire, la dernière personne dont il se souvenait avoir considéré comme un vrai ami était... Un poulain. No Time, qui devait être grand et fort maintenant, dominant un troupeau aussi fièrement que son père l'avait apparemment fait avant lui. Mais il se perdait. Ce temps de surprise dura à peine une seconde, durant laquelle son cerveau fusa. Mais il n'avait pas besoin de réfléchir pour savoir quoi lui répondre. C'était un peu maladroit, mais il savait que c'était ce qu'il pensait.

- Même sans partir de ce principe, vous êtes une amie. Mais aussi ma sauveuse.

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MessageSujet: Re: « Profound wounds. - L. »   Sam 12 Avr 2014 - 12:55

And you're singing the songs, Thinking this is the life.

Le destin. C'était ça, le destin. On doit avoir raison pour telle ou telle chose, on doit croire telle ou telle rumeur, on doit tomber à un moment précis, on doit écouter ou refuser d'écouter telle ou telle personne. C'est ça, le destin ? Être le pantin de créateurs qu'on a jamais vu, qu'on ne verra jamais, qu'on est pas foutu d'entendre et qui ne sont pas foutus de se faire écouter ? C'est ça, la vie ? On croit tout savoir, tout connaître, mais au fond on est rien de plus qu'un jouet, une poupée blonde et idiote dans une maison miniature, qui passe son temps à rire bêtement, à glousser comme une dinde, allongée sur son canapé rose ou dans son jacuzzi mauve. On rêve d'avoir ce genre de vie, d'être ce genre de pantin, mais on est bien moins que ça. C'est encore plus ennuyant que de jouer aux échecs chaque jour de sa misérable vie, que de voir tout le monde partir un à un dans le couloir de la mort, tandis que nous, on est un idiot assis dans un coin d'une pièce ronde. Oui, un coin d'un pièce ronde. On est cet idiot, cet écervelé qui cherche la sortie quand il n'y en a pas, qui réclame l'éternité et l'immortalité pour finalement regretter le passé. Parce que tout va et vient, c'est ça la vie, c'est voir partir tout ce qui nous est cher. Et on est capable d'une seule chose ; pleurer. Pleurer comme le dernier des débiles, pleurer pour se donner un peu d'importance, espérer qu'on vienne nous plaindre et nous prendre dans les bras. "T'en fais pas, ça te passera, moi aussi je vivrai ça." Tout le monde le vit, parce que c'est le destin. C'est la vie.

Et ensuite, lorsque l'être cher est parti, on pleure toujours plus. Et quand on a fini de pleurer, qu'on s'est vidé de toute l'eau contenue dans notre corps, on rit. On devient fou. On hurle, on sent qu'on va bientôt cesser de respirer, parce que la vie c'est ça. Oui, c'est ça la vie. Le fait de ne plus être capable de rien, à part être fou. On court après sa queue, queue imaginaire, qui vient de notre folie. Et Madness c'était ça, une folle tentant de se raisonner, une folle qui tentait de vivre comme les autres, d'avancer malgré ses pensées folles, malgré sa gaminerie, malgré le manque de l'être cher. Mais elle n'était plus seule, non, elle n'était plus seule, non. Elle avait Poison, qui était comme une roue de secours quand son pneu était crevé. Elle avait besoin de lui, au fond, pour l'aider à se relever quand tout allait mal. Et là, elle avait choisi de le suivre, de le relever et de se relever. Elle se l'était promis, elle s'était obligé à le faire, se plantant elle-même un revolver contre la tempe. Et avec une voix de cow-boy, elle s'était dit "Allez, Johnny, lève-toi lentement ou je fais exploser ta jolie p'tite tête."

Le cœur de Madness rata un battement lorsque Poison lui répondit. Elle était sa sauveuse, c'est ce qu'il dit. Et le sourire de Madness, qui s'était perdu dans une mine pensive, refleurit sur ses lèvres roses. Elle réfléchit quelques instant ; que répondre à cela ? Elle n'eut pas à réfléchir bien longtemps, parce qu'elle déclara d'une voix douce et emplie de reconnaissance :

« Vous êtes également mon sauveur. »
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